Malgré les résultats très mitigés de son club de coeur, Anderlecht, c'est un homme détendu qui nous reçoit dans son bureau de Neerpede. Philippe Collin, président de la Commission technique de l'Union Belge, et secrétaire général d'Anderlecht, a accepté de revenir sur la campagne des Diables Rouges et les défis qui les attendent dans les prochains mois.
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Malgré les résultats très mitigés de son club de coeur, Anderlecht, c'est un homme détendu qui nous reçoit dans son bureau de Neerpede. Philippe Collin, président de la Commission technique de l'Union Belge, et secrétaire général d'Anderlecht, a accepté de revenir sur la campagne des Diables Rouges et les défis qui les attendent dans les prochains mois. Cela dépend où on se place dans le temps. Il y a un an et demi, on était surtout focalisé sur la recherche d'un entraîneur ; on a une jeune équipe qui manque encore de maturité. On pense que cela peut marcher mais on n'est sûr de rien. A ce moment-là, le Brésil est encore loin. Puis l'automne arrive, on voit qu'on démarre bien, on gagne en Serbie et là on commence sérieusement à y croire. Il y avait toujours ce scénario catastrophe. Il fallait passer l'Ecosse mais en même temps, je n'ai pas été surpris que les Croates craquent. Dans la première moitié de leur campagne, ils avaient eu beaucoup de chance. A un moment donné, ils devaient payer la note. Le fait que tous ces joueurs évoluent dans des grands championnats a apporté la maturité dont on avait besoin. Et puis, par rapport à l'époque des faux pas, on a un grand gardien. Aujourd'hui, les défenseurs savent qu'ils ont un gardien infranchissable ; ils sont sereins ; ils avancent et jouent plus haut. Je ne me souviens pas avoir vu une Belgique réaliser un grand tournoi sans grand gardien. Vous ne savez pas être sûr d'un choix quand l'homme ne dispose pas d'une grande expérience. Comme T1, Wilmots n'avait vécu que six mois à Schalke et six mois à Saint-Trond. Je l'avais observé pendant deux ans comme T2 de Dick Advocaat et de Georges Leekens mais l'attitude de T2 n'est pas du tout la même que celle de T1. Un T2 peut rentrer dans le lard alors que le T1 doit tenir l'ensemble. Je ne connaissais pas non plus sa force tactique. Ce qui m'a convaincu, ce sont les deux matches de préparation, contre le Monténégro (2-2) et en Angleterre (1-0). Oui mais il a changé l'équipe, la manière de jouer. Et tout le noyau le soutenait ! C'est vrai ! J'étais sur ce terrain de golf, il pleuvait à seau, j'étais trempé et je ne jouais plus vraiment tellement je réfléchissais. Je tapais dans la balle mais sans vraiment y croire. Et au 14, je me suis dit que je faisais une grande erreur : je devais prendre Wilmots le plus vite possible pour qu'il soit perçu comme un premier choix. Il faut se replacer dans le contexte. Après ces deux matches amicaux, j'avais entre 30 et 40 candidatures, certaines très anecdotiques comme celle de l'entraîneur des champions du monde de baby-foot. Il y avait les deux poids lourds belges, Eric Gerets et Michel Preud'homme, que tout le monde poussait mais c'était compliqué. Entre autres. Le patron de Preud'homme à Al-Shabab ne voulait pas le laisser partir. Je ne pense pas que cela tenait la route même si j'ai étudié cette éventualité. A côté de cela, il y avait encore l'affaire Gerets... Il a d'autres problèmes, notamment sur le plan privé, mais je ne veux pas en parler. Et puis, une certaine presse me poussait à ne pas prendre Wilmots. Oui. Mais je ne dirai pas qui. Non, il s'agissait d'un des candidats. Je l'avais reçu une fois, il avait été séduisant lors de son audition, il avait des références mais je ne l'avais jamais vu sur un terrain, je ne connaissais pas bien son parcours. Alors qu'il ne restait plus qu'un match de préparation, Wilmots possédait l'avantage de connaître le groupe. Et je rappelle que les joueurs le poussaient ! Oui. Notamment sur le plan tactique. Il va dans les détails, il réfléchit sans cesse, il est obsédé et passionné par son job. Le dernier détail en date : les joueurs n'attendent plus leur sac à l'aéroport. Ils ont un petit sac avec eux et les liquides sont placés dans une caisse générale. C'est un détail mais cela fait gagner 30 minutes. C'est clair ! Oui, Leekens, c'était plus dans la logique des choses. Il brillait de nouveau. Advocaat, c'était un grand nom et un tour de force financier. Par contre, Marc, c'était nouveau et risqué ! Non, pas encore. A ce moment-là, il n'y avait pas encore un grand intérêt pour cette équipe. Pour qu'il y en ait, il aurait fallu que les entraîneurs internationaux la connaissent. Dans le département sport de la fédération, on a tout changé. Pas que c'était mauvais mais les gens en place étaient arrivés il y a 15 ans. C'était devenu tous des professeurs. Il était temps que le football soit représenté. J'ai ramené des gens comme Johan Walem, Paul Allaerts, Gert Verheyen, Thierry Siquet. Quand je suis arrivé à la Commission technique, j'ai dit que je privilégiais la qualité même si ça coûtait un peu plus cher. A l'époque, on nous disait toujours que ça ne pouvait pas dépasser autant et on chicanait pour 5.000 euros. Mais moi, je voulais des bons entraîneurs. Il y a deux ans encore, tous les membres du comité exécutif avaient leur mot à dire. Avant de prendre une décision, je devais en référer à 23 personnes, tout le monde discutait du contrat, je devais ensuite revenir vers l'entraîneur. C'était ingérable. Moi, je ne voulais plus être arrêté par la contrainte financière. Advocaat coûtait cher pour la Fédération mais 11 fois moins cher qu'en Russie ! Contrairement à ce qu'on a dit, il n'avait pas le même contrat qu'Advocaat mais 10-15 % en moins ! Il a un contrat légèrement inférieur à celui de Leekens. Mais avec 26 points, il va recevoir beaucoup de primes ! Il était fort critiqué. Plutôt du côté francophone, d'ailleurs. Ses méthodes de travail ne plaisaient pas. Mais je n'aime pas trop communiquer là-dessus. Peut-être. Il a lancé cela à la hollandaise. On les connaît. Ce sont des envahisseurs (Il sourit). Il voulait directement avoir un bureau, le meilleur hôtel de Bruxelles. Je trouvais cela un peu excessif. Eh, on n'est plus au Conrad, hein ! Même avec les réductions de prix qu'on avait, il était plus cher que le Crowne Plaza, l'hôtel actuel. Et puis, surtout, je trouvais que le Conrad n'était pas du tout adapté à nos besoins. Il se situait au mauvais endroit, en plein centre de Bruxelles ! C'est vrai que désormais, les joueurs ont une chambre individuelle. Ça, c'est un héritage d'Advocaat. Mais, on reste encore loin des standards de certaines équipes. Les Allemands vont partir à la Coupe du Monde avec toute leur famille. Ils prennent des duplex et deux jours avant leur match, ils partent en mise au vert... dans le même hôtel mais dans une chambre sans la famille. La fédération loue au moins 100 chambres ! Ce sont des budgets colossaux qu'on n'a pas. Mais si ces joueurs vont en finale, ils seront 5 semaines ensemble mais seulement 10 jours sans leur famille. On attend le tirage au sort avant de se décider. Car si tous nos matches se passent au nord, je pense qu'on devra choisir un lieu de résidence au nord, même si cela nous agrée moins, au niveau température, humidité et services. Le nord est moins organisé et moins hygiénique que le sud, qui ressemble davantage aux standards de l'Europe. Dans le nord, on a 30° ; dans le sud, 10° ! Par contre, je pense qu'on ne doit pas prendre un camp dans une ville mais plutôt à l'écart. Un resort avec beaucoup d'activités. Je pense que ça va faire du bien sur le plan merchandising. Pour le moment, on n'existe que sur le marché belge mais si on arrive à atteindre le marché européen, voire asiatique, on peut espérer des retombées importantes. Je ne pense pas en termes politiques. C'est plutôt les politiciens qui vont penser au football. Si on est récupéré, ce sera nationalement. Bart de Wever a fait une grosse erreur en disant qu'il ne fallait pas mélanger la politique et le football. A partir du moment où il dit cela, il donne une valeur aux Diables Rouges. Il aurait simplement dû dire - Bravo les Belges. Vous voyez, il a quand même des défauts (Il rit). Il ne semble pas subir la pression. Je ne vois aucun paniqueur dans ce groupe, ni quelqu'un qui a pensé quatre fois au match dans sa tête avant de le jouer, comme Filip De Wilde à l'époque. Axel Witsel. C'est la vraie plaque tournante. Il... est parfait, même si ce n'est pas nécessairement le plus beau à voir jouer. C'est le boss. Faut le voir à la table des joueurs. Tous les jeunes sont pendus à ses lèvres. Ils écoutent le patron. C'est un bon guide, il fait ça bien. Lors du conseil des joueurs qui comprend également Simons, Van Buyten, Vermaelen et Lombaerts, c'est Vincent qui parle 90 % du temps. Quand il a négocié les primes, je me suis dit à plusieurs reprises qu'il commettait une erreur, qu'il ne sortait pas grand gagnant de l'accord final. Ce n'était pas une erreur : il voyait l'intérêt général plutôt que le sien propre. Je ne pense pas. En tout cas, pas maintenant. Peut-être dans trois, quatre ans. Cela s'est fait en consensus général avec le groupe. Les joueurs et leurs agents ont été mis clairement au courant. Quand on a conclu le contrat des primes, du merchandising et du droit à l'image, ce point est clairement indiqué. Vous savez, les 500.000 euros qu'il investit à Bleid (NDLR : devenu le BX Brussels), il aurait pu les mettre dans sa poche. Ça vient de son contrat de Warrior : il gagne 1 million par an et il en met la moitié dans son club. Il n'est pas si vénal qu'on le dit, même s'il aime bien faire des affaires. Les demandes doivent être acceptées par le groupe et par nous. Ce n'est pas aussi simple que cela. Je pense que les résultats de la Coupe du Monde ne remettront pas en cause la qualité de son travail même si on ne passe pas la phase de groupes. Alors, là, j'aurai un problème. Mais je ne pense pas que ce sera le cas et c'est pour cela que je suis prêt à prendre le risque. PAR STÉPHANE VANDE VELDE - PHOTOS: IMAGEGLOBE/ KETELS" Je devais prendre Wilmots le plus vite possible pour qu'il soit perçu comme un premier choix. " " Kompany n'est pas si vénal qu'on le dit, même s'il aime bien faire des affaires. "