Vous pensiez que Big Brother constituait le pire en matière de reality-show? C'est sans compter avec les chaînes commerciales japonaises.
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Vous pensiez que Big Brother constituait le pire en matière de reality-show? C'est sans compter avec les chaînes commerciales japonaises. Que pensez-vous du menu du Nouvel-An? Un programmme complet, de 21 h à 24 h, avec les thèmes suivants.Un: un would-be japonais, artiste ukelele, qui jure de divorcer s'il n'attire pas 10.000 spectateurs à son roadshow en cinq parties. Evidemment, le dénouement a lieu en direct, à minuit, avec moult larmes s'il atteint le cap des 13.000, y compris les 8.000 personnes du concert final. Deux: un groupe de six Japonais doit reconstruire une route au Cambodge, sans le moindre outil, sachant que pour chaque kilomètre réparé, ils ne reçoivent que 90 euros de nourriture. Même au Cambodge, on ne va pas loin avec ça. Un truc de fous.Trois: Des Japonais de 20 ans doivent trouver la femme dotée des plus gros seins. Le premier va aux Etats-Unis, le deuxième en France, le troisième au Pérou. La caméra les suit alors qu'ils épient ce que cachent les t-shirts et qu'ils dégrafent les soutien-gorges. Elle compte les claques qu'ils essuient. Les trois femmes finalement choisies sont conviées au Japon par tv Tokyo pour montrer en direct leurs atouts et les comparer dans le show final. Ecoeurant. Quatre: un concours de bouffe. Trois candidats, de minces Japonais d'une vingtaine d'années, doivent manger dix kilos de riz au curry le plus vite possible. Ça fait à peu près 20 assiettes pleines. Le vainqueur les a avalées en 17 minutes. Bon appétit. Le tout est animé par un trio histérique composé d'un adolescent attardé aux allures de Godzilla et à la voix stridente, d'un écervelé et d'un autre machin.Seul l'étranger se plaintAvant que vous n'exprimiez votre indignation occidentale quant au contenu du programme, je précise que les sponsors de ces programmes sont majoritairement des multinationales américaines et européennes représentées au Japon. Ces mêmes chaînes proposent aussi des films, coupés et taillés sur mesure en fonction du nombre de spots TV vendus. Un film commence à 21h03 et doit s'achever à 23 h. Tant pis s'il faut donc couper plusieurs scènes décisives. Les programmes sportifs sont les pires. L'année dernière, j'ai essayé de suivre le championnat du monde d'athlétisme. Impossible. Avant chaque série du 100 mètres, on introduisait des pubs. Je ratais donc la présentation des athlètes. Pas de résultats des séries ensuite, car il y avait de nouveau un spot. Le direct du 10.000 m a eu le pompon. L'émission a été interrompue alors que les coureurs entamaient les 500 derniers mètres car c'était l'heure du prochain programme. On n'a même pas donné le résultat après. Si par malheur, un Japonais prend part à une épreuve, vous n'avez plus qu'à espérer qu'il la remporte. Sinon, vous ne voyez que ce Japonais, en direct, en ralenti, en close-up, avec une interview avant l'épreuve, un entretien avec sa mère, son institutrice maternelle, une photo de son entraîneur, sa fiancée dans la tribune... Mais pour avoir le résultat de l'épreuve, vous pouvez danser sur votre tête. A moins qu'il ne gagne.Robert Maes