Royal Racing Football Club de Montegnée, matricule 77, soit un des plus anciens clubs de Belgique. Une présence en D1 dans les années 30, de très grosses difficultés financières en 2007 et un changement de propriétaire. Banal, finalement.
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Royal Racing Football Club de Montegnée, matricule 77, soit un des plus anciens clubs de Belgique. Une présence en D1 dans les années 30, de très grosses difficultés financières en 2007 et un changement de propriétaire. Banal, finalement. Beaucoup moins banal : ce club liégeois de 1ère Provinciale emploie une vingtaine de joueurs étrangers et vient de céder le plus doué d'entre eux, Paul Taylor, à Anderlecht. Découverte d'un projet fou et interview exclusive du président Paul Topping. Paul Topping (44 ans) est l'Anglais qui a racheté Montegnée il y a moins de trois ans. L'homme accorde très peu d'interviews. " Parce qu'il est très méfiant et a déjà eu de mauvaises expériences avec les médias ", nous dit un de ses proches. Avant de venir en région liégeoise, il était installé sous le soleil espagnol de Valence. Sa famille a vécu un moment avec lui en Belgique mais est entre-temps retournée à Londres. A Montegnée, Topping est président et bailleur de fonds mais aussi coach de l'équipe Réserve. Et ça le fait rigoler : " Je suis bien obligé parce que nous avons très, très peu d'argent. "Il a peu joué lui-même : seulement en équipes de jeunes. Mais il a entraîné plusieurs clubs : " J'ai été coach de Torquay United, de Charlton Athletic et de Plymouth Argyle en Angleterre. Et j'ai aussi été scout, je sillonnais surtout l'Amérique du Sud. " Aujourd'hui, il se consacre full-time à Montegnée. On raconte que son carnet d'adresses est plus épais qu'un annuaire téléphonique. " Oh my god ! C'est vrai, j'ai plein de bons contacts dans le monde entier : Angleterre, Espagne, Japon, Canada, Etats-Unis, Chili, Uruguay, Argentine, Brésil, Paraguay, Equateur, Australie, Nouvelle-Zélande,... Mon job est de construire un vrai réseau de footballeurs. " Topping travaille avec un associé panaméen, un certain Peter Johnson qui est président d'un club de D1 au Panama : Chepo Futbol Club. " A Liège, seul Lucien D'Onofrio a plus de relations dans le foot international que Paul Topping ", lance Joris Vandendooren, ex-administrateur du FC Liège qui a beaucoup côtoyé l'Anglais lors de son arrivée en Belgique et continue à avoir des contacts étroits avec lui. " En deux minutes, il vous appelle le manager de Manchester United ou du Real Madrid. Ce n'est pas du bluff, j'ai assisté à des scènes pareilles. Herman Van Holsbeeck aurait même avoué récemment qu'il le verrait bien au service d'Anderlecht. " Paul Topping a rencontré William Waseige (fils de Robert) lors d'un stage de foot au Canada. Ils ont vite sympathisé et Waseige a proposé à l'Anglais, qui cherchait déjà à reprendre un club, de venir faire un tour en Belgique. Première cible : le FC Liège. " Topping est arrivé avec la preuve formelle qu'il avait 300.000 euros sur un compte bloqué pour reprendre Liège ", se souvient Vandendooren, qui y était dirigeant. " Il a détaillé un vrai plan de reprise. Mais ça s'est très mal passé avec Jules Dethier et il s'est vite retiré. " Topping : " Dès que ça a capoté à Liège, j'ai repris mes recherches et je me suis concentré sur d'autres équipes de la région. C'est comme ça que je me suis retrouvé à Montegnée. Le fait que ce soit en Provinciale ne m'a pas freiné : I immediately enjoyed it. Nous visons un retour rapide en Promotion, mais même si ça ne réussit pas au bout de cette saison, ce ne sera pas un drame. Le club n'a plus de dettes aujourd'hui et il se suffit à lui-même : c'est une première réussite. Je me concentre beaucoup plus sur le développement de mon Académie que sur le classement. " A propos de dettes, le British dit encore : " Elles étaient bien plus importantes que prévu. Après ma reprise du club, plus on avançait et plus je découvrais des cadavres dans les placards. Il a fallu rembourser. Et c'est comme ça qu'aujourd'hui, j'en arrive à environ 700.000 euros d'investissement. " Vandendooren confirme que " Topping s'est bien fait balader. " Une de ses mauvaises surprises non financières fut la collaboration difficile avec William Waseige, qu'il avait engagé comme directeur technique. Ils se sont disputés et WW est parti après quelques semaines. " I came to Belgium because you have a fantastic legislation ", nous dit Paul Topping. " C'est très difficile de faire entrer un footballeur extracommunautaire en Angleterre, par exemple, parce que les critères sont très stricts. Ici, on est beaucoup plus coulant et c'est ce qui me permet de faire venir beaucoup de joueurs de tous les horizons. " Topping signale aussi sur le site de Montegnée que " dans des pays comme l'Espagne ou l'Angleterre, les foot-études et les réseaux de recrutement existent déjà dans presque tous les clubs. Si vous ouvrez un commerce ou une ASBL à but social, vous allez vous établir là où on a besoin de vous, non ? " " Ce n'est pas très compliqué de convaincre des bons footballeurs de me suivre à Montegnée ", dit Topping. " Ils ont beau avoir des qualités, quand ils comprennent qu'ils sont trop courts pour la D1 anglaise ou espagnole, ils acceptent de m'écouter parler de mon projet. Je leur explique que Montegnée s'entraîne cinq fois par semaine et que j'ai de bons contacts qui leur permettront peut-être de rebondir très vite beaucoup plus haut que la Provinciale. Le but n'est jamais de les garder longtemps à Montegnée : six mois ou une saison, ça peut être suffisant pour se faire remarquer puis s'envoler ailleurs. "Après Paul Taylor, qui est passé par Liverpool, Everton et Manchester City, un autre ex- Toffee risque de débarquer très prochainement à Montegnée : John Irving, un jeune défenseur qui était une des grandes promesses en équipe Réserve d'Everton et a même fait une apparition sur le banc en Coupe de l'UEFA. " Topping me l'a dit récemment et je le crois parce que c'est tout sauf un mythomane ", dit Vandendooren. " Quand il m'a signalé que Taylor était sur le point de signer à Anderlecht, j'étais sûr que c'était vrai. " Daniel Boccar était le coach de Montegnée jusqu'à mercredi dernier. La formation, c'est son affaire : il a longtemps travaillé dans ce domaine au FC Liège et au Standard. Il vient de quitter la bande à Topping parce qu'il ne parvenait plus à assumer : " J'ai un boulot intéressant et fort prenant à la Province de Liège, je suis responsable de l'installation d'une quinzaine d'académies sportives pour environ 2.000 enfants. Je ne pouvais plus consacrer assez de temps au club, surtout après le transfert de Taylor à Anderlecht. Dans les heures qui ont suivi l'annonce officielle, j'ai reçu des dizaines d'e-mails de Liverpool, d'Everton et des deux clubs de Manchester. Tous des messages envoyés par des joueurs de ces clubs qui ne s'imposaient pas là-bas et demandaient qu'on leur donne une chance à Montegnée. Un test, rien qu'un petit test, svp ! J'ai compris que j'allais avoir encore plus de travail dans les prochaines semaines et ce n'était plus fai-sable. J'ai donc annoncé à Topping que j'arrêtais. Mais nous nous sommes quittés en excellents termes. " Une des carottes pour attirer de bons joueurs à Montegnée est la possibilité pour eux de suivre des études de haut niveau qu'ils peuvent combiner avec le football. Il y a eu une collaboration avec une université nord-américaine : les cours étaient donnés par vidéoconférence. Il y a aussi eu des professeurs belges et étrangers qui venaient donner cours dans le stade. Mais aucun des deux tests ne fut vraiment concluant et, depuis septembre dernier, le club était censé collaborer avec un institut bruxellois : ce n'est pas plus fructueux. Aujourd'hui, on peut dire qu'il n'y a pas plus de deux joueurs de Montegnée vraiment aux études ! On a entendu des critiques sur le droit d'inscription faramineux réclamé par Topping à certains de ses étudiants. " Le système était très clair ", signale Daniel Boccar. " Près de 20 étudiants avaient payé un minerval à leur université canadienne poursuivre un programme de foot-études en Europe. A partir du moment où ces étudiants venaient à Montegnée, il était logique que cette université dédommage directement Topping. La collaboration n'a pas vraiment marché mais le président est aujourd'hui en discussions avancées avec une université du Mississipi pour relancer le même système de cours par vidéo. "Très peu de joueurs de Montegnée sont payés, et ceux qui re-çoivent des primes doivent se contenter de cacahuètes. " Ils sont formés, mais aussi logés et nourris ", explique Boccar. " On estime qu'en logement et en nourriture, le club leur offre environ 1.500 euros par mois. Ce n'est pas mal. Il y en a quelques-uns qui reçoivent de l'argent de poche mais c'est insignifiant. "Le système a aussi ses limites sportives. Tous les étrangers qui s'arrêtent à Montegnée ont l'intention de ne pas y rester longtemps. L'équipe est appelée à être modifiée deux fois par an. Ce sera encore le cas en janvier. " Je vais faire venir des nouveaux joueurs d'Espagne, d'Angleterre et des Etats-Unis. " Il ne fera que compléter la gamme impressionnante de nationalités déjà passées par Montegnée depuis son arrivée : on a vu des joueurs de Colombie, d'Australie, du Canada, du Brésil, etc. Il y a eu des reportages assassins consacrés à Montegnée. Dans la région, certains parlent de traite d'êtres humains, de complicités avec la police locale pour ne pas devoir fermer le centre d'entraînement, de rats dans les logements des joueurs, etc. Et le club est en pétard avec les autorités du foot depuis qu'on lui a retiré des points pour avoir aligné un joueur espagnol non qualifié. Une non-qualification que Montegnée a toujours contestée. Lu sur le site officiel : " Paul Topping a rempli son Académie à une vitesse stupéfiante, une vitesse que l'Union belge et surtout l'Office des étrangers n'étaient pas prêts à suivre (...) A ces difficultés fédérales, qui ont entraîné le retour chez eux de plusieurs étudiants désabusés de ne pouvoir jouer, se sont ajoutées des réactions hostiles de certains supporters et dirigeants xénophobes, allant parfois jusqu'aux insultes racistes. "Topping nous dit : " Montegnée dérange, c'est clair. Chaque week-end, mon équipe est the beast to kill. Tout le monde veut notre peau. Cela ne plaît pas à beaucoup de monde qu'il y ait autant de bons joueurs chez nous. Mais je sais depuis longtemps que je ne dois at-tendre de cadeaux de personne. Nous avons plein de problèmes avec le Comité provincial et l'Union belge. Je suis dans le football depuis longtemps et je n'avais jamais vu ça. Amazing, crazy. Je suis occupé à faire revivre un très vieux club, je ne demande rien à personne mais on n'arrête pas de m'ennuyer. Pour moi, le plus gros souci du football en Belgique, c'est la politique. Je n'ai jamais voulu devenir l'ami des hommes politiques de la région de Liège. A eux non plus, je ne réclame rien du tout. Je marche seul. Je ne leur fais pas plus confiance qu'au Comité provincial et à l'Union belge. Montegnée est le seul club de la région de Liège qui ne reçoit aucune aide politique. Je finance moi-même la rénovation de nos infrastructures. Mais mon projet les dérange. " " Topping n'est pas du tout intégré dans la région ", dit Vandendooren. " On le considère comme un extraterrestre. Il faut aussi savoir que Liège est une terre de jaloux. Mais quand on prend le temps de discuter avec lui, on se rend compte que c'est un gars extrêmement sympa et intéressant. Et surtout hyper compétent. "Par Pierre Danvoye - Photos: Reporters/WalschaertsJe ne fais confiance ni aux politiciens, ni au comité provincial, ni à l'Union belge. Je marche seul. (Paul Topping)