Chaque année, des milliers de Christophe Colomb du football brésilien partent à la découverte du foot européen. Une flottille de caravelles, les Santa Maria, Pinta et Nina d'aujourd'hui, déposent parfois secrètement des joueurs connus ou pas, jeunes ou moins jeunes, un peu partout, du sud au nord, de l'est à l'ouest de notre continent. Beaucoup se sont affirmés en Belgique et ont embelli notre D1.
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Chaque année, des milliers de Christophe Colomb du football brésilien partent à la découverte du foot européen. Une flottille de caravelles, les Santa Maria, Pinta et Nina d'aujourd'hui, déposent parfois secrètement des joueurs connus ou pas, jeunes ou moins jeunes, un peu partout, du sud au nord, de l'est à l'ouest de notre continent. Beaucoup se sont affirmés en Belgique et ont embelli notre D1. Il y a des échecs cuisants aussi, des drames humains, des jeunes qui sont obligés de rentrer chez eux sans rien en mains alors que leurs proches vivent dans la misère. Entre de belles aventures sportives et humaines, il y a celle de Luis Oliveira qui s'affirma à Anderlecht et devint Diable Rouge avant de réussir en Italie. André Cruz était carrément international brésilien quand il débarqua au Standard. D'autres tentent d'en faire autant chez nous et les yeux de tous ces joueurs s'illuminent quand ils parlent de Ronaldinho (25 ans), le Ballon d'Or européen. C'est leur idole, leur exemple à suivre, leur nouvelle source d'inspiration, leur élixir de football. " Cette fois, je crois qu'on peut oser le dire : c'est Ronaldinho qui se rapproche le plus de Pelé, le plus grand joueur de tous les temps ", affirme Wamberto (31 ans). " S'il gagne la prochaine Coupe du Monde, quatre ans après la finale de Yokohama remportée 2-0 contre l'Allemagne, Ronaldinho s'installera pour toujours dans la légende du football. Je n'ai jamais vu un joueur qui, comme lui, parle au ballon. C'est son ami, il en fait ce qu'il veut. Ce couple est parfait. C'est un joueur unique. Actuellement, je ne vois pas de deuxième Ronaldinho. Il a grandi dans une famille où le football est au centre de tout. C'est souvent le cas au Brésil. Nous avons besoin de ballon comme de pain. La vie sans foot ne serait pas intéressante. Le père de Ronaldinho a joué au niveau amateur mais on oublie parfois que son frère, qui est aussi son conseiller, fut international. La mort accidentelle de leur papa a soudé encore plus la famille. Ils ont souvent fait les bons choix. Ronaldinho aurait pu rester à Gremio Porto Alegre. Il aurait fait son trou au Brésil, il était champion du monde des -17 ans, etc. Gremio tenait un crack. J'imagine que ses choix de carrière n'ont pas été faciles ". " Avant lui, Romario et Ronaldo avaient transité par le PSV ", continue Wamberto. " C'était aussi une option pour lui mais il a finalement opté pour Paris et le PSG. Ce choix bien réfléchi lui a fait du bien. A mon avis, il visait déjà l'Espagne. La France a été une bonne transition même si elle a fait couler beaucoup d'encre au Brésil. Robinho n'a pas jugé utile de passer par une étape d'adaptation avant de signer au Real Madrid. C'est une erreur que Ronaldinho n'a pas commise dans la gestion de sa carrière. Gremio ne voulait pas le lâcher et son départ a généré des tas de polémiques. Ronaldinho s'est frotté aux réalités du football européen. Il a parfois souffert à Paris où tout le monde attendait des prouesses techniques à chaque match. Cette pression l'a renforcé dans son football. Mais le grand déclic, c'est quand même Barcelone. C'est un club à sa mesure, pas seulement par sa taille mais surtout par son style de jeu. Il se serait distingué partout mais l'Espagne, c'est tellement différent de ce qu'on voit en Angleterre, en Italie ou en Allemagne. La Liga, c'est le royaume de la technique, le pays idéal pour Ronaldinho. Il a le bonheur aussi de travailler avec un grand coach néerlandais comme ce fut le cas de Romario et de Ronaldo à Eindhoven. C'est un avantage très important. Frank Rijkaard a eu des équipiers brésiliens au cours de sa carrière. Il connaît notre mentalité. Le footballeur brésilien soigne plus ses missions tactiques qu'avant, mais si on le prive de la joie de toucher le ballon, cela n'ira pas. J'ai joué à l'Ajax Amsterdam. Les Hollandais sont des compétiteurs mais leur jeu est d'abord offensif. Cela convient bien aux Brésiliens. Avec eux, ils peuvent réaliser leur football. C'est aussi la philosophie de Rijkaard. A Barcelone, Ronaldinho est sur la même longueur d'onde que son entraîneur. Rijkaard comprend parfaitement Ronaldinho. Avec lui, on en revient un peu au footballeur brésilien traditionnel. Ronaldo est très fort aussi mais il est totalement différent. C'est un puncheur, une bombe. Ronaldinho, c'est l'artiste pur. La force, ce n'est pas son truc. Il n'en a pas besoin, ne hurle jamais sur un terrain, comme Dunga savait le faire, mais il peut devenir un grand patron. Sa carrière constitue une source d'inspiration pour tous les footballeurs qui quittent le Brésil pour tenter leur chance en Europe. Moi, j'étais passé par Seraing et la D2 avant de me faire un nom. Quand je vois Ronaldinho à l'£uvre, je suis fier d'être brésilien. Un telle réussite est formidable pour nous tous : quand on le voit à l'£uvre, on ne peut qu'aimer le football brésilien ". Jaja Coelho, la vedette brésilienne de Westerlo (19 ans), est tout aussi admiratif que Wamberto à l'égard de Ronaldinho. " Parfois, on se demande qui va obtenir le Ballon d'Or mais ici, il ne faisait aucun doute dans mon esprit que le trophée lui revenait de plein droit ", prétend-il. " C'est à la fois logique et mérité car il est bien le meilleur joueur du moment. Ses gestes techniques régalent tout le monde, moi y compris. Ce que je préfère, c'est lorsqu'il s'empare du ballon et provoque immédiatement son adversaire. Le défenseur a l'impression que le ballon est là, à portée de son pied. Mais le temps qu'il réagisse, c'est déjà trop tard. Ce n'est pas tant une question de rapidité que d'habileté, c'est comme de l'illusion ". Si j'étais défenseur, je ne jouerais certainement pas l'anticipation sur lui. J'attendrais, je tenterais de l'obliger à jouer latéralement ou, mieux encore, à se retourner. De toute façon, même si vous voulez jouer l'anticipation, c'est lui qui gagnera. C'est un adversaire qu'il faut respecter. Ronaldinho n'a pas appris à dribbler sur un terrain ni même dans la rue mais chez lui, entre les meubles de la maison. Nous avons tous plus ou moins fait cela et nos mamans avaient beau crier, c'était plus fort que nous. Ronaldinho a aussi joué contre son chien mais moi, je n'avais pas d'animal de compagnie... Je ne vois pas très bien ce qu'il pourrait encore améliorer à son jeu. Pour moi, il doit surtout essayer de conserver ses qualités, d'éviter les coups. Avec l'âge, ses gestes se feront évidemment moins rapides, comme c'est arrivé avec Zinédine Zidane. Mais même si le Français a des qualités indéniables, j'ai l'impression qu'au même âge, Ronaldinho est meilleur. Je ne pense toutefois pas qu'il y aura un jour une polémique aussi forte que celle qui a opposé Pelé à Diego Maradona. On a vu ce que cela avait donné : même avec le conflit des générations, c'est Pelé qui l'a emporté. Il faut accepter ce verdict une fois pour toutes : Pelé est et restera le meilleur, il est inégalable. Les autres luttent pour la deuxième place, même Ronaldinho. Ce qui ne veut pas dire qu'ils sont beaucoup plus mauvais. Simplement, avant, on accordait énormément d'importance aux buteurs tandis que maintenant, on demande aux joueurs d'être plus complets : faire une action et marquer, c'est bien, mais il faut aussi être résistant à la charge et savoir gêner un défenseur qui monte ". Si certains Brésiliens de Belgique ont croisé Ronaldinho, d'autres ont eu la joie de jouer contre lui. C'est le cas de Tailson, l'ex-buteur de Lokeren (30 ans) qui se relance à Mouscron. " J'ai eu la chance de l'affronter au Brésil, alors qu'il était à Gremio et moi au Sporting ", affirme-t-il. " A l'époque, déjà, c'était une petite merveille. Il est bien le meilleur joueur du monde à l'heure actuelle et, en plus, c'est un garçon très humble. Quand je le vois aujourd'hui, avec son sourire de gamin, je me dis qu'il n'a pas tellement changé malgré les succès. Peut-être parce qu'il n'a pas eu la vie aussi facile que ce qu'on lui prédisait quand il a débarqué en Europe. Au PSG, il a mis un certain temps à s'adapter et cela lui a fait du bien. Il ne faut pas oublier qu'il n'était encore qu'un enfant lorsqu'il est arrivé. C'est tout à fait différent d'un Robinho qui arrive à Madrid avec le statut d'un galactique. Et pourtant, lui aussi connaît quelques difficultés. De plus, au départ, Ronaldinho n'est pas un attaquant. Ce qui ne l'a pas empêché de devenir un buteur. Surtout depuis qu'il est passé à Barcelone parce qu'il évolue désormais dans une équipe qui fait le jeu. Ce n'est pas lui qui remonte un ballon sur toute une moitié de terrain. Il préfère le recevoir à une quarantaine de mètres du but, là où il peut déjà faire la différence en très peu de temps. Parce qu'il ne se pose aucune question quand il reçoit le ballon. C'est ce que nous appelons un médian armateur. Il contrôle à peine et frappe. Pied gauche ? Pied droit ? Il est meilleur du droit mais peu importe. Seul son jeu de tête n'est pas du niveau de celui d'un attaquant de grand rectangle mais ça n'a aucune importance puisque, dans la position où il joue, on ne va jamais lui demander d'aller au duel au point de penalty. Essentielles aussi : les phases arrêtées. On sait l'importance qu'elles peuvent prendre dans un match de foot. Il livre une très grande saison avec Barcelone mais j'espère qu'il sera encore meilleur au moment de la Coupe du Monde parce que ce serait bien qu'il clôture sa saison par un trophée. Si j'étais l'entraîneur du Brésil, je n'hésiterais pas à l'aligner dans une double ligne d'attaque composée de Robinho et Ronaldo en pointe, avec Ronaldinho et Kaka en soutien. Derrière eux, Zé Roberto et Emerson ont assez de volume de jeu pour couper les angles, d'autant que les arrières latéraux évoluent assez haut. Contrairement à Jaja Coelho, si j'étais entraîneur de l'adversaire, je demanderais à mes hommes d'appliquer un marquage individuel strict et de jouer l'anticipation sur lui. Le seul moyen de l'empêcher d'être dangereux, c'est de le priver du ballon. Car dès qu'il le touche, il fait la différence ". Igor De Camargo (22 ans) a toujours semé la sympathie autour de lui, que ce soit à Genk, à Heusden-Zolder ou désormais au FC Brussels. Il détient un atout que Ronaldinho ne possède pas : le jeu de tête. " Mais, lui, il n'en a pas besoin ", constate-t-il en riant. " Il laisse ce travail à Samuel Eto'o. Quel duo. Ce gars-là est un extra-terrestre. Ici, on ne peut pas avoir une idée de sa popularité au Brésil. C'est différent, plus simple, plus naturel mais plus profond que la Beckhammania. Je m'en suis rendu compte moi-même en le voyant dans un aéroport brésilien. Ronaldinho n'a pas arrêté de signer des autographes en toute simplicité. Il reste abordable, proche des gens, pas du tout déconnecté par rapport à la vie quotidienne. Sa gentillesse fait plaisir à voir. Pour lui, le football reste une fête. Il veut offrir, partager son bonheur avec ses équipiers et tous les spectateurs. Alors, il invente, il crée des £uvres sur le terrain. Son but sur un terrain peut se résumer à un verbe : s'amuser. Cela n'a pas de prix. Les gens le savent et c'est pour cela qu'il remplit les stades. Ronaldinho a pourtant les moyens d'être égoïste. Qui le lui reprocherait ? Non, il met tout son football au service du groupe. Placé à gauche, il distribue le jeu mais met aussi le nez à la fenêtre. Ce n'est pas un attaquant qui, comme Ronaldo ou Romario, cherche la profondeur. Il arrive de plus bas mais est imprévisible. Il fallait s'appeler Ronaldinho pour tenter une pointe victorieuse en Ligue des Champions la saison passée contre Chelsea. Cet exploit résume parfaitement tout son art. Il a tout, il est complet et fait déjà partie de la catégorie des Pelé, Maradona, etc. Ronaldinho est jeune. Il n'a que 25 ans. Je suis persuadé qu'il ne sera pas soûlé par le succès. Il est assez sage pour éviter tous les pièges de la gloire. A mon avis, ce n'est que le début de son époque ". PIERRE BILIC ET PATRICE SINTZEN" JE N'AI JAMAIS VU UN JOUEUR QUI, COMME RONALDINHO, PARLE AU BALLON " (WAMBERTO)