On écoute toujours Simone Biles. Évidemment, elle est la meilleure gymnaste de tous les temps et ça aide. Mais son message est tout aussi important que son statut. Elle n'est pas une poupée qui rame avec le courant, par opportunisme, mais une jeune femme sûre d'elle-même, qui n'hésite pas à remettre à leur place ses patrons, comme Mary Bono en a fait l'expérience. L'année passée, cette ancienne membre républicaine du congrès n'était président intérimaire et CEO d'USA Gymnastics que depuis quatre jours quand elle a fustigé dans un tweet le fait que Nike sponsorise Colin Kaepernick, le quarterback qui...

On écoute toujours Simone Biles. Évidemment, elle est la meilleure gymnaste de tous les temps et ça aide. Mais son message est tout aussi important que son statut. Elle n'est pas une poupée qui rame avec le courant, par opportunisme, mais une jeune femme sûre d'elle-même, qui n'hésite pas à remettre à leur place ses patrons, comme Mary Bono en a fait l'expérience. L'année passée, cette ancienne membre républicaine du congrès n'était président intérimaire et CEO d'USA Gymnastics que depuis quatre jours quand elle a fustigé dans un tweet le fait que Nike sponsorise Colin Kaepernick, le quarterback qui s'agenouille pendant l'hymne nationale. Elle a jugé ça inacceptable et a posté une photo la montrant en train de dissimuler le logo de la firme sur ses chaussures de golf. Biles, également sous contrat chez Nike, a réagi avec brutalité. " J'en suis bouche bée. N'aurions-nous pas besoin d'une présidente plus intelligente ? ", s'est interrogée la quadruple championne olympique de Rio. Biles figure parmi les 300 filles victimes d'abus sexuels de la part du médecin de l'équipe de gym US, Larry Nassar. Certaines athlètes avaient déposé plainte auprès du comité olympique américain et du cabinet d'avocats de Bono mais les abus se sont prolongés treize mois encore. " La fédération de gymnastique nous a abandonnées ", a déclaré Biles en fondant en larmes, au mois d'août. " Nous devions être protégées mais nous ne l'avons pas été. " Au contraire : l'ancien CEO de la fédération de gymnastique, Steve Penny, a tenté de camoufler des preuves, les sponsors abandonnant la fédération les uns après les autres. Biles a dû suivre une thérapie pour surmonter sa peur. " Devais-je abandonner mes objectifs, renoncer à mes ambitions ? J'ai dû escalader une montagne ", a commenté la star américaine, endurcie par une enfance difficile. Elle est le troisième des quatre enfants de Shanon Biles et Kelvin Clemons, alcooliques et drogués. Leurs enfants ont été placés. En 2003, à six ans, Simone et sa soeur cadette Adria ont été adoptées par leur grand-père maternel, Ron. Les deux aînés ont trouvé refuge chez le frère de celui-ci. " Ne téléphone pas et ne nous rend pas visite ", a dit Ron à sa fille, que Simone n'a revu que six ans plus tard, alors qu'elle était déjà considérée comme une championne olympique potentielle. En 2013, à seize ans, elle a enlevé au Mondial d'Anvers le premier de ses quatre titres toutes catégories. Malgré son absence de l'édition 2017, elle vient d'opérer un bond au classement des médailles, lors du Mondial de Stuttgart. Pourtant, quelques semaines plus tôt, elle a été confrontée à un nouveau drame personnel : son frère aîné Tevin (24 ans) a été accusé d'un triple assassinat. " Je partage la douleur des victimes ", a-t-elle commenté, avant de remporter, sans plus d'états d'âme, sa 21e médaille mondiale dans la compétition par équipe, devançant ainsi Svetlana Chorkina (1994-2003). Dimanche, elle a porté le compteur à 25, faisant mieux que les 23 médailles de Vitali Scherbo (1991-1996).