D'aucuns se disent de l'ancienne garde mais qu'est-ce que ça signifie au juste ? En termes de football, Luc Millecamps, Theo Custers et Franky Van der Elst font partie de la vieille garde, de ceux qui, après l'entraînement ou un match, commandaient une bière à la buvette. Thomas Buffel, le capitaine de Genk, parle aussi de cette vieille garde et peut-être en fait-il partie. Il ne fait pas penser aux ardents collectionneurs de vignettes Panini mais il est en quelque sorte la version moderne de cette vieille garde.
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D'aucuns se disent de l'ancienne garde mais qu'est-ce que ça signifie au juste ? En termes de football, Luc Millecamps, Theo Custers et Franky Van der Elst font partie de la vieille garde, de ceux qui, après l'entraînement ou un match, commandaient une bière à la buvette. Thomas Buffel, le capitaine de Genk, parle aussi de cette vieille garde et peut-être en fait-il partie. Il ne fait pas penser aux ardents collectionneurs de vignettes Panini mais il est en quelque sorte la version moderne de cette vieille garde. Il n'est pas encore neuf heures du matin, ce lundi, quand nous arrivons au stade du KRC Genk. L'équipe de nettoyage gratte les chewing-gums des sièges de la Luminus Arena et jette des serviettes tachées de ketchup. Thomas Buffel pénètre dans la salle de presse. Il n'est pas n'importe qui. Il a déjà une longue et belle carrière derrière lui. Feyenoord et les Glasgow Rangers, ce n'est pas rien. Il nous donne une poignée de mains franche et ne fait pas d'embarras quand le photographe lui pose une question : " Je peux te jeter un verre d'eau à la figure ? Ça ferait une photo superbe. " Imaginez la scène : nous sommes un lundi matin, un type pénètre dans votre bureau, votre magasin ou votre camion et vous balance un verre d'eau à la figure. Buffel : " Euh, OK, si ça fait une belle photo. On le fait. " Ça, c'est digne de la vieille garde. Il prend un essuie, s'éponge, s'assied et déclare : " Voilà, on peut commencer. " THOMAS BUFFEL : J'avais seize ans quand j'ai rejoint Feyenoord. C'était un moment poignant. La plupart des jeunes vont à l'université ou fréquentent une haute école à 18 ans et vivent alors en kot. Ils entament une nouvelle vie. Pour la première fois, ils sont indépendants. Moi, j'avais donc seize ans quand je suis parti aux Pays-Bas. J'ai rapidement rejoint l'équipe A. En pénétrant dans le vestiaire, j'étais empreint de respect et d'admiration pour les anciens de l'équipe. Jean-Paul Van Gastel en était le capitaine. L'équipe comprenait encore le gardien Edwin Zoetebier, Jon Dahl Tomasson, Paul Bosvelt. Plus tard, Pierre van Hooijdonk s'est joint à nous. Ce n'étaient pas des joueurs banals. De fortes personnalités, tous. Dans un environnement pareil, un jeune ne plane pas car il sait qu'il sera remis à sa place en moins de deux. Donc, mieux vaut être modeste. Je ne savais d'ailleurs rien du tout. Les primes ? Je les voyais sur ma fiche de paie mais je n'y prêtais pas attention. C'est ça que je veux dire quand je parle de vieille garde : du respect, des valeurs, des normes. Certains jeunes n'ont pas encore joué une seule minute qu'ils demandent : " Capitaine, quelles sont les primes ? " Ce sont des exceptions, mais quand même. BUFFEL : Il conserve son calme et ne répond pas. En général, la question est soufflée au jeune par son père. Mais bon, je ne vais pas généraliser. Genk communique aux jeunes des normes et des valeurs, durant leur formation. Souvent, ce sont des joueurs de l'extérieur qui se croient subitement arrivés. BUFFEL : Parce que je suis un capitaine prudent. Je préfère complimenter quelqu'un qui le mérite plutôt que de me fâcher et de casser un joueur. Il est rare que je remette nettement quelqu'un à sa place. Je crois plutôt en la force du positif. Mais attention : sur le terrain, c'est différent. Là, je n'hésite pas à passer un savon à un coéquipier pour qu'il se ressaisisse. BUFFEL : Je l'ai reçu du temps d'Emilio Ferrera mais ça n'a pas modifié mon comportement ni mon style de jeu. Ce brassard fait peu de différence. J'ai succédé à Jelle Vossen mais j'avais déjà beaucoup de responsabilités dans le vestiaire de Genk. Mario Been avait jeté son dévolu sur Jelle, sans doute pour son rayonnement et sa valeur en tant que produit du club. Ça ne m'a pas posé le moindre problème mais le reste des joueurs s'adressait à moi plus qu'à Jelle. Je conseillais déjà les plus jeunes et j'étais aussi un lien avec la direction. BUFFEL : Quand je suis revenu en Belgique, après mes passages à Feyenoord, à l'Excelsior et aux Glasgow Rangers, j'ai senti que les gens m'admiraient. Je ne veux pas exagérer mais j'ai remarqué que quand je disais quelque chose, les gens en tenaient compte. Ce rôle de meneur est donc venu rapidement. Sur le terrain, j'essaie de jouer avec passion et rage de vaincre, ce qui renforce indirectement ce rôle. BUFFEL : C'est une responsabilité, oui. Mais quand on s'est toujours impliqué dans ses négociations personnelles de contrats, on apprend à mener ce genre de discussions. Ici aussi, l'expérience joue un rôle considérable. Les aspects financiers sont bien définis à Genk. La dernière fois qu'on a versé une prime importante, pour la qualification pour les poules de l'Europa League, tous les nouveaux joueurs ont dû signer un document et accepter que je négocie en leur nom la clef de répartition des primes. En fonction du nombre de minutes de jeu, etc. Il a fallu un moment pour que ces documents soient en ordre. Certains joueurs ont mis la pression et m'ont demandé quand ils allaient recevoir leur prime. " Nous sommes qualifiés depuis un mois, hein ! " Dans ces cas-là, je reste calme et je plaisante. BUFFEL : C'est l'essentiel, en effet. Je dois entretenir l'esprit de groupe, l'unité. BUFFEL : Au fond, ce n'est pas si difficile. Le paintball est une bonne activité de team building, par exemple, mais nous n'avons pas le temps de nous y adonner pour le moment : nous jouons un match tous les trois jours, avec l'Europe. Mais un déplacement européen peut renforcer l'esprit de groupe. On voyage ensemble, on vit plein de choses ensemble et on a le temps de bavarder tranquillement. La manière la plus simple de renforcer l'esprit de groupe, c'est d'aller boire une bière ensemble. Hélas, nous n'en avons pas le temps non plus. BUFFEL : J'étais plutôt réservé à l'égard des inconnus. Par contre, je prenais rapidement les commandes dans un groupe connu, que ce soit pour jouer au foot en rue ou autre chose. Là, j'osais me profiler en leader. Ensuite, mon passage aux Pays-Bas a fait de moi l'homme que vous avez devant vous. Je voulais à tout prix faire mes preuves et ça, les aînés du vestiaire le respectaient. Je n'ai fait partie du noyau A de Feyenoord que deux ans mais j'organisais déjà les activités de team building. BUFFEL : Un barbecue dans un manège. Je peux vous en raconter beaucoup là-dessus ! Nous étions tous au manège quand Patrick Paauwe, qui était un jouer-clef de Feyenoord, s'est hissé sur le dos d'un Shetland. C'était fantastique. Mais si je ne me trompe pas, mon amie, qui est devenue ma femme plus tard, est tombée d'un poney de cette race. Mais la soirée a été très réussie. BUFFEL : Oh, ça va. Ce n'est pas que je ne m'amuse plus dans le milieu du football. Se battre en groupe sous le regard du public reste quelque chose de magnifique mais le milieu évolue très vite. Les enjeux sont de plus en plus énormes. Les jeunes joueurs sont confrontés à des montants colossaux. Désormais, on place l'accent sur le business, la formation et la vente des joueurs. Je regrette que les clubs belges éprouvent tant de mal à conserver leur équipe et à s'attacher de bons footballeurs. C'est frustrant pour un ancien comme moi, qui veut gagner des prix et connaître un dernier succès au terme d'une longue carrière. BUFFEL : Oui mais aux Pays-Bas, je n'ai jamais pu me dresser sur le Coolsingel, où Feyenoord fête ses titres. J'y ai marqué une trentaine de buts en deux saisons mais si vous parlez de moi aux Rotterdamois, ils se souviendront d'un bon joueur, sans plus, car dans une carrière, il faut gagner des prix. Ils sont tangibles. Mais d'accord, j'y suis parvenu avec les Glasgow Rangers et avec Genk aussi. Tout le monde se souvient encore du match décisif contre le Standard en 2011. C'était fantastique. C'est justement pour ça que je veux revivre un moment pareil mais voilà, parfois, je vois de bons joueurs s'en aller et je sais que ce sera difficile. BUFFEL : Le titre mais la question n'est pas à l'ordre du jour. Même si je reçois un coup de fil du Moyen-Orient, je n'y réfléchirai pas. Ma situation familiale ne me le permet pas. Et puis il faut penser plus loin que le bout de son nez. Jouer un an au Moyen-Orient, c'est très bien mais que fait-on ensuite ? BUFFEL : Je n'ai pas le choix. Je veux soutenir ma famille de mon mieux. BUFFEL : Il reste important. Je suis toujours empreint de rage de vaincre, je me livre à fond. Y compris comme capitaine. Mon job a de l'importance aussi. Ce que je réussis à Genk m'offre la possibilité d'obtenir plus d'aide à la maison. D'autre part, après une défaite, quand je reviens à la maison et que je retrouve ma femme et mes enfants, je me ressaisis : je sais ce qui compte vraiment. BUFFEL : Parfois, oui. Je dispose encore d'une certaine marge. Je peux encore jouer mais je ne sais pas combien de temps. J'aimerais achever ma carrière ici, à Genk, en beauté, dignement. BUFFEL : Je l'espère. PAR MATTHIAS M.R. DECLERCQ - PHOTOS BELGAIMAGE - CHRISTOPHE KETELS" J'aimerais achever ma carrière ici, à Genk, en beauté, dignement. " THOMAS BUFFEL " Il est rare que je remette quelqu'un à sa place. Mais sur le terrain, je n'hésite pas à passer un savon à un coéquipier. " THOMAS BUFFEL