Les observateurs considèrent le match nul de la Suisse face à l'Italie comme la confirmation de la montée en puissance de la petite nation des Alpes. L'Allemagne 2006 constitue le troisième tournoi international de haut niveau en l'espace de trois ans pour la Suisse : après l'EURO portugais et le championnat du monde des jeunes aux Pays-Bas en 2005, elle effectue son grand retour dans une phase finale de Coupe du Monde depuis 1994. En éliminatoires, elle a réalisé deux nuls face à la France, vainqueur de sa poule, et éliminé la Turquie aux barrages. Dans deux ans, elle organise l'EURO avec l'Autriche et est donc assurée de sa qualification. Quel est donc le secret des Helvètes ?
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Les observateurs considèrent le match nul de la Suisse face à l'Italie comme la confirmation de la montée en puissance de la petite nation des Alpes. L'Allemagne 2006 constitue le troisième tournoi international de haut niveau en l'espace de trois ans pour la Suisse : après l'EURO portugais et le championnat du monde des jeunes aux Pays-Bas en 2005, elle effectue son grand retour dans une phase finale de Coupe du Monde depuis 1994. En éliminatoires, elle a réalisé deux nuls face à la France, vainqueur de sa poule, et éliminé la Turquie aux barrages. Dans deux ans, elle organise l'EURO avec l'Autriche et est donc assurée de sa qualification. Quel est donc le secret des Helvètes ? " Continuité et vision ", rétorque Michel Renquin (50 ans), qui a vécu et travaillé durant près de 20 ans en Suisse. Il y a joué, il y a entraîné des clubs et des sélections nationales, il y a suivi les cours d'entraîneur et quand il passe en revue la sélection helvète pour la Coupe du Monde, il constate qu'il connaît bien les deux tiers des joueurs. Quand il a déménagé en Suisse, en 1982, le football y était médiocre. " Il y avait des moyens financiers mais le jeu n'était pas bien analysé ", se souvient le nouvel entraîneur adjoint du Standard. " La Suisse était un petit pays qui se qualifiait de temps en temps pour une joute européenne. Globalement, les Belges étaient plus forts. Sauf en matière de structures, car la Belgique n'a jamais eu de structures ". Quand Roy Hodgson a qualifié la Suisse pour la Coupe du Monde 1994 puis pour l'EURO 1996, en coulisses, on a parlé méthode et structures. " Parfois trois ou quatre jours sur un seul thème ", poursuit Renquin. " Nous avons regardé au-delà de nos frontières pour voir ce que faisaient les voisins : la France, l'Allemagne, l'Italie. Pas pour les copier, mais en nous demandant si l'on pouvait s'en inspirer ". Sous l'impulsion d'Hodgean, les Suisses ont adopté un modèle à la scandinave. Ils se sont persuadés que, malgré l'inconvénient de représenter un petit pays, ils étaient capables de compliquer la vie de n'importe qui. Le football ne détrônera jamais les sports d'hiver de la plus haute marche du podium suisse, mais Hodgson a provoqué un déclic. La fédération de football a su couler dans un cadre l'intérêt des grandes banques. Elle a engagé cinq coaches et leur a attribué une catégorie d'âge : les -14 ans, les -16 ans, les -18 ans, les -21 ans et l'équipe fanion. Chaque entraîneur a en plus hérité d'une région au sein de laquelle il a travaillé avec tous les jeunes, y compris ceux qui ne faisaient pas partie de son équipe. " On était responsables des entraînements, des stages, du suivi, du scouting et des contacts avec les clubs ", relate Renquin. " Une année, je me suis occupé des -16 ans, puis je suis passé en Espoirs. Dès le départ, les moyens financiers étaient suffisants et garantis pour cinq ans. Le style était similaire dans toutes les équipes : un 4-4-2 en zone, solide, sans vedettes. Pourtant, les bons attaquants ne manquaient pas comme StéphaneChapuisat ou CiriacoSforza ". A son époque, le championnat comptait 16 équipes. Il a été réduit à 12 clubs qui se rencontraient deux fois. Les huit meilleurs disputaient ensuite un deuxième championnat avec le titre pour enjeu, les quatre derniers affrontaient les quatre meilleurs de D2 pour le maintien. " Cela ne semblait pas fonctionner ", poursuit Renquin. " La Suisse a alors réduit la D1 à dix équipes qui s'affrontent quatre fois. Récemment, le titre s'est joué lors de la dernière journée mais il y avait un gouffre entre les premiers et le reste. C'est pareil en Ecosse : dans tout championnat, l'argent détermine les possibilités d'un club, quel que soit le nombre d'équipes ". On joue au total 36 matches, devant une assistance moyenne qui dépasse légèrement le cap des 8.000. A titre de comparaison, la moyenne belge est d'environ 13.000. " Sans Bâle, qui se produit dans un nouveau stade comble, la moyenne serait encore inférieure ", précise Renquin. " 5.000 environ. Il n'y a pas de chaîne payante ni de plantureux contrat TV, mais la fédération a une vision et aide les clubs. Elle supporte tout : l'organisation, les subsides, les entraînements, les structures. Avec une fédération solide, on peut arriver à un résultat. Ainsi, la fédération est très sévère pour l'octroi des licences. Le Servette a explosé. Sion, Lugano, Lucerne et Lausanne aussi. C'étaient pourtant des grands ". Autre sujet de débat passionné : l'arrêt des transferts d'étrangers. Les Suisses les limitent à cinq éléments non européens sur la feuille d'arbitre. " L'équipe nationale en a certainement profité, peut-être pas les clubs ", poursuit Renquin. " Ou alors, dans la mesure où ils ont dû embaucher des joueurs qui apportaient réellement un plus ". La majeure partie du noyau qui va disputer la Coupe du Monde gagne sa vie en-dehors de la Suisse. Et comme la France, elle a quelques notes exotiques. Les secondo's, des allochtones de la deuxième ou troisième générations, sont nombreux. " Il n'y a pas beaucoup de Suisses pure souche, car le pays est un creuset d'influences ", explique Renquin. " Il n'y a guère de problèmes linguistiques. La plupart des joueurs parlent les trois langues et il existe une sorte de compromis intellectuel en vertu duquel l'appartenance linguistique ne peut avoir d'influence sur le travail ". PETER T'KINT