On en a retenu cinq. Cinq jeunes coaches lancés dans le grand bain de la D1 par Abbas Bayat. Sans doute parce qu'ils étaient moins chers que d'autres. Sans doute aussi parce qu'Abbas a toujours bien aimé surprendre. Mais depuis lors, pour eux, les portes de la D1 se sont refermées. A jamais ? Certains en sont persuadés, d'autres pas encore.
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On en a retenu cinq. Cinq jeunes coaches lancés dans le grand bain de la D1 par Abbas Bayat. Sans doute parce qu'ils étaient moins chers que d'autres. Sans doute aussi parce qu'Abbas a toujours bien aimé surprendre. Mais depuis lors, pour eux, les portes de la D1 se sont refermées. A jamais ? Certains en sont persuadés, d'autres pas encore. A l'époque, il restait sur une saison virevoltante, ayant fait monter Verviers (directement) et Sprimont (via le tour final), fait unique dans les annales des divisions inférieures. " En février 2002, Abbas Bayat m'avait téléphoné pour voir si j'étais intéressé. Je lui avais répondu que j'avais connu le haut niveau pendant 15 ans et que oui, c'était mon ambition aussi comme entraîneur. Il avait rétorqué - Ah bon, vous avez été joueur professionnel ? Cela résume tout. " Sans animosité, il parle de cette période carolo qui n'aura duré que dix rencontres. Trois mois en D1 puis plus rien. " Quand tu as 39 ans, que tu coaches depuis six ans, que tu restes sur une saison sans fautes, que tu sais que ni le Standard, ni le Cercle ou Lokeren n'allaient venir, tu ne peux pas refuser la proposition de Charleroi. " Pourtant cette opportunité allait se retourner contre lui. " C'est clair que c'est illusoire, quand tu es francophone et que tu as connu un échec, de retrouver la D1. Tu es foutu. Sauf si tu as un ami qui t'offre un poste d'adjoint mais, manifestement, les amis avec lesquels j'ai joué en D1 m'ont oublié ! Et je crois l'avoir vite compris à partir du moment où je vais faire un dépannage à Bas-Oha en Promotion et que je signe un contrat longue durée à Sprimont dans la foulée. " 11 ans plus tard, Etienne Delangre a écumé les clubs de divisions inférieures (Sprimont, Verviers, Rochefort, Spa, Walhain, Namur), avec beaucoup de réussites, quelques désillusions et trahisons. " 11 ans plus tard, je ne suis nulle part. C'est vrai. Pourquoi ? Je ne sais pas. On me catalogue souvent comme le gars qui a raté son expérience à Charleroi ou à Namur. Mais on oublie de noter qu'à Charleroi, j'ai dû jouer avec des gars comme Christophe Fernandez ou Lokman Atasever. Ils ont fait quoi comme carrière, ces joueurs ? Ça, on l'oublie souvent dans les analyses. Après cinq matches et un bilan de 2 points sur 15, Abbas Bayat m'a demandé mon avis sur le noyau. Je lui ai dit que cela risquait d'être difficile de se sauver si on ne se renforçait pas en janvier. Il m'a rétorqué - Vous dites cela pour vous protéger. Vous avez quatre mois pour former Fernandez et Lokembo et moi, je les vends en janvier car je n'ai pas d'argent. Le 6 novembre, j'étais limogé et deux mois plus tard, Charleroi transférait Bertrand Laquait, Laurent Macquet, Mustapha Sama et Loris Reina. Il ne faut pas oublier que cette saison-là, Charleroi se sauve grâce aux faillites de Lommel et Malines. Mais, ça, personne ne le retient. A Namur, on oublie aussi vite que quand je suis arrivé, le club restait sur 16 défaites d'affilée et qu'après, on est resté invaincu pendant 9 rencontres. " Pourtant, l'Ardennais, caractère bien trempé mais honnête et franc, est aujourd'hui sans club. Namur fut sa dernière expérience dans le monde du coaching. Depuis un an et demi, Delangre attend de reprendre le collier. " C'est peut-être un milieu pourri mais c'est le plus beau métier du monde. Je reste passionné par le football. Je ne regrette pas ma carrière. Je suis fier d'être le seul entraîneur de la province du Luxembourg à avoir entraîné en D1. Tout cela sans aucun agent. Sans aucun coup de pouce ! " Jusqu'à présent, sa carrière d'entraîneur n'a pas connu de grand coup d'arrêt. Que des réussites. Que ce soit à l'Olympic, l'Union Saint-Gilloise ou Tubize. Et pourtant, il y a toujours cette cicatrice carolo. " Je n'aurais pas dû accepter ce poste de T1 à Charleroi. A l'époque, il était prévu que je devienne adjoint et que ce soit Khalid Karama qui reprenne le poste mais il a reculé au dernier moment - Je vais me faire lyncher, a-t-il dit. Alors, on a switché. J'ai fait le choix du coeur. Mais je ne pensais pas qu'il y aurait autant d'interférences de la part du président. Il mettait sans cesse la pression ; le climat était malsain. Rien n'était assez bon à ses yeux. " Suite à l'arrivée de Robert Waseige, Brogno est alors rétrogradé à un rôle d'adjoint, qu'il occupera encore sous Jacky Mathijssen. " Je savais quand Robert Waseige est arrivé, que deux pieds dans une même chaussure, ça ne marcherait pas. J'ai donc accepté de devenir son adjoint. Même si j'avais eu un petit accrochage avec lui car je n'avais pas compris pourquoi il n'avait pas repris mon frère pour la Coupe du Monde alors qu'il était meilleur buteur du championnat. Tout cela avait été aplani et j'ai constaté que Waseige me faisait confiance dans la préparation des entraînements. Puis, j'ai connu trois superbes années avec Mathijssen. Le staff était soudé et je me souviens que la semaine où il avait été suspendu, Jacky m'avait laissé faire toute la préparation et choisir le onze de base. Mais notre collaboration ne plaisait pas à Abbas Bayat qui m'a convoqué suite au départ de Jacky à Bruges. J'avais dit que j'étais content pour lui. Abbas a pris mes propos comme une critique envers Charleroi. Pourquoi je suis resté malgré le fait que le président ne me faisait pas confiance ? Sans doute parce que j'essayais de retrouver l'ambiance du passé et que j'aimais ce club. Mais à un moment, j'ai compris que je devais partir. Je ne m'y retrouvais plus, je ne voulais plus me faire engueuler comme du poisson pourri. " Depuis lors, Brogno n'a plus goûté à la D1. " Ce n'était pas mon premier objectif. Je voulais retrouver du plaisir, même si je reste un compétiteur. J'ai compris que les rêves ne deviennent pas toujours réalité. Et puis, retrouver la D1, OK. Mais dans quelles conditions ? De toute façon, si je n'arrive plus jamais en D1, je ne le prendrai pas comme un échec. J'en suis à ma 12e année comme entraîneur et je suis en D2, à Tubize, dans une compétition difficile qui constitue une excellente école pour tout entraîneur car on doit réussir avec un budget riquiqui. Cela me suffit. " " Vous pouvez me rappeler dans une demi-heure. Je sors d'un entraînement et je serai dans ma voiture. " Il faut dire qu'il en fait des kilomètres entre son job à la Fédération (manager du foot élites francophone et équipe nationale -15 ans) et celui à Virton (responsable de l'école des jeunes). " Les gens pensent que je ne fais rien comme on me voit moins à la télévision mais travailler avec des jeunes est très valorisant. " Il est donc déjà loin le temps où Thierry Siquet succédait à Philippe Vande Walle à la tête du Sporting. " Je suis peut-être tombé à un mauvais moment. Sans doute aussi ai-je commis quelques erreurs. Au début, le président m'avait interdit d'aligner Tim Smolders qui ne voulait pas prolonger. J'ai perdu beaucoup d'énergie à le convaincre de l'utilité de Smolders. " Après avoir bien fini la saison, il en débute une autre qui lui sera fatale. " Je suis resté un an. Peu de coaches de Charleroi, à part Mathijssen, peuvent en dire autant sur les dix dernières années ! J'ai appris des choses comme le fait de ne pas croire que tout le monde fonctionne comme moi. " Aujourd'hui, après trois années de coaching dans les divisions inférieures, Siquet a donc pris un autre chemin. " Est-ce que je pense encore à la D1 ? Je me suis écarté du chemin. Cela ne me manque pas plus que cela même si je replongerais si on me le proposait. " Le ton est familier. Comme si on l'avait vu la veille. John Collins est comme cela. Poli et accueillant. Directement, il demande des nouvelles de Charleroi, le dernier club qu'il a entraîné et qu'il a quitté de lui-même à l'issue de la saison 2008-2009. " Abbas a vendu le club ? Et Mogi ? Il est devenu agent de joueurs ? Il l'était déjà en quelque sorte quand j'étais entraîneur (Il sourit). Et c'est Mehdi qui est devenu le patron ? Des trois Bayat, c'était clairement le meilleur. " Voilà pour le chapitre carolo. Gentleman jusqu'au bout des ongles, il n'avouera pas que son passage carolo, loin pourtant d'être un fiasco, a plombé sa carrière d'entraîneur, démarrée sur les chapeaux de roue en Ecosse. Lorsqu'il choisit Charleroi pour rebondir, un an après avoir démissionné de son poste à Hibernian pour divergences de vue, Collins a des touches avec le Celtic et est cité pour le poste de sélectionneur d'Ecosse. A chaque fois, on lui préfère un autre mais il fait partie de la shortlist. Après son passage carolo, les choses se compliquent pour lui. " J'aurais pu signer directement à Monaco mais j'ai refusé pour mes enfants. J'ai privilégié l'école et l'université de mes filles. Et aujourd'hui, je me dis qu'à moins d'une offre exceptionnelle, je ne serais pas prêt de partir tant que mon petit dernier n'a pas fini l'école, dans trois ans. A chaque fois qu'un club vire son entraîneur en Ecosse, on me cite. Parfois on me contacte mais il me faut un vrai projet proposé par quelqu'un qui aime le football, pas par quelqu'un qui ne désire que faire du business. Le Celtic ? Oui, c'est le club de mon coeur. Ça m'intéresserait mais Neil Lennon fait de l'excellent boulot. " Consultant pour Sky, il commente donc les matches anglais et écossais. Ça lui plaît et ne lui prend pas trop de temps. " Pendant un an, j'ai été aussi directeur sportif du club de Livingston. On disposait du meilleur centre de formation d'Ecosse et on voulait que les jeunes développent un jeu proche de celui de l'Espagne. Je pouvais choisir les entraîneurs de jeunes, la philosophie de jeu, les méthodes d'entraînement. Tous les jours, je me rendais sur le terrain pour voir le projet évoluer. C'était un rôle idéal mais le président a voulu virer l'entraîneur et je m'y suis opposé. Je suis donc parti. " Aujourd'hui, il partage donc son temps entre Londres et Edimbourg, entre la télévision et ses enfants. " Avec toujours de temps en temps un bon parcours de golf ! " Arrivé en pompier de service, afin de sauver de la relégation une équipe en perdition à laquelle il ne restait que des play-offs 3, Zoltan Kovacs n'a eu qu'un match pour faire ses preuves. Match perdu. Merci au revoir. " Cette expérience, je l'ai voulue éphémère car je me suis accroché avec le président. Il me reprochait d'avoir effectué deux changements mais ces joueurs étaient blessés. Que fallait-il faire ? Quand, après dix jours, on me dit qu'il faut jouer comme Barcelone, ça ne va pas. Lorsque j'ai repris cette équipe, elle était fantomatique. Sur 20 joueurs, 12 étaient en souffrance physique et psychologique. " Arrivé de nulle part (il avait principalement coaché des jeunes), Kovacs retournait illico presto dans l'ombre. " Le plus difficile à vivre fut le lynchage médiatique. Je ne peux pas l'expliquer. Je n'ai jamais compris. Sans doute parce que les nouvelles têtes dérangent un petit peu. On a dit que j'étais beau et propre dans mon petit costume. Mais qu'est-ce que cela avait à voir avec le terrain ? " Cette expérience de quelques jours l'aura pourtant marqué à vie. " On vit une passion ; on travaille pendant 20 ans pour atteindre un objectif et on vient décréter en un match qu'on est mauvais ! Je n'ai aucun regret, ni remords, ni rancune mais ces attaques peuvent faire très mal à la personne et à sa famille. Cependant, si c'était à refaire, je recommencerais cette expérience et je referais tout de la même façon ! " Après avoir pris un peu de temps pour s'en remettre (" L'après est toujours difficile. Il y a les regards des gens à supporter. Un licenciement reste un licenciement, avec toutes les conséquences psychologiques et économiques qui vont avec "), Zoltan Kovacs a rebondi en Hongrie. " Cela fait un an que je m'occupe de l'académie du Diosgyori VTK, à 200 kilomètres de Budapest. Le club voudrait être européen... " PAR STÉPHANE VANDE VELDE - PHOTOS: IMAGEGLOBE" C'est illusoire, quand tu as connu un échec et que tu es francophone, de rerouver la D1. Tu es foutu. " (Etienne Delangre) " Le plus difficile à vivre fut le lynchage médiatique. " (Zoltan Kovacs)