Cela fait maintenant près de trois semaines que le Standard négocie sa reprise. Et tout cela se fait dans un mélange de discrétion, d'opacité, de rumeurs, de guerre d'influence mais également de manipulation. Jusqu'au 15 juin, les Néerlandais de Value8, un fonds d'investissement coté en Bourse, avaient la main après avoir fait une première offre. Ce jour-là, Value8 devait confirmer cette offre en y apportant notamment certaines garanties.
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Cela fait maintenant près de trois semaines que le Standard négocie sa reprise. Et tout cela se fait dans un mélange de discrétion, d'opacité, de rumeurs, de guerre d'influence mais également de manipulation. Jusqu'au 15 juin, les Néerlandais de Value8, un fonds d'investissement coté en Bourse, avaient la main après avoir fait une première offre. Ce jour-là, Value8 devait confirmer cette offre en y apportant notamment certaines garanties. Les Néerlandais avaient lancé un rapport de due diligence (procédure qui vise à faire un état des lieux rapide et certifié d'une société) qui n'était pas terminé pour la date requise. Le 15 juin, Value8 avait certes confirmé son intérêt mais n'avait pas validé son offre, demandant un délai supplémentaire. " Cela ne voulait pas dire que ce fonds d'investissement n'avait pas les moyens de faire une offre. Cela signifiait qu'il n'avait simplement pas encore le feu vert pour valider cette offre car c'est une société cotée en Bourse ", explique un témoin proche du dossier. Mais en demandant un délai, Value8 a perdu son étiquette prioritaire. Depuis jeudi dernier, d'autres repreneurs potentiels peuvent rentrer en piste. Et si c'était ce que Lucien D'Onofrio désirait depuis le début ? Le boss du Standard aurait été pris au dépourvu par l'offre néerlandaise, dénichée par le cabinet d'avocats mandaté par Margarita Louis-Dreyfus. Lucien D'Onofrio avait donné mandat à un autre cabinet d'avocats pour trouver des repreneurs. Si Value8 était une piste qui convenait très bien à la Tsarine, la veuve de Robert Louis-Dreyfus, elle ne faisait clairement pas partie des priorités du vice-président du Standard. Même si Lucien a bien signé un document validant l'entrée en négociation avec Value8, il l'aurait fait du bout des doigts. A l'instar de son patron, tout Liège a donc accueilli avec froideur l'arrivée possible du fonds d'investissement néerlandais. Pendant une semaine, on a donc assisté d'un côté à ce qui pouvait ressembler à une campagne de dénigrement du repreneur hollandais et d'un autre à une tentative de séduction du public liégeois. Peter Paul de Vries a posé avec le maillot du Standard et convoqué la presse pour désamorcer les bombes et montrer une image moderne et ouverte. Le directeur de communication du Standard, Sacha Daout, nie toute tentative de manipulation. " Je ne ferai pas de commentaires sur cette rumeur. J'ai juste dit que le départ de Lucien D'Onofrio était une très mauvaise chose pour le Standard et je remarque que cet avis est partagé par des hommes politiques, des sportifs, des anciens joueurs, des partenaires et des sponsors. " Mais pourquoi faire sortir du bois tous ces gens qui clament haut et fort leur admiration pour un boss qui a bien indiqué qu'il ne continuerait pas son action au Standard en cas de reprise par Value8 ? Bien que le club le nie, trop louer le patron ressemble à une réserve, voire une critique implicite du repreneur et donc de celui qui porte ou défend le projet. Même le directeur commercial, Frédéric Leidgens, a remis de l'huile sur le feu en marquant son inquiétude. " Nos clients sont très méfiants. Ils sont réticents et attendent de voir ce qui va se passer avant de prendre position ", a-t-il déclaré dans Sud Presse. " Ils craignent terriblement l'éventuel départ de Lucien D'Onofrio et s'interrogent sur les intentions réelles de Value8. Certains gros sponsors ont d'ailleurs gelé la situation actuelle en attendant de voir si Lucien allait rester ou non aux commandes, ce qui est très problématique en vue de la prochaine saison. " En tenant ces propos, le directeur commercial a donné une vision alarmiste au lieu de chercher l'apaisement, ce qu'on serait en droit d'attendre en pleine période de négociation. Pourtant, même si au Standard on reconnaît " qu'il a peut-être été un peu loin ", on refuse de parler de manipulation et on préfère " y voir une expression massive de soutien envers Lucien D'Onofrio ". Mais que dire alors de la présence de Sacha Daout à une réunion de supporters à Saint-Georges où, selon la DH, il aurait tenu des propos peu sympathiques envers son propre directeur général, Pierre François. Sur cette réunion, les avis divergent. Daout avoue y avoir été invité, alors que certains supporters, présents à cette réunion, affirment avoir reçu un SMS de Daout les y conviant. " Je reconnais que j'y étais. Mais je nie avoir cassé du sucre sur le dos de Pierre François et cinq présidents de supporters, présents à cette réunion, ont démenti par écrit ces propos ( NDLR : Nous avons bien eu accès à ce démenti). Je tiens d'ailleurs à ajouter que j'ai le plus grand respect pour le travail de Pierre François. " Pourtant, deux supporters présents (de deux groupes différents) à cette réunion reconnaissent que " Daout a affirmé d'une part que Pierre François était un ambitieux mais qu'il avait du respect pour les gens ambitieux et d'autre part qu'il y avait des tensions entre Lucien et lui ". Soit une manière subtile d'insinuer une mésentente entre deux hommes qui continuent pourtant à travailler de concert. " On pensait que Daout nous conviait à cette réunion pour nous dire que la reprise était effective ", ajoute un troisième supporter présent à cette réunion. " Au lieu de cela, il nous a dit que derrière Value8 se cachait un homme qui avait coulé Vitesse Arnhem et que le club n'avait pas assez de capital pour acheter le Standard. Bref, il nous a répété ce qu'on avait pu lire dans Sud Presse. " A cette réunion, Daout aurait sorti un texte de deux pages et demi, un mail reçu par un supporter, et aurait convaincu les groupes de supporters de rédiger un communiqué. Cependant dans celui-ci, les groupes auraient manifesté l'envie de rajouter dans le texte une ligne affirmant " qu'entre la peste et le choléra ( NDLR : Lucien D'Onofrio et Value8), les supporters préféraient garder quelqu'un qui connaissait le club plutôt qu'un inconnu. " Dans le communiqué final, pas de trace de cet amendement. " On ne nous a jamais dit qu'au final, ce communiqué serait pro-Lucien et anti-Pierre François ", peste un supporter. Même si Daout dément cette histoire, elle aura laissé des traces et offre une image d'un Standard déchiré entre plusieurs influences. En étudiant et analysant la proposition Value8, le directeur général du Standard est passé pour l'homme des Néerlandais. Daout et Leidgens ont eux préféré une autre carte, se positionnant en vue d'une promotion. Apparences ou réalités ? Reprise ou pas, il faudra faire le ménage au sein du personnel et il se murmure que le futur patron (que ce soit Value8 ou Lucien D'Onofrio) devra faire des coupes et choisir entre Pierre François d'un côté et Sacha Daout et Frédéric Leidgens de l'autre. Tant que la reprise n'est pas effective, le directeur général a l'avantage d'être particulièrement respecté par la mouvance Louis-Dreyfus. Le directeur de la communication aurait, lui, déjà négocié un retour à la RTBF. Il y dispose d'ailleurs toujours d'un contrat puisqu'il a pris un congé sans solde pour rallier le Standard. Depuis deux semaines, Pierre François, pourtant pointé du doigt, s'est montré très discret. " Lorsqu'on a parlé de l'intérêt de Value8, j'ai simplement confirmé qu'il s'agissait du seul acquéreur déclaré et qu'il bénéficiait d'une exclusivité de négociation jusqu'au 15 juin. "Pourquoi dès lors tirer comme conclusion de ces propos que Pierre François pousse Value8 ? Sans doute parce qu'il n'a pas versé dans la campagne de dénigrement des Néerlandais et qu'il a décidé d'étudier la proposition, se renseignant même, dit-on, du sérieux de ce fonds d'investissement auprès d' Yves Leterme qui avait déjà eu affaire à Value8 dans le cadre de l'affaire Fortis, mais aussi auprès de Bart Vandesompele, le porte-parole de Base dont la maison mère KPNG est hollandaise. Les deux ont attesté du sérieux de Value8. Certes, en cas de reprise de Value8, Pierre François conserverait sa place mais il ne retirerait pas d'autre intérêt personnel puisqu'il n'est pas administrateur et qu'il ne dispose pas d'actions au Standard. Une promotion ? Peut-être même si le directeur général du Standard sait très bien qu'il ne pourra pas s'occuper seul des dossiers sportifs. A peine peut-on envisager, si Lucien part, qu'il doive diriger le club le temps de la nomination d'un directeur sportif. Il aurait alors sans doute pouvoir d'influence sur les Néerlandais qui ne viendraient pas avec leurs hommes. Mais cela est un peu court pour prêter à Pierre François des desseins machiavéliques. Le directeur général du Standard préfère calmer le jeu et se montre compréhensif sur le scepticisme général qui entoure l'arrivée des Néerlandais. " A aucun moment, je n'en garde un sentiment défavorable. Je peux comprendre qu'il y ait une crainte et que les gens soient d'autant plus inquiets qu'on présente la situation comme pouvant déboucher sur le néant. Mon v£u est que cette inquiétude n'ait plus cours. Ce sont les seules choses que je souhaite et que je suis autorisé à dire étant entendu que, par respect pour les supporters et la presse, je ne m'exprimerai dans le détail qu'une fois le dossier finalisé. "Pourquoi finalement tant de suspicion et de haine envers Value8 ? " Qui dit fonds d'investissement dit pognon ", explique un supporter. " De plus, tout le monde a peur que Value8 n'ait pas les reins assez solides. Enfin, mettre le maillot du Standard et dire qu'ils voulaient Michel Preud'homme comme entraîneur, cela ressemblait à de la poudre aux yeux. Mais c'est vrai qu'on ferait mieux de laisser venir les Néerlandais, de leur souhaiter bonne chance et de les juger sur pièces. Après six mois, on aurait su. Il suffit d'un mercato et d'une hausse ou pas du prix des places pour se faire une opinion. " PAR STÉPHANE VANDE VELDE - PHOTOS: REPORTERS" Je peux comprendre l'inquiétude quand on présente la situation comme pouvant déboucher sur le néant. " (Pierre François) " On ferait mieux de laisser venir les Néerlandais et de les juger sur pièces. " (Un supporter)