Le Japon aura certainement à coeur de briller. Mais en a-t-il les moyens? Le football japonais n'en est qu'à ses premiers balbutiements. Mais, lorsqu'ils se fixent un objectif, les Japonais n'ont pas l'habitude de faire les choses à moitié. Et ils apprennent vite. En 1999, ils avaient été finalistes du Championnat du Monde des moins de 20 ans au Nigeria. Et, même s'ils avaient été battus 4-0 en finale par l'Espagne, la performance mérite d'être soulignée.
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Le Japon aura certainement à coeur de briller. Mais en a-t-il les moyens? Le football japonais n'en est qu'à ses premiers balbutiements. Mais, lorsqu'ils se fixent un objectif, les Japonais n'ont pas l'habitude de faire les choses à moitié. Et ils apprennent vite. En 1999, ils avaient été finalistes du Championnat du Monde des moins de 20 ans au Nigeria. Et, même s'ils avaient été battus 4-0 en finale par l'Espagne, la performance mérite d'être soulignée.Ils récoltaient là les premiers fruits du travail en profondeur effectué avec les jeunes. En octobre 2000, l'équipe nationale A avait remporté la Coupe d'Asie des Nations à Beyrouth, en battant l'Arabie Saoudite en finale (1-0). C'était la première fois, dans l'histoire de la compétition, qu'une équipe d'Extrême-Orient s'imposait au Proche-Orient. La création de la J-League, en 1993, a servi de détonateur à la montée en puissance du football japonais. A l'image de ce qui avait été fait dans les années 80 avec la NASL aux Etats-Unis -un autre grand pays où le football n'est pas ancré dans les traditions- un championnat professionnel fut créé dans les grandes villes dotées de stades ultramodernes. Au départ, il était animé par des vedettes étrangères sur le retour, attirées à grands coups d'espèces sonnantes et trébuchantes. C'était très artificiel: les Japonais n'y jouaient qu'un rôle mineur. Mais les stars venues d'ailleurs avaient surtout un rôle de locomotive à jouer. Parallèlement, un travail fut entamé avec les adolescents. Aujourd'hui, le Japon figure parmi les équipes les plus performantes au monde au niveau des jeunes. Des footballeurs japonais tentèrent d'acquérir de l'expérience en Europe. Souvent sans grand succès. Kazu Miura a connu l'échec à Gênes en 1995 et au Croatia Zagreb en 1999. Shoji Jo, qui avait émigré à Valladolid en Espagne voici deux ans, est déjà retourné au pays lui aussi. Le plus célèbre des footballeurs japonais est actuellement Hidetoshi Nakata: il joue désormais à Parme après un passage par l'AS Rome. C'est une véritable star au Pays du Soleil Levant. Feyenoord compte également un Japonais en ses rangs: Shinji Ono. Depuis peu, il y a trois Japonais en Angleterre: Junichi Inamoto (Arsenal), Akinori Nishizawa (Bolton) et le gardien Yoshikatsu Kawaguchi (Portsmouth). Endo s'est enterré à La LouvièreIl y a même un Japonais en Belgique: Masahiro Endo a joué la saison dernière à Malines et se retrouve aujourd'hui sur une voie de garage à La Louvière. Pourtant, il a été international. "Mais c'était en 1994", se souvient-il. "Le football japonais a bien changé depuis lors. On a laissé la place aux jeunes. Je n'ai guère d'espoirs de faire partie de l'équipe nationale lors de la Coupe du Monde 2002. Je me suis complètement enterré en Belgique. Plus personne ne songe à moi au Japon". Lorsqu'il avait été sélectionné en équipe nationale, Endo portait les couleurs de Jubilo Iwata, l'un des clubs-phares de la toute jeune J-League. "Chaque année, nous luttions pour le titre. Notre principal rival était Kashima Antlers. J'évoluais aux côtés de Dunga, l'ancien capitaine de l'équipe nationale brésilienne. Il y avait aussi Toto Schillaci et Gerald Vanenburg". En 1999, Masahiro Endo était venu en Europe pour progresser et essayer de reconquérir sa place en équipe nationale. Cela ne s'est pas passé comme prévu: "L'adaptation au football européen est difficile pour un Japonais. Aussi difficile que l'est l'adaptation au Japon pour un Européen. Outre la barrière de la langue, il y a le choc de deux cultures très différentes". Masahiro Endo attend avec curiosité la rencontre face à la Belgique: "J'ai vu les Diables Rouges à l'oeuvre lors des barrages face à la République Tchèque et ils m'avaient fortement impressionné. C'est une équipe très bien organisée. Le Japon est une équipe plus technique. Le match donnera lieu à une opposition de styles très intéressante à suivre. Le Japon est aujourd'hui constitué d'une majorité de jeunes joueurs. Philippe Troussier a instauré une certaine discipline tactique à l'équipe nationale. Au début, il a éprouvé des difficultés de communication avec les joueurs. Cela s'est amélioré avec le temps. Il a instauré un système de jeu basé sur une défense à trois. Autrefois, le Japon avait plutôt tendance à jouer avec quatre défenseurs. Il a aussi introduit de nombreux jeunes qui pratiquent un jeu très agressif. Il ne reste plus grand-monde de l'équipe japonaise qui a participé à la Coupe du Monde 1998. Le rendez-vous de 2002 sera très important pour le football japonais. De la réussite de la Coupe du Monde dépendra probablement l'avenir de la J-League, qui enregistre pour l'instant une baisse de popularité. Les Japonais espèrent que l'équipe nationale atteindra la finale. Est-ce bien réaliste?". Tout feu tout flamme le 4 juin?Probablement pas. La saison dernière, le Japon était venu disputer un match amical au stade de France. Il avait été battu 5-0. Cette défaite fut ressentie comme une véritable humiliation. "Les Japonais ne comprennent pas que le Japon, qui est une grande puissance économique, puisse être inférieure à la France en matière footballistique", avait expliqué Philippe Troussier. Ce Français de 46 ans, globe-trotteur, est le sélectionneur du Japon depuis 1998. Auparavant, il avait coaché plusieurs clubs et sélections nationales d'Afrique. En 1997, il avait qualifié le Nigeria pour la Coupe du Monde française, mais en 1998, c'est sur le banc de l'Afrique du Sud qu'il s'était assis. Si Lorenzo Staelens vient de vivre une expérience écourtée à Oita en D2 japonaise, on a complètement oublié que Manu Ferrera fut l'un des premiers footballeurs européens à tenter l'aventure au Pays du Soleil Levant. "En tout cas, j'étais le premier Espagnol", confirme-t-il. "J'ai fait office de pionnier. C'était en 1985 et j'ai atterri là-bas un peu par hasard. Je jouais à Alost. L'entraîneur du club d'Hiroshima était le Néerlandais Hans Ooft. Il était venu au stade Pierre Cornélis pour observer un joueur néerlandais qui l'intéressait et est reparti avec moi. Ce fut une bonne expérience, bien que les contrats en vigueur à l'époque n'avaient aucune commune mesure avec les contrats actuels. La J-League n'existait pas encore: c'était un championnat corporatif. Personnellement, j'évoluais au Mazda Soccer Hiroshima. C'est le même club qui s'appelle aujourd'hui Hiroshima Sanfrecce. Pour aller jouer là-bas, il fallait être engagé par la firme. Le professionnalisme était interdit par la fédération japonaise. Personnellement, j'avais été engagé par Mazda Europe qui m'avait soit disant envoyé au Japon en stage de formation. Mais, bien évidemment, je me contentais de jouer au football. On jouait n'importe quand: le mardi matin, le samedi après-midi... Les clubs se moquaient de l'affluence: la firme avait prévu un budget "publicitaire" pour l'équipe de football. Le championnat valait une D3 de chez nous. L'adaptation était difficile en raison de la langue. A Hiroshima, une personne sur cent parlait l'anglais. La langue japonaise en elle-même n'est pas compliquée: j'avais rapidement appris quelques rudiments. Avec une cinquantaine de mots, on peut se débrouiller, d'autant qu'il n'y a pratiquement pas de grammaire. Le plus dur, c'était les signes. Au début, il était impossible de se déplacer seul. Il fallait toujours un guide. Même au supermarché, tout était écrit en signes japonais. Je ne différenciais pas le sel du sucre". Manu Ferrera estime que les Diables Rouges auront intérêt à se méfier, le 4 juin: "Les Japonais organisent la Coupe du Monde et pour leur premier match, ils seront tout feu, tout flamme. Ce n'est pas gagné d'avance".Daniel Devos