Avant l'andropause, la ménopause, la pause carrière, voire la pose de la dernière pierre ; avant que les corps ne cèdent aux âmes tous les possibles de la création ; avant que notre bulletin de santé nous impose de mettre une pause à l'overdose de Leicester, je ne peux m'empêcher de vous offrir une bonne cure de bien-être.
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Avant l'andropause, la ménopause, la pause carrière, voire la pose de la dernière pierre ; avant que les corps ne cèdent aux âmes tous les possibles de la création ; avant que notre bulletin de santé nous impose de mettre une pause à l'overdose de Leicester, je ne peux m'empêcher de vous offrir une bonne cure de bien-être. Nous retourner sans faire marche arrière vers le bon vieux temps. Celui où le bon sens menait toujours à la sortie du rond-point. Maintenant on tourne beaucoup en rond. Ça ronronne des mêmes certitudes. Le foot, c'est des maths. Des lignes, des courbes sur tableau noir conjuguées par des chiffres sur comptes en banque. T'es le plus riche, tu gagnes. T'es un tacticien tu gagnes. Sûr que ça aide mais parfois, au détour d'une manivelle, les intérêts tombent dans la poche des plus malins. Ceux qui investissent dans l'humain. Ceux qui poussent des ex-crève-la-faim à grignoter chaque centimètre de leur pré enchanté pour ne pas encaisser. Pendant huit heures, le vaisseau amiral " Leicesterien " n'a pas encaissé. Tout ça parce que le meilleur défenseur de cette bande de pirates est leur meilleur buteur. Vardy est hardi devant le but, celui des autres. Et héroïque quand l'autre, le sien est en instance de danger. Le mec ne calcule pas mais additionne les kilomètres pour soustraire les millimètres à l'adversaire. Un comptable du supplément d'âme nommé Ranieri l'en a convaincu. L'âme conjuguée à l'abnégation a permis à Leicester de gagner sept fois 1-0. Elle n'a marqué qu'une seule fois trois buts. So what ? On s'en fout. On n'a qu'une chose en tête. Cette équipe nous fait rêver, nous fait bander. L'amour qu'elle dégage nous rend amoureux. L'amour de l'autre. Un gang qui fait bang. Et bingo. Ces mecs vivent l'histoire d'amour de leur vie. Entre mecs. Pour le meilleur et le meilleur. Et nous, on zieute. Même pas gênés. Tous consentants. On zieute comme des centaines de millions d'yeux qui s'écarquillent devant tant de séduction. Mais cette beauté, il a fallu la travailler. Les deux premiers mois de la saison, les " Foxes " encaissent à chaque match. Deux buts de moyenne. Ranieri essaye tout, travail du replacement défensif, travail des phases arrêtées, les duels. Rien n'y fait, même pas la provoc. " Une équipe qui encaisse, n'est pas une équipe de foot. Vous croyez qu'on va se... sauver comme ça ? " Rien n'y fait. Les plans footeux traditionnels ne changent rien, donc il décide d'utiliser la méthode " famiglia ". Le 24 octobre, à la théorie avant le match contre Crystal Palace, il dit à ses joueurs : " Si on garde le 0 aujourd'hui, je vous offre la pizza lundi après l'entraînement ". Bingo. Sa théorie de la " relativisons " a marché. Ils assurent derrière, c'est parti vers l'avant. Le tout devant. Ils deviennent l'équipe avec le plus grand nombre de " cleansheets " de la Premier League. 14 matches au soir de la 33e journée. Cette soirée d'octobre a tout changé car Ranieri a surpris. Même à la pizzeria. En fait, les joueurs ont mangé leur pizza. Mais ce qu'ils ne savaient pas, c'est qu'ils devraient la préparer eux-mêmes. Par groupe. Les gardiens, les défenseurs, les milieux, les attaquants. Après on partage tout. Belle métaphore du collectif qui rend plus fort. Grosse ambiance puis bonne digestion, c'est parti pour le festin. Ça aussi, c'est du grand coaching. Adapté aux circonstances. Car on se doute que c'est plus difficile d'appliquer cette méthode avec des joueurs qui peuvent s'offrir la pizzeria, voire toute la rue de la pizzeria, avec une semaine de salaire. Quoi qu'il arrive, pour moi, Leicester est déjà champion. Avec 25 rêves d'avance. Ceux que j'ai faits, grâce à eux, sourire aux lèvres. Et puisqu'on parle de sourire, on va se quitter en se disant que décidément il y a beaucoup trop de bons qui nous quittent ces derniers temps. JulienHoferlin était un mec épatant. Sûr qu'il adorait cette équipe faite de joie et de bonté. Comme lui. Julien était ce qu'on appelle une belle personne. Il le restera pour toujours. PAR FRÉDÉRIC WASEIGE