" Visez la tête de Roger Claessen, si votre centre est bon, ce sera but " : cette phrase, Michel Pavic l'a prononcée mille fois en s'adressant à ses joueurs. Cet entraîneur, que tout le monde a surnommé le Professeur, a eu ses premiers cheveux blancs en pistant Claessen d'un bar à l'autre dans les nuits liégeoises où le play-boy faisait tourner la tête des filles. Le coach serbe paye les taxis pour qu'il rentre à la maison, surveille son appartement, rencontre ses fian...

" Visez la tête de Roger Claessen, si votre centre est bon, ce sera but " : cette phrase, Michel Pavic l'a prononcée mille fois en s'adressant à ses joueurs. Cet entraîneur, que tout le monde a surnommé le Professeur, a eu ses premiers cheveux blancs en pistant Claessen d'un bar à l'autre dans les nuits liégeoises où le play-boy faisait tourner la tête des filles. Le coach serbe paye les taxis pour qu'il rentre à la maison, surveille son appartement, rencontre ses fiancées. Certain d'avoir un des meilleurs attaquants européens sous la main, Pavic s'est souvent fâché en regrettant que son buteur brûle la vie par les deux bouts, mais il n'a jamais caché non plus son admiration pour ce buteur intrépide, doté d'une détente aérienne fabuleuse. Claessen plane, règne dans les airs, toise ses adversaires, est spectaculaire et prend des risques fous face à des arrières qui ne le ratent pas. La note est souvent douloureuse pour le baroudeur liégeois : fracture du nez, de plusieurs côtes, du bras, de la mâchoire, épaule démise, etc. En Coupe d'Europe, contre les Hongrois du Vasas Györ, il est soigné au vestiaire par le docteur Henri Germay qui lui interdit de reprendre part au jeu à cause d'un bras et d'une clavicule en compote. Pas question, Roger lui demande une gorgée de whisky pour se donner du courage. Le toubib obéit avant d'emballer les blessures sous une montagne de sparadraps. Et le public, en délire, voit son Roger reprendre sa place avec un bras en écharpe. Ce n'est qu'à l'issue du match qu'il est plâtré pour six semaines. Comme de nos jours, les attaquants ne sont pas assez protégés par les arbitres. Cela a toujours énervé Claessen, régulièrement exclu pour rouspétance. Son incident le plus sérieux date du 26 mai 1965 : Anderlecht et le Standard se retrouvent au Heysel pour la finale de la Coupe de Belgique. Le marquoir indique 2-2 après 90 minutes de jeu, buts de Paul Van Himst, Wilfried Puis et deux fois Claessen. Durant les prolongations, à la 94e minute, une discussion éclate. Claessen est formel : son ballon a franchi la ligne fatidique. Le juge de touche Van Helmont indique à l'arbitre, FransGeluck, qu'il n'en est rien. Claessen se précipite vers Van Helmont qui prétend avoir été frappé par l'attaquant liégeois (ce dernier a démenti jusqu'à la fin de ses jours) qui a été suspendu neuf mois, peine ramenée à sept mois après son appel. Anderlecht gagne la finale 3-2 (but décisif de Van Himst). Claessen se console quelques jours plus tard, avant le Brésil-Belgique (5-0) du 2 juin 1965. Ses équipiers le voient sortir en courant d'une favela, une fille à la main et une horde de Brésiliens en colère aux trousses.