Si vous aviez demandé récemment au président sévillan comment il se sentait en tant qu'homme fort du troisième club espagnol, José María del Nido vous aurait répondu incrédule : " Troisième ? Nous sommes le meilleur club au monde, pas seulement en Espagne. Troisième ? Non, Monsieur, nous sommes le n°1 et Barcelone est n°2. Et Madrid... je ne me rappelle même plus où ils se trouvent à l'heure actuelle. " La répartie est typique d'un homme ayant un immense ego et l'habitude de déclarations marquantes. Mais la réalité est qu'il a probablement raison.
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Si vous aviez demandé récemment au président sévillan comment il se sentait en tant qu'homme fort du troisième club espagnol, José María del Nido vous aurait répondu incrédule : " Troisième ? Nous sommes le meilleur club au monde, pas seulement en Espagne. Troisième ? Non, Monsieur, nous sommes le n°1 et Barcelone est n°2. Et Madrid... je ne me rappelle même plus où ils se trouvent à l'heure actuelle. " La répartie est typique d'un homme ayant un immense ego et l'habitude de déclarations marquantes. Mais la réalité est qu'il a probablement raison. Le FC Séville a remporté la dernière Coupe de l'UEFA ainsi que la Supercoupe d'Europe et se trouve à quelques encablures de Barcelone en championnat. Ce qui fait de l'équipe andalouse un véritable prétendant au titre, bien que vous n'entendrez personne l'affirmer en public si vous faites un sondage au stade Sanchez Pizjuan. Au sein du club, on n'ose pas admettre que Séville peut avoir de grandes ambitions, sans doute pour éviter de porter la poisse, mais il faut bien admettre que ce club n'a pas à rougir. Jusqu'à la mi-janvier et une défaite 1-2 contre Majorque, Séville n'avait pas perdu à domicile, y compris contre le Real Madrid qui voyage bien cette saison. A l'extérieur aussi les statistiques sont positives. Ainsi, l'équipe n'a perdu à l'Atletico Madrid qu'après l'exclusion de deux joueurs et deux goals tardifs encaissés. A Barcelone, on leur a refusé un but valable et deux goals du Barça étaient entachés de doutes... L'état de forme des Sévillans ne date pas d'hier. Avant leur courte défaite contre l'AZ Alkmaar (1-2) en décembre, cela faisait un an que le club était invaincu à domicile. Le FC Séville a terminé 5e la saison dernière, mais seulement à deux points du Real Madrid, 2e et a raté la Ligue des Champions parce qu'il avait une différence de buts défavorable par rapport au 4e, l'Osasuna Pampelune. Cela n'a pas empêché Séville d'étriller Barcelone 4-0 en Supercoupe d'Europe en août dernier. " C'est frustrant de ne pas disputer la Ligue des Champions car, très honnêtement, Séville produit du football bien plus attrayant que pas mal des équipes qui jouent la Champions League ", dit le coach Juande Ramos. " Nous avions le même nombre de points qu'Osasuna, un de moins que Valence et deux de moins que le Real. Un concours de circonstances bizarre nous a joué un tour et je pense que Séville méritait de figurer au bal des champions. Si nous avions pu y figurer, nous n'aurions eu peur de personne en tout cas. " Le club andalou a fêté dignement la victoire en UEFA la saison dernière (4-0 face à Middlesbrough en finale) car il fallait remonter à 1948 pour retrouver trace du dernier trophée. Il s'agissait à l'époque de la Copa del Rey-le club fut champion pour la dernière fois de son histoire en 1946. Le fait qu'ils soient encore en course pour un deuxième titre et qu'ils viennent de garnir leur armoire à trophées est une performance en soi si l'on considère que le club avait perdu Julio Baptista et Sergio Ramos au profit du Real Madrid à l'été 2005. Le premier était le meilleur joueur et avait marqué 50 buts en deux saisons, le second était l'espoir, le porte-drapeau venu de l'école des jeunes. Sans compter que l'été dernier, le coach de longue date Joaquin Caparros a lui aussi quitté le club pour La Corogne. Il était très populaire à Séville tant auprès des joueurs que des supporters. Le budget de Séville est de 30 millions d'euros, des cacahuètes comparé à celui du Real (348 millions), Barcelone (243 millions) et Valence (133,5 millions). Si le succès du FC Séville a mis du temps à se concrétiser, cela fait un petit temps que la tendance se dessinait. Depuis leur promotion en Liga en 2001, ils ont fini respectivement 8e, 10e, 6e, 6e et 5e. Et le Sevilla Fútbol Club est un modèle en termes de gestion d'un club de foot. Del Nido (50 ans) a, comme promis, effacé l'ardoise de dettes (45 millions d'euros) dont il avait hérité en accédant à la présidence en 2002. La saison dernière, le club a réalisé un profit de 24 millions, il compte 41.000 membres (socios) et il y a 7.000 personnes sur la liste d'attente ! Mais c'est véritablement grâce à sa politique de jeunes et à des transferts rondement menés que le FC Séville réalise des bénéfices, tant sur le terrain qu'en dehors. Ces efforts sont entre autres dus à un homme, l'ex-gardien Ramon Rodriguez Verdejo, alias Monchi. Le directeur sportif a aidé à structurer la formation des jeunes qui était déjà assez poussée à la base et supervise maintenant une équipe composée de psychologues, d'enseignants et douze coaches à plein temps. Cet écolage du blé en herbe a permis de lancer plus de 20 jeunes du cru en équipe Première en moins d'une décennie, dont les talents Jesús Navas et, bien sûr, Juan Antonio Reyes. La vente de ces joueurs qui s'ensuivit a généré des rentrées financières immenses. 17,25 millions pour Reyes lorsque Arsenal l'acheta et 27 millions déboursés par le Real pour Ramos. En tout, Séville a gagné 75 millions d'euros grâce à la vente de jeunes talents formés au club depuis 1997, ce qui inclut les transferts de Jose Mari, Carlitos, Juan Velasco, Carlos Marchena et Jesuli. Evidemment, de telles rentrées ont permis au club d'être à nouveau solvable ce qui signifie qu'il ne doit pas vendre tous ses joueurs - l'été passé Séville a refusé une offre de 15 millions d'euros de Liverpool pour son attaquant brésilien Daniel Alves. En Andalousie, on préfère alors effectuer des transferts efficaces. Comme celui de l'Uruguayen Javier Chevantón devenu le transfert le plus cher du club en été 2006, avec 7,05 millions d'euros. Et dire que le meilleur buteur actuel, le Malien Frédéric Kanouté, n'a coûté " que " 6,45 millions en 2005. En général donc, les contraintes budgétaires font que les achats bon marché (si l'on se fie en tout cas à la folie des montants déboursés en Liga) figurent à l'ordre du jour. Le succès de cette politique tient au réseau de scouting impressionnant qui a été développé au sein du club andalou. Monchi dispose d'une équipe de sept observateurs internationaux qui couvrent 22 pays, de l'Argentine et du Brésil à l'Islande en passant par l'Ecosse et l'Irlande (c'est comme ça qu' Ivica Dragutinovic-14 matches de Liga avant le week-end dernier- est parti du Standard...) Il reçoit tous les quatre mois des rapports détaillés au sujet de plus de 150 joueurs. Le Brésil semble une terre riche en découvertes pour Séville, si l'on en croit les achats de Daniel Alves (750.000 euros), Adriano Correia (2,1 millions) ou Julio Baptista (3 millions). Lorsque ce dernier arriva en Espagne, personne n'avait entendu parler de lui. Une cinquantaine de goals plus tard, il rejoignait le Real Madrid pour 19,5 millions d'euros. D'autres achats sont dus au nez fin des scouts andalous : Enzo Maresca, l'homme-clé de la victoire en finale de la Coupe UEFA l'an dernier, qui n'a coûté que 3 millions, Julien Escude 1,8 million, alors que Andres Palop, Christian Poulsen (meilleur passeur de la Liga) et Javi Navarro sont venus gratuitement. Monchi insiste que le facteur déterminant est la faim de succès. Les joueurs qui débarquent à Séville ont la plupart comme objectif de se faire un nom et nombreux sont ceux qui ont réussi. " Tous nos joueurs viennent d'un niveau inférieur. Aucun d'entre eux n'a joué pour un grand club ou remporté de trophées majeurs ", explique l'entraîneur Juande Ramos. " Le fait que ces joueurs humbles ont vu qu'ils recevaient leur chance d'atteindre quelque chose de grand les fait se surpasser et être fiers de défendre les couleurs du club. La symbiose ainsi accomplie, nous a fait faire un énorme pas en avant. Nos joueurs travaillent avec une forte conviction. " Une conviction qui a mené aux succès récents que l'on sait mais pourtant, beaucoup doutaient après le départ de Caparros. Ce coach avait une relation difficile avec le président Del Nido mais les socios craignaient que la bulle n'éclate après son départ. Certains fans ne comprenaient pas le choix de Ramos, qui avait entraîné les rivaux du Betis et Del Nido a même qualifié l'équipe de " tas de m... " peu après que Ramos ait repris les commandes. Mais en fait, l'équipe n'a pas tardé à démontrer ses progrès. Cela n'aurait pas dû être une surprise lorsque l'on examine de plus près le CV de Ramos. Il s'est fait connaître comme celui qui a amené Logrones en D1 en 1996, après quoi il passa au Rayo Vallecano, qu'il fit également monter en D1 et avec lequel il alla jusqu'en quarts de finale UEFA en 2000-2001. Il a aussi connu le succès à Malaga, son dernier club avant le FC Séville. Seule son expérience à l'Español lui reste en travers de la gorge, puisqu'il n'y resta que cinq semaines, suite à des dissensions avec les dirigeants. Entre Malaga et Séville, il prit une année sabbatique pendant laquelle il examina le foot du monde entier. Maintenant, il est largement reconnu comme le meilleur entraîneur d'Espagne. Del Nido a un jour déclaré : " Si Frank Rijkaard (le coach de Barcelone) venait ici, il devrait coacher l'équipe B. " Les entraînements de Ramos ont été si durs l'été dernier que les joueurs ont porté de l'adhésif sur la bouche en guise de protestation silencieuse. Mais aujourd'hui plus personne ne se plaint. " Le coach nous a réellement inculqué le besoin de remporter chaque match et de nous battre à mort, cette attitude est vitale ", souligne le gardien Palop. Stimulés par l'ambition, convaincus que le système fonctionne, drillés par leur entraîneur, Séville va droit au but sans compromis. Mais surtout, l'équipe est rapide. En fait Séville joue à un rythme fou, prenant à la gorge son opposant et fonçant vers la victoire. La manière dont l'équipe a dominé Middlesbrough en finale de la Coupe UEFA l'an dernier était une véritable marque de fabrication. Ramos et Monchi ont soigneusement cherché des joueurs présentant une rapidité physique et mentale alors que toute l'équipe a bénéficié des soins de l'endocrinologue Antonio Escribano. Ses méthodes ont forcé les joueurs à perdre les kilos superflus, certains jusque huit, et ses délices aux fruits et aux légumes, avec le bon équilibre en minéraux et en vitamines, fait partie intégrante de la pause lors de la mi-temps. " Je dois montrer à mes joueurs qu'avec des efforts, de la vitesse, de l'esprit d'équipe et de l'ambition, ils peuvent dominer des joueurs techniquement plus forts qu'eux ", affirme Ramos. " Notre style de jeu est basé sur une récupération rapide du ballon et un usage tout aussi rapide de celui-ci, en attaquant le plus vite possible. " Statistiquement, Séville a trois fois moins de possession de balle que Barcelone mais là encore, l'assistant Antonio Alvarez insiste : " Le fait que l'équipe adverse conserve le ballon quatre minutes de plus que nous ne veut pas dire que nous ne le dominons pas. " L'esprit offensif du jeu sévillan en fait l'une des équipes les plus agréables à voir jouer en Liga. Surtout à domicile, lorsque l'équipe est poussée par un public fanatique qui met une ambiance d'enfer dans le stade Sanchez Pizjuan. Le rythme de jeu est soutenu par la précision et par des vrais ailiers de débordement qui entrent chaque fois en duel avec leur défenseur. Sans compter que les arrières latéraux viennent prêter main forte dès qu'une opportunité se présente. Séville joue en effet avec une double occupation des flancs et dispose en Jesús Navas d'un ailier au rythme et à l'audace extraordinaires. Pas étonnant que Séville soit l'équipe qui délivre le plus de ballons dans le grand rectangle menant à une frappe au but. Pas étonnant dès lors que Kanouté ait déjà marqué davantage de buts cette saison que dans l'ensemble de sa carrière et fait la course en tête du Golden Shoe. Del Nido a récemment qualifié les ambitions de titre de " utopie ", d'un rêve impossible. Cette fois il avait tort. Le défi de Séville est bien réel. par Sid Lowe, ESM