Il fait étouffant. Le mercure affiche 37 degrés quand le ministre flamand du Sport, Philippe Muyters,tombe dans les bras du consul belge, Jean-Paul Charlier, au stade olympique JoaoHavelange. Le port d'attache multifonctionnel du club de football Botafogo, d'abord baptisé en l'honneur de Nilton Santos, international à 75 reprises, est témoin de l'euphorie qui règne dans le camp belge quand Peter Genyn gagne la troisième médaille d'or.
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Il fait étouffant. Le mercure affiche 37 degrés quand le ministre flamand du Sport, Philippe Muyters,tombe dans les bras du consul belge, Jean-Paul Charlier, au stade olympique JoaoHavelange. Le port d'attache multifonctionnel du club de football Botafogo, d'abord baptisé en l'honneur de Nilton Santos, international à 75 reprises, est témoin de l'euphorie qui règne dans le camp belge quand Peter Genyn gagne la troisième médaille d'or. Après avoir félicité Anne D'Ieteren, présidente du CPB, son secrétaire général, Marc Vergauwen, la directrice de Parantee, Jessica De Smet, le manager marketing du CPB, Guillaume Gobert, et le chef de mission Olek Kazimirowski, Muyters enfile une veste pour tendre au handbiker anversois de 39 ans sa médaille. Il avait déjà eu cet honneur lors de la victoire de Laurens Devos (16 ans) ainsi que d'un autre pongiste, Florian Van Acker, en C9. Le lendemain, le ministre wallon du Sport, Rachid Madrane,remet à son tour une médaille d'argent en dressage à l'amazone Michèle George. Tenante du titre, elle n'a pas convaincu le jury - elle est trop brave - et a échoué d'un demi pour cent face à la Britannique Sophie Wells. Muyters, qui est resté jusqu'à jeudi, s'est dit fortement impressionné par l'événement. 4.342 athlètes se sont disputés les 2.347 médailles dans 22 sports, divisés en 528 catégories. " Je constate une évolution positive. On accorde plus d'intérêt aux disciplines paralympiques. En voyant les prestations incroyables fournies ici, je suis envahi par l'admiration. Ce qui me plaît aussi, c'est la réelle unité. J'en ai eu les larmes aux yeux. J'espère que ça en inspirera beaucoup d'autres. " Début octobre, Muyters veut mettre les lauréats à l'honneur, avec Madrane et leur collègue germanophone Isabelle Weykmans. " Si ça ne dépendait que de moi, les Paralympiques feraient partie des Jeux Olympiques. " Le thème est sensible car les athlètes paralympiques ne veulent pas être comparés à leurs homologues olympiques, même s'ils fournissent parfois des performances surhumaines. Parmi les principales différences, il y a l'interdiction de montrer les anneaux olympiques sur leur corps. L'IPC, la fédération mondiale paralympique, a introduit cette règle pour bannir les tatouages commerciaux ou olympiques chez ses sportifs. Seuls les agitos, trois demi-lunes en rouge, bleu et vert, sont autorisés. Ils sont le symbole de l'organisation depuis 2006. Celui qui enfreint l'interdiction est disqualifié. En mai, le nageur britannique Josef Craig a soulevé une tempête de protestations à l'EURO parce qu'il portait le logo olympique sur son torse. Alexis Schaefer, le directeur commercial, a été impitoyable. " Quand vous ouvrez une canette de Coca Cola, vous ne vous attendez pas à boire un Pepsi. " La solution : un morceau de tape. Le parcours a été difficile avant la cérémonie d'ouverture, le 7 septembre, au mythique stade Maracaña. Le président brésilien Michel Temer, copieusement hué, a déclaré les Jeux ouverts, en présence de Sir Philip Craven, le président de l'IPC. La parade a été emmenée par le nageur syrien Ibrahim Al-Hussein, l'un des deux membres de la délégation de réfugiés. Les problèmes ont surtout été d'ordre financier. L'IPC soupçonne un détournement d'argent pour combler des trous au budget des JO. Suite aux soucis économiques, tout a été plus sobre que promis et le village a obtenu une décoration minimale. Apparemment, le nombre d'heures de retransmission TV illustre parfaitement le peu d'intérêt des Brésiliens pour les Paralympiques. La majorité d'entre eux se balade en ville avec un maillot de l'équipe nationale de football ou de Flamengo, l'un des grands clubs cariocas. Pendant les JO, SporTV a constamment retransmis toutes les épreuves, sur seize chaînes différentes, pour un total de 2.400 heures. Ce coup-ci, SporTV a réduit ses retransmissions à 150 heures, sur une seule chaîne. Les transports en commun n'étaient pas, non plus, adaptés aux invalides, faute d'argent pour l'entretien. La plupart des bus sont équipés d'un ascenseur pour les chaises mais il ne marche généralement pas. Du coup, le trafic a été encore un peu plus chaotique que d'habitude. Le prix des billets allait de 2,7 à 36 euros, des sommes abordables pour les Brésiliens. Le seul dimanche, une journée réservée à la famille, on a écoulé 167.000 billets, ce qui est supérieur au record des JO (157.000 billets). Au total, l'organisation a vendu 2 millions de billets sur un total disponible de 2,5. Ça doit permettre au comité organisateur de s'en tirer, malgré les restrictions financières. En fait, il fait mieux qu'espéré. Le sport pour moins valides intéresse de plus en plus le grand public et les entreprises. L'ancien pilote italien de F1 Alessandro Zanardi (49 ans) a remporté sa quatrième médaille d'or en handbike (H5), quinze ans après le crash en IndyCar qui lui a fait perdre les deux jambes. Ses bras sont presque aussi puissants que les jambes des cyclistes professionnels, si on se fie à son wattage. La nageuse britannique Ellie Simmonds, le sprinter Jonathan Peacock,l'athlète en chaise HurricaneHannah Cockroft, l'Allemand Markus Rehm, la BladeBabe néerlandaise Marlou van Rhijn, qui sont les ténors absolus, obtiennent désormais de plantureux contrats de sponsoring, qui peuvent aller jusqu'à un million d'euros. Les Anglais sont à la base de ce mouvement. Ce sont eux qui ont imaginé le sport pour handicapés, qui servait initialement de revalidation aux blessés de guerre. Le Sud-Africain Oscar Pistorius, le fameux BladeRunner, a été le premier à exploiter son handicap. Le poster géant de sept sportifs handicapés, de l'aveugle à l'amputé, du nain au sportif en chaise, a modifié le paysage de Rio et l'image de leur sport. Le nageur brésilien Daniel Dias arbore un visage dur, mais les sportifs sont désarmants par la franchise de leurs déclarations. Florian Van Acker et Marieke Vervoort (37 ans) sont de ceux-là. Marieke a suscité l'intérêt de la presse internationale et est désormais connue dans le monde entier : après une injection de morphine, elle a signé une prestation unique, qui lui a valu l'argent en 400 mètres (T52). Sa demande d'euthanasie a été largement commentée. " Quand et comment vais-je mettre fin à ma souffrance ? " Une personne a-t-elle cette liberté ? Ou faut-il résister, à coup de médicaments et aux frais de l'Etat, jusqu'au bout. Elle a rectifié une chose : l'euthanasie n'aura pas lieu après Rio. Vervoort voulait surtout éviter le sujet, tabou au Brésil, un pays très catholique. Les médaillés belges ne sont pas devenus riches. Leur médaille d'or a valu à Laurens Devos, Florian Acker, Peter Genyn et Michèle George 10.000 euros. Pour la médaille d'argent, Kris Bosmans, Marieke Vervoort et George ont reçu 7.500 euros, les médaillés de bronze - le tennisman en chaise Joachim Gérard, Vervoort et le relais Jonas Van de Steene-Christophe Hindricq-Jean-François Deberg - ont touché 5.000 euros. Toutefois, George, Genyn et Vervoort ayant deux médailles, la seconde leur vaut la moitié de la somme prévue. La Belgique voulait huit médailles, elle en a onze. La mission est donc largement accomplie, ont conclu le CPB et Parantee. Ce qui a commencé avec 18 athlètes et trois médailles aux premiers Paralympiques de Rome en 1960 a donné lieu cette année à une formidable performance de 29 sportifs, sans disciplines par équipes. Une nation de onze millions d'âmes qui termine 25e au classement des médailles a de quoi être fière. A Londres, la Belgique était 36e. C'est d'ailleurs non sans fierté que le double médaillé d'or Peter Genyn a porté le drapeau lors de la cérémonie de clôture. PAR FRÉDÉRIC VANHEULE, À RIO DE JANEIRO - PHOTOS BELGAIMAGE" Si ça ne dépendait que de moi, les Jeux Paralympiques feraient partie des Jeux olympiques. " - PHILIPPE MUYTERS