"Ma petite entreprise ne connaît pas la crise. " Tout le monde se souvient des célèbres paroles de cette chanson d' AlainBashung. Aujourd'hui, elles iraient à merveille à la DreamFamily. Ou plutôt à " La Famille Borlée ". L'une des tribus les plus connues dans le sport belge. Et ce, d'abord, par la singularité de son histoire et son palmarès unique. Depuis 2007, Olivia, Kevin et Jonathan, tous guidés par Jacques, leur entraîneur de père, collectionnent les médailles : onze au niveau international !
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"Ma petite entreprise ne connaît pas la crise. " Tout le monde se souvient des célèbres paroles de cette chanson d' AlainBashung. Aujourd'hui, elles iraient à merveille à la DreamFamily. Ou plutôt à " La Famille Borlée ". L'une des tribus les plus connues dans le sport belge. Et ce, d'abord, par la singularité de son histoire et son palmarès unique. Depuis 2007, Olivia, Kevin et Jonathan, tous guidés par Jacques, leur entraîneur de père, collectionnent les médailles : onze au niveau international ! Tout a débuté avec la grande s£ur qui a lancé le relais 4x100m vers le bronze mondial il y a cinq ans à Osaka. Les jumeaux, de deux ans ses cadets, lui ont emboîté le pas en montrant leur frimousse un an plus tard lors des JO de Pékin. Et leur cas, unique, a suscité la curiosité des médias du monde entier. En 2011, lors des Championnats du Monde du Daegu, ils sont devenus les premiers frères à se qualifier de concert pour une finale planétaire dans le monde du sprint. Si Jonathan, placé à un mauvais couloir, a fini à une belle cinquième place, Kevin est parvenu à se hisser sur le podium au prix d'une dernière ligne droite fulgurante dont il a le secret et qui lui avait valu de devenir champion d'Europe du 400m à Barcelone en 2010. Cet été à Londres, si Olivia ne fut pas de la partie (le relais féminin se cherchant un nouveau souffle et la Bruxelloise un moyen de soulager des tendons d'Achille qui pourrissent sa carrière), les twins furent les seuls athlètes blancs au sein d'une finale olympique dépourvue d'Américains. Finalement, cinquième et sixième, Kevin et Jonathan se montreront déçus après la course. " Car nous étions venus pour mieux que ça ", dira Jonathan, auteur en série d'un incroyable chrono (44.43), soit un dixième seulement de plus que le record d'Europe vieux de vingt-cinq ans. " On est frustrés parce que l'on sait qu'il y avait la place pour monter sur le podium ", ajoutera Kevin. Les deux fusées bruxelloises conduisent également avec brio le relais 4x400m depuis quatre ans. Cinquième lors des JO de Pékin en 2008, quatrième des Mondiaux de Berlin en 2009, cinquième de de ceux de Daegu en 2011, le quatuor s'est encore classé sixième des JO de Londres. La bande à Borlée a aussi conquis des médailles : l'argent des Mondiaux indoor de Doha en 2010, le bronze à l'Euro 2010 de Barcelone ainsi qu'à l'Euro en salle de Paris en 2011. Et le clou du spectacle est arrivé cette année avec le titre continental gagné à Helsinki. Les Borlée constituent, donc, sans aucun doute, l'une des successstories du moment. Ce qui leur vaut d'être demandés partout et de pouvoir vivre très correctement de leur sport alors que beaucoup d'athlètes belges peinent à joindre les deux bouts. " C'est vrai que l'on a désormais une certaine sécurité financière ", confirme Jacques, papa et véritable pilier du projet. " Mais, pour y parvenir, il a fallu que l'on crée une histoire unique et que l'on aille en parler. Il ne faut pas rester les bras croisés et attendre que l'on vienne à toi sous prétexte que tu as un beau palmarès. Car les partenaires ne viennent pas tous spontanément. Il faut aller les chercher. "Alors que TiaHellebaut, pourtant championne olympique en 2008, est loin de rouler sur l'or et que CharlineVanSnick, toute récente médaillée de bronze aux JO de Londres, peine à trouver des sponsors qu'elle mériterait, les Borlée détonnent dans le monde de l'athlétisme " Dans un sport comme celui-là, il faut créer sa propre structure ", poursuit le papa d'Olivia, Kevin et Jonathan. " C'est dommage à dire mais les efforts fournis par les athlètes à l'entraînement ne sont pas du tout valorisés financièrement. " On peut évidemment dire la même chose des nageurs. Seuls les meilleurs, les plus titrés ou les plus médiatisés d'entre eux s'en sortent. Pour les autres, l'avenir financier est loin d'être assuré. Kevin, Jonathan et Olivia peuvent, eux, voir venir. " Mon but est de les mettre rapidement à l'abri des soucis d'argent. Je tiens à ce qu'ils travaillent après leurs carrières mais il est important qu'ils puissent courir sans se demander toujours de quoi demain sera fait. Bien sûr, pour attirer l'attention, il était impératif qu'ils soient performants au plus haut niveau. Sans quoi, tout cela aurait été impossible. "Née en 2004 " parce que je me suis rendu compte qu'il était impossible de se reposer uniquement sur la Fédération pour pouvoir atteindre le plus haut niveau ", la cellule Borlée est aujourd'hui une véritable galaxie. Partenaires financiers d'un côté et experts de l'autre, la tribu a une assise solide, tant sportivement que financièrement, sur laquelle elle peut s'appuyer. Et aujourd'hui, les Borlée peuvent monnayer leur talent. De source sûre, nous savons que Kevin et Jonathan, les jumeaux, perçoivent chacun quelque 250.000 euros par an. C'est beaucoup mais peu à côté de ce que gagnent des cyclistes, des footballeurs ou des... golfeurs. Un Borlée serait, en quelque sorte, l'équivalent d'une valeur sûre d'Anderlecht. Mais les frères, comme Olivia avant eux, doivent davantage leurs émoluments à leurs sponsors, dont les principaux - soit une demi-douzaine - sont liés jusqu'en 2016, qu'aux primes de participation et autres prize- money récoltés lors de chaque meeting. Pour prendre part à une réunion prestigieuse ou de DiamondLeague, le cachet donné à Kevin serait de 10.000 dollars, celui attribué à Jonathan de 8.000. La différence s'explique par le titre européen et la troisième place mondiale du premier. L'été dernier, la valeur marchande des jumeaux a été confortée par leurs cinquième et sixième places respectives en finale du 400m des JO de Londres. Ils ont reçu chacun 5.000 euros du COIB, comme tous les athlètes belges terminant entre la cinquième et la huitième places. C'est en DiamondLeague que les frères bruxellois ont fait bingo. Surtout Kevin qui a remporté l'épreuve et les 40.000 dollars qui l'accompagnaient. Troisième à Monaco et à Lausanne, il s'est imposé lors de la manche finale à Bruxelles, qui rapportait le double de points, ce qui explique son succès final dans l'épreuve. Il lui aura permis d'empocher 58.000 dollars. Et de faire, sans doute, encore grimper sa valeur pour l'an prochain. " Un Blanc qui remporte la DiamondLeague en sprint, je ne sais pas si cela se reproduira un jour ", ose Jacques Borlée. " Ce succès prouve la régularité. " Jonathan s'est, lui, classé troisième de cette Ligue des Champions du 400m. Les twins ont, donc, fait honneur à leur statut de locomotives de l'athlétisme belge. Aujourd'hui, ces fers de lance ont un coût. Qu'ils ont obtenu à force d'acharnement. Et parce que le chef de la tribu se plie en quatre chaque jour pour valoriser la marque Borlée. " Sans lui, nous n'en serions jamais là. Cela ne fait pas l'ombre d'un doute ", appuie Kevin, le champion d'Europe 2010. Toujours mise en avant par Jacques Borlée comme un atout pour attirer les sponsors, la notion de famille est fondamentale dans son mode de fonctionnement. Un papa, qui entraîne sa fille et ses fils au plus haut niveau, avouez que cela n'arrive pas tous les jours. Et celui qui participa aux JO de Moscou en 1980 d'entretenir un nouveau rêve : emmener Dylan, le plus jeune, aux JO de Rio de Janeiro en 2016. " J'ose imaginer un relais 4x400m avec trois Borlée. Notre histoire serait encore plus grande ", dit-il. Ces valeurs familiales sont mises en avant par la plupart de leurs sponsors, qui ne font pas de différence entre Kevin, champion d'Europe 2010 et médaillé de bronze en 2011, et Jonathan qui n'a pas encore conquis de médailles individuellement mais qui détient le record de Belgique (44.43). Les JO de Londres sont derrière eux et les Borlée ont déjà remis leurs spikes. Après des vacances sous le soleil de Miami, ils sont en stage à Tenerife pour préparer une année post-olympique où leur objectif majeur sera le Championnat du monde de Moscou. Une aventure à laquelle sont associés tous les sponsors financiers mais aussi les spécialistes chargés de faire progresser la tribu dans chaque domaine. PAR DAVID LEHAIRE - PHOTOS: IMAGEGLOBEUn Borlée a le salaire d'un bon joueur d'Anderlecht.