La Pro League a adopté le VAR, le Video Assistant Referee, en début de saison. En fait, il s'agit d'un duo car le juge est soutenu par un assistant. Il suit le match depuis un minibus et peut corriger les arbitres dans un certain nombre de situations, reprises dans un protocole. Tout le monde, joueurs, arbitres, supporters et journalistes, a dû s'y habituer. Au début, certains commentaires ont été durs et il y a eu quelques erreurs. Puis les critiques se sont estompées. En janvier et en février, il n'y en a plus eu. Puis tout a explosé pendant le money time, lors de l'emballage final du championnat régulier. Tous les matches des PO1 vont bénéficier du VAR. Les enjeux sont encore plus élevés que l'année passée : la caisse de la CL s'est agrandie et la lutte pour le titre est assortie de 30 millions d'euros, deux fois plus que l'année dernière. Accrochez vos ceintures.

Les débuts du VAR ont été difficiles car les attentes étaient trop élevées. " - Johan Verbist

Messieurs, la saison a-t-elle été bonne, globalement ?

JOHAN VERBIST (responsable de l'arbitrage à la fédération) : Toutes les journées n'ont pas été égales, comme chaque année, mais globalement, je trouve que les arbitres ont réussi une bonne saison.

DIETER DE NAEYER (responsable technique du VAR) : L'arbitre vidéo a dû intervenir très rarement de janvier à mars.

SÉBASTIEN DELFERIERE (cinq fois arbitre de l'année) : Je ne m'occupe jamais des prestations des autres. Personnellement, je ne suis pas super content, à cause de blessures. J'ai souffert d'une déchirure musculaire en début de saison et je viens d'être opéré du ménisque. Ce n'était donc pas une bonne saison.

BART VERTENTEN(le plus jeune arbitre de tous les temps en D1, actuellement international) : Je préfère aussi ne parler que de moi. Avant le Nouvel-An, j'ai réussi une bonne saison européenne mais un arbitre a la valeur de son dernier match. Or, j'ai pris une mauvaise décision à Antwerp-Eupen. Elle me laisse un sentiment négatif, même si les erreurs font partie de l'apprentissage.

DELFERIERE : (à Bart) : Il y a un VAR pendant les PO1, le problème est résolu...

VERBIST : Plus de fautes !

" C'est commettre une erreur qui est frustrant, non devoir la reconnaître "

Vous avez rapidement reconnu votre erreur à l'issue du match à l'Antwerp. Que pensez-vous de ce genre de mea culpa public ?

VERTENTEN : J'ai rapidement vu les images et j'ai appelé Luis Garcia au vestiaire pour tout lui expliquer car je ne voulais pas de discussion sur le terrain. Nous sommes à l'ère du VAR et c'est sans doute une des dernières fois que je vis pareille situation, pareil doute : la faute a-t-elle été commise dans le rectangle ou en dehors ?

VERBIST : À l'avenir, ce sera corrigé. Il y aura un arbitrage vidéo dans tous les matches de PO1 ainsi qu'en D1A la saison prochaine.

VERTENTEN : On doit l'admettre devant la caméra. En soi, ce n'est pas si difficile. Une faute est une faute et mérite qu'on présente ses excuses, humblement. Quand il s'agit d'une interprétation, on peut expliquer sa décision depuis son point de vue.

DELFERIERE : C'est commettre une erreur qui est frustrant, non devoir la reconnaître. Nous avons peut-être été décisifs dans certains match, ce qui n'est pas l'objectif. Mais les gens qui pensent que nous oublions notre erreur dès que nous l'avons avouée se trompent. Ça nous poursuit des jours, voire des semaines.

Vous avez connu un moment de ce genre : la faute de main en fin de partie à Charleroi-Gand.

DELFERIERE : C'était un match très difficile. Avec le VAR, une de mes premières expériences du système. Ça aussi, ça m'est resté en tête un certain temps.

Est-ce dû à l'agressivité avec laquelle Michel Louwagie s'en est ensuite pris à votre père, qui assistait au match ?

DELFERIERE : Je ne l'ai même pas lu. Je sais que les clubs investissent énormément de temps et d'argent dans l'arbitrage et je comprends que pareil incident soir frustrant. les réactions qui surviennent après coup ne sont pas toujours les meilleures. Case closed.

" Quand on travaille avec des hommes, il y a toujours des fautes "

En échange de leur argent, les clubs pros demandent un arbitrage plus performant. Cela engendre-t-il plus de pression ?

DELFERIERE : Ils donnent l'argent le lundi et attendent des résultats le mardi. Pardon mais ça ne marche pas comme ça. Tous les projets font leurs maladies d'enfance.

Quel est votre sentiment, après cette période de tests ?

VERBIST : Les débuts ont été difficiles car les attentes étaient trop élevées. Zéro faute. Or, quand on travaille avec des hommes, il y a toujours des fautes. Toutefois, dans les 48 matches, on distingue une évolution positive. Le VAR est à peine intervenu dans les derniers matches, parce que les arbitres ont été très bons et qu'ils ont acquis l'expérience du VAR. Nous enchaînons avec la formation de huit nouveaux arbitres vidéo en prévision de la saison prochaine.

Les caméras et le VAR, d'accord, mais n'oublions pas que l'erreur reste humaine., BELGAIMAGE
Les caméras et le VAR, d'accord, mais n'oublions pas que l'erreur reste humaine. © BELGAIMAGE

Vous avez découvert le VAR tous les deux. Vous avez dû vous habituer à ce juge supplémentaire ?

DELFERIERE : Oui. Un nouvel entraîneur a besoin de quelques semaines pour se faire à son club aussi. Des semaines durant lesquelles il voit ses joueurs tous les jours. Nous avons été assistés pendant 48 matches. Le VAR n'a pas pu intervenir dans plus de la moitié des matches. Ça représente une vingtaine de matches avec une ou deux situations. Était-ce suffisant pour nous entraîner ? Certainement pas. Nous travaillons dur, nous visionnons des clips et nous avons des simulations mais ça demande du temps. Certaines situations se trouvent dans une zone grise : le VAR ne peut pas intervenir. Les gens ne le comprennent pas toujours.

VERBIST : Le VAR ne peut intervenir que sur quatre phases : un but, un penalty, l'exclusion du mauvais joueur et une carte rouge. Mais que veut dire une erreur manifeste ? Ce n'est pas toujours simple. Les gens s'attendent parfois à une intervention du VAR sur une mauvaise rentrée en touche ou sur un corner. Il n'est pas question de corner erronément accordé. Si un but est marqué sur cette phase...

" Si on commence à tout repasser, il faudra souvent arrêter le match "

Les compétences peuvent-elles évoluer avec le temps ?

VERBIST : Si on commence à tout repasser, il faudra souvent arrêter le match.

Supprimez la vision des images. L'arbitre vidéo décidera et vous gagnerez du temps.

VERBIST : C'est possible dans certains cas. Quand Bart attribue un penalty à Antwerp-Eupen et que le VAR signale que la faute a été commise en dehors du rectangle, l'arbitre n'a pas besoin de revoir les images. Il le peut mais n'y est pas obligé.

DE NAEYER : Ce sont des décisions en noir et blanc. Quand il y a interprétation, il faut avoir l'avis de l'arbitre.

VERBIST : La Pro League veut que l'arbitre vidéo prenne la décision mais l'International Football Association Board ne le permet pas. Le VAR peut appeler l'arbitre et lui montrer les images mais c'est celui-ci qui décide et ça ne changera pas de sitôt.

Le football américain, le rugby, le hockey s'y prennent autrement.

DELFERIERE : Ce sont des sports différents. Je n'en connais pas les règles mais elles sont peut-être plus claires.

DE NAEYER : Elles sont plus noir sur blanc alors que le football laisse place à l'interprétation. C'est pour ça qu'il a fallu autant de temps pour introduire l'arbitrage vidéo.

VERTENTEN : Toute poussée de l'épaule n'est pas fautive.

DELFERIERE : Pas plus que tout hands.

Il y aura toujours des contestations ?

VERBIST : Oui, si on s'en tient aux quatre points qui permettent une intervention. Il y a quelques années, la France disait que tout ballon touché du bras dans le rectangle aboutissait à un penalty. Les attaquants qui n'avaient plus d'issue envoyaient délibérément le ballon sur le défenseur, dans l'espoir de l'atteindre au bras. Ils ont dû supprimer la règle après six ou sept journées.

" Il n'y aura jamais d'arbitrage correct à 100 %, c'est impossible "

Quelle différence le VAR représente-t-il pour vous sur le terrain ?

VERTENTEN : On adapte une série de choses. Un juge de touche doit attendre plus longtemps avant de lever le drapeau. Les joueurs le savent. Nous attendons que le ballon soit dans le but pour siffler. S'il y a un doute à propos d'un hors-jeu et que nous sifflons, nous ne pouvons plus revenir en arrière et consulter le VAR.

Nous attendons aussi plus longtemps avant de reprendre le jeu, pour que l'arbitre vidéo ait le temps d'examiner notre décision. Sinon, il n'y a pas de gros changement. Nous savons qu'il y a un correcteur mais nous devons toujours prendre la décision en premier. Il y aura donc toujours des discussions.

Parfois, nous discutons en groupe d'un penalty. Il est possible qu'une majorité dise qu'il y avait penalty mais si l'arbitre n'a rien sifflé, ce n'est pas un obvious wrong et le VAR ne peut pas intervenir... Il peut se dire qu'il y a sans doute penalty mais on est dans la zone grise. Joueurs, clubs, supporters et journalistes doivent le comprendre. Il n'y aura jamais d'arbitrage correct à 100 %. C'est impossible.

L'autorité d'un juge qui vous corrige sur place n'est-elle pas un problème ?

DELFERIERE : Ça ne me dérange pas.

VERBIST : Pourquoi, puisque la décision finale lui appartient ? Il peut voir les images. S'il se trompe, il revient sur son jugement. Si elle est correcte, l'arbitre poursuit le jeu.

DELFERIERE : Les supporters ne doivent pas s'attendre à ce que nous revenions sur notre décision chaque fois que nous voyons les images. Il est possible que l'arbitre vidéo ait cru que nous n'ayons pas vu un impact mais que nous ayons jugé son intensité trop faible pour siffler penalty ou sortir une carte rouge.

" L'adjoint doit prendre plus de risques "

Si le VAR intervient et que l'arbitre corrige sa décision, il ne peut avoir une note de plus de 7,9 alors qu'il faut 8,1. N'est-ce pas dingue ?

VERBIST : Pourquoi ?

Il est puni d'avoir rectifié son erreur !

VERBIST :Quelqu'un qui ne dispose pas d'un VAR pour corriger son erreur serait alors désavantagé par rapport à celui qui a reçu cette aide. Ce n'est pas possible. Les arbitres sont cotés à tous les matches. Ils commencent toujours à 8,4. Avoir un 7,9 une fois ne va pas faire baisser la moyenne sous les 8,1. Je ne vois pas où est le problème. D'autres oui, apparemment.

Notre panel d'intervenants avec, de gauche à droite : Bart Vertenten, Sébastien Delferière, Johan Verbist et Dieter Denayer., BELGAIMAGE
Notre panel d'intervenants avec, de gauche à droite : Bart Vertenten, Sébastien Delferière, Johan Verbist et Dieter Denayer. © BELGAIMAGE

Et les arbitres ?

VERBIST :Posez-leur la question mais je suppose que oui, à en juger par le calme qui règne.

DELFERIERE : Nous allons discuter ferme avec le referee office pour changer ça la saison prochaine. Bart vient de le souligner : l'adjoint doit prendre plus de risques. Pour lui, il y avait peut-être hors-jeu mais s'il n'en est pas sûr à 100 %, il vaut mieux qu'il attende. Si le but n'est pas valide, il sera de toute façon annulé. Sans VAR, il aurait peut-être levé son drapeau. On ne peut donc pas sanctionner l'assistant. Un deuxième point : imaginez qu'après quatre minutes, il faille déjà consulter l'écran. On sait qu'on n'a déjà plus que 7.9... L'arbitre est la première victime mais les joueurs sont la deuxième car l'arbitre n'est plus à 100 % dans son match. Il faut trouver un compromis.

Une faute est une faute et mérite qu'on présente ses excuses, humblement. " - Bart Vertenten

Vous suivez également la formation. À quel aspect allez-vous être attentif ?

VERTENTEN : Il faut être attentif à tout, y compris à ce qui se passe derrière le dos de l'arbitre. Il ne suffit pas de suivre le ballon. Il faut aussi bien appliquer le protocole, vérifier les buts, les cartes rouges et bien communiquer avec l'arbitre. Il faut lui dire clairement : je suis en train de revoir quelque chose, ne reprends pas le jeu trop vite. C'est important en prévision des play-offs.

" Nous allons voir les phases sous tous les angles "

Serez-vous tous les deux dans le bus pendant les PO1 ?

DE NAEYER : Non. En PO2, pour nous exercer.

VERBIST :Ils doivent suivre tout un protocole pendant leur formation. Il y a cinq matches offline puis cinq online. Les play-offs seront achevés quand ils auront achevé leur parcours.

Comment réagissez-vous quand des joueurs demandent l'intervention du VAR ?

VERTENTEN : Le protocole stipule que les joueurs qui le font reçoivent une carte jaune.

DELFERIERE : C'est humain mais ils doivent comprendre que nous n'avons pas le choix.

DE NAEYER :En principe, il n'est pas nécessaire de le demander puisque le VAR contrôle chaque phase. Sans signal de sa part, il n'y a pas de problème.

Il y a plus de caméras aux matches des PO1. En principe, le système doit être meilleur.

DE NAEYER :Nous devons recevoir les images de toutes les caméras et il y en a de douze à seize dans les grands matches. Nous allons donc voir les phases sous de nombreux angles. Un des principaux problèmes dans les matches moins importants, c'était l'absence d'une reverse camera, qui montre les images de l'autre côté. On en dispose dès qu'on a dix caméras.

Pas touche à Alexandre Boucaut malgré les insistances de cinq Standardmen., BELGAIMAGE
Pas touche à Alexandre Boucaut malgré les insistances de cinq Standardmen. © BELGAIMAGE

Peut-on supprimer le bus et faire travailler l'arbitre vidéo dans un bureau, comme ici à Tubize ?

VERBIST : C'est l'idéal. Les Pays-Bas et l'Allemagne le font déjà. Les arbitres arrivent tranquillement, mangent un bout et peut se préparer au match sans devoir passer au milieu des supporters.

DELFERIERE : J'ai passé mon premier test offline il y a quelques semaines. Le bus était juste à l'entrée de la tribune. Avant le match, ça va encore mais je suis parti au coup de sifflet final. Je ne veux pas savoir ce qui se passe après un match.

DE NAEYER :C'est le débit qui nous retient. Toutes les images doivent nous parvenir dans la seconde, ce qui requiert un énorme débit. Les budgets sont plus élevés en Allemagne et les Pays-Bas utilisent le système dans peu de matches, à cause du prix. C'est possible techniquement et c'est l'avenir mais ça représente encore un défi. Il suffit de faire courir un câble le long du bus, ce qui est plus simple.

" Le VAR est positif "

Les clubs ont déjà souhaité que les coaches puissent voir les images. Est-ce possible ?

JOHAN VERBIST : C'est le Board qui décide et il ne le permet pas.

DIETER DE NAEYER : Il craint qu'on ne l'utilise pour retarder le jeu. Je rappelle que tout est vérifié, de facto.

BART VERTENTEN : À terme, c'est possible si on étend le protocole à des petites fautes - corners, ballons sortis, remises en touche -. Si un entraîneur sait qu'une décision était correcte, ça va peut-être le calmer alors que maintenant, il pense peut-être que la décision n'était pas bonne.

SEBASTIEN DELFERIERE : Je trouve difficile d'intégrer la carte jaune dans le protocole. Certaines phases le requièrent mais dans un match difficile, une faute peut valoir une carte jaune, histoire de calmer le jeu, alors qu'il n'y en aura pas sur la même faute dans un match paisible...

DE NAEYER : Le VAR ne peut pas intervenir dans le management d'un match.

Ne peut-on pas placer l'écran destiné à l'arbitre à un autre endroit que sous le nez des supporters ?

VERBIST :Ces places ont été déterminées pour toute la saison et...

DE NAEYER :... dans certains stades, il n'y a pas un bon endroit, à part les catacombes, ce qui est interdit. Le Board veut que l'arbitre puisse être vu par tout le public au moment où il visionne les images. Pour son intégrité. Sinon, si un président de club passait, par hasard...

VERTENTEN :Il est important d'entendre la communication, ce qui n'est pas toujours évident dans un stade bruyant. L'arbitre vidéo ne donne pas son opinion mais je dois pouvoir l'interroger sur l'angle des images...

Conclusion générale : le VAR est positif ?

VERBIST :Oui, compte tenu de l'évolution accomplie. L'Angleterre vient de s'y mettre et voyez l'agitation que ça provoque chaque semaine.

DE NAEYER : Nous avons été les premiers, avec l'Allemagne et l'Italie. Nous devions apprendre, c'est logique.

VERTENTEN : Les pionniers s'exposent davantage aux maladies d'enfance.

La Pro League a adopté le VAR, le Video Assistant Referee, en début de saison. En fait, il s'agit d'un duo car le juge est soutenu par un assistant. Il suit le match depuis un minibus et peut corriger les arbitres dans un certain nombre de situations, reprises dans un protocole. Tout le monde, joueurs, arbitres, supporters et journalistes, a dû s'y habituer. Au début, certains commentaires ont été durs et il y a eu quelques erreurs. Puis les critiques se sont estompées. En janvier et en février, il n'y en a plus eu. Puis tout a explosé pendant le money time, lors de l'emballage final du championnat régulier. Tous les matches des PO1 vont bénéficier du VAR. Les enjeux sont encore plus élevés que l'année passée : la caisse de la CL s'est agrandie et la lutte pour le titre est assortie de 30 millions d'euros, deux fois plus que l'année dernière. Accrochez vos ceintures. Messieurs, la saison a-t-elle été bonne, globalement ? JOHAN VERBIST (responsable de l'arbitrage à la fédération) : Toutes les journées n'ont pas été égales, comme chaque année, mais globalement, je trouve que les arbitres ont réussi une bonne saison. DIETER DE NAEYER (responsable technique du VAR) : L'arbitre vidéo a dû intervenir très rarement de janvier à mars. SÉBASTIEN DELFERIERE (cinq fois arbitre de l'année) : Je ne m'occupe jamais des prestations des autres. Personnellement, je ne suis pas super content, à cause de blessures. J'ai souffert d'une déchirure musculaire en début de saison et je viens d'être opéré du ménisque. Ce n'était donc pas une bonne saison. BART VERTENTEN(le plus jeune arbitre de tous les temps en D1, actuellement international) : Je préfère aussi ne parler que de moi. Avant le Nouvel-An, j'ai réussi une bonne saison européenne mais un arbitre a la valeur de son dernier match. Or, j'ai pris une mauvaise décision à Antwerp-Eupen. Elle me laisse un sentiment négatif, même si les erreurs font partie de l'apprentissage. DELFERIERE : (à Bart) : Il y a un VAR pendant les PO1, le problème est résolu... VERBIST : Plus de fautes ! Vous avez rapidement reconnu votre erreur à l'issue du match à l'Antwerp. Que pensez-vous de ce genre de mea culpa public ? VERTENTEN : J'ai rapidement vu les images et j'ai appelé Luis Garcia au vestiaire pour tout lui expliquer car je ne voulais pas de discussion sur le terrain. Nous sommes à l'ère du VAR et c'est sans doute une des dernières fois que je vis pareille situation, pareil doute : la faute a-t-elle été commise dans le rectangle ou en dehors ? VERBIST : À l'avenir, ce sera corrigé. Il y aura un arbitrage vidéo dans tous les matches de PO1 ainsi qu'en D1A la saison prochaine. VERTENTEN : On doit l'admettre devant la caméra. En soi, ce n'est pas si difficile. Une faute est une faute et mérite qu'on présente ses excuses, humblement. Quand il s'agit d'une interprétation, on peut expliquer sa décision depuis son point de vue. DELFERIERE : C'est commettre une erreur qui est frustrant, non devoir la reconnaître. Nous avons peut-être été décisifs dans certains match, ce qui n'est pas l'objectif. Mais les gens qui pensent que nous oublions notre erreur dès que nous l'avons avouée se trompent. Ça nous poursuit des jours, voire des semaines. Vous avez connu un moment de ce genre : la faute de main en fin de partie à Charleroi-Gand. DELFERIERE : C'était un match très difficile. Avec le VAR, une de mes premières expériences du système. Ça aussi, ça m'est resté en tête un certain temps. Est-ce dû à l'agressivité avec laquelle Michel Louwagie s'en est ensuite pris à votre père, qui assistait au match ? DELFERIERE : Je ne l'ai même pas lu. Je sais que les clubs investissent énormément de temps et d'argent dans l'arbitrage et je comprends que pareil incident soir frustrant. les réactions qui surviennent après coup ne sont pas toujours les meilleures. Case closed. En échange de leur argent, les clubs pros demandent un arbitrage plus performant. Cela engendre-t-il plus de pression ? DELFERIERE : Ils donnent l'argent le lundi et attendent des résultats le mardi. Pardon mais ça ne marche pas comme ça. Tous les projets font leurs maladies d'enfance. Quel est votre sentiment, après cette période de tests ? VERBIST : Les débuts ont été difficiles car les attentes étaient trop élevées. Zéro faute. Or, quand on travaille avec des hommes, il y a toujours des fautes. Toutefois, dans les 48 matches, on distingue une évolution positive. Le VAR est à peine intervenu dans les derniers matches, parce que les arbitres ont été très bons et qu'ils ont acquis l'expérience du VAR. Nous enchaînons avec la formation de huit nouveaux arbitres vidéo en prévision de la saison prochaine. Vous avez découvert le VAR tous les deux. Vous avez dû vous habituer à ce juge supplémentaire ? DELFERIERE : Oui. Un nouvel entraîneur a besoin de quelques semaines pour se faire à son club aussi. Des semaines durant lesquelles il voit ses joueurs tous les jours. Nous avons été assistés pendant 48 matches. Le VAR n'a pas pu intervenir dans plus de la moitié des matches. Ça représente une vingtaine de matches avec une ou deux situations. Était-ce suffisant pour nous entraîner ? Certainement pas. Nous travaillons dur, nous visionnons des clips et nous avons des simulations mais ça demande du temps. Certaines situations se trouvent dans une zone grise : le VAR ne peut pas intervenir. Les gens ne le comprennent pas toujours. VERBIST : Le VAR ne peut intervenir que sur quatre phases : un but, un penalty, l'exclusion du mauvais joueur et une carte rouge. Mais que veut dire une erreur manifeste ? Ce n'est pas toujours simple. Les gens s'attendent parfois à une intervention du VAR sur une mauvaise rentrée en touche ou sur un corner. Il n'est pas question de corner erronément accordé. Si un but est marqué sur cette phase... Les compétences peuvent-elles évoluer avec le temps ? VERBIST : Si on commence à tout repasser, il faudra souvent arrêter le match. Supprimez la vision des images. L'arbitre vidéo décidera et vous gagnerez du temps. VERBIST : C'est possible dans certains cas. Quand Bart attribue un penalty à Antwerp-Eupen et que le VAR signale que la faute a été commise en dehors du rectangle, l'arbitre n'a pas besoin de revoir les images. Il le peut mais n'y est pas obligé. DE NAEYER : Ce sont des décisions en noir et blanc. Quand il y a interprétation, il faut avoir l'avis de l'arbitre. VERBIST : La Pro League veut que l'arbitre vidéo prenne la décision mais l'International Football Association Board ne le permet pas. Le VAR peut appeler l'arbitre et lui montrer les images mais c'est celui-ci qui décide et ça ne changera pas de sitôt. Le football américain, le rugby, le hockey s'y prennent autrement. DELFERIERE : Ce sont des sports différents. Je n'en connais pas les règles mais elles sont peut-être plus claires. DE NAEYER : Elles sont plus noir sur blanc alors que le football laisse place à l'interprétation. C'est pour ça qu'il a fallu autant de temps pour introduire l'arbitrage vidéo. VERTENTEN : Toute poussée de l'épaule n'est pas fautive. DELFERIERE : Pas plus que tout hands. Il y aura toujours des contestations ? VERBIST : Oui, si on s'en tient aux quatre points qui permettent une intervention. Il y a quelques années, la France disait que tout ballon touché du bras dans le rectangle aboutissait à un penalty. Les attaquants qui n'avaient plus d'issue envoyaient délibérément le ballon sur le défenseur, dans l'espoir de l'atteindre au bras. Ils ont dû supprimer la règle après six ou sept journées. Quelle différence le VAR représente-t-il pour vous sur le terrain ? VERTENTEN : On adapte une série de choses. Un juge de touche doit attendre plus longtemps avant de lever le drapeau. Les joueurs le savent. Nous attendons que le ballon soit dans le but pour siffler. S'il y a un doute à propos d'un hors-jeu et que nous sifflons, nous ne pouvons plus revenir en arrière et consulter le VAR. Nous attendons aussi plus longtemps avant de reprendre le jeu, pour que l'arbitre vidéo ait le temps d'examiner notre décision. Sinon, il n'y a pas de gros changement. Nous savons qu'il y a un correcteur mais nous devons toujours prendre la décision en premier. Il y aura donc toujours des discussions. Parfois, nous discutons en groupe d'un penalty. Il est possible qu'une majorité dise qu'il y avait penalty mais si l'arbitre n'a rien sifflé, ce n'est pas un obvious wrong et le VAR ne peut pas intervenir... Il peut se dire qu'il y a sans doute penalty mais on est dans la zone grise. Joueurs, clubs, supporters et journalistes doivent le comprendre. Il n'y aura jamais d'arbitrage correct à 100 %. C'est impossible. L'autorité d'un juge qui vous corrige sur place n'est-elle pas un problème ? DELFERIERE : Ça ne me dérange pas. VERBIST : Pourquoi, puisque la décision finale lui appartient ? Il peut voir les images. S'il se trompe, il revient sur son jugement. Si elle est correcte, l'arbitre poursuit le jeu. DELFERIERE : Les supporters ne doivent pas s'attendre à ce que nous revenions sur notre décision chaque fois que nous voyons les images. Il est possible que l'arbitre vidéo ait cru que nous n'ayons pas vu un impact mais que nous ayons jugé son intensité trop faible pour siffler penalty ou sortir une carte rouge. Si le VAR intervient et que l'arbitre corrige sa décision, il ne peut avoir une note de plus de 7,9 alors qu'il faut 8,1. N'est-ce pas dingue ? VERBIST : Pourquoi ? Il est puni d'avoir rectifié son erreur ! VERBIST :Quelqu'un qui ne dispose pas d'un VAR pour corriger son erreur serait alors désavantagé par rapport à celui qui a reçu cette aide. Ce n'est pas possible. Les arbitres sont cotés à tous les matches. Ils commencent toujours à 8,4. Avoir un 7,9 une fois ne va pas faire baisser la moyenne sous les 8,1. Je ne vois pas où est le problème. D'autres oui, apparemment. Et les arbitres ? VERBIST :Posez-leur la question mais je suppose que oui, à en juger par le calme qui règne. DELFERIERE : Nous allons discuter ferme avec le referee office pour changer ça la saison prochaine. Bart vient de le souligner : l'adjoint doit prendre plus de risques. Pour lui, il y avait peut-être hors-jeu mais s'il n'en est pas sûr à 100 %, il vaut mieux qu'il attende. Si le but n'est pas valide, il sera de toute façon annulé. Sans VAR, il aurait peut-être levé son drapeau. On ne peut donc pas sanctionner l'assistant. Un deuxième point : imaginez qu'après quatre minutes, il faille déjà consulter l'écran. On sait qu'on n'a déjà plus que 7.9... L'arbitre est la première victime mais les joueurs sont la deuxième car l'arbitre n'est plus à 100 % dans son match. Il faut trouver un compromis. Vous suivez également la formation. À quel aspect allez-vous être attentif ? VERTENTEN : Il faut être attentif à tout, y compris à ce qui se passe derrière le dos de l'arbitre. Il ne suffit pas de suivre le ballon. Il faut aussi bien appliquer le protocole, vérifier les buts, les cartes rouges et bien communiquer avec l'arbitre. Il faut lui dire clairement : je suis en train de revoir quelque chose, ne reprends pas le jeu trop vite. C'est important en prévision des play-offs. Serez-vous tous les deux dans le bus pendant les PO1 ? DE NAEYER : Non. En PO2, pour nous exercer. VERBIST :Ils doivent suivre tout un protocole pendant leur formation. Il y a cinq matches offline puis cinq online. Les play-offs seront achevés quand ils auront achevé leur parcours. Comment réagissez-vous quand des joueurs demandent l'intervention du VAR ? VERTENTEN : Le protocole stipule que les joueurs qui le font reçoivent une carte jaune. DELFERIERE : C'est humain mais ils doivent comprendre que nous n'avons pas le choix. DE NAEYER :En principe, il n'est pas nécessaire de le demander puisque le VAR contrôle chaque phase. Sans signal de sa part, il n'y a pas de problème. Il y a plus de caméras aux matches des PO1. En principe, le système doit être meilleur. DE NAEYER :Nous devons recevoir les images de toutes les caméras et il y en a de douze à seize dans les grands matches. Nous allons donc voir les phases sous de nombreux angles. Un des principaux problèmes dans les matches moins importants, c'était l'absence d'une reverse camera, qui montre les images de l'autre côté. On en dispose dès qu'on a dix caméras. Peut-on supprimer le bus et faire travailler l'arbitre vidéo dans un bureau, comme ici à Tubize ? VERBIST : C'est l'idéal. Les Pays-Bas et l'Allemagne le font déjà. Les arbitres arrivent tranquillement, mangent un bout et peut se préparer au match sans devoir passer au milieu des supporters. DELFERIERE : J'ai passé mon premier test offline il y a quelques semaines. Le bus était juste à l'entrée de la tribune. Avant le match, ça va encore mais je suis parti au coup de sifflet final. Je ne veux pas savoir ce qui se passe après un match. DE NAEYER :C'est le débit qui nous retient. Toutes les images doivent nous parvenir dans la seconde, ce qui requiert un énorme débit. Les budgets sont plus élevés en Allemagne et les Pays-Bas utilisent le système dans peu de matches, à cause du prix. C'est possible techniquement et c'est l'avenir mais ça représente encore un défi. Il suffit de faire courir un câble le long du bus, ce qui est plus simple.