Voilà 24 ans que les Algériens attendaient ça. Il faut remonter à 1986 pour retrouver la trace de leur ultime apparition en phase finale de la Coupe du Monde. Certes, si les Fennecs firent une dernière fois honneur aux couleurs du pays grâce à un triomphe à la CAN 90, disputée sur leurs terres, il aura chaque fois manqué la cerise sur le gâteau, lisez un rendez-vous avec le gratin du foot mondial. Comment les Verts en sont-ils arrivés-là ? Quatre facteurs peuvent l'expliquer.
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Voilà 24 ans que les Algériens attendaient ça. Il faut remonter à 1986 pour retrouver la trace de leur ultime apparition en phase finale de la Coupe du Monde. Certes, si les Fennecs firent une dernière fois honneur aux couleurs du pays grâce à un triomphe à la CAN 90, disputée sur leurs terres, il aura chaque fois manqué la cerise sur le gâteau, lisez un rendez-vous avec le gratin du foot mondial. Comment les Verts en sont-ils arrivés-là ? Quatre facteurs peuvent l'expliquer. Chaque pays a son âge d'or footballistique. Comme le Wunderteam autrichien après la Deuxième Guerre mondiale, la Hongrie des Ferenc Puskas et autres Gyula Lorant au cours des années 50, le Brésil des sixties, les Pays-Bas de la bande à Johan Cruijff une décennie plus tard, etc. Pour l'Algérie, les temps bénis se seront situés dans une fourchette comprise entre 1982 et 90. La preuve par deux qualifications de rang en phase finale de la Coupe du Monde (Espagne et Mexique) ainsi qu'un succès face au Nigeria en apothéose de la CAN 90. Des performances de haut vol, s'il en est, dues à une génération exceptionnelle qui s'articulait autour d'un quintette génial constitué des médians Ali Fergani (le capitaine), Lakhdar Belloumi et Mustapha Dahleb ainsi que des attaquants Rabah Madjer et Salah Assad. Les deux premiers auraient sans doute accédé à la même notoriété que les autres s'ils n'avaient choisi de demeurer sagement au pays, l'un au Milaha Hussein Dey et à la Jeunesse Tizi Ouzou et l'autre à Mascara. Belloumi avait même réussi à voler la vedette à un certain Michel Platini, en 1985, à la faveur d'une joute amicale entre son pays et la Juventus, que les Italiens avaient remportée sur le fil (2-3). " Des gars comme lui, vous n'en aurez pas souvent, alors profitez-en ", avait même déclaré, élogieux, l'entraîneur Giovanni Trapattoni après coup. Mais malgré l'intérêt de bon nombre de clubs européens, la plaque tournante des Fennecs renonça invariablement à l'exil. Ses compères, eux, ne l'entendirent manifestement pas de la même oreille et réussirent une belle carrière à l'étranger : Dahleb et Assad au PSG et Madjer au FC Porto. Chacun se souviendra, assurément, de sa talonnade en finale de la Coupe des Champions, devant le Bayern Munich, en 87. Un geste technique audacieux qui avait laissé notre Jean-Marie Pfaff pantois en même temps qu'il offrait le trophée aux Lusitaniens (2-1). Cinq ans plus tôt, Madjer avait déjà fait plier la Mannschaft en signant le but du 2-1 aussi après que Belloumi eut ouvert le score et Karl-Heinz Rummenigge égalisé à l'heure de jeu. Les hommes de l'entraîneur Rachid Mekhloufi auraient passé le tour si l'Allemagne et l'Autriche, qui avaient besoin d'un point de concert pour accéder au stade suivant de l'épreuve, n'avaient pas gelé le ballon d'un bout à l'autre de leur troisième match de poule, au point de réaliser un non-match détestable. " 22 cartes rouges " avait d'ailleurs titré le quotidien sportif L'Equipe le lendemain. Du Mexique quatre ans plus tard, la sélection algérienne était rentrée complètement bredouille, face à une opposition plus relevée il est vrai : Brésil (1-0), Espagne (3-0) et Irlande du Nord (2-1). Médaille de bronze à la CAN 1988 (derrière le Cameroun et le Nigeria), les Verts furent victorieux sur leurs terres, deux ans plus tard, avec quelques nouveaux noms : Moussa Saïb (actif notamment à Auxerre, Valence et Tottenham, Cherif Oudjani (Lens) et Djamel Menad (Olympique Nîmes). C'étaient là les derniers grands noms de la décade. Après, place à des illustres inconnus tels que Mourad Slatni, Mahieddine Meftah, Billel Dziri ou encore Khaled Lounici, tous actifs au cours de la dernière décennie du xxe siècle, connue en Algérie sous le nom de décennie noire. Les nineties marquent le début d'une période de troubles qui s'étendront jusqu'à l'arrivée au pouvoir du président Abdelaziz Bouteflika en 2000. En 1991, le FIS (Front Islamique du Salut), créé deux ans plus tôt par Abassi Madani et son ami Ali Belhadj fait un tabac aux élections législatives et pousse l'homme fort du pays, Chadli Bendjedid à la démission. Une lutte sanglante s'engage dès ce moment entre la branche armée du FIS, le GIA (Groupe Islamique Armé) et l'Etat. Le foot n'échappe pas à la tourmente. Sur le terrain, d'abord, via l'ancienne gloire, Salah Assad. Natif de Kouba, non loin de la mosquée où a été créé le FIS, il adhère non seulement au mouvement mais participe aussi à la campagne pour les premières élections libres. Emmené par les autorités, l'ex-star des Fennecs sera détenue durant quatre ans dans le camp de concentration d'Aïn Mguel. Ce n'est pas pour rien que les dirigeants se sont tournés vers lui. En utilisant la manière forte avec cette icône de l'Algérie, ils veulent tout simplement montrer qu'ils ne reculeront devant rien pour faire régner l'ordre. L'exemple d'Assad a également des répercussions en coulisse. C'est que pas mal de joueurs possédant la double nationalité franco-algérienne y réfléchissent à deux fois avant de s'engager. Les Fennecs sont dès lors sevrés de quelques noms des plus fameux. Le cas le plus édifiant est, évidemment, celui de Zinédine Zidane, qui a opté pour les Bleus au même titre qu'un Sabri Lamouchi par exemple. D'autres, plus jeunes, mais qui se sont déjà imposés eux aussi au plus haut niveau, ont suivi la même démarche. On songe à Samir Nasri, Karim Benzema ou encore Hatem Ben Arfa. En réalité, parmi l'ancienne génération, beaucoup de candidats internationaux ont toujours trouvé des prétextes pour ne pas devoir honorer une sélection chez les Fennecs. A l'image de Mehdi Meniri, arguant qu'il ne se déplacerait pas tant que le coach Ali Fergani (sélectionneur national de juin 1995 à juin 96 notamment) serait au pouvoir. Et puis il y a ceux aussi qui, convaincus qu'ils avaient un avenir chez les Bleus, ont retardé l'échéance le plus longtemps possible avant de faire leur choix. Comme Ali Benarbia, qui n'aurait sûrement pas détoné au côté de Zizou durant les années de gloire de l'équipe de France. Zidane et lui à la construction, Didier Deschamps et Emmanuel Petit à la récupération, c'eût été un remake de la charnière centrale des années 80 avec Platini et Alain Giresse pour l'ébauche offensive et le duo Luis Fernandez-Jean Tigana comme pare-chocs devant la défense. Hélas, malgré de vagues promesses, le sélectionneur, Aimé Jacquet, n'a jamais retenu cette option. A 32 ans bien sonnés, Benarbia, ancien coéquipier d' Enzo Scifo à Monaco, a dès lors fait ses débuts chez les Verts le 3 septembre 2000 contre le Burkina Faso. Mieux vaut tard que jamais, évidemment, mais compte tenu de la valeur du joueur, passé en outre par les Girondins Bordeaux et Manchester City, il y a de quoi nourrir des regrets. Depuis le début du présent millénaire, conjointement avec le calme revenu au pays, de plus en plus de binationaux ont effectué le pas vers les Fennecs. L'exemple a été montré par Antar Yahia en 2002. Né en 1982 à Mulhouse, il intègre le centre de formation de Sochaux à 14 ans. Trois années plus tard, il est titulaire chez les Bleuets. De quoi focaliser sur lui l'attention de l'Inter Milan où il signe en 2000. Son aventure n'y dure que l'espace d'une saison, après quoi il revient en France, à Bastia d'abord (2001-05), puis à l'OGC Nice (2005-07) avant d'atterrir à Bochum. Durant son séjour en Corse, le sélectionneur en place, Hamid Zouba, réussit à le convaincre d'opter pour les Verts malgré son passé dans les équipes de jeunes en France. Son choix fera des émules. Comme Karim Ziani (1982) issu pour sa part de l'Ecole des jeunes de Troyes, où il signe d'ailleurs un premier contrat professionnel en 2001. Le 12 février 2003, à l'instigation d'un certain Georges Leekens, qui a relayé Zouba un mois plus tôt, le joueur fait ses débuts contre la Belgique. Sa trajectoire a subi une croissance exponentielle depuis lors car, après Troyes, il est passé successivement à Lorient, puis à Marseille avant d'aboutir l'été passé à Wolfsburg. Autre pur produit français : Khaled Lemmouchia (28 ans) formé à l'Olympique Lyonnais à l'instar de son copain Abdelkader Ghezzal (25 ans). Le premier cité n'a pas hésité à quitter la France pour répondre à l'appel d'un club de pointe au pays, l'ES Sétif. L'autre a trouvé refuge en Italie où après un passage dans des équipes de divisions inférieures (Crotone, Biellese et Pro sesto), il a atterri en 2008-2009 à Sienne, où il milite actuellement. Chez les Transalpins, et plus précisément à la Lazio Rome, joue aussi Mourad Meghni (25 ans), annoncé comme l'un des plus grands talents du football dans l'Hexagone mais qui a choisi, l'année passée, de défendre les couleurs de l'Algérie. Son entrée en matière chez les Verts remonte à un match contre l'Uruguay (victoire 1-0) le 12 août 2009. Côté belge, comment ne pas mentionner l'ancien Louviérois Rafik Djebbour (25 ans) qui a appris l'abc du foot à Auxerre avant de rallier le Tivoli en 2004. Lui aussi a penché pour les Fennecs avec une première cap contre le Gabon (défaite 0-2) le 15 août 2006. Son parcours n'est pas triste non plus puisqu'il est passé des Loups en Grèce où il a défendu les couleurs d'Asteras Tripolis (2005-06), Atromitos (2006-07), Panionios (2007-08) avant de rejoindre le ténor qu'est l'AEK Athènes. Le cas le plus récent, mais sûrement pas le moindre, est celui du jeune Hassan Yebda (24 ans). Formé à l'AJA aussi, comme Djebbour, il a fait mieux que tous les autres en enlevant les Championnats du Monde des Moins 17 avec la France en 2001. Snobé par le coach, Guy Roux, il rebondit au Mans et passe à Benfica en 2008 puis à Portsmouth cette saison. Déçu de n'avoir jamais obtenu une chance chez les Bleus, il a tranché pour les Verts en disputant un premier match avec eux contre le Rwanda (0-2) le 11 octobre dernier. L'adhésion des francophones aux Fennecs, liée au renouveau du football en Algérie après les troubles (le Nasr Athletic de Hussein Dey, dont sont sortis des stars locales comme les ex-internationaux Chaabane Merzekane et Mahmoud Guendouz vient à nouveau de former un défenseur de grand talent en la personne de Rafik Halliche, actif au CD Nacional Madère depuis 2008) explique grandement pourquoi après une période de tâtonnements marquée par des éliminations précoces en CAN (les Verts ont été privés de la phase finale en 2006 et 08) un retour en force s'est opéré cette année. Les Fennecs, forts de leurs cracks à l'étranger (en plus de Yahia, Ziani, Ghezzal, Meghni, Djebbour, Yebda et Rafik, déjà mentionnés, on note encore Nadir Belhadj (Portsmouth), MajidBougherra (Rangers), Djamel Abdoun (Nantes), Yacine Bezzaz (Strasbourg), Hamer Bouazza (Blackpool), Yazid Mansouri (Lorient) Kamel Fethi Ghilas (Hull City), Rafik Saïfi (Al Khor, Qatar) et Karim Matmour (Borussia Mönchengladbach) ont du répondant. Et ils l'ont prouvé lors des éliminatoires de la CAN en devançant l'Egypte, pourtant donnée logiquement favorite du groupe après ses deux sacres consécutifs dans cette épreuve en 2006 au Caire et 2008 au Ghana. Les Fennecs auront eu d'autant plus de mérite que leur qualification au détriment des Pharaons s'est jouée sur un test-match à Khartoum au Soudan. Les deux formations avaient en effet terminé ex-aequo dans leur groupe, les Egyptiens annihilant in extremis (2-0), grâce à un but inscrit dans le temps additionnel, le 3-1 que les Algériens avaient signé à Alger. Ce n'était d'ailleurs pas le seul coup que ses joueurs aient reçu sur leurs têtes. A leur arrivée au Caire, ceux-ci avaient été pris à partie par les fans locaux et leur bus caillassé. Touchés par des éclats de verre, trois joueurs furent blessés dans l'aventure. Le plus durement atteint, Lemmouchia, dut même se faire poser quelques points de suture au visage. Mais c'est une équipe algérienne survoltée, dans le sens positif du terme, qui fit plier les Pharaons : 1-0 grâce à un but à la Van Basten de Yahia sur un service 18 carats de Ziani. L'appétit venant en mangeant, les Algériens s'éveillent aux plus hautes ambitions. Non seulement dans cette CAN où ils ont été versés dans le même groupe que le pays-hôte, l'Angola, le Mali et le Malawi mais aussi à la Coupe du Monde où ils devront en découdre avec la Slovénie, l'Angleterre et les Etats-Unis. "Dans les années 90, l'ex-star des Fennecs, Salah Assad sera détenue durant quatre ans dans le camp de concentration d'Aïn Mguel.