Le Special One aime les soldats. À tel point que certains de ses plus grands exploits depuis le banc de touche ressemblent à des récits mi-héroïques, mi-légendaires, racontés devant des yeux écarquillés par les survivants d'une guerre. On raconte, ainsi, que José Mourinho aurait gagné sa dernière Ligue des Champions en transformant Samuel Eto'o en arrière gauche, sur la pelouse du Camp Nou. Le Camerounais a pourtant joué le match comme ailier, respectant jusqu'au bout les consignes défensives qui lui imposaient de défendre sur le latéral catalan, de plus en plus offensif au fil d'un match à onze contre dix avec un score défavorable...

Le Special One aime les soldats. À tel point que certains de ses plus grands exploits depuis le banc de touche ressemblent à des récits mi-héroïques, mi-légendaires, racontés devant des yeux écarquillés par les survivants d'une guerre. On raconte, ainsi, que José Mourinho aurait gagné sa dernière Ligue des Champions en transformant Samuel Eto'o en arrière gauche, sur la pelouse du Camp Nou. Le Camerounais a pourtant joué le match comme ailier, respectant jusqu'au bout les consignes défensives qui lui imposaient de défendre sur le latéral catalan, de plus en plus offensif au fil d'un match à onze contre dix avec un score défavorable à rattraper. Eto'o n'était pas un défenseur, juste un soldat. Très appliqué dans son respect des consignes, capable d'aller au feu et au moulin pour un manager qui sait le mettre en valeur, Marouane Fellaini est peut-être le soldat préféré de Mourinho chez les Red Devils. Les mots d'amour pleuvent d'ailleurs à chaque fois que la presse évoque Big Mo devant son général : " C'est un joueur très important pour moi, bien plus que vous ne pourriez l'imaginer. Ce que Fellaini apporte est toujours positif. " " Je suis un manager qui aime les spécialistes ", explique le Special One. Et Marouane en est un. Le maître des airs, devenu terreur des prés anglais lors d'un séjour à Everton où, installé derrière l'attaquant de pointe, il remportait 64,5 % de ses duels aériens. " Si vous lui donnez un long ballon, il est quasiment injouable ", explique alors son coéquipier Leon Osman. Mourinho, plus préoccupé par l'efficacité d'un plan que par sa beauté, ne pouvait que tirer parti de cet avantage stratégique majeur. La généralisation du pressing et l'accélération du jeu ces dernières saisons avaient relégué le coach portugais au second rang. Dépassé par les Jürgen Klopp, Antonio Conte ou Diego Simeone dans la course au titre officieux du meilleur coach de la planète. Mourinho avait besoin d'un plan, et il a rencontré Marouane. À l'heure où relancer proprement depuis l'arrière est une prise de risques conséquente, mais souvent indispensable pour profiter d'une attaque à terrain ouvert après avoir déjoué le piège du pressing, le Special One a choisi sa voie. " Si une équipe nous met sous pression, nous avons toujours Marouane comme option ", expliquait Wayne Rooney. Quoi de plus efficace qu'un géant qui, depuis sa rencontre avec Mourinho, a élevé son taux de duels aériens remportés à 73,2 % ? En finale de l'Europa League, malgré la présence sur le terrain de Paul Pogba ou de Henrikh Mkhitaryan, le plan A de United est un long ball parti des pieds de Chris Smalling pour aboutir sur le front de Felly. Dégueulasse, mais efficace. Le trophée est au bout, et Mourinho peut fanfaronner quand il explique comment il a déjoué l'important pressing d'un Ajax dynamique : " Si le ballon n'est pas là, que vont-ils presser ? " Le Special One a toujours accordé une attention particulière au potentiel des géants. Il avait contraint Chelsea à racheter le mètre 94 de Nemanja Matic, parti à Lisbonne pendant que le Mou chassait les trophées entre Milan et Madrid. Le voilà désormais avec lui à Manchester. Le jeu de Man U prend sans cesse de la hauteur.