Aucune ville allemande ne porte autant le poids de son Histoire. Chaque cité a été marquée par les périodes d'âge d'or et de déclin, par les guerres et les grands seigneurs mais aucune ne vit autant dans le souvenir que Nuremberg. Le centre médiéval plonge le visiteur quelques siècles en arrière. Les remparts gardent l'envahisseur moderne (pollution et trafic) hors des murs. A l'intérieur de l'enceinte, la ville offre un autre visage. Une certaine quiétude imprègne les bâtiments, témoins de la splendeur d'une époque révolue. Celle d' Albrecht Dürer, véritable génie pictural qui a réussi une synthèse entre la peinture germanique et italienne. Sa maison natale, transformée en musée, occupe le coin d'une petite ruelle, gardée par la masse imposante du château, qui sur les hauteurs de la veille ville, dresse fièrement sa silhouette.
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Aucune ville allemande ne porte autant le poids de son Histoire. Chaque cité a été marquée par les périodes d'âge d'or et de déclin, par les guerres et les grands seigneurs mais aucune ne vit autant dans le souvenir que Nuremberg. Le centre médiéval plonge le visiteur quelques siècles en arrière. Les remparts gardent l'envahisseur moderne (pollution et trafic) hors des murs. A l'intérieur de l'enceinte, la ville offre un autre visage. Une certaine quiétude imprègne les bâtiments, témoins de la splendeur d'une époque révolue. Celle d' Albrecht Dürer, véritable génie pictural qui a réussi une synthèse entre la peinture germanique et italienne. Sa maison natale, transformée en musée, occupe le coin d'une petite ruelle, gardée par la masse imposante du château, qui sur les hauteurs de la veille ville, dresse fièrement sa silhouette. On parle d'un temps où Nuremberg était fière de son nom et de sa renommée. C'était aux 15e et 16e siècles lorsqu'au carrefour d'axes commerciaux, Nuremberg attirait les plus grands artistes humanistes et concentrait les orfèvres les plus divers comme le sculpteur Veit Stoß, le grand horloger Peter Heinlen ou Adam Kraft. Une fois cet âge d'or terminé, Nuremberg tomba dans une certaine tranquillité. Une vie paisible autour des innombrables maisons à colombages qui attirèrent tous les poètes à l'époque romantique. Parfois, une histoire croustillante venait rompre cette langueur. Comme celle de Caspar Hauser, cet enfant qui, au 19e siècle, avait été enlevé à sa mère pour passer son enfance enfermé dans un cachot. Découvert à l'âge de 16 ans, muet et sauvage, de nombreuses rumeurs naquirent sur son compte. Aurait-il été victime d'un conflit de succession à la cour de Bade ? Son assassinat quelques années plus tard épaissit encore plus le mystère. Et les habitants de Nuremberg auraient pu se satisfaire de cette vie-là faite de calme, de légende et de souvenir si l'Histoire n'en avait pas décidé autrement. Car, désormais, Nuremberg rime davantage avec atrocité qu'avec grandeur médiévale. Adolf Hitler est passé par là. Lui qui avait décidé d'effectuer tous ses grands rassemblements patriotiques dans la cité de Dürer, guidé par les charmes de la localité. Comme quoi, même les dictateurs peuvent avoir du goût. Ce passé-là, couronné par le procès des criminels nazis dans un tribunal de la ville - qui existe encore et que l'on peut visiter - est beaucoup plus lourd à supporter pour les citoyens. Ici, la Seconde Guerre mondiale, qui a également profondément marqué le paysage architectural du centre suite aux bombardements alliés, on en parle tous les jours, à chaque visiteur, comme pour s'excuser. " Pendant la période romantique, les artistes adoraient Nuremberg ", explique Andreas Leitberger, du bureau local de tourisme, " Pour eux, il s'agissait d'un exemple typique de la cité allemande. C'est ce symbole qu'a suivi Hitler en organisant les congrès de son parti ici. Longtemps, on s'est senti coupable. On se demandait pourquoi l'image de la ville devait subir cette tâche indélébile. Maintenant, on a fait le deuil de cette période. On en parle beaucoup plus qu'avant. On explique que la cité a changé. On essaie d'exorciser cette époque. C'est d'ailleurs pour cette raison que l'on a construit un centre de documentation dans les anciennes constructions hitlériennes ". Le maire de la ville, Ulrich Maly, corrobore les propos de Leitberger : " Parfois, c'est difficile pour nous. On veut montrer une image positive de Nuremberg mais tout le monde revient sans cesse à cette période. Cela agace certains mais on doit bien admettre que cela fait partie de notre histoire. Même si contrairement aux développements médiévaux, ce n'est pas très glorieux ". Le passage de la Coupe du Monde s'inscrit dans cette tentative de cautérisation du passé. " La Weltcup sera l'occasion de donner une bonne image de la ville et puis, cela nous permettra d'expliquer les erreurs du passé ", argumente le maire. Le Frankenstadion, qui héberge le FC Nürnberg champion à neuf reprises, se situe à quelques encablures des vestiges des constructions de l'époque du IIIe Reich. Hitler avait voulu édifier dans une zone boisée en bordure de la ville des bâtiments à la gloire de ce qu'il était en train d'entreprendre. La plupart de ces réalisations - mis à part le centre de documentation - sont laissées en friche. Preuve une nouvelle fois que l'on tente d'oublier. Pourtant, c'est là, dans cette vaste zone faite de sentiers de promenades, d'étangs et de bois que la FAN FEST se déroulera. Est-ce une volonté de lier présent et passé ? " Nous avons surtout choisi d'établir les publics-viewings à cet endroit pour des raisons pratiques ", lâche le maire, " Chaque grand événement, comme les concerts de U2 et des Rolling Stones, a lieu à cet endroit. Pour la Coupe du Monde, plutôt que de construire un nouveau stade, on a décidé de rafraîchir la structure existante à hauteur de 56 millions d'euros. Et c'est tellement plus simple de guider le spectateur du stade à la FAN FEST et inversement puisqu'il n'y aura que quelques centaines de mètres entre les deux lieux ". De là, il suffira alors de prendre le tram pour rallier le centre-ville et profiter de l'accueil des habitants. Car, ici, bien que fier de son statut, on ne montre aucune arrogance. Au contraire, on cultive ses particularismes sans pour autant écraser ceux des autres : " Bien que faisant partie du Land de Bavière, les habitants de Nuremberg refusent de se dire Bavarois. Pour eux, c'est une insulte ", explique Lucie Eggerickx, qui après avoir rencontré son mari allemand lors de son séjour Erasmus à Bayreuth, s'est établie à ses côtés à Nuremberg, " Ils sont avant tout de Franconie, cette région située au nord de la Bavière. Les Franconiens sont un peu comme les Flamands. Ils sont distants et peu chaleureux à première vue mais une fois la première barrière franchie, ils se montrent particulièrement cordiaux. Je me permets d'autant plus de le dire que je suis d'origine flamande ( elle rit). Dans tous les aspects de la vie quotidienne, on remarque une grande rivalité avec le sud de la Bavière en général et Munich en particulier. Au niveau économique, les deux cités se targuent d'avoir de grands fleurons de l'industrie allemande. C'est ici que l'on trouve AEG, Siemens, Puma et Adidas. Pourtant, Nuremberg vit des moments difficiles. Le taux de chômage atteint les 11 %. C'est davantage que dans le reste de la Bavière et certaines entreprises comme AEG ont annoncé leur délocalisation pour 2007 ". Leitberger ajoute : " Au Moyen Age, on était libre. On ne dépendait pas de la Bavière. D'ailleurs, on a un dialecte différent et un autre caractère. On est plus timide, plus pessimiste ". Et la rivalité entre Munich et Nuremberg déborde même sur des aspects plus secondaires comme la gastronomie ou le football : " A Nuremberg, on trouve aussi des Biergarten. Il y a juste des différences au niveau de la quantité. A Munich, on boit la bière dans des verres d'un litre. Ici, dans des verres d'un demi-litre. Le tout accompagné de petites saucisses. Les plus petites d'Allemagne. Il y a deux versions qui circulent sur l'origine de la taille des saucisses. Une dit que parce qu'on ne pouvait pas vendre de viande après une certaine heure, on la faisait passer par le trou de la serrure. D'où la petitesse. L'autre version semble plus probable : suite à la peste, il y avait moins de population, donc moins de paysans, donc moins de bétail et donc moins de viande ". Enfin, il y a aussi le football. Il y a d'abord eu la concurrence avec Fürth. En 1920-1930, l'équipe nationale n'était quasiment composée que de joueurs de Nuremberg et Fürth et ils ne voulaient pas s'entraîner ensemble. Et puis, il y eut celle avec Munich : à cause de la capitale de la Bavière, Nuremberg a failli voir le train de la Coupe du Monde lui passer sous le nez. " Cela a posé problème d'avoir deux villes hôtes en Bavière. Nuremberg est une entité régionale qui n'a pas la renommée de Francfort ou Hambourg. Cela a certains avantages. Il n'y a pas d'embouteillages, par exemple mais dans la course pour la Coupe du Monde, c'était un inconvénient ", continue Eggerickx. " On a tout fait pour obtenir cet événement. Ce ne fut pas facile. Brême était également sur le coup. Ils ne l'ont pas eu et sont mécontents ", commente le maire, " Cela doit donner un coup psychologique à la ville ". Et remettre Nuremberg sur la carte de l'Allemagne : " La ville doit trouver un nouvel essor. Nuremberg était à la pointe déjà au 19e siècle. La première liaison ferroviaire eut lieu d'ailleurs entre Nuremberg et Fürth en 1835. Puis, il y eut AEG. Avec la troisième ligne de métro et la venue de la Coupe du Monde, on espère relancer Nuremberg. Il ne faut pas oublier que c'est à l'université d'Erlangen que le format MP3 a été développé ", lance Leitberger. Et il paraît que les Franconiens sont pessimistes... STÉPHANE VANDE VELDE, ENVOYÉ SPÉCIAL À NUREMBERG