Le 26 novembre, cela fera 15 ans que le FC Liège n'a plus de stade. Une situation tellement bizarre que de nombreux médias étrangers, dont Téléfoot, se sont penchés sur ce club de Ligue 2 (une bête rare) qui ne possède pas ses installations. Le jeudi 19 novembre, une assemblée générale est prévue au cours de laquelle il faudra élire un nouveau conseil d'administration : sur les trois derniers membres qui le composent un seul, MarcelDe Hareng, n'est pas en fin de mandat. En attendant le rendez-vous, c'est comme si les matches et le championnat n'existaient pas. Personne n'y trouve à redire car c'est une évidence : le RFCL va finir par mourir s'il ne trouve pas un chez soi.
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Le 26 novembre, cela fera 15 ans que le FC Liège n'a plus de stade. Une situation tellement bizarre que de nombreux médias étrangers, dont Téléfoot, se sont penchés sur ce club de Ligue 2 (une bête rare) qui ne possède pas ses installations. Le jeudi 19 novembre, une assemblée générale est prévue au cours de laquelle il faudra élire un nouveau conseil d'administration : sur les trois derniers membres qui le composent un seul, MarcelDe Hareng, n'est pas en fin de mandat. En attendant le rendez-vous, c'est comme si les matches et le championnat n'existaient pas. Personne n'y trouve à redire car c'est une évidence : le RFCL va finir par mourir s'il ne trouve pas un chez soi. Lors de la énième (plus une) résurrection en 2004, les supporters ont cru que le vide pourrait être comblé. En avril, JulesDethier avait relevé un fameux défi en reprenant le club avec un passif d'1,5 million au moment du dépôt de bilan. Avec ses amis, il était parvenu à plaider la cause du club auprès des différentes instances de l'Union belge et des créanciers. Et après avoir redistribué les montants dus par les différents débiteurs (dont l'ex-président), le comité d'appel de la fédération avait établi, le 15 juillet 2005, que le RFCL était redevable de 547.000 euros, en plus des quelques 200.000 qu'il avait déjà déboursés. Le nouveau président s'engageait alors à suivre un plan d'apurement de trois ans avec contrôle trimestriel, ce qui permettait au club de D3 de ne pas se retrouver en Provinciales alors qu'il était sportivement descendant en fin de saison 2003-2004. Les supporters appréciaient et multipliaient les actions pour récolter des fonds. Aidé par les résultats sportifs positifs, le RFCL remontait la pente financière et la D2 devenait réalité en mai 2008. C'était l'euphorie : le club avait enregistré une moyenne de 3.500 spectateurs et 5.176 personnes avaient assisté au match au sommet contre Turnhout. Mais le plus grand souci n'était pas réglé : le club n'avait toujours pas de chez soi alors qu'en juin 2004 déjà, Michel Daerden avait annoncé la construction d'un stade pour le RFCL rue Gilles Magnée à Ans. En octobre 2004, le premier projet était présenté et le premier vote au conseil communal avait lieu en janvier 2005. Entre-temps, il apparaissait que le site était trop exigu. Daerden se tourna alors vers un terrain de 17 hectares, Route militaire. En janvier 2006, un deuxième vote avait lieu au conseil communal pour ce site et tout s'enchaînait : approbation définitive du conseil communal en juin et présentation du projet définitif en juillet. En juin 2007, Daerden posait un nouveau geste symbolique : il décidait de déménager la stèle d' Oscar Flesch, le promoteur du stade Vélodrome de Rocourt, restée sur l'ancien site pour la mettre à l'endroit où allait être érigé le nouveau stade. A cette occasion, le ministre annonçait à la foule présente que : " Le permis de bâtir est déposé, les crédits sont réservés au niveau d'Infrasports à Namur et les crédits sont réservés au niveau du budget communal. Par voie de conséquence, tous les moyens financiers sont là pour faire un écrin exceptionnel dont le coût est évalué à 3,5 millions ". Le 19 avril 2008, Daerden confirmait que la construction du stade serait bien financée à 60 % par la Région et 40 % par la commune mais annonçait pour la première fois que le club devrait payer une location de 80 à 90.000 euros par an pendant vingt ans et s'acquitter d'une caution solidaire d'1,250 à 1,750 million d'euros selon le coût du stade. C'est le début du bras de fer entre Daerden et Dethier, qui estime que le ministre a changé les règles du jeu. Le lendemain, le Standard devient champion, Daerden surfe sur la vague et le dimanche soir suivant, il préfère assister à la défaite des Rouches à Charleroi plutôt que de fêter la montée en D2 du RFCL, victorieux à Verviers. La semaine suivante, lors des manifestations organisées à domicile, les fans sang et marine chahuteront le ministre. C'est sans doute après cet affront que Daerden a décrété qu'il ne ferait plus rien. Le 6 novembre après une réunion avec les bourgmestres socialistes des villes environnantes dont Alain Mathot de Seraing, Daerden annonce que Dethier est persona non grata. S'il était à la recherche d'une certaine reconnaissance par le monde du football (il ne la recevra jamais !), Dethier est tombé de haut en voyant son nom méchamment sali dans les médias. Le 17 décembre 2008 avant de participer à l'émission Répondez à la question de la RTBF au cours de laquelle le sujet Liège sera abordé, Daerden exige que Dethier quitte la présidence et ne fasse plus partie du conseil d'administration. L'ukase sera entériné le lendemain par l'AG. Dethier comprend alors qu'il s'est fait mener en bateau. Daerden a soigné sa popularité en faisant des promesses chaque fois juste avant une échéance électorale (régionales de juin 2004, communales d'octobre 2006 et législatives de juin 2007). Et les promesses n'engagent que ceux qui y croient. L'Echevin socialiste d'Ans Francy Dupont accède alors à la présidence. Il avait déjà assuré un court intérim en mai 2007 quand Dethier avait pris du recul. Dupont se veut plus terre-à-terre. Sa ville de 27.000 habitants ne se trouve pas dans un contexte budgétaire tel qu'elle puisse mettre un stade à la disposition d'un club. " Après la montée en D2, je me suis rendu compte que le club allait droit dans le mur. Au lieu de se refaire une santé financière, on a préféré monter une équipe performante sans investir dans un stade Partout où on est passé (Ans, Montegnée, Tilleur ou Verviers), les installations n'étaient pas conformes à la loi football. Jean-Michaël Simar, vérificateur aux comptes et rédacteur du budget de l'ASBL , a remis les comptes à flots et on a remarqué que les coûts étaient trop élevés en raison de contrats assez lourds avec par exemple des primes de victoires de 500 euros. Actuellement à Seraing, le club doit payer 1.000 euros par match, 1.000 euros pour les buvettes, 1.000 euros pour les stewards et les contrôleurs, 500 à 600 euros pour les pompiers et 900 euros pour l'autopompe lors des matches à risques comme contre Mons qui est venu avec un car de trente supporters. Liège ne peut pas vivre en D2. On prévoit un déficit de quelques 300.000 euros en fin de saison. Avec ce que l'on verse à Seraing, on aurait pu payer le loyer pour le stade de 3,5 millions. Le club est viable en D3 : les exigences fédérales sont moins élevées et les mesures au niveau de la sécurité sont nettement moins lourdes financièrement. Comme on n'a pas besoin d'un poste de contrôle pour les forces de l'ordre, on aurait pu faire un stade à moindre coût au vélodrome d'Ans. Un accord aurait probablement été trouvé avec la Province, propriétaire de l'endroit. Dethier a été un rassembleur mais il a rêvé trop haut, de réintégrer la D1 avec un potentiel joueurs toujours plus gourmand. Les footballeurs ne sont pas tous comme Christophe Kinet, qui joue pour le fun. Récemment, j'ai appris qu'un ex de D1 âgé de 38 ans s'était adressé à un service d'aide social et je l'ai donc contacté pour lui faire une proposition. Il m'a directement annoncé qu'il ne jouerait pas pour moins de 10.000 euros par mois ! On ne dirige pas un club de D2 sans finances. Et en 2007, Dethier a refusé de collaborer avec Louis de Valensart, qui se disait prêt à mettre de l'argent et qui évidemment désirait avoir son mot à dire. En janvier 2009, de Valensart est revenu et a avancé les 140.000 euros nécessaires à l'obtention de la licence. En contrepartie, il a demandé de participer à la période des transferts. A la fin de la saison dernière, des contacts informels ont été pris avec Guy Thiry, le président de Visé, en vue d'une fusion. Ce club a une structure semi-professionnelle mais il lui manque une chose importante : le public. Thiry acceptait de garder le matricule 4 et les couleurs rouge et bleu mais évidemment, il fallait jouer à Visé. La majorité de l'assemblée générale a rejeté la proposition. " Une précision : Willy Demeyer, le bourgmestre de Liège, nous a confirmé que pour que le RFCL puisse jouer cette saison à Seraing, sa ville a pris à sa charge les frais des forces de l'ordre. Quant aux supporters, ils ne veulent pas d'une gestion à la Thiry, qui débourse pas mal d'argent, enrôle des joueurs étrangers et des ex-de D1, néglige les jeunes pour des résultats moins bons que ceux du RFCL. D'ailleurs, dans la région, les joueurs de Visé sont humoristiquement surnommés les... Galactiques. En août, Dupont a quitté la présidence et a laissé sa place à Martin Ory, qui gère les affaires courantes jusqu'à l'AG de la semaine prochaine. En fait, l'homme fort du club c'est de Valensart. Il n'aime pas trop quand on le lui fait remarquer. Il se fait même un peu évasif et résume la situation : " Via ma société 4M, j'ai signé plusieurs conventions dont deux de prêts avec le club. " C'est la société Altora, une régie publicitaire constituée le 16 septembre 2008, qui a été la première à intervenir auprès du club. Altora, dont Simar et Joris Vandendooren (deux membres effectifs de l'asbl RFCL), font partie du conseil d'administration (certains y verront un conflit d'intérêts) a pour objectif de s'occuper du sponsoring, du merchandising et de l'image du club. La société 4M a pour vocation de se substituer dans les faits à l'asbl RFCL, qui ne peut être liquidée en vertu des règles de cession de patrimoine de l'Union belge. La garantie du prêt est assurée par la valeur des joueurs. Dans les modalités, il est stipulé que 4M négocie et gère la vente de tous les joueurs du club, et " avalisera ou non les dépenses futures " disposant par la même occasion d'un " droit de véto " pendant toute la durée du prêt. En revanche, de Valensart est plus direct quand il s'agit de préciser ses objectifs d'autant que le stade d'Ans est au point mort depuis que le Conseil d'Etat a suspendu le permis de bâtir : " J'ai toujours dit que je n'étais pas un mécène mais que je souhaitais être un co-repreneur. Il est logique que je récupère l'argent que j'ai investi pendant une période où le club ne faisait pas de recettes. Contrairement à Mouscron et à d'autres clubs de D2, on a peu de dettes. Les finances sont bonnes, il manque des liquidités mais les joueurs et la Ville de Seraing ont jusqu'à aujourd'hui été payés sans retard substantiel. Pour moi, le RFCL constitue la plus belle possibilité d'investissement. Je ne pense pas que beaucoup de clubs auraient tenu pendant 15 ans sans un euro de subsides. Pour le stade d'Ans, l'équation n'était pas réalisable sans compter que 4 millions pour la D2, c'est insuffisant. Avec 5 millions, on a un stade basique qui n'offre pas beaucoup de possibilités d'exploitation. Il y a un constat de carence et la gestion déficitaire est due à un manque de moyens. Sinon Liège, ce serait un million d'euros de budget par rapport aux 25 du Standard ; un rapport d'assistance de 1 pour 8 ou 1 pour 7 : ce qui est énorme vu que l'on compare une équipe du bas de classement en D2 à une qui joue l'Europe ; et sur trois amateurs de foot, il y en a un pour le RFCL et deux pour le Standard. Il n'est pas question de descendre sauf si c'est le cas sportivement. Une descente serait une mauvaise chose. Financièrement, nous nous retrouverions en D3 avec une masse salariale encore plus difficile à réduire et, comme les équipes d'âge évolueront dans des catégories moins élevées, l'école des jeunes risque d'être moins attractive. Maintenant, il ne faut pas rêver : le Standard ne doit pas craindre que le RFCL lui fasse de l'ombre. Le Standard, c'est le club de foot élitiste tandis que le RFCL c'est un club multisports de plus de 2.000 pratiquants avec un rôle social. Il faudra attendre que l'endroit où le stade du Standard va être construit soit choisi pour que tout se débloque au niveau des autorités politiques. Il y a des gens qui bougent et des partenariats avec des privés sont réalisables. Maintenant, j'espère que, le 19, les gens qui prétendent avoir un projet crédible le prouveront. Pour moi, un projet crédible ce serait de déposer le lendemain un chèque de 100 à 150.00 euros. "Dans ce cas, de Valensart acceptera-t-il de partager le pouvoir ? Le mot de la fin à un insider : " de Valensart ne vise pas Dethier. Celui-ci a toujours prétendu qu'il ne mettrait pas d'argent de sa poche mais qu'il se consacrait à temps plein pour le club qu'il a géré en bon père de famille. Et si on lui avait accordé le salaire annuel d'un joueur, on lui devrait au moins 100.000 euros. C'est un sanguin : quand il reproche quelque chose à quelqu'un, il a généralement raison mais la manière n'y est pas et ses phrases assassines font mal. Dethier a tenu toutes ses promesses. Peut-être que le rapide retour en D2 lui a été fatal. J'espère que son nouveau projet permettra au club de bien s'installer en D2 avant de rêver à la montée, même s'il a raison quand il prétend qu'il y a place en D1 pour deux clubs liégeois, un européen et un régional. Dethier se demande d'ailleurs où étaient de Valensart et d'autres repreneurs potentiels en 2004 quand le club était à l'agonie. Je souhaite que l'AG ne se résumera pas à des enchères entre de Valensart et Dethier. L'année dernière, j'ai voté pour le premier parce que je croyais que Daerden allait tenir ses promesses. Après un an, je constate que c'est le club qui a payé les exigences du ministre. Daerden n'est pas un homme de football à l'image d' Yves Leterme, qui se tape Courtrai-Sclessin par passion. Aujourd'hui, la gestion du club manque de transparence et des dossiers auraient été signés à l'insu de l'AG voire des administrateurs. Nous avons besoin d'un stade, d'un chez nous. Je vous assure qu'aujourd'hui il est plus difficile d'organiser une soirée spaghetti pour les jeunes qu'amener U2 au stade Roi Baudouin. " par nicolas ribaudo-photos : reporters/gouverneurIl est plus difficile d'organiser une soirée spaghetti pour les jeunes qu'amener U2 au stade Roi Baudouin.