L'Hôtel Mercure, en plein coeur de la Cité Ardente, est le Kremlin liégeois où les nouveaux joueurs du Standard défilent, fourbissent leurs armes avant de trouver une datcha afin de loger famille et ambitions. Milan Jovanovic s'est tout de suite senti comme un poisson dans l'eau au c£ur de son nouvel univers. Doté d'une excellente condition physique, il arpente sa zone de jeu avec un bel esprit de décision et s'appuie sur une intelligence de jeu intéressante.
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L'Hôtel Mercure, en plein coeur de la Cité Ardente, est le Kremlin liégeois où les nouveaux joueurs du Standard défilent, fourbissent leurs armes avant de trouver une datcha afin de loger famille et ambitions. Milan Jovanovic s'est tout de suite senti comme un poisson dans l'eau au c£ur de son nouvel univers. Doté d'une excellente condition physique, il arpente sa zone de jeu avec un bel esprit de décision et s'appuie sur une intelligence de jeu intéressante. " Jova est d'abord un solide professionnel ", remarque Michel Renquin, l'adjoint du chef, Johan Boskamp. " On ne doit pas lui faire un dessin : il connaît la musique. Dès lors, il s'est rapidement adapté à son nouvel environnement. Balle au pied, ce joueur n'hésite pas à affronter son adversaire direct afin de lui poser un problème technique. Il alterne bien les solutions individuelles et collectives. Cela lui permet d'aider ses équipiers mais aussi de tenter sa chance seul, de perforer en direction du gardien de but adverse ou jusqu'à la ligne de fond avant de centrer en retrait. C'est un gaucher mais il peut très bien jouer à droite ou même plus en pointe. Cette polyvalence est un atout et lui a permis de réussir des matches de préparation très intéressants. Maintenant, il y a un monde de différence entre les zakouskis et le plat principal, entre les rencontres amicales et le championnat de D1 : les choses sérieuses ont commencé et tout le monde, Jova y compris, devra sans cesse confirmer, progresser, avancer ". L'homme est tout sauf un naïf et il sait que le Standard peut être sa nouvelle rampe de lancement après des hauts et des bas en Ukraine (il passa une saison à Shakhtar Donetsk avant de signer au Lokomotiv en 2004) et en Russie. Jovanovic connaissait le Standard de réputation mais a été étonné en débarquant à Liège : " J'ignorais que ce club était aussi bien organisé. L'outil de travail, que ce soit le stade, le terrain, les vestiaires ou la salle de power training : c'est du haut de gamme. Tout me poussait vers le Standard. Ce club a terminé deuxième du dernier championnat et sera présent sur la scène européenne. Ce sont des facteurs de réflexion enthousiasmants. Je ne savais pas du tout qui allait partir ou arriver au Standard. Cela ne m'a pas préoccupé ou stressé. Dans un premier temps, je devais d'abord montrer mes atouts. Pour moi, le Standard a toujours eu un groupe compétitif. Cela ne faisait aucun doute : j'étais sûr de moi et de la réussite de mes tests. Je suis arrivé un peu par hasard à Liège. J'avais été très mal opéré du ménisque en Allemagne et je voulais avoir l'avis du Docteur Nebojsa Popovic du Standard. Au fil de l'entretien, nous avons évoqué mon parcours sportif. Je m'étais défait de mes obligations en Russie et j'étais totalement libre. L'Etoile Rouge Belgrade était intéressée par mes services et connaissait mes qualités depuis longtemps -NDLR : il a joué à Vojvodina Novi sad de 98 à 2003. Je pouvais signer là-bas sans passer de tests car on me connaissait mais j'avais envie de jouer en Europe occidentale. A l'étranger, le problème était forcément différent qu'à l'Etoile Rouge car je n'avais pas beaucoup joué ces derniers mois. Le Docteur Popovic parla de moi à la direction du Standard qui me convoqua pour des essais. Il était normal de bien m'observer avant de prendre une décision ". " Je ne redoutais pas cet examen de passage ", continue-t-il. " J'avais potassé ma matière, c'est-à-dire, dans le cas d'un footballeur, entretenu ma condition physique et j'ai pu passer à la vitesse supérieure. Ce sont évidemment des moments stressants mais j'ai été bien reçu, soutenu et parfaitement compris. Je ne doutais pas de mes qualités et de la réussite de mes tests mais encore fallait-il qu'un club m'en offre la possibilité : je remercie le Standard de m'avoir tendu la perche. J'ai tout de suite compris le langage de Johan Boskamp et de tout le staff technique. Je m'exprime en anglais et, de toute façon, sur un terrain, les bonnes idées passent vite. J'avais entendu parler de lui et de ses succès en tant que coach avec Anderlecht. Je sais aussi qu'il a été l'équipier de Sead Susic à Molenbeek. Boskamp est une forte personnalité qui sait quand il faut bosser et rire un bon coup. Il apprécie indiscutablement le beau football sans négliger le reste : l'engagement, la récupération, le placement, l'intelligence. On peut marier la beauté et l'efficacité. Je ne sais pas comment le Standard jouait la saison passée et je ne veux pas le savoir ou m'en inquiéter. Ce serait une recherche inutile car on ne refait pas le passé. Je retiens une chose : la deuxième place et le droit de prendre part au dernier tour qualificatif menant aux poules de la Ligue des Champions. C'est magnifique et important. A nous d'en profiter et de faire aussi bien. Ce groupe a d'énormes potentialités. Quand on joue dans un tel club, le titre est une ambition logique. Il faut être présent dans cette course. Je suis ambitieux, je l'ai toujours été. Le Standard a une réputation à défendre et n'est pas suivi qu'en Belgique. Ivica Dragutinovic est devenu international en jouant au Standard et a été transféré plus tard en Espagne. Vedran Runje s'est révélé en Belgique et a été transféré à Besiktas, en Turquie. Ce n'est pas l'effet du hasard. Tout cela m'a fait réfléchir. Je veux les imiter. J'espère que Javier Clemente, le nouveau sélectionneur de la Serbie s'intéressera à moi sur la route de l'Euro 2008. Après le mauvais Mondial, il y aura des nouveautés dans mon pays mais je ne me mets pas à la place de Clemente. Ce n'est pas mon boulot. C'est facile de soutenir une équipe nationale dans le succès. La mienne a surtout besoin de son public dans la difficulté pour repartir vers l'avant. Elle se remettra de son échec allemand car, comme la Croatie, la Serbie est un petit pays très sportif. Il y a un exemple à suivre en Serbie, celui de Nicolas Zigic de l'Etoile Rouge. En deux ou trois ans, il est passé de D4 à l'équipe nationale. Or, au départ, personne ne croyait aux chances de ce double mètre. Zigic a beaucoup travaillé pour s'imposer : chapeau. Mais, en fait, c'est d'abord le Standard qui me préoccupe : je suis ici pour réussir ". " Si je joue le plus souvent à gauche, je ne suis pourtant pas un concurrent de Milan Rapaic : je suis son équipier, c'est différent ", ajoute-t-il. " Je n'ai pas du tout pris sa place. Dans une équipe, les problèmes ne se posent vraiment pas en ces termes-là. Milan est un super joueur de football. Son registre technique frise la perfection : il va signer un très grand championnat. Quand on a beaucoup de bons joueurs, c'est un problème positif et on leur trouve toujours une place sur la pelouse, en déplaçant l'un ou l'autre pion. Même si je préfère me positionner dans le couloir gauche, il m'est arrivé aussi de jouer plus en pointe et de tourner autour d'un pivot. La richesse n'est jamais un problème. Et il en ira ainsi quand Sergio Conceiçao aura terminé sa suspension : ce sont les autres clubs qui doivent redouter cette abondance richesse technique, pas nous. Je préfère cela à un groupe plus mièvre et sans concurrence. Tout le monde songeait à ce magnifique jeune joueur qu'est Steven Defour. Mais il est au Standard et on ne va se plaindre. Quel tempérament, quelle classe pour un aussi jeune joueur. Il a tout pour aller loin et lui aussi est au Standard pour franchir des étapes importantes. Boskamp va se régaler avec ce matériel, j'en suis sûr et quand tout sera au point, notre football vaudra le coup d'£il. Je suis heureux d'être là car, même si j'ai toujours cru que le soleil brillait après la pluie, il y a eu des tempêtes parfois assez rudes. J'étais une des promesses du football serbe et tout ne se déroulait pas comme je l'espérais ". Jovanovic est originaire de l'ouest de la Serbie, baignée par une belle rivière, la Drina, joyau d'une nature qui n'a pas été vaincue par l'homme. Emir Kusturica y puise souvent son inspiration. Excellent en athlétisme chez les jeunes (sprint et demi-fond), il se tourne rapidement vers le football. A Bajna Basta, l'école de football Cosmos animée par un joueur revenu des Etats-Unis aligne des équipes de jeunes dans les championnats régionaux. Jovanovic est souvent repris dans les sélections nationales et il fut un des fers de lance de sa génération, tout comme Nemanja Vidic, le solide arrière de Manchester United. A 16 ans, les grands clubs serbes le courtisent. Tout le monde s'attend à un choix en faveur de l'Etoile Rouge Belgrade. A la surprise générale, il opte pour Vojvodina Novi Sad et s'explique : " J'ai bien réfléchi avant de trancher. Les grands clubs de Belgrade sont évidemment intéressants mais la capitale est dangereuse aussi pour un jeune. Les possibilités de distractions y sont nombreuses. J'étais un bon élève et je tenais à terminer mes études secondaires. A Belgrade, j'allais perdre un temps fou dans les transports en commun entre l'école et le club. De plus, l'Etoile Rouge n'était pas spécialement un club formateur. Quand elle a besoin d'un joueur, elle l'achète et n'a pas nécessairement le temps d'attendre l'éclosion d'un de ses jeunes. Avant l'éclatement de l'ex-Yougoslavie, deux clubs surpassaient de très loin les autres en ce qui concernait la formation : Hajduk Split en Croatie et Vojvodina Novi Sad en Serbie. Tomislav Ivic avait accéléré ce mouvement à Split. Vojvodina Novi Sad mettait l'accent sur le jeu technique et j'ai appris récemment avec plaisir que Sylvestre Takac, une des gloires de Vojvodina Novi Sad, avait brillé au Standard. La transition entre mon petit coin tranquille et Novi Sad, une ville nettement plus calme que Belgrade, ne m'a pas posé de problème. C'était le bon choix : le reste pouvait attendre. J'y ai joué quatre ans en D1. Quand l'Etoile Rouge revint à la charge, en 2003, j'étais prêt pour cette nouvelle étape. Mais un joueur n'a pas toujours le choix, surtout dans un pays pauvre. Quoiqu'on désire, le train de la vie prend des aiguillages inattendus : j'en ai fait l'expérience ". Vojvodina Novi Sad exige 1,5 million d'euros pour son gaucher. L'Etoile Rouge Belgrade refuse de délier aussi généreusement les cordons de sa bourse. C'est alors que les Ukrainiens de Shakhtar Donetsk se manifestent. Pour eux, l'argent ne constitue pas le moindre petit problème. Cela arrange bien Vojvodina Novi Sad qui a envie de palper le magot. La pression est évidente et Jovanovic doit bien rendre service à son club qui lui a fait confiance. Le nouveau Standardman ne commente pas cette théorie mais c'est le bon scénario et, à la clef, le joueur décroche un contrat de rêve. Sa famille préfère qu'il se tourne vers l'Etoile Rouge Belgrade : rien à faire, ce sera l'Ukraine. Pour conquérir l'ouest, il doit passer par l'est. " Je ne pensais pas à l'argent ", commente Jovanovic. " Je devais d'abord bâtir ma carrière. J'avais des touches en Allemagne et en France et cela me semblait aussi des voies intéressantes. A l'Etoile Rouge, c'était quasiment la garantie de me retrouver en équipe nationale. Pourtant, c'est paradoxal, même si ce transfert en Ukraine ne cadrait pas avec mes ambitions sportives et que je m'y suis rendu contre ma volonté, j'y ai acquis mon indépendance financière. C'est appréciable mais ce n'était pas ce que je voulais dans le fond de mon coeur. Shakhtar Donetsk est présidé par le richissime Rinat Ahmetov qui possède des mines de charbon dans l'immense bassin industriel du Don. C'est un très grand club qui dispute chaque année le titre au Dynamo Kiev. J'ai joué avec Stipe Pletikosa. Le coach, Bernd Schuster, était très content de moi à Donetsk. Hélas, je me suis blessé au genou. Puis, à mon retour, je me suis fracturé un orteil. Là, j'ai perdu du temps alors que Schuster était remplacé par Mircea Lucescu. Ce dernier était logiquement préoccupé par la relance de son équipe, pas par la santé des éclopés. Cet univers n'était pas fait pour moi. Je ne voulais pas rester. Et j'ai découvert encore pire au Lokomotiv Moscou. Le club russe a payé 1,5 million d'euros à Shakhtar rubis sur l'ongle. Là aussi, j'avais l'impression d'être voulu. Puis, pour je ne sais quelles raisons, il y a eu un conflit intense : une frange de la direction voulait que je joue, l'autre pas. Ce n'était une dispute financière ou sportive mais une affaire d'influences et de pouvoir. Là, je me suis rendu compte que l'argent n'avait aucune importance. Jeter le pognon par les fenêtres ou m'acheter et m'offrir un magnifique contrat, encore plus plantureux qu'en Ukraine : tout le monde s'en moquait. Ce n'était pas exactement mon mode de vie, ma façon de penser. Que je joue ou pas, que je coûte cher ou rien du tout, c'était le dernier de leurs soucis. Je n'ai pas joué cinq matches en un an et demi. Cela rend fou quand il n'y a pas d'explication. Je ne comprenais pas les Russes. J'étais là mais je n'existais pas. C'était tout à fait intenable. La Place Rouge est magnifique mais j'ai obtenu ma liberté en février dernier. J'ai retenu la leçon. Je me suis entraîné à Novi Sad puis la porte s'est ouverte au Standard. Je suis revenu à la vie durant la campagne de préparation durant laquelle nous n'avons perdu qu'un match : merci... " PIERRE BILIC