"Génies du sport faisant leurs classes sur terrains vagues. " Le couplet est tiré de Demain, c'est loin, chanson culte du groupe marseillais IAM. C'est aussi la chanson préférée d'Anthony Vanden Borre. Huit minutes intenses de phrases parfaitement ciselées, en apnée, sans refrains, qui ne quitte jamais l'actuel joueur de Genk. Celui qui ne l'a jamais abandonné non plus, et réciproquement, c'est Pelé Mboyo, que Courtrai se félicite d'avoir piqué à Charleroi durant l'été. Les deux joueurs se connaissent depuis leurs neuf ans ; leurs deux frères aînés, Hervé Mboyo et Franck Vanden Borre, les ont faits se rencontrer. Depuis, c'est l'union sacrée, dans les bons moments comme dans les mauvais.
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"Génies du sport faisant leurs classes sur terrains vagues. " Le couplet est tiré de Demain, c'est loin, chanson culte du groupe marseillais IAM. C'est aussi la chanson préférée d'Anthony Vanden Borre. Huit minutes intenses de phrases parfaitement ciselées, en apnée, sans refrains, qui ne quitte jamais l'actuel joueur de Genk. Celui qui ne l'a jamais abandonné non plus, et réciproquement, c'est Pelé Mboyo, que Courtrai se félicite d'avoir piqué à Charleroi durant l'été. Les deux joueurs se connaissent depuis leurs neuf ans ; leurs deux frères aînés, Hervé Mboyo et Franck Vanden Borre, les ont faits se rencontrer. Depuis, c'est l'union sacrée, dans les bons moments comme dans les mauvais. Pelé Mboyo : Pas mal de gens seront surpris mais ce que j'aime chez Anthony, ce sont ses valeurs, ses principes. Il est reconnaissant envers tous ses amis d'enfance, pas que moi. Et c'est plutôt rare de rester le même quand, à 16 ans, tu connais la gloire. J'ai énormément de respect et d'estime pour lui. Anthony Vanden Borre : Evidemment. Mon entourage n'a jamais changé et il ne changera pas, qu'on soit à Zulte ou au Real. On sait d'où on vient et on ne l'oubliera jamais. Vanden Borre : Peut-être qu'à Anderlecht, ils ont eu une mauvaise image de ceux qui traînent dans un certain milieu. Et ce milieu, ils ne peuvent pas le comprendre, c'est normal, ils en sont trop éloignés. Vanden Borre : C'est pas le milieu dont Van Holsbeeck est issu par exemple ( il rit). Mboyo : Il a eu une autre éducation, il a grandi avec d'autres personnes, tout simplement. Mais nous n'étions pas pauvres pour autant, on venait d'une classe sociale normale. Vanden Borre : A Anderlecht, on estimait peut-être que si on commençait à gagner de l'argent, il fallait obligatoirement changer de milieu. Mboyo : Faire partie de la jet-set belge, c'était pas son truc. Vanden Borre : J'étais heureux avec ma famille avec mes potes d'enfance, je ne voyais pas pourquoi changer. Vanden Borre : Oui je crois. Les gens se sont fait une mauvaise image de moi. Vanden Borre : Je ne comprenais pas pourquoi on pensait ça de moi. Mboyo : Il faut aussi rappeler qu'il n'avait que 16 ans ! On voulait qu'il se comporte déjà comme un adulte. Dites-moi le nombre de jeunes qui réussiraient à garder les pieds sur terre à cet âge-là ? Quand on parle de moi, on dit que je suis un jeune alors qu'Anthony, il fait déjà partie des meubles. Et pourtant on a le même âge. Ce n'est pas très logique. Romelu Lukaku est désormais encadré, et s'il fait une connerie, on lui pardonnera. Anthony, on lui tombait dessus. Si Romelu réussit, c'est notamment grâce aux erreurs commises avec Anthony. Mboyo : Quand on parle d'Anthony, on le décrit comme un voyou. Alors qu'il avait une vie tout à fait normale, avec une famille derrière lui. Je me rappelle que son père nous accompagnait partout. Il était parfaitement entouré. Peut-être qu'il a fréquenté des gens d'un certain milieu à un moment, moi j'ai eu des problèmes, mais lui n'en a jamais eus. Anthony est un passionné de foot, je le suis aussi, sans cette passion, on n'aurait peut-être pas réussi, car il y avait trop de trucs à côté qui auraient pu nous faire décrocher. Mboyo : C'est toujours ce regard des gens... Il y a pas longtemps, un journaliste du Het Laatste Nieuws m'avait tué dans un papier. Il m'a appelé après pour une interview, je la lui ai accordée. Quand on s'est rencontré, il était surpris, il s'attendait à voir quelqu'un de bizarre. C'est le regard des gens qui est difficile à changer. Vanden Borre : Si tu quittes Anderlecht et que tu vas à l'étranger, c'est logique que tu gagnes plus. Ce n'est pas moi qui ai inventé le système. Vanden Borre : Tout le monde a l'impression que je suis parti très tôt de Belgique mais j'avais déjà trois titres de champion en poche, quelques matches en Ligue des Champions, et en équipe nationale. C'était le bon moment de partir pour moi et pour Anderlecht. La presse n'arrêtait pas de me matraquer. A l'étranger, j'ai pas perdu mon temps, j'ai évolué même. Vous vouliez que je continue à jouer à Anderlecht et gagner huit titres ? Vanden Borre : Je suis peut-être parti, aussi, pour obtenir cette maturité que je n'aurais pas acquise à Anderlecht. J'avais le sentiment d'avoir fait le tour du propriétaire. Et j'avais besoin d'intégrer un milieu beaucoup plus pro. Vanden Borre : Non. A cette époque, le club ne savait pas comment travailler avec les jeunes. Avec la presse par exemple, ils ne m'ont jamais protégé, on m'a jeté dans l'arène. Ils se sont dit que si avec Kompany, tout avait bien fonctionné ; ce ne devrait pas être différent avec moi. Mais on n'est pas tous comme Vincent. Mboyo : Faut préciser que Vincent, il était différent de beaucoup de jeunes, il est très spécial. A 16 ans, c'était déjà un adulte. Quand on avait 9, 10 ans, on faisait les cons, lui ne jouait jamais avec nous. Vanden Borre : Il a cette maturité depuis très petit. Mboyo : Tapez Kompany sur Youtube, il y a une vidéo où il est gosse et où il commente le transfert de Strupar ( il rit). Vanden Borre : Aujourd'hui, on en rigole mais moi j'en ai souffert. Je ne comprenais pas pourquoi la presse s'acharnait sur moi. On critiquait par exemple le fait que je mette des casques pour écouter ma musique. Dites-moi qui ne met pas de casque aujourd'hui ? Regardez les cheveux de Pelé. Si à l'époque j'avais porté ça ( il rit). Vanden Borre : Non, parce que j'ai toujours su ce que je signais. La Fiorentina, c'était mon choix. Après mes quatre mois passés là-bas durant lesquels j'ai connu des problèmes privés, avec la perte de ma mère, ils m'ont très bien fait comprendre que je devais aller voir ailleurs. T'as la pression de tous ces dirigeants, de tous ces mafieux. Et donc tu obéis... Vanden Borre : Mon seul objectif, c'était de quitter l'Italie. Et comme les dirigeants de Genoa ont voulu m'envoyer à l'Hapoel, j'y ai été. Ce club jouait quand même la Ligue des Champions. Et quand je suis arrivé là-bas, j'ai compris que c'était un arrangement entre clubs, je n'ai pas voulu signer, ce qui n'a évidemment pas plu aux Italiens. Mboyo : Précise aussi que le président israélien t'as donné une feuille et t'as proposé d'inscrire ce que tu voulais gagner. C'est la preuve qu'Anthony n'est pas obsédé par l'argent. Je connais beaucoup de joueurs qui auraient signé là-bas. Lui a préféré se relancer à Genk. Vanden Borre : J'ai parlé de Genk à mes amis, dont Pelé, et ils m'ont dit que ce club était la solution idéale. Mboyo : J'aurais pu dire à Anthony :- Reste à Tel-Aviv, prends tes millions. Mais pourquoi ? Pour aller s'enterrer ? Je lui ai dit que Genk, c'était un bon club pour se relancer. Ce qu'Anthony a parcouru entre 16 et 23 ans, ce n'est que du bonus. J'ai son âge et par rapport à lui, je n'ai rien connu. Plein de joueurs qu'on met en avant en Belgique n'ont jamais fréquenté les joueurs que lui a connus. Alors en définitive, et connaissant ses qualités, c'est reculer pour mieux sauter. Vanden Borre : Exactement. S'il n'est pas à Genk, je ne reviens jamais. Il me connait parfaitement. Tout le monde revient sans cesse sur l'embrouille qu'on a eue à Anderlecht. C'est ridicule. C'est une embrouille comme on peut en avoir entre frères. Quand je lui ai parlé, il a compris directement ma situation. C'est comme s'il avait proposé de m'aider... Mboyo : Bien sûr. Je pouvais rester, j'avais un contrat jusqu'en 2013. Mais je voulais partir. A Charleroi, je savais très bien que l'environnement ne me convenait pas. Mboyo : C'est difficile de s'épanouir là-bas... Vous savez très bien pourquoi. J'en ai discuté avec mon frère Hervé, il était convaincu qu'un club flamand, posé, sans trop de pression médiatique, serait parfait pour moi. Et quand j'ai débarqué à Courtrai, j'avais un plan, j'avais un mois de préparation pour prouver mes qualités. Pour l'instant ça se passe bien mais je suis encore très loin d'être arrivé, il faut confirmer. Mboyo : Au Sporting, je n'arrivais pas à m'intégrer dans l'équipe qui était en place. Je n'arrivais pas à mettre mes qualités au service de l'équipe et réciproquement. C'est comme Habibou. Il prenait des cartons rouges, il devenait violent, il était frustré. Mboyo : Oui. Même si du talent, il y en avait. Théréau est par exemple titulaire à Chievo. Habibou marche fort avec Zulte. Si on refait l'équipe de l'an dernier avec Guédioura, Christ, et ceux que je viens de citer, on voit qu'il y avait du potentiel. Mais tous ces joueurs étaient similaires, au niveau du jeu, du comportement. Mboyo : Ce n'est pas ça. C'était beaucoup de joueurs gratuits : si t'es gratuit à 24, 25 ans, c'est qu'il y a un problème chez le joueur... de discipline ou de qualité, mais en tous les cas, il y a un problème quelque part. Et l'addition de ces joueurs, le mélange ne fonctionnait pas. THOMAS BRICMONT - PHOTOS: REPORTERS/ GOUVERNEUR" Mon milieu ? C'est pas celui dont Van Holsbeeck est issu par exemple. " (Vanden Borre) " Si Lukaku réussit, c'est notamment grâce aux erreurs commises avec Anthony. " (Pelé)