A 7heures 45, la lumière s'allume à Dormaal. Une demi-heure plus tard, contre toute attente, c'est Monsieur qui nous ouvre la porte. Quoi, Danny Boffin est déjà levé? "Il le fallait bien, je devais ouvrir la porte aux couvreurs", explique-t-il, avec une tête qui laisse à penser qu'il serait bien resté au lit. "La propriétaire fait rénover la maison, dans laquelle elle emménage le 1e février. J'espère que la nôtre sera prête à temps. Le délai est court mais mon beau-frère est entrepreneur, heureusement".
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A 7heures 45, la lumière s'allume à Dormaal. Une demi-heure plus tard, contre toute attente, c'est Monsieur qui nous ouvre la porte. Quoi, Danny Boffin est déjà levé? "Il le fallait bien, je devais ouvrir la porte aux couvreurs", explique-t-il, avec une tête qui laisse à penser qu'il serait bien resté au lit. "La propriétaire fait rénover la maison, dans laquelle elle emménage le 1e février. J'espère que la nôtre sera prête à temps. Le délai est court mais mon beau-frère est entrepreneur, heureusement". A table, avec Danny, Alyssa (10 ans) et Yentl (6 ans). Marie-Christine s'affaire. Danny mange des tartines au choco. "Deux chaque matin avec du choco ou de la confiture, parfois un yoghourt, des corn flakes ou du müesli". Il boit du lait ou du jus d'orange. "Jamais de café, à part une tasse au club, le matin, mais jamais le jour du match". Histoires de pigeonsMarie-Christine conduit les enfants à l'école et ramène Het Belang van Limburg. A la une du sport, Désiré Mbonabucya révèle sa passion pour les pigeons. Un hooligan tabasse le gardien. "Aïe". Une reprise de Bruno Versavel : - Je ne suis pas encore usé. Danny explique: "Il y a deux mois, nous avons dîné ensemble. Il est resté semblable à lui-même mais il a grossi". A la page suivante, Versavel déclare: - Ce que Boffin fait, je peux le faire aussi. "Alors, que fait-il en Promotion? Tout le monde peut réaliser un exploit mais conserver son niveau toute une saison est plus difficile. Bruno a toujours été bourré de qualités mais il a pris de mauvaises décisions à certains moments. Je pense pouvoir apporter plus que Bruno. Je me soigne mieux. Je ne consomme pas d'alcool et je dors plus". Danny Boffin a 37 ans: "Mon succès est lié à ma position et à la façon dont je peux jouer ici, grâce à l'entraîneur et à mes coéquipiers. Jusque-là, j'avais toujours eu l'impression de ne pas être en mesure de m'exprimer pleinement, de ne pas pouvoir jouer comme je l'aurais voulu. A Metz, la première saison, j'ai joué dans l'axe mais ce n'était pas comme ici. La saison passée, des gens du club ont dit que si je jouais aussi bien, c'était pour être repris pour le Mondial. D'après eux, cette saison allait être moins bonne. Or, elle semble meilleure encore. Je suis heureux de les avoir convaincus.La saison passée, j'étais aligné sur le flanc mais je n'y restais pas. Personne ne me faisait de remarque puisque ça marchait. Cette saison, lors du premier match, au GBA, je n'en ai pas touché une à gauche. Je me sentais mal dans ma peau. Le club l'a remarqué. J'ai eu une conversation avec Guy Mangelschots puis avec lui et l'entraîneur. J'ai alors obtenu ma chance dans l'axe". Il est temps de s'entraîner. "Et moi, je vais nettoyer", lance Marie-Christine. "A 11 heures, je vais au fitness".Une histoire de SoulierDans la salle des joueurs, Danny montre un titre du Belang van Limburg: Un pigeon de 12 ans volé à Blukke. Désiré Mbonabucya entre. "Hé, pigeon". Le voilà accusé du vol. Dusan Belic observe la photo de Désiré tenant un pigeon et s'enquiert: "C'est pour mettre dans la soupe?" Le groupe s'engouffre dans plusieurs autos. Il s'entraîne au terrain de la piscine communale. Danny a plus fière allure en match. Un de ses tirs file même vers la ligne de touche. Il est sans doute mal éveillé. Après la séance, il mange un bout au bar de la piscine, avec Peter Voets, Wouter Vrancken, Robbie Dello et Benny Liebens, le responsable du matériel. Voets : "Lors de son arrivée à St-Trond, nous nous sommes demandé ce qu'il venait faire ici. Allait-il jouer le chef?...Quand on a dit qu'il voulait mon brassard, j'ai répondu: - Donne-moi 100.000 francs... (hilarité générale). La direction aurait pu trancher mais je pense que les joueurs m'auraient soutenu". Boffin : "Je n'ai jamais entrepris de démarche en ce sens mais Peter s'est blessé, nous sommes restés invaincus sept matches et on a dit: - Nous ne perdons plus depuis que Danny est capitaine. J'ai répondu: - Je vais le porter un an et nous serons champions! Voilà ce qui s'est passé". Voets : "Je pense qu'il s'est incliné. Nous n'avons pas eu de problème jusqu'à présent".Liebens : "Nous avons deux capitaines mais un seul porte le brassard. Jamais je n'ai connu d'aussi bon groupe que celui-ci". Vrancken : "Il est très soudé et l'équipe est aussi bien rôdée".Voets : "Danny émerge, ce qui est normal. Je lui tire mon chapeau et j'espère de tout coeur qu'il remportera le Soulier d'Or". Vrancken : "Pour ses performances de toute une année et pour sa carrière mais Simons aura peut-être un avantage: avoir joué au Mondial". Voets : "Je ne pense pas que ce soit décisif. Pour moi, de toute façon, l'homme de l'année au Club, c'est Englebert". Dello : "Simons a encore tout l'avenir devant lui. Il est régulier. Boffin aussi mais en plus, il émerge du lot. Si je devais voter..." Vrancken : "Simons est plutôt défensif. Boffin a souvent fait la différence. Sa tâche est plus difficile". Voets : "Quand a eu lieu le premier vote?" Boffin : "Après notre victoire 5-3 contre Bruges (éclats de rire)".Vrancken : "Alors, il a un léger avantage sur Simons". Liebens : "A cette période, Danny a terminé premier au classement des totaux de Sport/Foot Magazine". Boffin : "A ce moment, nous avons aussi battu Anderlecht au Parc Astrid et jamais St-Trond n'avait gagné autant de points". Voets : "Arrêtez: Danny doit faire sa sieste de trois heures..."La siesteEn route vers son domicile, Danny commente: "Tout le monde me glisse dans le rôle de favori, on dit que je suis en tête de tous les referendums, que la victoire ne peut m'échapper, etc. Alors, je commence à y penser et je me dis que les gens ont peut-être raison. Dès que je m'ôte ça de la tête, il se trouve quelqu'un pour m'en parler. Partout, où que j'aille, on me dit que je mérite le Soulier d'Or et que je vais le gagner. Je voulais rester à la maison le soir de l'élection mais le club m'a fait comprendre que je devais y aller. Je m'exécuterai. Pourtant, je ne sais pas comment je réagirais en cas de contrecoup".Une heure et demie. L'heure de la sieste. "Mon corps en a besoin car je dépense énormément d'énergie. En plus, notre calendrier est chargé, les terrains s'alourdissent, c'est l'hiver, il fait froid"."Si je ne le réveille pas, il dormira jusqu'à 18 heures", rit Marie-Christine, pendant que le photographe borde Danny. "Il en a vraiment besoin. Il a toujours été une marmotte. D'ailleurs, quand il n'est pas reposé, on le remarque tout de suite. S'il est toujours dans une telle forme à son âge, c'est parce qu'il s'est toujours bien soigné, qu'il surveille son alimentation, consomme peu de sauces, ne fume pas, boit rarement et se repose beaucoup. Il dort 13 heures par jour. De 23 heures à neuf heures, normalement, et environ trois heures l'après-midi. S'il s'entraîne deux fois, il revient à quatre heures et demie et plonge dans son lit jusqu'à l'heure du souper, à six heures trente. Je le laisse se reposer, oui. Il ne fait pas grand-chose dans le ménage, pas plus que les enfants, car avec l'école et tout ça... Danny n'a pas de patience. Nos enfants ont des problèmes en calcul et je m'en occupe beaucoup".Perchée sur l'accoudoir du sofa, Marie-Christine s'étonne du succès actuel de Danny. "Quand il a signé à St-Trond, je me suis dit que c'était sans doute la fin de sa carrière. J'aurais souhaité qu'il évolue un cran plus haut, car il en avait la possibilité. Lors du mois que j'ai passé seule à Metz, Marseille, le Standard et La Gantoise ont téléphoné. Trop tard: Danny avait déjà trouvé un accord avec le STVV. Il se sent chez lui ici et joue en confiance, surtout depuis qu'il évolue derrière les attaquants, à la place qu'il convoitait. Après le premier match, au GBA, j'ai vu que quelque chose n'allait pas. Je l'ai interrogé car s'il est sensible et émotionnel, il est aussi renfermé. Il m'a répondu: - Je rends mon maillot si je dois passer toute la saison à gauche. A mon âge, parcourir tout le flanc pendant 90 minutes, ça ne va plus. Depuis qu'il a glissé vers l'intérieur, il tourne mieux, comme l'équipe. Il est libéré". Manque d'assuranceMarie-Christine: "Danny a toujours douté de lui, surtout en équipe nationale. Il ne croit pas assez en lui. Il est toujours un peu crispé, l'air perdu. Par peur de mal faire. Il n'ose pas assez. Si Danny croyait davantage en ses moyens, il égalerait Bart Goor, qui ne manque pas d'assurance. Si Danny a d'abord refusé d'assister au Soulier d'Or, c'est aussi par peur. Si le résultat est négatif, les gens vont encore faire des remarques... Il a aussi le sentiment de le mériter, enfin, après avoir tellement travaillé. D'autres sont plus cool, je pense, mais Danny est plus sévère envers lui-même qu'à l'égard des autres. J'estime que si Danny terminait deuxième, il ne devrait pas considérer ça comme un échec mais être fier de son classement. On en parle beaucoup pour le moment, naturellement. Tout le monde me dit qu'il va remporter le Soulier d'Or mais je n'en suis pas si sûre. Nous devons rester très réalistes, tous les deux, car... être porté aux nues et ne rien recevoir en définitive... La déception n'en serait que plus grande. D'après moi, Danny gère bien la situation. Il sait que la saison passée, il n'était même pas dans les dix premiers. Parfois, Danny a le sentiment de ne pas faire partie des élus, que Wesley Sonck ou Marc Degryse, par exemple, sont mieux vus par la presse que lui. Toutefois, les commentaires sont excellents. Il remarque qu'on ne le juge plus seulement comme un bon coureur mais qu'on reconnaît enfin ses qualités footballistiques. Ici, Danny est maintenant délivré de ses complexes. A Metz aussi, au début, puis la situation a changé. Le club a revu ses ambitions à la baisse, Danny a été moins bien entouré, l'ambiance s'est dégradée. Il a toujours été brave, il a tout gardé pour lui jusqu'au moment où il a explosé. J'étais dans la tribune quand il a fait deux doigts d'honneur. J'ai été stupéfaite. Comme si on avait vidé un seau d'eau sur moi. Je me suis demandé ce qu'il faisait. Ce n'était pas possible... C'était mon anniversaire. Je ne l'oublierai jamais. éa n'allait plus, le public a commencé à siffler et à traiter Danny de tous les noms. C'était la goutte de trop".Un chantierMarie-Christine va chercher les enfants à l'école. Ensuite, elle doit conduire Yentl chez le médecin, à Hasselt. Avant, elle passera à Binderveld, pour inspecter le chantier. Les portes et les fenêtres sont placées, l'électricité est installée mais pas la cuisine ni la salle de bains. Il faut encore tout carreler. La grande piscine est encore à l'état de chantier mais ce n'est pas aussi urgent. "Nous devons être installés à la mi-janvier. Dans moins de deux mois. Nous y arriverons. Il le faut bien. Cette semaine, on va carreler la cuisine. Les autres pavés ne sont pas encore arrivés. On installe la cuisine la semaine prochaine,c'est déjà ça".A quatre heures, Danny se lève. Après une séance photo avec Jako, il allume la télévision. VT4. Boys Meet World. The Simpsons. Marie-Christine et les enfants reviennent à cinq heures et demie. Après le souper, Danny se réinstalle devant la TV et zappe. Marie-Christine aide Alyssa et Yentl à faire leurs devoirs, puis leur toilette, et les met au lit. Ensuite, en compagnie de Danny, elle regarde le film The Other Sister, sur VT4, mais pas jusqu'à la fin. Ils vont au lit vers 23 heures. Danny dormira jusqu'à midi quart, jusqu'à ce que Marie-Christine l'éveille. Christian Vandenabeele"Danny a toujours douté de lui" (sa femme)"Tout le monde me voit gagner le Soulier d'Or"