Louis Bostyn (23) - Gianluigi Buffon

" Tout petit, déjà, j'avais des posters de Gianluigi Buffon dans ma chambre et des photos de lui en fond d'écran de mon smartphone. J'avais 12 ans lorsqu'il a remporté la Coupe du monde en Allemagne avec l'Italie, après avoir battu la France aux tirs au but. Qu'est-ce qu'il en jette ! Après un arrêt, la grinta se lit sur son visage ! Et la passion qu'il dégage au moment de l'hymne national ! Mais c'est avant tout un grand gardien : il n'a aucun point faible, il est complet et a des réflexes phénoménaux. Quand je le vois jouer, j'étudie son placement, son jeu au pied, son coaching. Je regarde même comment il s'habille. Vous avez vu son costume lors du tirage au sort de la Ligue des Champions ? Quelle classe ! Sur le terrain comme en dehors !
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" Tout petit, déjà, j'avais des posters de Gianluigi Buffon dans ma chambre et des photos de lui en fond d'écran de mon smartphone. J'avais 12 ans lorsqu'il a remporté la Coupe du monde en Allemagne avec l'Italie, après avoir battu la France aux tirs au but. Qu'est-ce qu'il en jette ! Après un arrêt, la grinta se lit sur son visage ! Et la passion qu'il dégage au moment de l'hymne national ! Mais c'est avant tout un grand gardien : il n'a aucun point faible, il est complet et a des réflexes phénoménaux. Quand je le vois jouer, j'étudie son placement, son jeu au pied, son coaching. Je regarde même comment il s'habille. Vous avez vu son costume lors du tirage au sort de la Ligue des Champions ? Quelle classe ! Sur le terrain comme en dehors ! À 39 ans, onze ans après avoir gagné la Coupe du monde, il est toujours le numéro un de la Juventus et de l'équipe nationale, ce qui veut dire qu'il figure toujours parmi les meilleurs gardiens du monde. C'est remarquable. La saison dernière encore, il a été le meilleur gardien de la Ligue des Champions avec huit clean sheets en douze matches. Dommage que la Juventus n'était pas assez forte face au Real car il mériterait de remporter une fois la Champions League. J'espère pouvoir le voir jouer un jour en live, je pense qu'il n'arrêtera pas de jouer avant de remporter ce trophée. Jusqu'à 45 ans s'il le faut. J'ai donc encore un peu le temps. " (il rit)." À vrai dire, je n'ai jamais eu d'idole. Quand je jouais en équipes d'âge au Club Bruges, je prenais bien entendu exemple sur les vedettes de l'équipe première mais il n'y avait pas un joueur qui me fasse rêver. Aujourd'hui encore, je prends beaucoup de recul par rapport aux stars, ce sont des gens comme vous et moi après tout. Je regarde néanmoins beaucoup de matches des grands championnats étrangers, parfois même trois ou quatre d'affilée : un marathon ! Il y a tout de même un joueur que je suis depuis le début de sa carrière : David Alaba, l'Autrichien du Bayern. Ce n'est peut-être pas le nom le plus marquant mais à 25 ans, il est déjà une des valeurs sûres du Bayern. Bien qu'il joue à gauche et moi à droite, je me reconnais en lui car il parcourt énormément de kilomètres sur le flanc (et à un niveau bien plus élevé que moi), il apporte beaucoup offensivement, il ne rate pas beaucoup de passes, il est fort en un-contre-un et il a une frappe terrible qui lui permet d'inscrire de nombreux buts sur coup franc. Il est également tellement polyvalent qu'il joue régulièrement dans l'axe, avec Juan Bernat à l'arrière gauche. C'est un joueur sous-estimé et c'est en partie dû au fait que l'Autriche ne brille pas lors des grands tournois. Mais au Bayern, on l'apprécie énormément. L'an dernier, ils ont même prolongé son contrat jusqu'en 2021 ! " " Enfant, j'étais fou de John Terry : ce n'était sans doute pas le joueur le plus rapide et le plus raffiné mais il jouait un rôle tellement important dans l'équipe de Chelsea entraînée par José Mourinho ! Il jouait toujours avec le couteau entre les dents, c'était un roc en défense. De plus, il marquait pas mal de buts sur les phases arrêtées. Aujourd'hui, à 36 ans, il termine sa carrière à Aston Villa et je m'intéresse davantage à Sergio Ramos (31 ans), une version améliorée de Terry. Lui aussi, c'est un leader qui ne cesse de repositionner ses équipiers. Ce n'est pas un hasard si c'est lui le capitaine du Real, et pas Ronaldo. Comme Terry, il est très dur - ça se voit au nombre de cartons jaunes qu'il prend- mais il est plus athlétique et meilleur à la relance car en Espagne, on en attend plus d'un défenseur à ce niveau. Ramos marque régulièrement aussi : la saison dernière, il a inscrit 10 buts en 44 matches. Pas mal pour un défenseur central ! Moi aussi, j'ai marqué neuf buts, dont quatre sur penalty mais on ne parle pas du même niveau. De plus, il a souvent fait trembler les filets adverses à des moments importants, dont deux fois en finale de la Ligue des Champions. C'est la marque des grands : tous ses adversaires savent qu'il est dangereux de la tête sur corner et sur coup franc ou même quand il monte comme lors du match Espagne-Italie, mais il parvient quand même toujours à marquer. " " Vincent Kompany a percé en équipe première à Anderlecht lorsque je jouais en équipes d'âge au Sporting. Les entraîneurs de jeunes n'avaient que son nom à la bouche, c'était LA référence, l'exemple à suivre. Plus tard, je l'ai encore admiré davantage. Il a été blessé cent fois mais cent fois il est revenu et il s'est hissé au top mondial, devenant également capitaine des Diables Rouges. Sa vista, son placement, sa force au duel, son jeu de tête, son rayonnement... Vincent a tout. Je place Jérôme Boateng (29 ans) du Bayern - c'est lui qui m'a fait aimer le football allemand - et Sergio Ramos sur le même pied, même si Ramos est encore un peu au-dessus du lot parce qu'il n'abandonne jamais : il faut lui passer sur le corps. Il est vraiment impressionnant, il bouffe littéralement ses adversaires. Mon père, qui a été défenseur en provinciale, me le dit toujours : tu dois être plus agressif, plus mordant. Faire en sorte qu'après cinq minutes, l'adversaire ait compris qu'il ne toucherait pas un ballon. Pas en prenant des cartes stupides et en distribuant les coups mais en montrant dès la première seconde que je suis le patron. Cela, Ramos le fait à la perfection. Et Kompany aussi, avec un peu plus de classe. " " Ma grande idole, quand j'étais enfant, c'était Roberto Carlos. J'avais un peu le même style que lui : je n'étais pas le plus grand mais j'étais rapide et je frappais fort. On m'a souvent dit que je lui ressemblais mais quand il a raté son retourné dans son propre rectangle en quarts de finale de la Coupe du monde 1998, permettant ainsi à Michael Laudrup de faire 2-2, on s'est moqué de moi. Pourtant, j'étais content aussi, hein, mon sang danois était plus fort que tout (il rit). Aujourd'hui, j'admire surtout son successeur, Marcelo. Quand il a débuté au Real, Roberto Carlos a été son mentor et cela fait dix ans que c'est une valeur sûre, alors qu'il n'a que 29 ans. Quand je regarde un match du Real, je le surveille spécialement. Je regarde son placement, ses lignes de course, sa façon de regarder autour de lui avant même de recevoir le ballon et d'imaginer, en une fraction de seconde, un plan A, un plan B et même un planc C. Le foot est aussi un sport cérébral, il faut développer cette capacité en faisant des " devoirs " (il rit). Sur ce plan, Marcelo est un cas d'école. " " En Côte d'Ivoire, les deux joueurs les plus populaires sont Didier Drogba et Yaya Touré, en raison de tout ce qu'ils signifient pour l'équipe nationale et pour le football africain tout court. En tant que médian axial, j'ai toujours été fan de Touré. Je n'oublierai jamais le but qu'il a inscrit en 2015 lors de la demi-finale de Coupe d'Afrique face au Congo : un tir terrible de l'extérieur du rectangle pour fusiller le gardien. Touré m'inspire à tous les niveaux. C'est un grand joueur - bonne technique, bonne passe, fort à la récupération, bonne frappe - mais aussi un grand homme. Je l'ai rencontré une fois lorsque je jouais en équipe espoirs de Côte d'Ivoire et lui en équipe A. Je lui ai dit que je voulais devenir comme lui et lui ai demandé ce que je devais faire pour ça. Il m'a répondu très gentiment : Il n'y a pas de secret, tu dois travailler dur. Il n'a pas du tout des allures de star. Je tente de suivre son conseil afin de faire une belle carrière, comme lui, qui est toujours à Manchester City à 34 ans. J'ai encore du chemin à parcourir mais ce n'est pas impossible. Pour Touré aussi, tout a commencé en Belgique, à Beveren, où il est arrivé à l'âge de 18 ans. Nous avons donc déjà un point commun. " (il rit). " Depuis l'adolescence, je suis fou de Xabi Alonso (35 ans), même s'il a arrêté l'an dernier. Il a été une valeur sûre de grands clubs comme Liverpool, le Real, le Bayern, ça en dit long, non ? C'était le médian parfait. Sans doute pas le plus spectaculaire, parce que tout avait l'air très simple avec lui mais c'était justement ça sa plus grande qualité. Ce n'était pas non plus une boule de muscles mais un joueur doué et doté d'un quotient intellectuel footballistique extrêmement élevé. En se déplaçant intelligemment et en anticipant, il parvenait à récupérer beaucoup de ballons sans tacler et sans aller au duel. Offensivement, il jouait toujours un rôle très important également car il sentait le moment où il devait plonger ou tirer de loin. J'ai encore en mémoire son lob du milieu de terrain avec Liverpool contre Newcastle (en 2010, ndlr). J'ai toujours décortiqué ses matches à la télévision mais malheureusement, je ne l'ai jamais vu jouer en live. J'espère cependant pouvoir le rencontrer un jour car nous avons le même agent anglais (Colin Pomford, ndlr). Je lui ai déjà dit que ça me plairait, j'espère qu'il pourra arranger ça. Maintenant qu'il ne joue plus, Xabi a plus de temps. "(il rit) " Ronaldo - le Brésilien, un peu gros mais tellement rapide - était l'idole de ma jeunesse. À égalité avec Zidane, l'élégance faite homme. Aujourd'hui, je n'ai plus d'idole. Même pas Messi, Ronaldo ou Neymar. En fait, j'ai plus de respect pour les joueurs moins talentueux qui se maintiennent au sommet au fil des années en travaillant dur et en vivant comme des pros. À Guingamp (où De Pauw a joué les deux dernières saisons, ndlr), j'ai parlé avec d'anciens équipiers deMaxwell. Ce gars-là arrivait toujours une heure avant les autres et il partait une heure après tout le monde pour travailler individuellement. Il a ainsi joué au PSG jusqu'à l'âge de 35 ans après avoir joué 15 ans à l'Ajax, à l'Inter et Barcelone. En tout, il a remporté trente trophées. Ça, ça me fascine. C'est pour ça que j'aime beaucoup Romelu Lukaku. À chaque fois qu'il rate un contrôle ou une occasion, on le critique. Mais il finit toujours pas se rattraper, que ce soit lors du même match ou du suivant. Pour ça, il faut être très fort mentalement, surtout quand on n'a que 24 ans. Romelu connaît parfaitement ses qualités et ses lacunes, il utilise ses points forts pour faire ce qu'il a déjà fait tellement souvent : marquer. Se connaître et jouer en fonction de ça, c'est un art. C'est pour les mêmes raisons que je suis fan de l'Atlético Madrid : Diego Simeone a réussi à former un groupe qui pose chaque année des difficultés à Barcelone ou au Real, des équipes bien plus talentueuses pourtant. Mais l'Atlético est très fort mentalement. Et en football, le collectif compte plus que les qualités individuelles. " " Le joueur auquel je m'identifie le plus, c'est Andrés Iniesta. Lui non plus n'est ni grand ni costaud. À 33 ans, il a perdu de sa vitesse mais il est tellement intelligent, il a une telle vista qu'il délivre des passes millimétrées entre les défenseurs, dans des espaces que personne d'autre n'a vus. Il fait également toujours les bons choix, il reste calme en toutes circonstances et maîtrise un mouvement caractéristique que j'essaye de répéter : il fait passer très vite le ballon de son pied droit à son pied gauche. Ce n'est pas un dribble spectaculaire à la Neymar mais c'est très efficace. Je n'ai cependant jamais eu de poster d'Iniesta dans ma chambre mais un de Cristiano Ronaldo (32 ans). Ses buts sont parfois spectaculaires et surtout, il en marque énormément chaque saison. Peu de joueurs sont capables de faire cela. Il n'a peut être pas le talent pur d'un Iniesta ou d'un Messi mais la façon dont il a atteint les sommets en soignant son corps est fascinante. Beaucoup de joueurs devraient prendre exemple sur lui. Son ego ? Il a une personnalité forte mais c'est nécessaire, surtout quand on est encore critiqué après tout ce qu'on a fait. Messi est sans doute un peu hautain aussi. Je trouve d'ailleurs dommage que le monde soit divisé entre les pro-Messi et les pro-Ronaldo. Un vrai amateur de football aime les deux. " " Qui d'autre que... Messi ? Le meilleur de tous les temps. Meilleur que Pelé, Cruijff, Maradona, Zidane, Ronaldo... C'est vrai qu'il n'a pas encore gagné de Coupe du monde mais si on ne s'intéresse qu'aux qualités footballistiques, Messi (30 ans) est le numéro un absolu. Cela fait neuf ans qu'il marque plus de 40 buts par saison toutes compétitions confondues. Parfois même 60 ou 70. Plus 20 à 30 assists. Dans un football où les défenses sont de plus en plus solides... Ronaldo peut présenter les mêmes chiffres mais Messi est quand même plus doué techniquement. Je l'ai vu jouer une fois en live, face à l'Atlético Madrid. Il se déplace sur le terrain puis, paf, il place une accélération. C'est sublime. Je trouve cependant qu'il est faux d'affirmer que Messi ne joue que sur son talent. Quand on prend autant de coups que lui et qu'on reste debout, c'est qu'on est solide sur les jambes. Et ça, ça ne s'acquiert qu'à l'entraînement. Notez aussi qu'il garde toujours son calme malgré les coups qu'il prend, il ne se fâche jamais. Sa plus belle phase ? Il y a bien entendu le but à la Maradona contre Getafe (en demi-finale de la Coupe du Roi 2007, ndlr), lorsqu'il est parti de sa moitié de terrain et a dribblé cinq hommes mais je préfère encore le but atypique qu'il a inscrit en 2009 en Ligue des Champions face à Manchester United : de la tête, il a sauté plus haut que tout le monde et a battu Edwin van der Sar en tombant. Même ça, c'est dans ses cordes. " " Au Nigeria, quand j'étais petit, je regardais chaque match d'Arsenal à la télévision chez le voisin afin d'admirer Thierry Henry (40 ans). À sa grande époque, il était inarrêtable : c'était un dribbleur et ses accélérations étaient terribles. Je pense que sur ce point, on peut un peu nous comparer mais Henry était plus grand et surtout beaucoup plus athlétique (1m88, 83 kg, ndlr). Avec mon mètre quatre-vingt-quatre et mes 69 kilos, il faut encore que je prenne du muscle. (il rit)Il a arrêté il y a trois ans mais je continue à le sélectionner comme légende à Pro Evolution Soccer sur PlayStation et je regarde encore régulièrement des vidéos de lui sur YouTube. Comme cette finale phénoménale de Champions League face à Barcelone en 2006, où il a fait souffrir la défense du Barça mais s'est heurté à un VíctorValdés intraitable. Ou ce fameux but face à Liverpool en Premier League, en 2004, lorsqu'il est parti de la ligne médiane, a éliminé facilement deux joueurs et est entré dans les seize mètres pour placer calmement hors de portée du gardien. Je veux marquer des buts pareils, devenir une légende, c'est mon rêve. C'est pourquoi je regrette de ne pas pouvoir affronter Arsenal en Europa League. Henry aurait peut-être analysé ce match pour la télévision anglaise - dans ce rôle aussi, il est brillant - et commenté un de mes buts. Je n'essaie pas vraiment de copier ses mouvements, je tente plutôt d'inventer des choses, les dribbles à la Olayinka(il rit). Je ne copie pas non plus la façon dont il fêtait ses buts, je suis trop excité quand j'ai marqué un but : je fais ce qui me passe par la tête. " (il rit)par jonas creteur - photos belgaimage