L'Argentine dans cette Coupe du Monde, c'est un bilan " maradonesque " : quatre victoires en quatre matches, 10 buts marqués pour un seul encaissé et un Mexique qui a subi en huitièmes le même sort que les adversaires des Bleu et Blanc dans la phase de groupes : les sombreros ont volé. Que le premier but argentin soit le fruit d'une erreur d'arbitrage n'est qu'une anecdote car l'équipe de Diego Maradona a survolé les deux premières semaines du tournoi et se positionne de plus en plus dans les favorites.
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L'Argentine dans cette Coupe du Monde, c'est un bilan " maradonesque " : quatre victoires en quatre matches, 10 buts marqués pour un seul encaissé et un Mexique qui a subi en huitièmes le même sort que les adversaires des Bleu et Blanc dans la phase de groupes : les sombreros ont volé. Que le premier but argentin soit le fruit d'une erreur d'arbitrage n'est qu'une anecdote car l'équipe de Diego Maradona a survolé les deux premières semaines du tournoi et se positionne de plus en plus dans les favorites. Alors, un superman, le Diego ? Champion du monde dans quelques jours ? Adulé par tout un peuple comme coach après l'avoir été comme joueur ? Nous avons pris la température auprès de la presse de son pays. Daniel Garcia, qui suit le staff et le noyau au jour le jour à Pretoria pour la branche argentine de l' AFP, épluche tous les échos en provenance de Buenos-Aires et des autres grandes villes du pays, et dit : " Les gens sont aux anges. Aujourd'hui, plus personne ne conteste la désignation de Maradona et les supporters oublient même que le Nigeria, la Corée du Sud et la Grèce n'étaient vraiment pas des foudres de guerre dans la poule. Ils zappent complètement tous les petits prétextes qui pourraient ternir le premier bilan de Maradona dans un grand rendez-vous. On ne lit même plus qu'il avait été parachuté coach national sans aucune expérience. C'est oublié, on ne retient plus que ses victoires, il est en route pour devenir une icône comme entraîneur. Parce qu'il n'y a pas que les résultats. Le spectacle est là aussi. L'Argentine ne se contente pas de petites victoires sur un coup de dés ou un coup de chance. Elle a gagné ses trois premiers matches en étant convaincante, puis le Mexique n'a guère existé en huitièmes de finale. " " On ne peut sûrement pas dire que tous les Argentins étaient enthousiastes en parlant de Maradona pendant les éliminatoires ", lance Horacio Pagani, de Diario Clarin. " Il y avait des doutes un peu partout parce que Maradona ne parvenait pas à faire décoller l'équipe. Il ne faisait pas mieux qu' AlfioBasile, qui avait démissionné en pleine campagne qualificative parce que la sauce ne prenait déjà pas. Avec Maradona, l'Argentine a vite pris une claque historique en Bolivie : 6-1. Il y a aussi eu trois défaites consécutives contre l'Equateur, le Brésil et le Paraguay. Nous étions au bord de l'élimination et beaucoup d'Argentins se demandaient s'il était vraiment l'homme de la situation. Nous perdions, ça jouait mal et tout le monde était montré du doigt : autant les joueurs que le coach. Mais Maradona n'a quand même pas été menacé. Chez nous, c'est très rare qu'on change d'entraîneur en cours de qualifications. Alors, après avoir déjà remplacé Basile, on n'imaginait pas un nouveau remplacement. Je pense que Maradona serait resté en poste même si l'équipe ne s'était pas reprise in extremis. On aurait seulement fait son bilan à la fin des éliminatoires, et là, il aurait sûrement sauté. " Maradona a essayé plus de 100 joueurs " mais on ne lui en voulait pas spécialement pour ça car on voyait que ça n'allait pas avec ceux qu'il avait convoqués, donc c'était logique d'en tester d'autres ", dit Garcia. " Et quand il a annoncé sa sélection définitive pour cette Coupe du Monde, il a presque fait l'unanimité. Pour la grande majorité des Argentins, il a formé le meilleur groupe possible. Il y a juste eu des interrogations sur la sélection de Martin Palermo car il aura bientôt 37 ans et on aurait trouvé plus logique qu'il donne plutôt une chance à un jeune. Mais cette toute petite tempête s'est calmée le soir du match contre la Grèce car Palermo est entré à dix minutes de la fin et a marqué. Tout le monde adore ce joueur au pays mais on ne trouvait plus nécessairement qu'il avait encore le niveau pour une équipe nationale censée aller très loin en Coupe du Monde. Et dans le match gagné contre la Grèce, Maradona a achevé de convaincre les derniers sceptiques sur tous ses choix de sélection. Il a fait jouer une équipe B en retirant des pièces du puzzle un peu partout sur le terrain, mais ça a encore bien marché. C'était la meilleure preuve que son choix final était le bon. " Miguel Angel Rubio ( Radio del Plata) savoure aussi " mais il n'y a pas d'équipe sur le terrain. Ce sont dix individualités, chacun joue pour soi. Et Maradona n'y changera rien car cette tendance à ne penser qu'à sa petite personne est une particularité de la plupart de nos joueurs. Ils ont toujours raisonné de cette façon-là. Ils sont très forts, ils forment peut-être le meilleur groupe du Mondial si on additionne les qualités individuelles, mais le collectif ne veut pas suivre. " " La tête pensante du staff technique n'est pas du tout Maradona ", explique Mariano Almada, de la chaîne de télé argentine TyC Sports. " Ce sont ses deux adjoints qui décident de tout dès qu'il est question du jeu : Alejandro Mancuso et Hector Enrique. Mancuso est depuis très longtemps un des meilleurs amis de Maradona, ils ont joué ensemble en équipe nationale au début des années 90. Enrique est aussi un très proche de Maradona et il était avec lui dans l'équipe championne du monde en 1986. C'est certain que Maradona a beaucoup à dire dans la composition de l'équipe, mais son rôle s'arrête là. Il ne décide pas du système. Parfois, il a quand même des bonnes idées. En mars dernier, l'Argentine est allée jouer un match amical en Allemagne et il a voulu donner une nouvelle chance à Gonzalo Higuain, qui n'en touchait plus une depuis longtemps en équipe nationale. Beaucoup de gens ont été étonnés en voyant Higuain sur le terrain au coup d'envoi. Mais il a marqué le seul but du match, ça l'a relancé et maintenant, il carbure dans cette Coupe du Monde. C'est une plume qu'on peut mettre au chapeau du coach. Dans un autre match amical au printemps, il a eu une autre bonne idée. Il a lancé Sergio Agüero, son beau-fils, à la mi-temps. Agüero a été très bon et Maradona a décidé qu'il serait son joker attitré en attaque : -C'est l'homme tout indiqué pour faire très mal à des défenseurs fatigués. Entre-temps, Agüero est souvent monté en cours de match et il a régulièrement fait la différence. " Alejo Vetere ( La Nación) : " Maradona parle et crie tout le temps à l'entraînement, c'est un vrai latino et il donne continuellement des tapes amicales aux joueurs. C'est leur pote. Mais on ne l'entend jamais donner de vraies consignes tactiques, ou alors il en donne et personne ne l'écoute. C'est frappant dans ce Mondial : il arrive que Maradona se mette subitement à gesticuler comme un pantin sur la touche pendant les matches, mais personne ne réagit sur le terrain. Il fait simplement son show. C'est un gros zéro sur le plan tactique ! Ce sont les joueurs qui prennent les grandes décisions ! Ils discutent entre eux, puis quand ils ont tranché, ils annoncent l'avis de la majorité au coach. C'est parfois surréaliste. En retour, Maradona leur apporte son soutien en leur disant qu'ils ont finalement de bonnes idées. Tout le monde sait ça en Argentine, ça ne choque plus les gens. Maintenant, je ne pense pas que ce serait aussi bien accepté par la presse et le public si ce n'était pas Diego Maradona. " Hernan Castillo ( Radio La Red) ajoute : " Ici, il doit y avoir peu d'entraîneurs qui parlent autant avec leurs joueurs que Maradona et il est certainement le seul qui ne discute presque jamais tactique. Il connaît les limites de ses compétences et c'est bien qu'il en tienne compte. Quand on aborde le jeu avec ses adjoints, le niveau de la conversation monte directement de plusieurs crans. Le seul discours tactique de Maradona, c'est : -Jouez ! " L'Argentine gagne mais Lionel Messi ne marque pas. Almada : " On a déjà fait plusieurs fois la remarque à Maradona depuis le début du Mondial et ça le fait rigoler. Il répond : -Ne vous inquiétez pas, quand il marquera, ce sera un but décisif pour notre qualification. C'est certain qu'on ne voit pratiquement jamais en équipe nationale le Messi de Barcelone, mais il faut comparer ce qui est comparable. Dans son club, il n'a que des stars mondiales autour de lui. Ce n'est pas le cas en sélection, où il est surtout entouré de très bons joueurs, simplement. Mais vous avez remarqué que Messi est généralement meilleur dans les tournois que dans les matches isolés, et qu'il grandit souvent en cours de compétition ? C'est normal car c'est le type de joueur qui a besoin de confiance, de repères, d'automatismes. Il avait été sensationnel au Mondial -20 et aux Jeux olympiques en Chine, et aujourd'hui, il progresse dans cette Coupe du Monde. Il est conscient qu'il trouve moins vite son rythme et ses coéquipiers que d'autres footballeurs. Mais un Messi qui a le temps de s'acclimater devient intenable. Depuis le début du tournoi, par exemple, il est bien plus fort que dans les matches éliminatoires. " Garcia lance : " Maradona et ses adjoints laissent une liberté totale à Messi. Quand on interroge le coach sur la meilleure place de ce joueur, il répond : -Il fait ce qu'il veut ; avec son talent, il peut se le permettre. La priorité, c'est qu'il se sente bien, qu'il soit tout à fait libéré. C'est le seul joueur qui ne reçoit aucune consigne. Messi est le vrai cerveau de l'équipe. Et le système a été adapté spécifiquement à son jeu. " " Maradona, Mancuso et Enrique ont pas mal chipoté depuis leur entrée en fonction pour trouver la meilleure façon de faire jouer l'Argentine ", affirme Marcelo Frontale ( Mensajero). " Ils sont partis sur un 4-4-2 avec Messi et Higuain devant mais ce ne fut pas concluant. Voyant la forme de Messi avec Barcelone dans son rôle derrière les attaquants, le système a été modifié avec Messi dans le dos d'une seule pointe. Puis, il y a eu un nouveau revirement pour arriver à ce qu'on voit aujourd'hui : quatre derrière, trois médians, Messi et deux attaquants. C'est d'autant plus apprécié en Argentine que ce système a permis de faire rentrer en attaque Carlos Tevez, extrêmement populaire au pays et star du match contre le Mexique. Dans le même ordre d'idée, tous les Argentins ont apprécié le retour au premier plan de Juan Veron, qu'on avait enterré et dont on pensait il n'y a pas si longtemps qu'il n'avait plus d'avenir en équipe nationale. Tout le pays poussait pour qu'il soit repris après une excellente saison à Estudiantes. " " Au même âge, Messi est beaucoup plus populaire en Argentine que Maradona ", dit Almada. " Messi vient juste d'avoir 23 ans, mais il a déjà tout gagné à part la Coupe du Monde : quatre titres de champion, une Coupe d'Espagne, deux Ligues des Champions. Avec Barcelone, il a aussi été champion du monde des clubs. Avec l'Argentine, il a gagné le Mondial -20 et les Jeux olympiques. C'est sidérant. Qu'est-ce que Maradona avait fait à 23 ans ? Il avait été sacré une fois en Argentine avec Boca Juniors, il avait remporté une Coupe d'Espagne avec Barcelone et il avait lui aussi gagné le Mondial des -20. Mais rien d'autre. Le Maradona qui a gagné tout seul des titres et une Coupe de l'UEFA avec Naples, celui qui a offert la Coupe du Monde 1986 à l'Argentine, on ne le connaissait pas encore à ce moment-là. C'était déjà un footballeur exceptionnel, mais pas une légende. Dès que Messi gagnera une Coupe du Monde, il pourrait surpasser Maradona dans l'imaginaire des Argentins. "Au cours des mois précédent ce Mondial, l'Argentine n'a carburé qu'à une moyenne d'un but par match. Le malaise a été confirmé dans la première rencontre de poule, contre le Nigeria : il a fallu un goal d'un défenseur, Gabriel Heinze, pour arracher la victoire. Mais les occasions étaient là, comme d'habitude. Rubio : " C'est l'équipe qui se crée le plus d'occasions au monde. Je me souviens de très peu de matches où nous n'avons pas été dangereux au moins 10 ou 15 fois. Nous avons des attaquants qui sont des vedettes dans les plus grands championnats (Tevez, Agüero, Higuain, Diego Milito) mais les crises de confiance sont nombreuses en équipe nationale ! " Castillo constate que " quand Maradona monte sur le terrain d'un entraînement ouvert au public, il absorbe toute la pression. On ne regarde que lui, il le sait et ça l'arrange parce que ça permet à ses joueurs d'être assez tranquilles. Seul Messi est fort regardé, les autres sont rarement dérangés. Il sait aussi faire plaisir à tout le monde, il sait que c'est important dans un tournoi aussi long. Par exemple, 19 des 20 joueurs de champ ont été sur le terrain dans les quatre premiers matches. Il n'y a qu' Ariel Garcé qui est resté tout le temps sur le banc. La seule petite surprise de la sélection. Il n'a que 20 ans et joue dans un petit club de Santa Fé. Maradona avait dit qu'il attendrait le dernier moment pour annoncer son 23e sélectionné et c'est tombé sur Garcé. Il a probablement voulu montrer qu'il pouvait aussi lancer des inconnus dans des moments hyper importants. " Miguel Angel Rubio voit des Argentins heureux que leur dieu d'une autre vie ne soit plus une épave. " Maradona n'a jamais peur d'évoquer son après-carrière très difficile. Quand on l'interroge sur la drogue ou l'alcool, il joue cartes sur table. Il dit qu'il n'est plus dépendant à la cocaïne depuis six ans et qu'il ne boit plus depuis plusieurs années. Il y a trois ans, il était à deux doigts de mourir. Il dit qu'il se sent à nouveau parfaitement bien dans sa peau, que cela ne lui était plus arrivé depuis le début des années 90. "On ne compte plus les dérapages de Maradona. Ironie, insultes, menaces, c'est sa marque de fabrique. " Mais il n'y a pas que ça ", dit Pagani. " Il peut aussi être charmant. Un jour, il est compliqué, c'est impossible de travailler avec lui. Le lendemain, il est à l'opposé, extrêmement abordable. Il a toujours été comme ça : s'il se lève de bonne humeur, il sera agréable jusqu'au soir. Mais s'il est maussade au saut du lit... On est habitué, de toute façon, car partout en Argentine, le coach est la personne la plus importante et la presse ne le lâche jamais. Ils ont tous leur personnalité. Carlos Bianchi est de loin le plus imbuvable, il ne veut jamais parler à la presse. Et Marcelo Bielsa n'est pas beaucoup plus agréable. Finalement, on ne s'en sort pas trop mal avec Maradona. " l par pierre danvoye, en afrique du sudDès que Messi gagnera une Coupe du Monde, il pourrait surpasser Maradona dans l'imaginaire des Argentins.