A en croire la presse et l'opinion publique, ce serait donc une bombe : l'annonce du contrôle positif de Floyd Landis a sismiquement ahuri, comme si ce fut la der des der à laquelle le monde de la petite reine eût pu s'attendre ! Bof. Moi, ça m'a fait l'effet d'un pétard mouillé : mis à part que le sans-doute-dopé était 1er d'une grande épreuve plutôt que 2e ou 128e, ça ne fait jamais qu'un pédaleur supplémentaire, coincé pour avoir slalomé maladroitement dans la jungle des adjuvants licites et illicites...
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A en croire la presse et l'opinion publique, ce serait donc une bombe : l'annonce du contrôle positif de Floyd Landis a sismiquement ahuri, comme si ce fut la der des der à laquelle le monde de la petite reine eût pu s'attendre ! Bof. Moi, ça m'a fait l'effet d'un pétard mouillé : mis à part que le sans-doute-dopé était 1er d'une grande épreuve plutôt que 2e ou 128e, ça ne fait jamais qu'un pédaleur supplémentaire, coincé pour avoir slalomé maladroitement dans la jungle des adjuvants licites et illicites... Lors de la parution en 2000 de Secret défonce : ma vérité sur le dopage, j'avais entendu cette réflexion d' Erwann Menthéour (ex-pro, tentant aujourd'hui de se re... cycler dans la chanson). " La désacralisation du dopage est une culture dans le milieu cycliste ". Cela signifiait que le sentiment de culpabilité - qu'on pourrait imaginer lié à cette tricherie lorsqu'on la pratique - n'existe plus depuis fameuse lurette chez les pros de la pédale : le dopage y est monnaie courante au point d'avoir cessé d'être un péché ! Ce qu'on peut relier à cette réflexion de Jean-Pierre de Mondenard, toubib-à-bouquins célèbre dans le milieu : " On n'imagine jamais que l'autre est plus fort, mais qu'il a un meilleur truc dopant ". Si ç'avait été une bombe, une vraie grosse tendance/Hiroshima, elle impliquerait du temps pour se remettre des dégâts. Elle impliquerait par exemple (et pour l'exemple !) que les télévisions (au moins celles de service public, censées fonctionner avec notre fric et des valeurs...) fassent demain black-out sur le Tour de France. Qu'elles arrêtent les frais, n'achètent pas les droits de diffusion et tiennent à peu près ce langage : Too much is too much ! Y'en a marre d'être les dindons ! Dans le doute abstiens-toi ! Pause santé ! Géants de la Dope, z'avez 10 ans pour redevenir clean avant qu'on en reparle ! "Mais ça n'arrivera ni ailleurs, ni chez nous : RodrigoBenkens and Co seront au départ du Tour 2007, tandis que nos huiles politiques continueront de gesticuler pour que les Géants de la Route signent des autographes en faisant halte dans la commune de leur maïorat. Ceci pour preuve que les pipis filous de Landis n'ont pas fait l'effet d'une véritable bombe : juste une petite bombette pour nous distraire, dans la torpeur de juillet... Je vous vois venir : Jeunejean casse du sucre sur le cyclisme, alors que le foot est pourri tout autant ! Bon, j'explique. Un : l'homme est tricheur dans l'âme s'il en a une, et le sportif est un homme comme les autres. Deux : question propension globale à tricher, le foot et ses magouilles n'ont rien à envier au cyclisme : le foot est même pire quant à l'indécence des montagnes de pognon que ça engendre. Mais trois : pour ce qui est de cette forme particulière de triche qu'est le dopage (la pire : parce qu'elle dénie la valeur/santé de la pratique sportive, parce qu'elle s'attaque à la vie même et peut la bousiller !), je persiste à croire que le foot, quoi qu'atteint sérieusement, l'est moins que le vélo et depuis moins de temps. Pas parce que les footballeurs seraient, miraculeusement, restés plus longtemps de chics types ! Parce qu'en cyclisme, le physique est quasi le seul paramètre de réussite : tu bats l'autre si ton corps pédale plus vite, plus fort, plus longtemps ; t'améliorer = améliorer la puissance de ton corps, point final. Avant, fallait aussi être un peu malin, ça s'appelait le sens de la course : mais depuis qu'il y a les oreillettes, y'a même plus besoin, tu n'as qu'à obéir à ton dirlo technique... En foot au contraire, le physique est un paramètre de réussite important, mais n'est pas le seul : l'habileté, la créativité, l'intelligence de jeu, voire la maîtrise de ses nerfs interviennent davantage qu'en pédalant. En cyclisme, si tu ne suis pas le mouvement de dope, tu es moins fort ; en foot, tu peux ne pas le suivre mais tenir ton rang via d'autres atouts... Voilà. Ceci dit, vu que l'adversaire en foot s'avère fréquemment d'habileté, intelligence et créativité équivalentes, la dope y est aussi susceptible de faire la différence ! Je vous conseille à ce propos Le milieu du terrain, bouquin que vient d'écrire Denis Robert, passant en revue toutes les saloperies contemporaines qui ne font pas du foot un sport reluisant. L'auteur compare par exemple des bouilles de footballeurs à 10 ans d'intervalle, pour y constater de curieux épaississements maxillaires : paraîtrait que les hormones de croissance agrandissent les mâchoires au point que c'en est parfois flagrant ! Si vous tombez sur des photos significatives, on les rassemblera pour faire une expo. par bernard jeunejean