Les aoûtiens ne croisent pas les juilletistes que sous le soleil des vacances. Après les flonflons des grandes fêtes allemandes de la Coupe du Monde, ils s'installent avec leurs glacières et leurs sourires sur les plages de la L1 qui attendent des vagues d'émotions, de joies et de grands moments. A ce jeu-là, Valenciennes n'a pas la crème solaire la plus chère, des lunettes à la mode où la planche à voile qui attire tous les regards. Mais il y a dans les regards de ces gens du nord tout le bonheur des ouvriers qui en 1936 découvraient les premiers congés payés.
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Les aoûtiens ne croisent pas les juilletistes que sous le soleil des vacances. Après les flonflons des grandes fêtes allemandes de la Coupe du Monde, ils s'installent avec leurs glacières et leurs sourires sur les plages de la L1 qui attendent des vagues d'émotions, de joies et de grands moments. A ce jeu-là, Valenciennes n'a pas la crème solaire la plus chère, des lunettes à la mode où la planche à voile qui attire tous les regards. Mais il y a dans les regards de ces gens du nord tout le bonheur des ouvriers qui en 1936 découvraient les premiers congés payés. C'était un droit acquis de haute lutte, une semaine de repos qui déclencha tous les enthousiasmes. Il en va de même au stade Nungesser, avenue de Reims, où tout le monde se multiplie : l'attaché de presse Florent Piasecki ne quitte plus son portable, les ouvriers se hâtent comme dans une ruche car il faut terminer une tribune, scier, gâcher du ciment, repeindre, prendre les poussières, etc. Tout doit être coquet et le coach Antoine Kombouaré sait que ses joueurs revêtiront aussi leur bleu de travail tout au long d'une saison qu'ils entameront le 5 août, à Auxerre. Il y a des années que les Valenciennois attendaient ce grand moment, depuis 1993, exactement, quand un de leurs, Jean-Jacques Glassmann, dénonça les magouilles de Marseille et de Bernard Tapie. Honnêtes et malhonnêtes passèrent à la moulinette et Valenciennes fut rayé de la carte, quasiment hors combat, végéta en National (D3) avant que DanielLeclercq ne rallume la flamme. Kombouaré reprit le témoin la saison passée et Valenciennes célébra deux titres en deux ans pour sauter de National en en L1. C'est un exploit unique qui a exorcisé les années de misère et de désespoir. " Indiscutablement, c'est notre plus belle satisfaction ", affirme Kombouaré. " Nous avons rendu fierté et sourire à toute la région. Valenciennes regarde à nouveau vers demain avec confiance et il suffit de se promener en ville pour voir qu'un vent de dynamisme et d'optimisme souffle ici. Les travaux pour la construction d'un nouveau stade ne vont pas tarder à commencer. Mais, cela dit, même si la joie de tous est palpable, il faudra aussi que nos supporters soient patients et indulgents. La L1 n'est pas la L2 et Valenciennes passera forcément par des transitions, des moments difficiles, des hauts et des bas. Mais je suis confiant car je connais parfaitement le fonctionnement et les valeurs de mon groupe. Je n'ai pas voulu chambouler un effectif qui avait la bonne attitude en L2. Valenciennes n'avait pas la plus jolie des équipes. Mais elle était capable de cracher dans ses mains par vent contraire. Ce groupe n'a jamais rien lâché et s'est échiné à récolter quelque chose même quand c'était difficile. Quand tout semblait cuit, notre effectif a arraché un point ou tout l'enjeu. Je veux garder cette mentalité. J'ai des guerriers qui donnent tout, vont jusqu'au bout d'eux-mêmes afin d'avancer et surtout de ne pas avoir de re grets ". " En L2, on n'a jamais parlé du titre. Nous avons avancé match après match sans jamais se griser ou regarder les autres. Je ne connais pas d'autre méthode. Il en sera de même cette saison. Valenciennes n'aura pas la grosse tête. Mes joueurs savent d'où ils viennent. Plusieurs d'entre eux ont milité en National. S'ils ont gravi les échelons, et réalisé un rêve, c'est grâce à un mental résistant à toutes les épreuves. C'est une force terrible et un atout dont je ne pouvais et ne voulais pas me passer en L1. Valenciennes a acquis un peu de métier sur le marché des transferts mais il y a d'abord nos forces cultivées en L2 et en National. Cet effectif n'est pas aussi riche ou abondant que celui des ténors mais il a faim, la rage et l'envie de vivre son aventure à fond. Comme joueur, je fonctionnais comme cela aussi. Sans le goût pour la gagne, on n'avance pas. C'était le cas aussi dans mon premier club de L1 en tant que joueur. Défenseur, j'avais été repéré en Nouvelle-Calédonie par des sympathisants de Nantes et je me suis retrouvé dans ce grand club où j'ai été façonné par Jean-Claude Suaudeau et Reynald Denoueix. Je me souviens de mon premier match en L1 : succès 1-3 à Toulouse ". Même si cela ne date pas d'hier, le coach de Valenciennes mesure mieux que personne l'émotion qui s'emparera de ses troupes à Auxerre. Que nous réserve ce championnat ? Qui créera la surprise ? Un autre Franck Ribéry se révèlera-t-il à l'horizon ? Le Lyon de Gérard Houiller croquera-t-il tout le monde pour la sixième fois consécutivement ? Qui lui posera des problèmes dans la jungle de la L1 ? N'est-ce pas un championnat trop défensif comme le prouve, entre autres, Canal + qui a créé un challenge de l'offensive (la paternité de l'idée revient à Michel Hidalgo) avec des primes importantes à la clef en fin de saison (16.692.859 euros à partager entre les 20 clubs de L1) ? Y a-t-il eu un effet Coupe du Monde au niveau de la L1 ? La large présence des clubs français dans les différentes épreuves européennes n'alourdit-elle pas trop les programmes ? Bref, toutes des questions auxquelles répond un coach de 42 ans très frais. " Le championnat de France n'est pas trop défensif ", intervient tout de suite Antoine Kombouaré. " Il y a une chose qui importe avant tout : la gagne. C'est pour cela qu'on monte sur un terrain. Une équipe qui a des ambitions doit posséder une défense qui tient la distance. C'est la dalle sur laquelle on va bâtir son football. Sans cette base, on ne peut pas travailler ensuite sur la ligne médiane et l'attaque. Cela dit, il ne faut pas oublier que les grands clubs étrangers se servent abondamment en France. Mais ils puisent généralement dans l'arsenal offensif. Nos meilleurs avants s'envolent vers d'autres compétitions et cela peut expliquer le fait que les défenses prennent le dessus sur les attaques. Canal + a créé un challenge intéressant. Je trouve que c'est une très bonne idée. Cet argent supplémentaire permettra aux clubs de renforcer leurs divisions offensives. Tout passera encore et toujours par le terrain. Beaucoup de clubs jouent en Coupes d'Europe. Cela n'alourdit pas les agendas. Non, au contraire, cela pimente les débats car personne ne veut rien lâcher, même pas la possibilité de prendre part à la Coupe Intertoto. C'est une porte qui quand on l'ouvre mène à la Coupe de l'UEFA. A Valenciennes, il n'y pas eu un effet Coupe du Monde. Tout le monde a suivi avec passion l'aventure des Bleus mais la magie de notre retour en D1 avait déjà fait son £uvre ". Indiscutablement, cette finale, même perdue, mais aussi inattendue, aura un effet de loupe : la L1 sera suivie avec encore plus d'attention. Lyon a plus qu'une ardeur et une ambition d'avance. Ses succès ne datent pas d'hier. Tout a été pensé, prévu, mis en place depuis des années. Cette vision du président Jean-Marie Aulas a porté ses fruits et cela a donné une grosse avance sportive, financière mais aussi structurelle à son club. Tout est solide et très stable en profondeur. Lyon est redouté en France mais aussi dans le cadre de la Ligue des Champions : les plus grosses pointures européennes redoutent de se mesurer aux Gones, surtout à Gerland. Alors, je ne vois pas qui fera chuter Lyon sur le chemin d'un sixième titre consécutif. Lyon ne modifie guère, si ce n'est à quelques détails près, un effectif et un staff technique, emmenés par un grand entraîneur, Gérard Houllier, qui gagnent. Cette tranquillité a généré une formidable culture du succès. Lyon connaît toutes les recettes et ne cesse de les améliorer. On ne change pas des formules qui gagnent. Comme les autres ne vivent pas sur le même nuage, ils sont obligés de corriger leurs épures dans l'espoir de faire aussi bien que Lyon et de s'installer dans la même continuité gagnante. J'espère que le championnat sera indécis jusqu'au bout. Un cavalier seul de Lyon ne serait pas une bonne chose. Il faut du suspense, des révélations, des éclosions comme celle de Ribéry, c'est évident. Ce sont les mêmes qui tenteront de tenir la roue de Lyon : Bordeaux, Marseille, PSG, Lille, Auxerre, Lens. Bordeaux peut être qualifié de challenger et les autres d'outsiders ". L'entraîneur des Nordistes ne cache pas son appréciation pour le travail remarquable signé par Ricardo la saison passée à Bordeaux. Le technicien brésilien ne s'était pas attelé à une tâche facile. Bordeaux cherchait son souffle, son jeu, des raisons d'espérer. Le retour de Johan Micoud, l'ancien faiseur de jeu du Werder Brême, donnera encore plus de corps au jeu de Bordeaux. " La pression sur les entraîneurs est vraiment très forte en France ", avance Antoine Kombouaré. " Quand cela ne va pas, c'est toujours eux qui payent la note. Ricardo a rendu une âme et des perspectives à Bordeaux. Les Girondins étaient dans le trou. Un an plus tard, ils participent au débat. Ce succès est passé par une méthode. Rien ne changera pour Micoud mais il devra apporter son vécu à cette façon de voir les choses. Bordeaux est sur la bonne voie. Marseille peut toujours assumer un rôle en vue en L1. Ce sera peut-être le cas cette saison. Qui sait ? Et cette question résume finalement toute la problématique d'un club de ce niveau. A Lyon, il n'y a pas de peut-être, ou de qui sait ?, à Marseille bien car l'effectif y est toujours en phase de mutation. Personne n'a le temps d'y installer un concept ou un groupe de joueurs. Tout doit être sans cesse revu de fond en comble. Albert Emon a remplacé Jean Fernandez parti à Auxerre et devra affronter les mêmes problèmes de réglages que ces prédécesseurs. Monaco a tiré les leçons d'un telle politique. Laszlo Böloni est un entraîneur très sérieux qui base tout sur le travail et l'application. Au Parc des Princes, le PSG aborde aussi une période plus calme de son parcours. Ce club a changé d'actionnaires et a faim de beaux moments. J'accorde toujours une mention particulière à Auxerre ou Jean Fernandez succède à Jacques Santini qui n'est resté qu'un an en Bourgogne. Fernandez connaît son métier sur le bout des doigts. Le noyau a légèrement été modifié mais sans plus. En cas de problème, Auxerre peut toujours trouver la solution dans son centre de formation. Auxerre est un club très régulier qui ne fait pas de bruit mais n'est jamais loin du podium, des prix en fin de saison. Un jour ou l'autre, il gagnera le championnat pour la deuxième fois de son histoire. D'autres clubs sont à la recherche de défis et de nouvelles joies : Lorient, Nancy, Nantes, Troyes, Sedan, Sochaux, etc. Enfin, je ne voudrais pas oublier non plus les clubs du nord de la France. Le football y a toujours eu une place très importante. Nous aurons droit cette saison à six derbies. Je devine déjà l'engouement que cela suscitera à Valenciennes, Lille et Lens. Par rapport à ses deux voisins, Valenciennes doit s'installer dans la durée en D1 ". En 1985, le club cher à un des hommes politique les plus en vue de France, Jean-Louis Borloo, fut la rampe de lancement de Jean-Pierre Papin. Raoul Lambert l'avait suivi à la trace avant que le Club Bruges ne le fasse venir en Belgique avec le succès qu'on connaît. N'est-ce pas une source d'inspiration pour la nouvelle garde valenciennoise en L1 ? Kombouaré y pensera certainement à l'occasion mais il tapera d'abord sur le même clou : " Il faut bosser humblement, c'est la seule façon de durer et d'atteindre ses objectifs. Valenciennes est une ancienne région industrielle. Le boulot, on connaît mais ce coin de France a tourné la page et s'est offert fièrement de nouveaux horizons. Le football a participé à ce retour de la confiance : quel sujet de fierté ". PIERRE BILIC, ENVOYÉ SPÉCIAL À VALENCIENNES