À force de déambuler dans les rues de cette ville dont il doit dessiner le futur, Bas Smets est devenu un spécialiste du Pays Noir. Et quand il doit raconter le Charleroi d'aujourd'hui au journal économique L'Écho, l'architecte-paysagiste utilise une comparaison surprenante : " Charleroi, c'est un peu comme Los Angeles. " Pas question d'Hollywood ou de Beverly Hills, mais bien d'une " ville construite sans concertation, et aménagée au gré des chaos de l'histoire. "
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À force de déambuler dans les rues de cette ville dont il doit dessiner le futur, Bas Smets est devenu un spécialiste du Pays Noir. Et quand il doit raconter le Charleroi d'aujourd'hui au journal économique L'Écho, l'architecte-paysagiste utilise une comparaison surprenante : " Charleroi, c'est un peu comme Los Angeles. " Pas question d'Hollywood ou de Beverly Hills, mais bien d'une " ville construite sans concertation, et aménagée au gré des chaos de l'histoire. " Parce qu'un club est souvent à l'image de sa ville, le Sporting carolo a longtemps levé l'ancre sans véritable but, juste pour le plaisir de naviguer une fois de plus. Jusqu'à ce que Mehdi Bayat décide de sortir une carte et une boussole pour tracer les grandes lignes qui doivent mener les Zèbres vers leur futur. " Notre but, c'est d'un jour concurrencer cette suprématie du Standard en Wallonie ", nous expliquait en fin de saison dernière celui qui a rapidement mis le doigt sur ce qui ne fonctionnait pas quand il a pris les rênes du club avec Fabien Debecq à la fin de l'année 2012 : " Ce qui a toujours manqué à Charleroi, c'est une vision. Avant, on vivait au jour le jour sans une idée pour faire grandir le club. " C'est la genèse du fameux projet Carolos are back, qui entraîne déjà de premières moqueries quelques mois plus tard quand Mario Notaro, l'éternel adjoint, succède à un Luka Peruzovic qui venait à peine de reprendre une équipe abandonnée par le tout jeune Yannick Ferrera. Trois entraîneurs en une saison, la moyenne respecte celle des années Abbas Bayat, qui a " consommé " 22 coaches en treize années passées à la tête du Sporting. La différence, c'est que Mehdi Bayat a un plan. Il le crie d'ailleurs sur tous les toits, expliquant à la presse les détails de son fameux " projet 3-6-9 " qui écrit le futur à court, moyen et long terme de son Charleroi. Le projet mêle ambition et humilité, à l'image d'un club qui fait alors des travaux pour rabaisser les tribunes de son stade tout en convainquant Neeskens Kebano de signer en lui racontant que l'objectif est d'atteindre les play-offs 1 endéans les trois ans. Rassuré par le maintien acquis par Yannick Ferrera, Mehdi se met alors en quête de l'entraîneur qui devra mener à bien la première étape - et plus si affinités - de son fameux plan. Peruzovic s'écarte lui-même de la liste des candidats en abandonnant l'équipe avant la fin de la saison, et le cadet des Bayat commence alors ses entretiens. La piste Hein Vanhaezebrouck est envisagée, preuve que Charleroi est en quête d'un coach de projet, mais s'avère rapidement trop onéreuse pour un club qui ne veut pas que ses ambitions mettent à mal une trésorerie fragile. " J'ai parlé avec six ou sept candidats, et j'en ai retenu deux ou trois ", confie alors l'administrateur délégué du Sporting à la presse. Et d'ajouter que " le prochain coach signera un contrat de trois ans, car c'est la durée de la prochaine étape de notre projet ". Felice Mazzù signe finalement un contrat à durée indéterminée, mais Mehdi rappelle que " nous partons sur une base de trois saisons pour mettre en place notre projet sportif ". Mazzù, dont c'est la première expérience en D1, cadre à merveille avec le slogan " Carolos are back ", puisqu'il raconte rapidement qu'il est né à une centaine de mètres du stade et qu'il a passé sa jeunesse à rêver dans les travées du Mambour. Le coming-man est préféré à Jacky Mathijssen, dernier coach à succès du Sporting, que Mehdi Bayat appellera personnellement pour lui annoncer les raisons de son choix. " Je n'aime pas l'idée de vouloir faire du neuf avec du vieux ", expliquera l'homme fort des Zèbres pour justifier la préséance accordée à Mazzù. Le timing est étonnant, dans le chef d'un club où la reprise des entraînements sans connaître l'identité du futur T1 était devenue une routine. Cette fois, Mehdi peut même s'offrir le luxe de présenter son nouvel entraîneur le 6 mai, alors que les Zèbres accueillent Malines pour leur dernière rencontre à domicile de la saison. Ovationné par le Mambour, Felice Mazzù commence son travail avec un staff composé de Mario Notaro, Michel Iannacone (entraîneur des gardiens) et Philippe Simonin (préparateur physique). Plus de trois ans plus tard, même si Simonin a cédé momentanément sa place à Frédéric Renotte avant de faire son retour cet été, c'est le même trio qui accompagne le travail du coach carolo. Aujourd'hui, seul Francky Dury est à la tête de son club depuis plus longtemps que Mazzù en Pro League. Zulte Waregem est d'ailleurs souvent cité en exemple par Mehdi Bayat, qui a décidé voici plusieurs années de calquer sa politique du recrutement sur celle du Essevee : " Conserver nos cadres et recruter des jeunes de manière ciblée. " Au club, l'arrivée de Felice Mazzù est le véritable coup d'envoi du projet sportif carolo. Rapidement, le coach et Mehdi travaillent en concertation pour la constitution du noyau, écartant le " conseiller sportif " Luka Peruzovic de la table où se prennent les décisions. " Je n'aurais pas pu travailler avec lui comme a dû le faire Yannick Ferrera ", explique alors le nouveau coach. " Avec tout le respect que j'ai pour sa carrière, je suis le seul à prendre des décisions en tant que coach. " C'est d'ailleurs Mazzù qui choisit, très tôt, de préférer les Pays-Bas au soleil de Chypre pour le traditionnel stage d'avant-saison. " Cela permet aussi de renforcer ce virage plus local que prend le club ", justifie Felice, qui se montre directement impliqué corps et âme dans le projet. Il demande, notamment, que les équipes de jeunes du club pratiquent la zone sur phase arrêtée, et qu'elles jouent dans la même disposition tactique que l'équipe première. " Son rôle est presque celui d'un manager à l'anglaise ", décrit un Mehdi Bayat qui affirme que " tous les choix au niveau du recrutement se font en concertation avec Felice Mazzù. " Javier Martos, alors présent à Charleroi depuis plusieurs années, ressent une nouvelle harmonie au Pays Noir : " On a senti le changement à l'arrivée de Felice Mazzù, parce que le même message était transmis par tout le monde, que ce soit dans le vestiaire ou au niveau de la direction. " Dès le stage chez nos voisins du nord, Mazzù reprend la formule du " Conseil des sages " déjà en vigueur dans le vestiaire carolo en y ajoutant deux nouveaux membres. Francis N'Ganga et David Pollet rejoignent Danijel Milicevic, Onur Kaya, Javier Martos, Giuseppe Rossini et Ederson dans ce groupe que le coach réunit une fois par mois. Comme il l'a toujours fait dans les clubs où il est passé, le Carolo s'entoure ainsi des " tauliers " du vestiaire. " Il me faut des gens d'expérience, qui oseront aller à l'encontre d'une de mes propositions ", justifie Mazzù, qui s'offre par la même occasion le soutien indéfectible des têtes pensantes de son noyau. Aujourd'hui, Nicolas Penneteau ou Damien Marcq ont rejoint ce petit comité qui n'hésite pas à signaler au coach quand un joueur est envahi par les doutes ou semble s'écarter de la ligne tracée par le projet carolo. Ils sont, en quelque sorte, les relais et les garants de la philosophie du club. " Quand un nouveau joueur débarque dans le vestiaire, il comprend vite que tout le monde est impliqué dans ce projet ", raconte le capitaine Martos. Pour pérenniser sa vision, et la laisser en phase avec le quotidien zébré, Mehdi Bayat ne ménage pas non plus ses efforts. Lors de chaque stage - et donc deux fois par saison - l'administrateur délégué rencontre tous les joueurs du noyau " pour leur réexpliquer le projet du club et les écouter. " Il prend également la peine de rencontrer chaque nouvelle recrue potentielle en compagnie de son entraîneur pour lui présenter les détails de son fameux plan. " Il m'a présenté un projet, sa volonté est d'installer à terme Charleroi parmi les bonnes équipes du championnat de Belgique ", expliquera ainsi Nicolas Penneteau quelques semaines après son arrivée au Mambour. " Nous n'avons pas l'arme financière. C'est pour ça que le projet est tellement important ", détaille Mehdi Bayat pour justifier cette approche. Charleroi a bouclé ce mois d'août en tête du championnat. Avec, à sa tête, un entraîneur qui vient d'entamer sa quatrième saison au Pays Noir, tutoyant de plus en plus un record de longévité qui date des années cinquante. Invité sur le plateau de la RTBF, Mehdi Bayat re-connaît qu'au Mambour, " on a photographié le classement juste après le match contre Eupen, parce qu'on pensait qu'on ne serait là que pour quelques heures. " L'homme fort du club se réjouit, évidemment : " Aujourd'hui, ce qui était une vision à long terme dans le passé devient du concret. " Face aux transferts pleins d'ambition de concurrents comme Ostende ou Zulte Waregem, Charleroi a pourtant dû composer avec les départs de Jérémy Perbet et de Dieumerci Ndongala. La force du club semble résider dans les automatismes d'un noyau qui finit par se connaître par coeur. " Quand je suis arrivé ici, le mot stabilité n'existait pas dans le dictionnaire de Charleroi ", nous racontait récemment Javier Martos. " Et maintenant, si on devait définir le club, ce serait sans doute le mot qu'on utiliserait. " Le succès en bon père de famille des Carolos est aujourd'hui salué par la plupart des dirigeants du Royaume. " J'ai l'impression que l'humilité de ce projet est quelque chose dans lequel le peuple se reconnaît ", analyse Mehdi Bayat, qui a tracé un plan ambitieux en conservant des objectifs accessibles, parce que " se comparer au Real ou à Manchester United, ça n'aurait pas de sens. " Charleroi ne s'enflamme pas. L'an dernier, après avoir manqué les play-offs 1 en toute fin de phase classique, la direction est descendue dans le vestiaire pour expliquer sereinement aux joueurs que cet " échec " n'entravait pas la progression du projet. Les Zèbres voient loin. Plus loin qu'une première place à la fin du mois d'août. PAR GUILLAUME GAUTIER - PHOTOS BELGAIMAGE" Quand je suis arrivé ici, le mot stabilité n'existait pas dans le dictionnaire de Charleroi. " JAVIER MARTOS