Ce mercredi, quelques jours après la kermesse des Culants (des géants), quelques personnes de Deux-Acren vont prolonger la fête en prenant le car pour Lokeren. Pour ce petit village de l'entité de Lessines, aux confins de la frontière linguistique, ce 1/16e de finale de Coupe de Belgique s'apparente à un miracle.
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Ce mercredi, quelques jours après la kermesse des Culants (des géants), quelques personnes de Deux-Acren vont prolonger la fête en prenant le car pour Lokeren. Pour ce petit village de l'entité de Lessines, aux confins de la frontière linguistique, ce 1/16e de finale de Coupe de Belgique s'apparente à un miracle. " Jamais, Deux-Acren n'avait passé le 3e tour de cette compétition et nous voilà au 6e tour ", explique Dennis Dehaene, l'entraîneur de la Royale Entente Sportive Acrenoise. Mais le miracle ne s'arrêtera pas à ce match, il est quotidien pour ce petit bourg. " Comment qualifier notre club ? Ce n'est rien de plus qu'un club de village ", lâche Dehaene. Normal, Deux-Acren est posé à travers champs et ne compte que 4.000 habitants. Et pourtant, depuis le mois d'août, le RES Acrenoise évolue en D3 ! " Il se passe toujours des miracles ici : on a quand même eu un champion du monde en la personne de Claudy Criquielion. "Le nom est presque flamand, le lieu aussi. Vous roulez quelques kilomètres et vous êtes en Flandre. En prenant un peu de hauteur, vous pouvez voir Grammont et ce Mur qui fit les beaux jours du célèbre " Ronde ", le Tour des Flandres. L'Acrenois est casanier, ce n'est pas quelqu'un d'expansif. Depuis la fusion des communes, c'est pourtant bien Deux-Acren qui dicte le ton à sa commune-mère, Lessines. Le village a toujours été un peu jalousé par la ville des ouvriers-carriers. Il représente l'opulence rurale. Aujourd'hui encore, il suscite un certain engouement. Surtout des Flamands qui viennent y construire leur maison, le prix de la terre y étant moindre qu'en Flandre, et grossir ce petit patelin. " Certaines parties deviennent des dortoirs ", reconnaît d'ailleurs Dehaene. En football aussi, Deux-Acren a pris les devants. Depuis la chute de Tournai en Promotion et l'exil d'Ath à Fleurus, ce petit village accueille désormais le 2e club de la Wallonie Picarde, derrière Mouscron. Ici, le président Jean-Jacques Dubois vérifie les entrées lors des matches et sert à la buvette. Mais la personne référence reste le coach. A Deux-Acren, tout le monde nous oriente vers ce gérant d'une banque qui trône en plein centre de la place du village. Ancien joueur, il y est revenu en 2001 comme joueur-entraîneur, après avoir écumé les divisons nationales et provinciales, entre Denderhoutem, le Racing Jet de Wavre ou Biévène. Depuis, il est resté fidèle au poste et est l'homme providentiel du club. La RES Acrenoise, c'est un peu devenu son bébé. Une affaire de famille aussi. Son frère est correspondant-qualifié, son beau-frère est président des équipes de jeunes, sa soeur s'occupe de la gestion des jeunes et sa belle-soeur prend parfois le micro pour officier en tant que speaker. Vous l'aurez compris : la RES Acrenoise est un petit OVNI au sein d'un football belge qui refuse de plus en plus l'amateurisme. Le budget est riquiqui. " Il est 50 % moindre que le plus petit de D3 ", dit Dehaene. " On a subi trois contrôles fiscaux en huit ans parce que tout le monde pense que c'est impossible de réussir avec un si petit budget. " Pas question donc ici de céder à la folie des grandeurs. " Quand on voit le nombre de clubs disparus ces dernières années, on ne veut pas se retrouver dans cette situation. L'important, c'est d'exister. " Dans la région, tout le monde est convaincu que c'est une anomalie et que rien ne prédispose Deux-Acren à rester en D3. Durant plus de 25 ans en P1, le club semblait se satisfaire de ce niveau. Jusqu'à ce qu'il obtienne une promotion en... Promotion en 2011 puis en D3 en 2015. Le tout avec beaucoup de chances puisque lors du dernier tour final, Deux-Acren a bénéficié du forfait d'Ath (et a donc été exempté d'un tour) et de la faillite de Mons qui a offert un ticket supplémentaire en D3. Ainsi, malgré une défaite qui aurait dû lui être fatale, la RES Acrenoise a pu disputer un barrage face à Visé qu'il a remporté... aux penalties. Cette montée n'a pourtant pas modifié grand-chose. Le budget n'a pas explosé et les spectateurs restent ceux du village. " Peut-être avons-nous maintenant quelques spectateurs prêts à prendre la voiture et à rouler 15 kilomètres pour venir nous voir mais la base demeure quand même le village ", avoue Dehaene. Pour vivre à moindres frais, le club multiplie les soupers-moules et peut compter sur un vaste réseau de bénévoles. Quant aux joueurs, ils sont avant tout ciblés dans la région. La RES Acrenoise a ainsi récupéré plusieurs joueurs qui évoluaient à Ath la saison passée. " Quand je suis arrivé, je voulais prouver qu'on pouvait exister avec un minimum d'argent et former une bande de copains. Plus on monte dans la hiérarchie, plus c'est difficile de trouver des joueurs de la région mais on essaie de garder la philosophie. On prend des jeunes de la région ou des joueurs sur une voie de garage. Mais cela veut dire que chaque année, on doit reconstruire une équipe. Car les jeunes qui se sont mis en évidence partent, ceux qui n'ont pas joué et sont frustrés partent aussi. Et ceux qui sont venus se relancer partent également pour des clubs plus huppés. " Et comme le budget ne permet pas de les retenir, certains vont même en P2 en Flandre où ils gagnent plus d'argent. Sur la place, le Christ en croix toise les visiteurs du jour. Les deux coqs du clocher de l'église - réminiscence des deux villages qui ont créé Deux-Acren - ont une vue imprenable sur cette campagne connue au début du siècle pour ses plantes aromatiques. A l'époque, le village comptait une dizaine d'herboristeries. Le petit stade des Camomilles, connu pour son terrain rendu gras par la Dendre qui le longe, a voulu leur rendre hommage. Les joueurs visiteurs le maudissent. Souvent battus, ils incriminent le terrain. Les pros de Lokeren n'auront pas cette excuse, eux, puisque le match aura lieu à Daknam.PAR STÉPHANE VANDE VELDE ? PHOTO JURGEN VANTOMMEA la RES Acrenoise, le président contrôle les tickets d'entrée et sert à la buvette.