AlphonseDeLamartine n'était pas un grand footeux. D'ailleurs à sa mort, fin 19e siècle, on en définissait à peine les premières règles. Mais Lamartine faisait souvent mouche avec ses mots. Comme un buteur qui, en une action, peut provoquer un torrent d'émotions chez des millions d'âmes. RobertLewandowski et LuisSuarez ne font pas partie de ce qu'on appelle les poètes du football mais leur parcours est tout un poème. Une ode à la classe. Ouvrière sans oublier d'être les patrons.
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AlphonseDeLamartine n'était pas un grand footeux. D'ailleurs à sa mort, fin 19e siècle, on en définissait à peine les premières règles. Mais Lamartine faisait souvent mouche avec ses mots. Comme un buteur qui, en une action, peut provoquer un torrent d'émotions chez des millions d'âmes. RobertLewandowski et LuisSuarez ne font pas partie de ce qu'on appelle les poètes du football mais leur parcours est tout un poème. Une ode à la classe. Ouvrière sans oublier d'être les patrons. Alphonse s'est trompé sur une chose. Ce n'est pas vraiment dépeuplé puisqu'ils sont encore 80.000 d'un côté, 40.000 de l'autre à se rendre sur les lieux du manque. Les rives de la Mersey et de la Ruhr en débordent encore. De ces torrents de larmes aux accents tellement différents mais à la complainte tellement identique. Lewandowski et Suarez sont partis et c'est tout un peuple qui perd le sens de sa vie. Ces deux joueurs aux origines si différentes correspondaient parfaitement à l'environnement dans lequel ils avaient décidé de jouer. Terres de labeur, de souffrance, de générosité, de solidarité. Là où les mains ressemblent à des rochers, les fronts à des terrils et les coeurs toujours à portée de main. Tous deux étaient des chefs d'entreprise en salopette. Toujours élégants. Comme les mots d'AlainBashung qui, ni à Liverpool, ni à Dortmund ne sont repris en choeur mais son fameux : " Tum'asconquis, jt'adore " tourne en ritournelle dans l'inconscient des supporters. Robert et Luis n'ont pas conquis les Amériques mais une sorte d'Eldorado. Le drame c'est que leur Eldorado, ils l'ont emmené. Laissant derrière eux un désert de grains de sable qui a enrayé la belle mécanique. Celle qu'ils avaient initiée. Dortmund et Liverpool ne tournent plus rond. Ces deux joueurs sont devenus le chaînon manquant. Deux certitudes remplacées par des possibles. A Dortmund, CiroImmobile ressemble plus à un galapiat. Un gamin parti à la découverte de nouvelles aventures pour ados. Lewandowski était un conquistador. L'un s'invite chez les autres, l'autre y est chez lui. L'un s'essuie les pieds avant d'entrer, l'autre les met sur tout ce qui bouge. Le ballon, la table et le reste. Durant les matches, l'un était regardé par ses coéquipiers comme la solution, l'autre comme le problème. Un joueur ressent ces regards. Perçants de respect pour l'un, blessants et circonspects pour l'autre. Immobile fait du surplace... sur le banc, Dortmund en fin de classement. Dernier de Bundesliga. Pourtant, 90 % des joueurs qui en ont fait le premier sont toujours là. MarioGötze a su être remplacé. Lewandowski pas. Avec le Polonais, le Borussia aurait 10 points de plus. Comme Liverpool avec l'Uruguayen. C'est un autre Mario qui est venu pour le remplacer. Les Reds ne songent déjà plus qu'à une chose : le... remplacer. Un fiasco nommé désir. Celui de BrendanRogers. De faire de Balotelli un mec en salopette. Un mec qui comprend où il est et donc ce qu'il doit faire pour y devenir un enfant du pays. Mais " Super Pèpère Mario " ne se posera jamais cette question. Il n'en a pas envie. Il en a le droit. Liverpool est devenu une équipe banale. Parce que son mi-homme mi-démon de footballeur de génie est parti. Suarez est incontrôlable pour tout le monde. Pour ses adversaires mais surtout pour lui-même. Comment voulez-vous défendre sur un joueur qui lui-même ne sait pas ce qu'il va faire dans le 1/10e de seconde qui suit. Luis n'a qu'une certitude : mourir sur un terrain pour obtenir son Graal est la noblesse ultime. Sa noblesse n'est pas faite que de belles manières. Tant mieux. Robert et Luis résument le foot. Le vrai, l'authentique. Ils pourraient se contenter de marquer des buts, ils font beaucoup plus. Ils font gagner des matchs. En attaquant, en défendant, en donnant. Pas question de tricher quand LA star de l'équipe s'arrache sur chaque ballon. Ces deux joueurs possèdent quelque chose de rare, ils subliment leurs coéquipiers. Avec Lewandowski, Dortmund aurait 10 points de plus. Comme Liverpool avec Suarez.