RAYMOND GOETHALS
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RAYMOND GOETHALS"C'est vrai : lors de Charleroi-Standard, j'ai eu l'occasion de m'entretenir avec Robert Louis-Dreyfus. Il m'a demandé ce que je pensais de l'OM et je lui ai répondu qu'il occupait, dans les tréfonds du classement, un rang indigne d'un club de cette envergure. Il m'a alors avisé du retour de Bernard Tapie et du souci de celui-ci de ramener au bercail ceux qui avaient contribué, par le passé, à écrire quelques-unes des plus belles pages au Stade Vélodrome. Comme Jean-Pierre Papin et moi, précisément. Il avait été convenu que je me remette en rapport avec lui, la semaine dernière, afin d'évoquer les modalités de ce retour. Mais Robert-Louis Dreyfus était aux abonnés absents dans ses bureaux, à Paris. Je présume qu'il aura voulu attendre la conférence de presse de Bernard Tapie, prévue le lundi 9 avril, pour s'engager de manière un peu plus précise. Je ne suis pas opposé à un come-back là-bas. Mais pas dans n'importe quelle attribution, évidemment. En 93, après avoir remporté la Ligue des Champions avec l'OM au détriment de l'AC Milan, j'avais juré de ne plus jamais oeuvrer comme coach. Je m'y suis toujours tenu jusqu'ici et ce n'est pas à près de 80 ans que je vais changer d'avis. J'ai fait mon temps. En revanche, un rôle de conseiller ne serait pas pour me déplaire. Car la direction marseillaise n'a pas toujours été heureuse dans ses choix depuis que l'ancienne équipe dirigeante, entourant Bernard Tapie, a tiré sa révérence. Sept mentors consommés en l'espace de huit ans, c'est le signe d'une gestion approximative. Sans parler du va-et-vient incessant des joueurs. Si l'OM est devenu champion d'Europe, c'est parce que j'ai pu tabler pendant quelques années sur des valeurs sûres. A l'image de Jean-Pierre Papin, de Basile Boli ou de Didier Deschamps. Les suiveurs se souviennent de ce trio et des autres éléments qui ont fait la légende de l'OM, comme Eric Di Meco, Abedi Pelé, Chris Waddle ou Carlos Mozer. Aujourd'hui, je ne suis pas sûr du tout que ces mêmes personnes seraient capables de désigner cinq footballeurs de la génération actuelle. Marseille ne marque plus l'imagination. Et c'est dommage dans le chef d'un club qui a absolument tout pour faire partie, non seulement du gratin français mais européen tout court : une enceinte qui est un pur bijou, un public fanatique et des moyens financiers pour ainsi dire illimités. Dans ces conditions, il est impensable de flirter avec la relégation, comme c'est le cas de l'OM depuis deux ans. Ce qui aura fait défaut à l'OM, ces dernières années, ce n'est pas uniquement un feeling en matière de gestion sportive. Il va de soi que l'absence d'un leader s'est fait sentir aussi. Et, dans cette optique, la reprise en mains de Bernard Tapie est une aubaine. Car jamais un club ne s'était autant identifié à un personnage, en France, que Marseille à lui. Il représentait pour l'OM ce que Silvio Berlusconi était à l'AC Milan. Et, par un curieux hasard, ces deux entités ont justement perdu de leur superbe après que ces deux hommes forts aient pris du recul. Bien malin qui pourrait dire, en tout cas, qui était la figure emblématique de l'OM ces dernières années : était-ce Yves Marchand, était-ce Robert Louis-Dreyfus, était-ce Marcel Dib? Manifestement, il y avait un vide à ce niveau. Je ne sais toujours pas si une place me sera réservée dans le futur organigramme du club. Mais j'ai quelques idées à formuler. Tout d'abord, il me paraît indiqué de dégraisser un noyau de trente-neuf unités, même si onze de ces footballeurs ont été prêtés. L'OM doit privilégier la qualité en lieu et place de la quantité. Avec cet effectif remodelé, le premier souci devrait être l'hégémonie en France. Car depuis le triplé réussi par les Ciel et Blanc entre 1991 et 93, plus aucun club n'est parvenu à remporter le titre plusieurs fois d'affilée dans l'Hexagone. Personne n'est hors-catégorie là-bas. Dès lors, avec une politique appropriée, il faudrait pouvoir se hisser aisément dans ce parterre et, pourquoi pas, y durer comme autrefois. Dans un deuxième temps, l'OM se doit de renouer avec l'Europe. Bien sûr, les compétitions continentales ont changé. Mais un club comme Marseille peut toujours rêver à ce niveau. Beaucoup plus que le PSG, Lyon ou Bordeaux en tout cas". MICHEL DE WOLF"Je suis entraîneur à Manosque, en CFA, pour le moment, et je vous assure que toute la France ne parle que de cela : Bernard Tapie doit sauver Marseille. Facile à dire, difficile à faire mais il a une présence et du charisme à revendre. Il connaît très bien tout ce qui touche au foot, certainement la motivation et la tactique. De mon temps, il faisait l'équipe ou la défaisait avant le début d'un match même si l'entraîneur de l'époque, Marc Bourrier, avait mis pas mal de choses au point en semaine. J'ai vécu cela durant six mois avant qu'il ne s'éloigne du club: impressionnant. Et cela marchait le plus souvent car il voyait juste. L'OM était alors dans une stratégie d'expansion, dépensa beaucoup d'argent pour avoir la crème de la crème et une grande équipe. A l'heure actuelle, il faudra d'abord faire rentrer des sous. Ici, on se fout de tout cela et on veut d'abord revivre cette période de gloire. Pour les Marseillais, Tapie est synonyme de succès. Il doit garder le club en D1 et entamer une opération de redressement des finances. L'OM a encore 31 pros sous contrat et dix joueurs prêtés à gauche et à droite. Sur cette quarantaine de joueurs, il en gardera six et en vendra une trentaine à 30 millions de francs belges par tête de pipe. Cela fera une rentrée de 900 millions de francs belges. Robert Louis-Dreyfus mettra la même somme sur la table et Bernard Tapie aura près de deux milliards de francs belges pour modeler une nouvelle équipe. C'est nécessaire car les joueurs coûtent cher à l'achat et à l'entretien. Il fait appel à des anciens (Papin, on parle de Blanc, Desailly) mais, là, je me demande s'il ne sera pas un peu en décalage : ces stars lui doivent beaucoup mais ce ne sera pas le cas des jeunes qui peuvent avoir de gros contrats partout, pas seulement à l'OM. Son retour a bien été orchestré. Louis-Dreyfus a été malmené dans une émission de télévision de M6. Tapie l'a relancé sur RTL, je crois. Ils se sont dès lors rapprochés. RLD a compris que Tapie pouvait l'aider, calmer la ville. L'éventuel retour de Raymond Goethals a fait plaisir à tout le monde. On me parle tous les jours de Raymond-la-Science. Avec respect et admiration. Maintenant, il faut savoir que Tapie sera le patron et c'est pour cela que je ne m'attends pas à la venue d'un entraîneur à poigne. Tapie dirigera son club à l'anglaise : il achètera, contrôlera les budgets, coachera mais laissera le travail de terrain à un spécialiste. Mais il passera à la trappe en cas d'échec..." LUCIANO D'ONOFRIO"Bernard Tapie est un motivateur hors norme. Il a l'art d'aller chercher la dernière goutte d'énergie dans chaque joueur. Il avait bâti l'équipe sacrée championne d'Europe. Son énergie est phénoménale et il la transmet bien. Il parle le langage des joueurs car il a joué au foot durant sa jeunesse, a une énorme passion du sport en général et du foot en particulier. Il sauvera l'OM mais ce ne sera pas facile car cela ne va pas bien du tout. Marseille est à deux points de la D2. En six ans, il n'a jamais perdu contact avec le football. Il aime trop cela. Si Tapie a décidé de se consacrer bénévolement à l'OM, c'est qu'il le fera à fond. Robert Louis-Dreyfus a perdu beaucoup du temps et donc d'argent avec Yves Marchand et d'autres. Il faut rattraper tout ça et je crois que le duo Tapie-RLD est très complémentaire. RLD, c'est la stratégie, si vous voulez, mais il a besoin de l'homme de terrain".TOMISLAV IVIC"Je sais que le football français doit beaucoup aux centres de formation. Avant l'ère Tapie, les grands joueurs terminaient leur carrière en France. C'était technique, tranquille, agréable pour une pension sportive. Tapie a changé tout cela. Il payait bien mais exigeait des résultats. Mentalement, le footballeur francais est devenu un guerrier. Il a gardé son potentiel technique et l'a mis au service de la gagne. L'impact a été immédiat sur le tout le football français. C'est avec l'OM de Tapie que tout est parti. Avec plus tard sur cette lancée, des tas de succès pour tout le football français, clubs ou équipe nationale. Tactiquement, il ne faut rien apprendre à Tapie : la stratégie n'a aucun secret pour lui".Pierre Bilic et Bruno Govers