" Pieter Timmers est-il en route vers une médaille ? La course de sa vie ! ? C'est bien possible. À quelle place va-t-il terminer ? Ça va se jouer à quelques centièmes de secondes ! Podium ou pas podium ? Timmers termine deuxième ! ! ! Médaille d'argent pour Pieter Timmers ! ! ! 47 secondes 80 ! ! ! "
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" Pieter Timmers est-il en route vers une médaille ? La course de sa vie ! ? C'est bien possible. À quelle place va-t-il terminer ? Ça va se jouer à quelques centièmes de secondes ! Podium ou pas podium ? Timmers termine deuxième ! ! ! Médaille d'argent pour Pieter Timmers ! ! ! 47 secondes 80 ! ! ! " Le 10 août 2016 à 23h04 au Brésil, 4h04 en Belgique, Steph Wijnants et Sidney Appelboom, les commentateurs de Sporza, nagent en pleine euphorie lorsque Pieter Timmers devient vice-champion olympique de l'épreuve-reine en natation. Ils ne sont pas les seuls à être surpris : c'est la main sur la bouche, après avoir touché le bord du bassin de l'Estádio Aquático Olímpico, que Timmers regarde le chrono. Lane 7 : 2. Pieter Timmers (Bel). Il n'en croit pas ses yeux et secoue la tête : " Est-ce que j'ai bien vu ? " Les résultats sont encore affichés dans le désordre, par couloir, mais ils ne vont pas tarder à apparaître dans l'ordre : 1 . Kyle Chalmers (Aus) 47.58, 2. Pieter Timmers (Bel) 47.80, 3. Nathan Adrian (USA) 47.85. Timmers se laisse glisser sur le dos : " Ça y est, j'ai la médaille d'argent ! " L'acide lactique lui ronge la mâchoire, mais il ne sent plus la douleur. Les bras étendus et la langue pendante, il regarde vers la tribune dans laquelle ont pris place sa fiancée, Elle, et sa mère, Lut, qui a pu acheter un ticket à 300 euros au dernier moment. Elle ne le regrette pas, car 24 ans après sa première leçon de natation aux Tuimelaars de Beringen, où son père Rudi l'avait inscrit pour éviter qu'il se noie pendant les vacances, son fils vient de réaliser son rêve ultime. Dans le Limbourg, au beau milieu de la nuit, Rudi décharge son adrénaline en tapant du poing sur la table du salon, tandis que Sarah, la soeur de Pieter, réveille ses enfants et tout le quartier en hurlant. Dans le village olympique de Rio, les hockeyeurs belges sautent de leur lit comme des bouchons de champagne lorsque Timmers termine deuxième. Les jours suivants, toute la Belgique fait la fête. Pourtant, avant la finale, sur les réseaux sociaux, il s'est fait traiter de " gros égoïste ". Comme il l'avait annoncé depuis des mois, il a en effet refusé de nager les séries du 4 X 200 mètres, programmées la veille de sa finale et le même jour que les séries et les demi-finales du 100 mètres nage libre. La charge était trop importante. Losque Louis Croenen a aussi refusé de nager en relais, afin de se préserver pour la finale du 200 mètres papillon (qui avait également lieu le même jour), la critique s'est déchaînée, notamment en raison d'une mauvaise communication. Mais c'est surtout Timmers qui en a pris pour son grade. Un journaliste de presse écrite a trouvé inadmissible qu'il fasse passer ses intérêts personnels avant ceux de l'équipe nationale. " D'autant qu'il a tout de même peu de chances d'arriver en finale ", avait-il ajouté. " Si ce grand nageur auto-proclamé parcourt le 100 mètres en 47.70, comme Ronald Gaastra le prétend, je rentre de Rio en Belgique à la nage. " Toute cette histoire n'a guère atteint Timmers. Il a évité les réseaux sociaux et Gaastra, son coach, l'a protégé de toute pression extérieure. Le matin du 10 août, le Limbourgeois est même particulièrement détendu. Après les séries et les demi-finales (couvertes en respectivement 48.45 et 48.14, nouveau record de Belgique), il a en effet le sentiment de pouvoir nager encore plus vite, de descendre sous la barre magique des 48 secondes. Exceptionnellement, ce matin-là, Timmers se rase de la tête aux pieds. Jambes, bras, ventre : le moindre poil compte. À midi, après un solide petit déjeuner, il prend le bus avec Ronald Gaastra et sa kiné Ellen Jacobs pour " sentir " l'eau. Le bassin olympique est surmonté d'un autre bassin d'entraînement dans lequel il fait froid. Il y pleut même, mais Timmers s'échauffe imperturbablement. Il dégage tellement de force et de sérénité que Gaastra et Jacobs en sont convaincus : il va réaliser le meilleur chrono de sa carrière. Pour le coach, c'est une confirmation de ce que le physiologue de l'effort, Jan Olbrecht, lui a dit par mail après les derniers tests de lactate effectués en Belgique : " Les gars, vous allez vivre quelque chose de spécial ! " De retour au village olympique, l'après-midi est entièrement placé sous le signe du repos. Il doit rester couché le plus possible et faire une sieste d'une heure sur son matelas personnalisé, extra large. Ne plus penser à rien en lisant un roman de gare prêté par sa fiancée : Ibiza de Kiki Van Dijk. Timmers ne recharge plus la batterie de son ordinateur portable, où il regarde habituellement des séries. Il met son GSM en mode avion, car tous les voeux de réussite risquent de lui faire penser à la course. Il maintient uniquement le contact avec Elle : ils s'envoient des vidéos amusantes de chats et de leurs filleuls par Messenger ou par WhatsApp. Il ne quitte son lit que pour un dernier repas, facile à digérer, au restaurant des athlètes : des pâtes sans sauce, de la viande maigre, un yaourt... À 20h45, le Limbourgeois prend le bus pour la piscine olympique en compagnie de sa kiné. Entre-temps, il joue sur son GSM, histoire de penser à autre chose. Gaastra est déjà parti, car il est arrivé un peu en avance à l'arrêt et un bus partait à ce moment-là. Ça lui laisse un peu de temps pour prendre un café avec un collègue néerlandais. De plus, Gaastra ne veut pas trop être derrière son poulain. Lorsqu'ils se retrouvent à la piscine, Timmers rigole : " Je suppose que tu as pris un petit café ? " Il s'échauffe une dernière fois dans le bassin d'entraînement : 1.000 mètres avec quelques sprints explosifs sur la fin. Puis vingt minutes d'étirements afin de tendre les muscles et de rester chaud, car à Rio, le vent s'engouffre dans le stade. C'est pourquoi, après l'échauffement, il s'habille chaudement : chaussures de sport, chaussettes, pantalon, maillot, T-shirt, serviette de bain et une longue veste. Jusque là, il n'a pas encore pris connaissance des noms de ses adversaires en finale, tellement il est concentré sur lui-même. Ce n'est qu'une heure avant la course qu'il discute brièvement de tactique avec Gaastra. Celle-ci est surtout centrée sur les nageurs des couloirs voisins du sien : le Brésilien Marcelo Chierighini à gauche et le Canadien Santo Condrelli à droite, deux nageurs dotés d'un bon départ. L'idéal est de les avoir en point de mire avant et après le virage, puis d'accélérer dans les cinquante derniers mètres, le point fort de Timmers. Gaastra n'a pas besoin de le motiver davantage : " Pieter, tu n'as pas encore nagé à fond. Maintenant, montre ce que tu sais faire. Amuse-toi ! Fais-toi plaisir. " Dans la chambre d'appel, Timmers se prépare comme d'habitude : pas de casque sur la tête, comme de nombreux autres nageurs, mais une visualisation des détails techniques de la course. L'absence d'écouteurs lui permet aussi d'entendre son nom, après quoi il met ses deux bonnets très serrés - s'il n'en met qu'un seul, l'eau peut passer, puis fait un rapide crochet par les toilettes, afin de s'alléger de quelques décilitres. Il se motive une dernière fois en se tapant sur les bras et les jambes : " Allez, Pieter, c'est ton heure ! " En pénétrant dans la piscine, le Belge est hyper concentré. Sans regarder vers la tribune où se trouvent sa famille et ses amis, il se rend vers le plot de départ numéro 2, qui lui a été attribué lors des courses précédentes, commettant ainsi la même erreur que ceux dont il a si souvent rigolé par le passé. Quand il s'en rend compte, il prend la direction du septième couloir. Avec un grand sourire, ce qui rassure Gaastra : il prend du bon temps. Chaudement emmitouflé, il enlève immédiatement ses vêtements pour avoir le sentiment qu'il est tout à fait prêt. Il est le premier nageur à mettre le pied droit sur le plot de départ, fixant le bassin devant lui : " Allez, Pieter, fais ce pourquoi tu t'es entraîné pendant toutes ces années ! ", dit Stef Wijnants, le commentateur de la télévision. Première mission : prendre un bon départ, le point faible de Timmers. Cette fois, c'est réussi : les jambes bien haut, à trente degrés. Le Limbourgeois est certes dernier, mais c'est calculé. Par la suite, il exécute le plan tactique à la perfection : il atteint le virage en cinquième position sans forcer, dans un temps de 22.96. Grâce à sa bonne technique, il reprend un mètre au Brésilien à ses côtés. Dans le coin réservé aux entraîneurs, dix mètres plus loin, Gaastra siffle et crie pour encourager Timmers. Celui-ci dépasse Condorelli comme prévu, et ça lui donne un coup de boost. Même si, après 75 mètres, le taux extrêmement élevé d'acide lactique (vingt millimoles par litre) ronge son corps, Timmers conserve sa bonne technique, avec les coudes largement au-dessus de l'eau. Il augmente également la cadence des battements de jambes, au caractère. Il veut cette médaille et va l'avoir. Aux trois-quarts de la course, Gaastra sait que c'est dans la poche. Timmers maîtrise mieux que quiconque l'art du toucher : la tête en bas, ses deux mètres partiellement tournés et les doigts parfaitement tendus, au risque de s'en casser un en touchant. Mais une médaille olympique vaut bien le sacrifice. Revenu en 24.84, Timmers termine en 47.80, soit une progression de 34 centièmes par rapport au record de Belgique établi la veille. C'est le chrono que Gaastra et lui s'étaient fixés avant les Jeux. Il a réalisé au moment idéal de sa carrière ce qu'il avait si souvent fait lors des relais : tirer le maximum de son énorme talent. " Pieter est enfin là où il doit être ", dit Jan Olbrecht, dans un mail adressé à Ronald Gaastra après la finale. Après la première explosion de joie et une accolade du chef de mission Eddy De Smedt, Timmers passe aux interviewes et à la conférence de presse. À chaque fois, on lui demande de raconter la même chose : l'histoire de l'outsider belge qui vient de décrocher la médaille d'argent. Par la suite, il est chaleureusement accueilli par son entourage dans les catacombes de l'Aquatics Center. Notamment par la kiné Ellen Jacobs et son équipière Kimberly Buys, qui lui donne rapidement quelques conseils vestimentaires avant la cérémonie protocolaire. " Mets ton maillot, ça te va mieux que ta veste de training et ça fait plus joli sur les photos. " Pendant cette cérémonie, le Limbourgeois rayonne comme jamais. C'est également le cas plus tard, pour les photographes, avec sur les épaules le drapeau belge que sa fiancée Elle lui a lancé depuis les tribunes. Les deux tourtereaux ne peuvent tomber dans les bras l'un de l'autre qu'après la cérémonie, dans les couloirs de la piscine. " Je savais que tu serais fort, mais pas aussi fort. Je n'avais pas compris, j'ai cru que tu étais cinquième ", disait Elle en pleurant de joie. Après toutes ces émotions, retour sur terre : un contrôle antidopage qui ne se passe pas bien, car Timmers ne parvient pas à uriner. Il sort deux heures plus tard, après avoir bu des litres d'eau et tenté le truc du robinet ouvert. Cette fois, il est le tout dernier nageur. Accompagné du chef de mission, Eddy De Smedt, et du docteur Johan Bellemans, le médaillé d'argent reprend ensuite, au beau milieu de la nuit, le minibus qui le ramène au village olympique. Tout le staff du COIB l'y attend pour le féliciter. Au secrétariat, on débouche le champagne. Le nageur retrouve Ronald Gaastra. Ces deux-là n'ont pas besoin de beaucoup se parler pour savoir combien l'autre est heureux. La nuit n'est pas terminée, car Timmers, affamé, se rend au restaurant du village olympique en compagnie de la kiné Ellen Jacobs et de son équipière Kimberly Buys. Il a envie d'un bon McDo bien gras, mais le stand est fermé et il doit se contenter de la nourriture saine réservée aux athlètes. Lorsque Timmers rejoint son lit, le soleil se lève déjà derrière la statue du célèbre Christ-Roi de Rio. Impossible de dormir : trop d'adrénaline, trop de messages de félicitations des amis et de la famille de Belgique. Ce n'est qu'à ce moment-là, en regardant sa médaille d'argent sur sa table de nuit, qu'il réalise vraiment : il est vice-champion olympique. Parce qu'il a du talent, parce qu'il a bossé dur et parce que, malgré le stress, il a pris du plaisir.