L a vie est un miracle à Marseille avec ses situations dramatiques, ses moments déjantés, ses tranches de vie irréelles, baroques, drôles, poétiques, positives, noires, balkaniques, méditerranéennes, folles ou désespérantes comme dans les magnifiques films d'Emir Kusturica.
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L a vie est un miracle à Marseille avec ses situations dramatiques, ses moments déjantés, ses tranches de vie irréelles, baroques, drôles, poétiques, positives, noires, balkaniques, méditerranéennes, folles ou désespérantes comme dans les magnifiques films d'Emir Kusturica. Vedran Runje a tourné son Underground ou son Temps des gitans du côté de l'OM où il a rencontré la chaleur en même temps que la démesure. Là, on adore et on brûle en même temps. " C'est Marseille ", dit-il. Une ville qui est synonyme de volcan où un dirigeant peut décocher un coup de tête à un agent de joueurs qui exige le respect d'un contrat. Entre les explosions et les coulées de lave, on a appris, récemment, que la mise à l'écart du coach, Alain Perrin, éliminé à la mi-février en raison de ses mauvais résultats et de relations catastrophiques avec le groupe, était aussi due selon le club à " des faits de harcèlement sexuel sur plusieurs employées et exhibition sur son lieu de travail ". De jeunes joueurs auraient été les témoins de faits précis. Alain Perrin conteste, va porter plainte pour atteinte à la vie privée, réclame 4,5 millions d'euros à son ancien club en tant qu'indemnités de licenciement. Durant deux ans et demi, Vedran Runje a été le Dieu de l'Ohème, celui que les supporters adoraient pour son talent, sa rage, son travail, son ambition, son souci des autres, surtout les sans grades, son identification à la cité. C'était beau comme la musique, le rock pastoral, de Goran Bregovic. Alain Perrin y a introduit les fausses notes en faisant venir Fabien Barthez à Marseille. Pour le casser ? " Je ne sais pas mais je n'avais jamais travaillé avec ce genre d'homme ", dit Runje, 28 ans. Ecarté pour des raisons n'ayant rien de commun avec le sport, il se ressource au Standard qui l'a loué pour un an. " Je reviens à la maison ", répète-t-il avec un sourire sincère. Si j'ai pu m'y distinguer durant deux ans et demi, je le dois au Standard. Sclessin m'a révélé et je n'oublie pas mes trois saisons déjà passées ici. Ce fut la base de tout. J'étais prêt pour cette aventure en L1 française en 2001. Marseille avait terminé 15e du championnat précédent et tout restait à faire dans un club désireux d'échapper à la zone dangereuse. Bernard Tapie transféra un paquet de joueurs dont Frank Leboeuf mais aussi Daniel Van Buyten, Joseph Yobo et moi-même venus du Standard. En trois ans, l'OM a acquis une soixantaine de joueurs. La presse, qui vit 24 heures sur 24 au stade Vélodrome, adore cela mais c'est énorme, Tomislav Ivic fut remplacé par José Anigo en début de saison avant qu'Albert Emon ne prenne les commandes. Avec des gamins, nous avons coulé de nouvelles fondations. C'était intéressant et Marseille mérita largement sa 9e place au classement final. L'OM était dans le bon et l'équipe, courageuse, plaisait au public. La direction recruta alors Alain Perrin, le coach de Troyes. A peine débarqué, il me demanda : -Tu peux vraiment jouer à l'OM ?. J'étais là depuis un an, à la satisfaction générale, et j'avais fait mes preuves au Standard. J'aurais pu lui demander s'il était capable de tenir le coup à Marseille après avoir bossé à Troyes. Je n'ai rien dit mais c'était un premier contact assez étrange. Marseille recruta Salomon Olembe à Nantes, Johnny Ecker à Lille, Fabio Celestini à Troyes, etc. L'équipe était bien balancée, solide derrière, concrète devant, réaliste, et s'est hissée à la troisième place avec, entre autres, la quatrième défense de L1. C'était génial car l'OM retrouvait la Coupe d'Europe avec le droit de jouer en Ligue des Champions. On n'imagine pas le bonheur que cela représente pour les supporters d'un club comme l'OM et de toute une région. Daniel Van Buyten a joué un rôle très important dans cette montée en puissance. Les scores étaient souvent étriqués et ses nombreux buts en championnat ont rapporté un énorme paquet de points. Notre arrière central était le meilleur buteur du club : c'était du jamais vu. Il a porté l'OM sur ses larges épaules. Paradoxalement, ce brio lui a coûté cher, peut-être son départ à Manchester City. On parlait de lui à la Juventus. On lui a demandé, après de départ de Frank Leboeuf à Al-Saad, au Qatar, d'assurer en priorité ses missions défensives car il y avait du neuf en pointe. Daniel Van Buyten l'a fait avec la même ferveur mais certains se sont alors demandés pourquoi il marquait moins. Incroyable. A la première baisse de régime, Big Dan a finalement quitté le club par la petite porte, lors du mercato d'hiver, pour Manchester City. Or, il méritait le top européen. Bizarre, je ne parviens pas à comprendre. Cette équipe était taillée pour le titre. On en est loin. L'OM avait quand même engagé Didier Drogba (Guingamp) et Mido (Celta Vigo). Marseille a disputé la finale de la Coupe de l'UEFA, certes, mais se retrouve les mains vides pour la saison prochaine, a régressé en championnat (de la 3ème à la 7ème place) et ne jouera pas en Coupe d'Europe la saison prochaine. Au virage de fin décembre, tout était encore possible. Je n'avais encaissé que 17 buts en 17 matches. Quand on a annoncé la venue de Fabien Barthez, après neuf matches de championnat, Marseille était même deuxième avec la meilleure défense de L1. Cherchez le problème. Avec une moyenne de 3,50 points sur 5, dans le classement des gardiens de France Football, j'étais dans le top 4 de L1. Après avoir résolu les problèmes administratifs du transfert et reçu ma place, Fabien Barthez s'est retourné 28 fois en 21 matches et son nom ne figure pas dans ce hit-parade. La tension entre le coach et le groupe a commencé avant cela, dès août 2003. A l'Austria Vienne, on gagne 0-1 en tour préliminaire de la Ligue des Champions. Ce fut dur mais la qualification était très proche. Là, ce fut la première explosion car cette victoire, il la voulait rien que pour lui dans son désir d'affirmation. C'était de la folie car il criait surtout sur les jeunes, ses victimes préférées car c'est plus facile. Je ne l'ai jamais vu entrer en conflit avec Frank Leb£uf et Fabien Barthez, il n'aurait pas osé. Eux, il les vouvoyait. Par contre, les jeunes, presque des enfants, il criait sans cesse sur eux, surtout devant le groupe. C'était insupportable. Evidemment. Un groupe a besoin d'un coach solide mais cet homme doit être droit, près du groupe, être un papa, sévère mais juste, attentif au bien de tous. Je l'ai affirmé à la presse française : nous étions orphelins. Alain Perrin nous aurait tous sacrifié pour être le plus important. Le groupe n'en revenait pas de ces colères, de ses man£uvres et c'est ainsi qu'il a tout détruit. Alain Perrin était le manager général du club. Il s'occupait de tout : entraînements, transferts, organisation des voyages, achat du matériel, etc. En Ligue des Champions, l'OM se retrouva aux prises avec le Real Madrid, à Porto et au Partizan Belgrade. Madrid, c'était son truc, le match qu'Alain Perrin devait gagner. Ce devait être son soir de gloire. Et l'équipe ? Non, elle ne comptait pas, c'était Real Madrid-Alain Perrin. A la veille du match, il passa du 4-4-2 à un 5-3-2 avec libero. On n'avait jamais joué ainsi. Marseille a mené 0-1, puis ce fut 2-1 au repos et 4-2 en bout de course. Le Real était fort, Marseille désorganisé avec un paquet de joueurs ne sachant que faire, se marchant sur les pieds. Alain Perrin nous tua de reproches au repos et ce fut pire après le match. Il me critiqua avec violence et j'aurais dû deviner que quelque chose se tramait. A la fin de ma deuxième saison à l'OM, j'avais été approché par Lyon, intéressé afin que je remplace Grégory Coupet. Comme je m'étais identifié à l'OM, ainsi que je le fais toujours dans mes clubs, j'ai refusé : c'était une erreur. Alain Perrin ne cessa plus de me chercher. Oui et j'ajoute que je ne me suis jamais heurté à Alain Perrin pour moi mais toujours pour défendre les intérêts des autres. Je n'ai pas de regrets. Je n'aurais pas pu vivre ces injustices sans broncher. J'ai l'estime du public, c'est le plus important. Si tout était à refaire à l'OM, je le referais sans hésiter. L'injustice ne passe pas chez moi. Marseille voulait des leaders. J'avais aussi été acquis pour cela mais quand j'ai parlé, pour le bien du groupe, cela n'a pas plu. J'aurais pu écraser car il y avait beaucoup en jeu : mon avenir, ma place en équipe nationale croate, une présence à l'EURO 2004. Si j'avais joué à Marseille, ou à Lyon, j'aurais été au Portugal. J'ai dit ce que je pensais et, finalement, pouvoir se regarder dans la glace est plus important que tout. Il est plus important de garder son honneur que son argent. A l'OM, j'ai appris qu'il fallait être prudent. Il ne faut jamais tourner le dos à personne. C'est le foot professionnel. Il ne suffit pas toujours d'être le meilleur pour jouer... Je n'en sais rien et cela ne n'intéresse pas. Ce que je voulais, c'était un traitement équitable : le meilleur devait jouer. Or, je n'ai pas eu droit à cette justice. Fabien Barthez devait d'abord débarquer au PSG mais Jerôme Alonzo y a finalement brillamment pris la place de Lionel Letizi. J'ai eu le sentiment que Fabien Barthez, qui ne jouait pas à Manchester United, devait être recasé à tout prix, afin de garder sa place en équipe nationale. Marseille était une belle vitrine pour cette opération. Qui a tiré les ficelles ? Je n'en sais rien. Je ne veux pas le savoir. J'espérais un vrai duel. Je respecte Fabien Barthez car c'est un des meilleurs gardiens du monde. Il y avait beaucoup en jeu pour lui. Pour moi aussi. Notre entente fut bonne, notamment à l'entraînement avant que son transfert soit officialisé. Mais Alain Perrin me dit très vite : -Lui, c'est Fabien Barthez et c'est lui qui jouera. Et moi ? Qui j'étais ? Vedran Runje qui avait tout donné au club. Cela ne comptait plus. Plus une chance : je ne comprenais pas et j'ai souffert mais je n'ai jamais fait la gueule à l'entraînement. On a tranché sur des noms sans respecter la vérité du terrain. C'était un manque de respect. Alain Perrin avait atteint son objectif : écarter quelqu'un qui osait le critiquer. Cela ne lui a pas porté chance. Dans ces moments-là, il y a la famille heureusement. Sans ma femme, Tihana, et notre fils, Roko, tout aurait encore plus douloureux. Ils m'ont permis de tenir le coup, d'être plus fort. N'est-ce pas l'essentiel ? Mais je ne veux plus vivre cela. L'EURO 2004 se rapprochait, n'est-ce pas ? En hiver, j'ai été cité à l'Espanyol Barcelone alors entraîné par Luis Fernandez. Cela n'a pu se faire. A la fin du dernier championnat, José Anigo, qui redressa bien le tir après l'ère Alain Perrin, m'a dit qu'il ne comptait plus sur moi. J'aurais pu lui affirmé que je ne comptais plus sur eux. J'étais devenu le quatrième de la lignée des gardiens de but de l'OM derrière Fabien Barthez, Jérémy Gavanon et Cédric Carrasso. J'avais encore deux ans de contrat. Je devais partir car c'était intenable. Si je garderai toujours quelque chose dans mon coeur, c'est le magnifique public de l'OM. Luciano D'Onofrio est alors entré dans la danse. Il a résolu mon problème. Pierre Bilic" Si tout était à REFAIRE à l'OM, je le REFERAIS "