21 juillet 2013. Tom Boonen remporte la deuxième étape du Tour de Wallonie à l'issue d'un sprint massif. C'est sa première victoire UCI de la saison après un début d'année marqué par les chutes et les ennuis physiques. Boonen est soulagé. Dans l'espoir de sauver ce qui peut encore l'être, il vient de passer dix jours en altitude, à Livigno, où il s'est entrainé intensément. Mais il recommence à souffrir des tissus sous-cutanés de la selle, une conséquence de longues heures passées sur le vélo qui ont empêché la circulation du sang. De plus, la transpiration n'a fait qu'augmenter l'inflammation. Un problème qu'il connaît bien pour en avoir déjà souffert en 2011, au cours de la Vuelta.
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21 juillet 2013. Tom Boonen remporte la deuxième étape du Tour de Wallonie à l'issue d'un sprint massif. C'est sa première victoire UCI de la saison après un début d'année marqué par les chutes et les ennuis physiques. Boonen est soulagé. Dans l'espoir de sauver ce qui peut encore l'être, il vient de passer dix jours en altitude, à Livigno, où il s'est entrainé intensément. Mais il recommence à souffrir des tissus sous-cutanés de la selle, une conséquence de longues heures passées sur le vélo qui ont empêché la circulation du sang. De plus, la transpiration n'a fait qu'augmenter l'inflammation. Un problème qu'il connaît bien pour en avoir déjà souffert en 2011, au cours de la Vuelta. Cette fois, le problème est plus sérieux. Le 22 août, après un mois, il n'est toujours pas résolu et il décide alors, en accord avec le médecin de l'équipe, Yvan Vanmol, d'attendre une guérison complète et d'entamer, dès la fin septembre, la préparation en vue de la saison 2014. " C'est déjà ce que j'avais fait en 2011 et l'année suivante fut une de mes meilleures ", dit-il pour se donner du courage, même s'il se fait du souci car André, son père, avait dû mettre un terme à sa carrière professionnelle en raison d'un problème à la selle. " Sur le plan mental, la décision de s'arrêter en 2013 fut très importante ", disent Yvan Vanmol et Wilfried Peeters, son directeur sportif. " Après plusieurs semaines d'incertitude, elle permettait à Tom de se concentrer sur la saison 2014. " Aspect non négligeable : tant la direction sportive de l'équipe que les sponsors soutenaient cette décision. Début septembre, Boonen voyait même son contrat prolongé de deux ans sans diminution de salaire alors que, quelques semaines plus tôt, il avait déclaré à De Standaard qu'il n'était plus aussi motivé que par le passé, ce qui avait soulevé bien des interrogations. Mais dans son entourage, ses propos avaient été nuancés. " A l'époque, j'ai demandé à Tom s'il aimait encore le vélo ", dit Peeters. " Il m'a répondu sans hésiter : -Oui, évidemment. Quelques jours plus tard, alors qu'on n'avait pas encore dévoilé la longue étape pavée, il s'est mis à évoquer lui-même une nouvelle participation au Tour. Là, j'ai compris que tout allait bien. " Vanmol eut la même sensation. " Il est logique que, pendant les premières semaines de travail de fond, Tom ait pris un coup au moral mais c'est quelqu'un qui sait relativiser et qui est très positif de nature. Il n'a jamais baissé les bras. " On s'en aperçoit au cours des deux mois pendant lesquels le double champion de Belgique doit éviter de s'asseoir sur la selle. Il se rend régulièrement à la salle de fitness et dans les Ardennes où, une fois par semaine, il effectue une sortie à vélo et à pied avec deux amis. " Il fallait que le corps reste actif ", dit Koen Pelgrim, coach de l'équipe Omega Pharma - Quick Step depuis 2012. " Malgré cela, Tom a perdu 25 à 30 % de sa forme, ce qui est beaucoup pour un coureur professionnel. " Alors qu'il passe dix jours en Californie et au Nevada - il visite un salon du vélo pour le compte de son sponsor, Specialized - Boonen chausse régulièrement ses chaussures de marche. Et fin septembre, il reprend l'entraînement de vélo avec trois à quatre kilos de plus que fin juillet. " L'hiver, en principe, il reprend cela en trois semaines ", dit Pelgrim. " Cela veut dire qu'il ne s'est pas jeté sur la nourriture par frustration, qu'il a surveillé son alimentation. " Sam Verslegers, l'ostéopathe qui a soigné Kim Clijsters, constate également que l'ex-champion du monde n'a rien perdu de son assiduité. Boonen l'a rencontré par l'intermédiaire de son ami cyclocrossman et compagnon d'entraînement Rob Peeters. Après avoir travaillé brièvement avec lui en 2012, il souhaite retourner à Brée afin d'y travailler sa puissance et sa stabilité. Comme Peeters, Verslegers lui demande s'il est toujours motivé et il obtient également une réponse affirmative. " Le ton était donné ", dit l'ostéopathe qui, dès la fin du mois de septembre, l'accueille trois fois par semaine à 7 h 30 du matin dans son cabinet. " J'aime commencer à travailler tôt mais Tom ne s'en est jamais plaint, au contraire. Nous avons établi ensemble les objectifs de l'entraînement et il s'est lâché au point de devoir changer de T-shirt à la moitié de chaque séance, tellement il transpirait. Pas besoin de le motiver, ça se faisait tout seul. " Au même moment, Boonen reprend l'entraînement à vélo, avec près de deux mois d'avance sur ses collègues. Koen Pelgrim n'y voit que des avantages. " Tom a pu travailler de façon très structurée, tant en matière d'endurance que de puissance ", dit-il. " Trois jours de fitness le matin et de vélo l'après-midi, deux jours rien que de vélo, un jour de course ou de marche et un jour de repos. A partir du mois de novembre, il a fait du cyclo-cross deux fois par semaine et a ainsi rapidement refait son retard. " Tellement rapidement que, début décembre, il a un peu d'avance sur ses équipiers, qui n'ont repris que deux ou trois semaines plus tôt. " Les premiers tests à l'effort réalisés étaient même meilleurs que ceux de l'hiver 2011 (juste avant sa super saison 2012, ndlr) ", dit Pelgrim. " Au seuil d'aérobie, il développait 20 watts de plus, soit une progression de 5 %. Ce n'était pas tout à fait une surprise car le corps de Tom réagit très vite à l'entraînement mais cela confirmait qu'il avait fait du bon travail. " Sam Verslegers note également les progrès du coureur de l'équipe OPQS. " Au début, sans trop forcer, nous avons surtout travaillé la puissance et l'endurance. Une fois les bases jetées, nous avons effectué des sessions intensives afin de développer la puissance musculaire et l'explosivité des muscles des jambes en évitant de trop augmenter la masse musculaire et donc le poids du coureur. Nous avons ensuite effectué des exercices de stabilisation afin de remédier au point faible de Tom : son dos qui, au pic de l'effort, était trop mobile. Tout cela en optimisant la puissance de pédalage. Et croyez-moi, elle est immense ! Tom a mis les limites de nos appareils de mesure à l'épreuve. Et contrairement à beaucoup d'athlètes, il a progressé lors de chaque session. Sa capacité d'entraînement est énorme. " C'est pour cette raison que Pelgrim conseille à Boonen de ne pas s'entraîner de façon trop intensive à vélo jusqu'au Tour de San Luis (départ le 20 janvier). " Je voulais éviter qu'il n'atteigne son pic de forme trop tôt ", dit-il. Lors du premier stage de l'équipe OPQS à Oliva (9 au 19 décembre), lors d'un autre stage avec quelques équipiers entre Noël et Nouvel An et lors du deuxième rassemblement de l'équipe à Calpe (3 au 11 janvier), Boonen s'entraîne donc surtout en endurance. " Il roulait relativement tranquillement en côte pendant des heures ", dit Pelgrim. "Mais dès que nous faisions un entraînement d'intervalle ou de sprint ou dès que les coureurs accéléraient spontanément, on voyait bien que Tom figurait parmi les meilleurs. " Au Tour de San Luis, sa première course depuis six mois, Boonen manque encore de vitesse pure au sprint (il se classe une fois troisième et une fois neuvième) mais lors d'une étape de montagne, il prend trois minutes au bus et il termine aussi septième d'un contre-la-montre de 19,2 km. " En 2012, j'avais craqué dans le dernier kilomètre ", dit-il, content de lui. Début février, après avoir reconnu le parcours du Tour des Flandres en compagnie du champion du monde de cyclo-cross Zdenek Stybar et après un stage de trois jours à Majorque, le leader des OPQS prend la direction de son Qatar. " Des étapes courtes avec des éventails, c'était l'idéal pour s'entraîner de façon intensive ", dit Pelgrim. Mais Boonen veut faire plus que s'entraîner et il montre sa forme en s'imposant au sprint devant André Greipel dans une étape avec des éventails. " Cette victoire lui a fait beaucoup de bien ", dit Pelgrim. " Elle confirmait qu'à préparation égale, il ne devait pas craindre les meilleurs sprinters. " Vanmol : " Après sa victoire à Kuurne-Bruxelles-Kuurne (Boonen s'était montré le plus rapide d'un groupe de dix coureurs, ndlr), Tom m'a dit qu'il aurait voulu un nouveau duel avec Greipel. Cela en dit long quant à sa confiance. " Cela, il le doit aux entraînements chez Sam Verslegers qui découvre avec le sourire que Tom déclare à un site internet anglais qu'il ne s'est jamais senti aussi stable sur son vélo. " Mes quatre ou cinq premiers coups de pédale sont plus puissants et mieux ciblés. C'est comme un boum. " " On s'en était déjà aperçu en décembre ", dit Pelgrim. " A l'époque, personne n'avait fait de meilleurs résultats que lui lors des tests sur vélo isocinétique (cela consiste à mesurer la force pure à une basse fréquence de pédalage, ndlr). Ce qui fait sa force dans des épreuves comme le Tour des Flandres ou Paris-Roubaix, c'est sa combinaison puissance/endurance. Dans les monts et sur les pavés, il faut en effet développer beaucoup de puissance pendant des heures. Tom ne régresse dans aucun des deux domaines. A 33 ans, il obtient toujours les mêmes résultats dans les tests qu'à sa grande époque, en 2005. " Bien que Boonen n'ait rien perdu de son explosivité, on peut voir ses côtes. " Son taux de graisse est de 6 à 7 %, ce qui est très rare pour un coureur de classiques ", dit Yvan Vanmol. " Pourtant, il pèse un kilo de plus que lors de son stage à Livigno - 82 au lieu de 81 - mais c'est du muscle. Tom surveille son alimentation depuis des années, que ce soit à la maison (où il s'impose souvent un régime sans gluten et macrobiotique), en stage ou en compétition. Pas d'alcool, pas de dessert... Il ne s'est même pas laissé tenter par les buffets royaux du Qatar. Il sait que, plus il vieillit, plus il doit faire attention. Il va notamment se coucher tôt. Il ne se cramponne pas non plus à d'anciennes méthodes, il est ouvert à la nouveauté que ce soit en matière d'entraînement, d'alimentation ou de matériel. C'est un vieux coureur mais il est moderne dans la tête. Et il tire toute son équipe derrière lui. La différence entre les stages ou les courses auxquels il participe ou non est terrible. Voyez comment nous avons dirigé la manoeuvre au Tour du Qatar et à Kuurne-Bruxelles-Kuurne. C'est un leader assertif et particulièrement assidu : tout le monde veut prendre exemple sur lui. " Pour Vanmol, ça n'a jamais changé. " J'entends sans cesse parler d'un nouveau Boonen. Comme s'il n'avait pas vécu pour son métier par le passé et qu'il était soudain devenu un autre Sven Nys. Oui, il a eu des difficultés en 2007 et en 2008 parce qu'il a connu beaucoup de choses en très peu de temps, mais il a toujours été motivé. La plus belle preuve en est que, chaque année, au Qatar, il gagne une ou plusieurs étapes. Ce n'est possible que quand on travaille dur en hiver, comme cette année. Son but est de gagner Paris-Roubaix ou le Tour des Flandres pour la quatrième fois. S'il n'y arrive pas, il n'aura rien à se reprocher en matière de préparation. " Et si tout se passe bien, c'est à la fin de l'année que Boonen fêtera son plus beau succès puisque sa compagne, Lore, donnera naissance à leur premier enfant. " Cela va encore le motiver davantage ", dit Wilfried Peeters. Cancellara et Cie sont prévenus. PAR JONAS CRETEUR" A la moitié de chaque séance, il devait changer de T-shirt, tellement il se donnait à fond. " Sam Verslegers, ostéopathe " A 33 ans, ses tests sont toujours aussi bons qu'à sa grande époque, en 2005. "Koen Pelgrim, son coach