Le spectacle est affligeant : tout le monde effectue des recommandations pour rendre au football une image de propreté. Pendant des années, on n'a strictement rien entrepris pour lutter contre le pouvoir croissant des managers, contre la grogne en marge du sport, contre les conventions douteuses prises à tous les échelons. On a simplement tout toléré, comme si c'était inhérent à ce milieu.
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Le spectacle est affligeant : tout le monde effectue des recommandations pour rendre au football une image de propreté. Pendant des années, on n'a strictement rien entrepris pour lutter contre le pouvoir croissant des managers, contre la grogne en marge du sport, contre les conventions douteuses prises à tous les échelons. On a simplement tout toléré, comme si c'était inhérent à ce milieu. Par exemple, nul ne s'offusquait que Mogi Bayat ait un bureau à Anderlecht. Ce même Bayat tenait des propos intimidants et menaçait même les gens ? Bah, quelle importance pour les clubs ? Ils faisaient presque tous des affaires avec lui ! Même quand deux clubs avaient convenu d'effectuer un transfert sans agent, il en surgissait quand même un. Souvent Mogi Bayat. Ou Dejan Veljkovic, qui a tranquillement étendu son territoire et est allé jusqu'à diriger le YRFC Malines. Nul ne voulait voir qu'on avait dépassé les bornes depuis longtemps. Que le championnat de Belgique était devenu une sorte de légion étrangère, alignant plus d'étrangers que toute autre compétition. La presse le signalait parfois, mais nul ne bougeait. Maintenant, le football est en feu et tout doit subitement changer. Certains grimpent aux barricades alors qu'ils ont rendu les managers importants et en ont même profité. On ne mettra pas fin à la situation en instaurant une commission. Certainement s'il reste suffisamment d'issues pour la dribbler. D'ailleurs, pour le moment, on parle davantage des managers que du blanchiment d'argent, comme si celui-ci était anecdotique. Le monde du football a ses propres normes. Et les avocats semblent surtout essayer de tout ralentir. Ce n'est pas nouveau non plus. On commence à s'habituer au langage musclé qui accompagne les scandales. Pour ensuite constater que rien ne change et que tous les projets atterrissent dans l'un ou l'autre placard. C'est à en perdre courage. Le nouveau CEO Peter Bossaert a eu le cran d'opérer une analyse très dure de tout ce qui ne va pas à la fédération. Il n'y a pas si longtemps, sous l'ère de Steven Martens, on avait l'impression que l'URBSFA s'était transformée, que ce ministère rigide était devenu une entreprise moderne dotée d'un management efficace, mais il ne reste rien de ce sentiment après l'analyse de Peter Bossaert. C'est comme si tout le monde, avenue Houba de Strooper, était resté à l'âge de la pierre. Bossaert a notamment parlé de conflits d'intérêts et d'une culture d'entreprise dépassée, qui accable encore beaucoup de clubs. Reste à voir dans quelle mesure le nouveau CEO pourra imposer ses idées, même si ses projets de réforme sont approuvés par le conseil d'administration. Son engagement n'en est pas moins une bonne chose. Le football a besoin de nouvelles personnes indépendantes. À tous les échelons. C'est le seul moyen d'instaurer une nouvelle morale et de rompre résolument avec le passé. Le championnat a repris ses droits le week-end dernier, après ce tremblement de terre. Avec un tifo impressionnant déployé par les supporters du Club Bruges en soutien à Ivan Leko, qui a subitement pris des allures de martyr. Ça illustre la solidité des liens entre les supporters blauw en zwart et le Club. Comme l'implication des Malinois, qui ont massivement rallié le stade à l'occasion du match contre le Beerschot Wilrijk. Finalement, l'amour du football repousse toujours les problèmes à l'arrière-plan. C'est ce qui fait la force de ce sport. Même si certains l'avaient oublié. Aveuglés par l'argent, la soif de pouvoir et leurs intérêts personnels.