Le jour de notre entretien avec Víctor Vázquez, Mexico s'est réveillé avec un inquiétant nuage au-dessus de la tête. Vision inquiétante et conforme aux clichés véhiculés sur cette ville de 20 millions d'habitants : polluée, saturée, et dangereuse. Mais Mexico, où la circulation était restreinte ce jour-là pour tenter de purifier un tant soit peu son air, n'est pas que cela.
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Le jour de notre entretien avec Víctor Vázquez, Mexico s'est réveillé avec un inquiétant nuage au-dessus de la tête. Vision inquiétante et conforme aux clichés véhiculés sur cette ville de 20 millions d'habitants : polluée, saturée, et dangereuse. Mais Mexico, où la circulation était restreinte ce jour-là pour tenter de purifier un tant soit peu son air, n'est pas que cela. Passez de l'autre côté du périphérique, puis quelques barrages de sécurité, et s'ouvrent alors les portes d'un quartier cossu, abondamment boisé, où l'on respire à son aise. C'est là qu'habite Víctor Vázquez, depuis son arrivée à Cruz Azul, où il s'est gagné une place de titulaire pour sa première saison (Torneo Clausura 2016). En short en jean et tee-shirt - il fait près de 30 degrés - l'ex du Club nous ouvre tout sourire, puis sa femme, Andrea, nous salue, pendant que son enfant Leo, 3 ans, qui parlait avant tout flamand lors de ses premières semaines à la garderie, fait la sieste. Víctor nous convie dans son petit jardin, où un mini-but de foot est planté. Disponible et manifestement comblé par ses premiers mois mexicains, le meilleur joueur de la Jupiler League 2015 connaîtra toutefois sa première grosse déconvenue avec les cementeros le surlendemain : battu 0-3, à domicile, par les Tigres d'André-Pierre Gignac, Cruz Azul termine à la neuvième place du Torneo Clausura 2016, la première non-qualificative pour la Liguilla, les play-offs qui concluent la LigaMX, nom du championnat mexicain. Mais, comme il nous le confie par ailleurs, ce malheur lui permettra d'assister au dernier match des play-offs de Bruges face à Ostende. Histoire de se retremper dans l'ambiance d'un Club qui lui reste cher. VAZQUEZ : Ce que je voulais dire, c'est qu'ici, on prend les choses avec plus de tranquillité. En Belgique, il faut toujours faire vite car les boutiques ferment à 17-18 h. Au Mexique, après l'entraînement, tu fais ta sieste, puis tu peux encore aller au parc ou au centre commercial. Même si le stress est perceptible aussi à cause du temps passé dans les bouchons. VAZQUEZ : Pas vraiment, même si je pensais que ma période d'adaptation serait plus longue, car de la Belgique au Mexique, c'est un grand changement. En fait, je me suis bien renseigné en amont, notamment en parlant avec mon coéquipier et compatriote, Marc Crosas, que je connais depuis Barcelone, et qui joue au Mexique depuis quatre ans. Il m'a donné de bons conseils pour m'aider à m'installer. Il m'a dit de ne pas avoir de craintes concernant la violence, que j'allais vivre dans une zone tranquille. Il m'a aussi dit que le football mexicain allait me plaire. Que c'était différent de l'européen, où le jeu est plus rapide, physique, mais que c'était un championnat très compétitif. Toutes les équipes ont de bons joueurs. VAZQUEZ : Je crois qu'ici le football est beaucoup plus technique, tout le monde veut jouer un bon football. En Belgique, les conditions étaient différentes, je pense notamment aux petits terrains de Zulte Waregem ou du KV Ostende, où il était difficile de pratiquer un bon football car tu étais trop rapidement sous la pression de l'équipe adverse. Ça jouait donc à base de longs ballons. Avec Cruz Azul, on essaie toujours de bien traiter le ballon, c'est ce que nous demande notre entraîneur. VAZQUEZ : Oui, mais j'étais déjà à mon aise au Club. Avec Michel Preud'homme, notre style de jeu avait évolué et on jouait très bien au foot. Nous disposions de joueurs très techniques comme Lior Refaelov, Felipe Gedoz, Hans Vanaken, ou moi. Je me plaisais à Bruges. L'entraîneur, les dirigeants, tous avaient confiance en moi, mais j'avais besoin d'un changement dans ma vie. Ici, je découvre une autre culture et un autre football. VAZQUEZ : En fait, je sentais que je n'étais plus motivé comme avant. J'étais entré dans une routine, j'avais moins envie. J'étais arrivé à saturation. J'en parlais au coach, d'ailleurs. Je lui disais que je donnais tout sur le terrain, mais que je n'avais plus la même motivation. Michel a compris et m'a dit qu'il fallait que je parte pour mon bien, pour continuer à grandir comme footballeur. Mais il m'a aussi dit " ici, tu as tout, alors ne pars pas pour partir, prends une bonne décision ". VAZQUEZ : En fait, pour moi, c'est un club assez comparable à Bruges. En Belgique, Cruz Azul serait un prétendant au titre, je ne vois pas ce qui le sépare de Bruges, Anderlecht ou Genk. Bruges ou Cruz Azul, c'est à peu près la même qualité. Ce sont des cultures différentes, mais des mentalités similaires. Il y a beaucoup d'internationaux dans notre équipe, venus de tous les horizons, et la façon dont Tomas Boy, l'entraîneur, envisage le jeu, ressemble à la vision de Michel. VAZQUEZ : Il a d'abord insisté pour que je me remette en forme, car je n'avais pas joué pendant trois semaines. Mon dernier match avait été face à Anderlecht, le 20 décembre. Tomas Boy m'a donc dit d'être patient, qu'il voulait me faire jouer dès que je serais revenu en forme, sinon les fans ne m'auraient pas raté. Mais après m'avoir vu travailler dur pendant une semaine, il m'a demandé où je voulais jouer. Il avait vu beaucoup de vidéos, mais il voulait que je partage mes sensations, que je lui dise quels étaient mes objectifs au Mexique. Je lui ai dit que je voulais gagner le championnat avec Cruz Azul, que j'étais très motivé. Moi, je veux toujours jouer, mais j'ai compris qu'il fallait que je patiente, d'autant qu'il fallait que je m'adapte à l'altitude. VAZQUEZ : L'altitude, tu ne la sens pas en marchant, mais quand tu commences à t'entraîner, tu te rends compte que tu fatigues plus vite, un peu comme si tu t'asphyxiais. Il faut donc baisser un peu le pied, pour ne pas perdre son souffle. Tu ne peux pas enchaîner deux sprints. Il faut savoir se gérer. C'est aussi pour cela qu'ici le football est différent, plus lent. La semaine dernière, on jouait à Toluca, au sud de Mexico, à 2600 mètres. On m'avait prévenu que c'était un terrain difficile, d'autant plus qu'on jouait à 12 h, quand l'air est très chaud, mais j'ai voulu faire une grosse première période, et je l'ai payé lors du second acte. Dans notre stade, en revanche, je suis bien habitué. VAZQUEZ : C'est vraiment différent de la Belgique, même si le Mexique et la Belgique sont deux pays qui vivent le football avec passion. En Belgique, tu sentais les supporters plus proches, car la distance entre la pelouse et les tribunes est souvent réduite. Au Mexique, les stades sont plus grands, mais tu sens moins la présence des fans, à cause de la distance. Il y a des stades vraiment gigantesques, comme l'Azteca. C'est d'ailleurs la première fois, depuis ma première au Camp Nou, qu'un stade m'a impressionné quand je suis rentré sur la pelouse. Un stade historique en plus, c'est toujours plaisant de jouer dans ce genre d'environnement. Avec Cruz Azul, on joue à l'Estadio Azul, d'une capacité de 36000 places, mais on fait rarement le plein, car après les mauvais résultats des saisons dernières (ndlr : les cementeros restent sur quatre tournois sans qualification en Liguilla), les supporters n'ont pas retrouvé confiance en l'équipe. VAZQUEZ : Très bien. Avec un peu de respect, pour ce qu'ils savaient de mon passé à Barcelone. Mais ils se sont rapidement rendu compte que je suis une personne normale, peu importe que j'aie joué avec Piqué, Messi, ou Fabregas. Je ne me prends pas pour une star. VAZQUEZ : C'est toujours la même chose. On me donne comment est Messi, s'il jouait de la même manière quand il était plus jeune. Je réponds que oui, que c'était le même. VAZQUEZ : Pas du tout. Je viendrais de Chine ou d'Inde, ce serait la même chose. Je leur dis quand même que Bruges est un grand club. Pour moi, c'est même le plus grand, pour la manière dont on y travaille, même si nous n'avons pas été champions. Je leur explique aussi que la vie est un peu plus compliquée. La vie sociale est plus réduite, il fait plus froid, il pleut beaucoup, mais que j'ai toutefois passé de très belles années là-bas. VAZQUEZ : C'est là où j'ai grandi comme professionnel et comme personne. Avant d'arriver à Bruges, j'avais joué très peu de matches en pro. Au Club, j'ai connu ce que c'était que de se battre pour des titres, se qualifier pour la Champions League, jouer des matches de Coupe d'Europe. Je suis devenu plus responsable comme personne, j'ai eu un enfant, qui est belge et espagnol. Comme personne, j'ai beaucoup grandi, et on a noué de grandes amitiés en dehors du football. VAZQUEZ : Les contacts ont débuté en novembre. En fait, mon agent connaît très bien Hristo Stoichkov qui vit à Miami et qui est un ami de Tomas Boy. Par l'intermédiaire de Stoichkov, un premier contact a donc été établi. Boy a vu une vidéo de moi, et mon jeu lui a plu. A partir de là, j'ai informé les dirigeants de Bruges, Bart Verhaeghe et Vincent Mannaert, ainsi que Michel, de mon désir de m'engager avec Cruz Azul. VAZQUEZ : Ça s'est éternisé car Bruges voulait recevoir une bonne somme d'argent pour mon transfert. Le club ne voulait pas que je parte gratuitement et Cruz Azul ne voulait pas payer ce que demandait Bruges. Une négociation classique. Mais finalement, Vincent a proposé une certaine quantité et un bonus si je jouais un certain nombre de matches, et le transfert a fini par se concrétiser. VAZQUEZ : Absolument. Je n'ai pas joué face à Courtai, car l'accord était imminent et qu'il valait mieux rester à la maison. Mais, en fait, ce n'est pas allé aussi vite. Cruz Azul voulait payer le transfert en plusieurs fois, Bruges voulait tout recevoir en un seul versement. J'ai donc dit à Vincent que je préférais partir à Barcelone passer Noël avec ma famille. En vertu des tractations, j'allais prendre un avion pour le Mexique ou rejoindre l'équipe qui allait se préparer à Marbella. Vincent m'a dit de ne pas m'en faire, que ça allait se régler. VAZQUEZ : Oui. Bruges ce fut plus de quatre ans de ma vie, une relation de respect avec tous, dirigeants, supporters. J'ai tout de même pu faire mes adieux à quelques coéquipiers, mais pas comme je l'aurais souhaité. Mais je suis sûr que je reviendrai un jour pour pouvoir leur dire au revoir en bonne et due forme. J'assisterai au dernier match des play-offs. Vincent et Michel m'ont invité, avec ma famille, pour le match de clôture face à Ostende, le 22 mai. VAZQUEZ : Par internet. J'essaie de voir tous les matches, même si à cause du décalage horaire, certains peuvent être difficiles à suivre. Quand le Club joue à 18 h, ici il est 11 h. Je prends le petit-déjeuner vers 9 h, puis je branche mon ordi sur mon grand écran et je supporte le Club. En revanche, c'est plus difficile de suivre les matches qui se jouent à 14 h 30, car ici il est 7 h 30, surtout si j'ai joué la veille. Dans ce cas, je demande à Michel, ou au press-officer Johan Koekelberg, de m'envoyer le résultat pour être au courant le plus vite possible. Plus généralement, je suis de près la saison, sur diverses applications, mais aussi par l'intermédiaire de gens du club qui m'informent. VAZQUEZ : Moi, après ces 4 années, je suis anti-Anderlecht, anti-Genk. C'est pourquoi, malgré la distance qui nous sépare, je suis toujours là pour appuyer mes anciens coéquipiers et le Club. VAZQUEZ : Oui, surtout avec les Sud-Américains, Felipe, José, car c'est évidemment plus facile de communiquer quand on parle la même langue. Mais en fait, je parle surtout avec Michel, car je ne veux pas perturber les joueurs. Les jours précédents les matches on échange fréquemment nos impressions, et une heure avant le match je lui souhaite bonne chance. Je communique aussi avec JohanKoekelberg et David Rigo. VAZQUEZ : Oui, c'est douloureux. On a seulement remporté une Coupe, mais les gens voulaient un championnat et on n'a pas pu leur donner. Deux années, on a été très proches, c'est quand même frustrant. VAZQUEZ : Pour le moment, je me vois terminer mon contrat ici. J'ai changé de vie, je suis motivé. J'ai envie de montrer qui je suis, et laisser un bon souvenir ici, comme je crois l'avoir laissé en Belgique. PAR THOMAS GOUBIN À MEXICO - PHOTOS BELGAIMAGE- CUARTOSCURO" Après ces 4 années au Club, je suis devenu anti-Anderlecht et anti-Genk. " - VICTOR VAZQUEZ " A Bruges, j'ai grandi comme joueur et comme personne. Mais j'y étais arrivé à saturation. " - VICTOR VAZQUEZ " Partout, c'est toujours la même rengaine : on me demande comment c'était au côté de Messi. " - VICTOR VAZQUEZ