Nous sommes au centre d'entraînement du PSV à Eindhoven, c'est lundi. Des vélos sont garés entre les arbres, le parking affiche complet. Des supporters se pressent autour du terrain d'entraînement. Comme toujours, avant la saison, l'optimisme est de mise. Le nouveau coach, Mark van Bommel, a la voix qui porte et ses paroles semblent rester suspendues dans le décor de De Herdgang.
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Nous sommes au centre d'entraînement du PSV à Eindhoven, c'est lundi. Des vélos sont garés entre les arbres, le parking affiche complet. Des supporters se pressent autour du terrain d'entraînement. Comme toujours, avant la saison, l'optimisme est de mise. Le nouveau coach, Mark van Bommel, a la voix qui porte et ses paroles semblent rester suspendues dans le décor de De Herdgang. Le centre d'entraînement du PSV est un endroit idyllique, très vert, où le bruit du vent dans les arbres se mélange à celui des cris des footballeurs qui souffrent. Les dirigeants se promènent parmi la foule qui les salue cordialement. Le PSV est un grand club dans une grande ville mais il a conservé la sympathie d'un petit club de village. C'est dans ce décor ombragé que le champion en titre prépare la nouvelle saison. La Journée Portes Ouvertes et le dernier match amical (victoire 2-1 sur Valence) sont passés. Le samedi suivant, c'est le Challenge Johan Cruijff, la Supercoupe des Pays-Bas, face à Feyenoord, vainqueur de la coupe. Un trophée sur lequel personne ne crache. À midi, le dernier coup de sifflet de Van Bommel retentit. Le terrain d'entraînement se vide, les enfants se pressent au grillage pour faire signer des autographes tandis que leurs (grands-)parents cherchent un peu de fraîcheur sur la terrasse ou à la cafeteria. La cuisine tourne à plein régime : on prépare le repas des joueurs. Paul van Kemenade, l'exploitant, est tout en sueur. Il est le fils des fameux VanKemenade, la famille qui veille sur l'âme de De Herdgang, le coeur du club. C'est ici qu'on s'entraîne, qu'on discute, qu'on mange, qu'on dort... Bref, qu'on prépare l'avenir. Harrie et Mies van Kemenade, ses parents, ont débuté en 1976. Ce qui, au départ, n'était que la simple location d'une buvette d'un club de foot est devenu, au fil des années, un véritable catering pour l'équipe première et les jeunes. En 1999, Paul et sa soeur Liesbeth ont repris le flambeau. Harrie est décédé en 2014, à l'âge de 79 ans. Trois semaines plus tôt, il faisait encore de nombreux allers-retours entre la cafeteria et la cuisine, le dos courbé, le cigare au coin de la bouche, marmonnant que tout était mieux avant. Comme il le disait lui-même, il venait un peu " gêner. " Quand on évoque le rôle de son père, Paul van Kemenade sourit. " Il y a des choses qu'il n'a pas dû subir ", dit-il en équeutant des fraises. " Si un diététicien lui avait dit qu'il ne voulait plus de croquettes, il l'aurait traité de charlatan. Nos parents ont toujours fait ce qu'ils croyaient être bien. Et pendant très longtemps, ça a bien fonctionné. Quand j'ai débuté, il y avait peut-être cinq membres dans le staff. Maintenant, ils sont 22 et tout le monde a son mot à dire. " Van Kemenade soulève un plat : " C'est du fromage blanc spécifique pour la récupération. Il faut le préparer chaque jour en suivant une recette très précise. Avec de la mangue, du miel, du fromage blanc à 0 % et un peu de jus de fruit. Ce sont des protéines pour après l'entraînement. Mon père détestait ce genre de truc. " Lorsque les enfants ont repris, ils ont bombardé leur père responsable des achats. " Il disait qu'il était notre garçon de course mais il continuait à venir. Il ne pouvait pas s'arrêter. Le jour où il n'est plus venu, c'est parce qu'il ne pouvait vraiment plus. Et trois semaines plus tard, il est mort. " Dans une interview accordée en 2013 à l'Eindhovens Dagblad, Harrie van Kemenade détaillait son travail en profondeur. " Sans fanfaronnerie, je peux dire que l'ambiance familiale que tout le monde évoque lorsqu'on parle du PSV, c'est un peu à nous qu'on la doit. C'est inexplicable. Comme nous avons toujours géré la cafeteria en famille, une certaine confiance s'est installée. " Paul explique : " Les gens étaient habitués à voir toujours les mêmes personnes. Le PSV est un club qu'on quitte mais où on revient très souvent. Et celui qui revient après plusieurs années se dit : Bon sang, rien n'a changé. Liesbeth et moi sommes toujours dans la cuisine, nous veillons à ce que l'ambiance reste familiale, à saluer et à discuter avec tout le monde. C'est cela qui fait en sorte que tout le monde se sente chez lui, y compris les nouveaux. " Van Kemenade se souvient de l'arrivée de Nick Viergever de l'Ajax au PSV, l'été dernier. " Après deux semaines, je lui ai demandé : Et alors, Nick, comment ça va ? Surpris, il m'a dit : C'est vraiment ce que j'avais lu et entendu du PSV : tout le monde se salue et est relax. Ce n'est pas normal. À l'Ajax, tout est formel et encadré. C'est bien plus cool ici. " Par le passé, les joueurs mangeaient même à l'avant de la cafeteria, parmi les supporters. Guus Hiddink a fait placer une cloison pour séparer les deux parties : les supporters et les journalistes d'un côté, les joueurs et le staff de l'autre. Paul van Kemenade travaille entre les deux, en cuisine. Il est le digne successeur de son père, s'adresse en dialecte d'Eindhoven aux journalistes qui prennent systématiquement place au coin du bar et offre un toast à chaque supporter. De retour à la cuisine, il égoutte les raviolis et mélange la sauce tomate en grommelant ou en rigolant avec les joueurs et les membres du staff qui jettent un oeil. Quand on débarque au PSV, on comprend vite que les Van Kemenade font partie des meubles. " La seule chose qui a changé, c'est que j'ai moins de cheveux qu'avant ", dit Paul. Pourtant, petit à petit, une autre mentalité s'est installée. Un exemple : désormais, les joueurs disposent d'une application qui leur permet de commander le repas qu'ils emmèneront le soir à la maison. Celui-ci est composé sur base de leur état physique. À midi, la chaîne de supermarchés avec laquelle le PSV travaille apporte un sac. " Un jour, un joueur avait commandé quatre bouteilles de vin pour son voisin. Je ne peux pas vous dire de qui il s'agit, nous ne faisons jamais ça. " Il ricane.Il a vu défiler des centaines de joueurs et des dizaines d'entraîneurs. Cet été, Phillip Cocu est parti à Fenerbahçe mais son remplaçant, Mark van Bommel, était déjà prêt ( voir encadré). Le directeur technique, Marcel Brands, qui était resté huit ans au PSV, a également choisi de relever un nouveau défi : il est parti à Everton. Comme on dit dans ces cas-là : un vent nouveau souffle sur Eindhoven. Mais les habitués de De Herdgang constatent que pas grand-chose n'a changé. Parce que ce ne sont pas les gens qui font le club, c'est sa philosophie. Le directeur général, Toon Gerbrands, et le responsable du recrutement, John de Jong, ont repris les tâches de Brands. Le club pense que De Jong est le successeur idéal de Brands, qui lui a préparé le terrain, et veut en faire son directeur technique. Il fera part de sa décision à la mi-août. Depuis Liverpool, Brands affirme qu'entre le moment où il est arrivé et celui où il est parti, la philosophie a changé. " Il y a dix ans, il existait déjà un centre de formation au PSV mais ça s'arrêtait là : il ne rapportait rien. " Avant, le PSV allait chercher au Brésil des joueurs comme Romário, Ronaldo, Alex ou Gomes, qu'il revendait ensuite avec un beau bénéfice à la clef. Mais comme beaucoup de clubs, il a dû changer son fusil d'épaule. " Les sommes de transfert ont beaucoup changé, des clubs comme Manchester City et Chelsea peuvent acheter qui ils veulent et louer ces joueurs. Le PSV n'avait plus accès à ce marché. C'est pourquoi il était important de former des jeunes. " L'objectif du PSV, c'est que la moitié du noyau A soit composé de joueurs formés au club. Actuellement, c'est le cas. Jeroen Zoet, Jorrit Hendrix et Steven Bergwijn sont même titulaires et, à terme, ils devraient ramener beaucoup d'argent dans les caisses. Pour arriver à cela, le club a beaucoup investi dans la formation. " Entre quatre et cinq millions par an ", dit Toon Gerbrands, le directeur général. " C'est beaucoup mais voyez Memphis Depay : avec les 30 millions que Manchester United a payé pour son transfert, nous pouvons former des jeunes pendant plusieurs années. " Actuellement, en face de De Herdgang, le club construit un nouveau centre de formation équipé des appareils de mesure les plus modernes que l'équipe première utilise aussi. Ces données sont adaptées lors de chaque entraînement, chaque séance est évaluée. " Nous suivons l'évolution de chaque joueur sous tous ses aspects ", dit Gerbrands. " L'entraîneur de l'équipe première est obligé de faire appel à ce système, qui lui permet de s'adresser individuellement à chaque joueur. L'évolution est un facteur essentiel. " Alors qu'avant, les jeunes pouvaient tout au plus espérer boucher un trou en équipe première, la philosophie a complètement changé. " Le monde a changé. Le budget des grands clubs est de 700 millions ", dit Gerbrands. " Avec nos 75 millions - 95 quand nous participons à la Ligue des Champions - nous ne pourrons jamais combler cet écart. Mais nous sommes très heureux avec notre budget car il nous offre des possibilités. Nous voyons les choses différemment, nous travaillons à un autre niveau. " Pendant des années, le PSV et l'Ajax ont lutté pour s'accrocher au top européen. Le PSV a même connu des problèmes financiers. " C'était avant mon arrivée ", dit Gerbrands, en fonction depuis cinq ans. " Aujourd'hui, tout est assaini. Dans un an et demi, nous devrions même avoir 30 millions sur le compte, ce qui nous permettra d'agir plus vite sur le marché. " Sur ce marché, le PSV s'intéresse à des joueurs qui coûtent entre cinq et neuf millions d'euros. Comme Santiago Arias, Gastón Pereiro et Hirving Lozano, qui ont été ou seront probablement revendus beaucoup plus cher. Pourtant, ces éléments ne sont là que pour compléter le noyau. " Si un attaquant talentueux de 19 ans est proche de l'équipe première, nous n'achetons pas un joueur pour cette position afin de ne pas le bloquer. L'évolution d'un joueur du cru passe toujours avant un transfert. Mais cela ne veut pas dire que nous ne sommes pas ambitieux : les joueurs que nous incorporons au noyau doivent vraiment avoir le potentiel nécessaire pour jouer en équipe première. Là, leur apprentissage est terminé. " Ce changement de cap du PSV se traduit également en chiffres. " Ces dernières années, nous avons vendu pour 60 millions en joueurs que nous avions formés ", dit Marcel Brands. " Le premier fut Ibrahim Afellay. Par la suite, il y a eu Zakaria Bakkali et ZakariaLabyad. Quand on voit pour combien Memphis Depay, JetroWillems, JürgenLocadia et JoshuaBrenet sont partis... Et ce qui est bien, c'est que nous les avons remplacés par d'autres joueurs du centre de formation, comme Bergwijn et Hendrix. Derrière eux, vous entendrez encore parler de garçons comme Cody Gakpo, Donyell Malen et Pablo Rosario. Gerbrands se souvient d'une métaphore de Karl-Heinz Rummenigge, le patron du Bayern : " Avant le match de Ligue des Champions face au Bayern, en 2016, nous mangions ensemble et nous évoquions le paysage footballistique quand il a dit : Au 18e étage, il y a les clubs comme le Bayern, le Real Madrid, le FC Barcelone ou Manchester United. Le PSV est au 13e mais... il n'y a pas d'ascenseur. Vous devez donc former des joueurs qui auront les capacités de grimper jusqu'au 16e ou au 17e. Et là, nous viendrons les chercher. "" C'est exactement cela. Et nous constatons que cette formule plaît aux joueurs. Lorsque nous négocions avec eux, nous sentons qu'ils ont envie de venir au PSV. Pour les jeunes de 16 à 22 ans, nous représentons le top de la Ligue des Champions. "