Mercredi passé, Vincent Kompany a largement dominé les débats à l'occasion de l'élection du Soulier d'Or. Jamais un heureux élu n'avait gagné cette distinction avec une avance aussi confortable sur son dauphin, Luigi Pieroni qui joue depuis six mois en Bourgogne, à Auxerre.
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Mercredi passé, Vincent Kompany a largement dominé les débats à l'occasion de l'élection du Soulier d'Or. Jamais un heureux élu n'avait gagné cette distinction avec une avance aussi confortable sur son dauphin, Luigi Pieroni qui joue depuis six mois en Bourgogne, à Auxerre. Le vainqueur de l'édition 2003, Aruna Dindane, soutenu par son chewing-gum, fut un des premiers à féliciter le magnifique et intelligent héros du Quartier Nord de Bruxelles. Cette soirée constitua le point d'orgue d'un mois de janvier placé, d'autre part, sous le signe du mercato d'hiver qui s'est terminé ce lundi 31. Nul doute que des clubs ont échangé des cartes et que des agents de joueurs auront profité de leur présence à Ostende afin de trouver un emploi de dernière minute pour l'un ou l'autre de leurs joueurs ou de protéger leurs vedettes. Trois agents de joueurs ont vécu le coup de feu de janvier de façon très différente. Eric Depireux, jeune loup aux dents longues, conseiller de Luigi Pieroni, ne cache pas que le mercato d'hiver est important pour lui et son avenir. Serge Trimpont s'active autour de son poulain Dindane (dont le départ en été ne fait aucun doute) en affirmant que le mercato d'hiver est une triste d'empoignes où tous les coups sont permis. Jacques Lichtenstein, qui préfère, comme Serge Trimpont, le long terme, est le manager de Kompany mais réalise aussi de gros transferts à l'heure des réveillons. Comme celui de Tom Soetaers à Genk. A la tête de la société Eleven-11 Management, Jacques Lichtenstein a opté depuis longtemps pour la discrétion. Il travaille beaucoup à l'étranger. Tom Soetaers fait partie de son écurie et est passé de l'Ajax Amsterdam à Genk. Les négociations ont abouti dans un climat de sérénité. " On lance tout et n'importe quoi sur la place publique ", dit Lichtenstein. " Tout est médiatisé. Je me souviens avoir lu naguère que Yannick Vervalle intéressait l'Espanyol Barcelone. Le but était de faire monter rapidement sa cote. Mais qui a cru cette info ? Personne. Il est désormais à Mons. Le brouhaha ne sert à rien. Tout doit être planifié, préparé, travaillé. Soetaers a été transféré durant le mercato d'hiver mais le dossier a été patiemment ficelé. La discrétion a permis au joueur et au club d'aller à la rencontre l'un de l'autre et de bien préparer leur avenir commun. Il s'agit d'un gros investissement et cela ne se conclut pas dans l'urgence d'un mercato d'hiver. Notre société planifie ses activités et sa survie ne dépend pas du transfert de l'une ou l'autre vedette en hiver. Je peux comprendre la nervosité de ceux qui ne travaillent qu'en Belgique, où les budgets se réduisent de plus en plus, ou qui n'ont qu'un joueur en vue. Nous sommes là pour accompagner nos joueurs dans leurs choix, leurs bons et mauvais moments. Ainsi, nous sommes présents aux côtés de Tristan Peersman ". " Vincent Kompany est aussi chez nous, depuis ses 15 ans. Son Soulier d'Or nous fait plaisir. Mais cela ne change rien pour nous. Nous n'avons même pas de contrat - NDLR : mais est-ce bien nécessaire à partir du moment où Lichtenstein est le gendre de Philippe Collin, le secrétaire général d'Anderlecht avec lequel Kompany est sous contrat ?. Il peut partir quand il veut, sans avoir de comptes à rendre. Cela n'hypothéquerait pas l'avenir de notre société. Vincent possède le bien le plus précieux : l'éducation. Ses parents n'en ont pas fait une vedette mais un jeune homme posé et intelligent. Pierre Kompany le dit souvent : -Vincent est un de mes enfants, l'égal des autres. Vincent mesure ce que nous pouvons lui apporter. Nous avons évidemment approuvé l'initiative d'Anderlecht qui a demandé à Yvon Verhoeven de gérer les demandes d'interview. Tout cela demande du temps. Durant le mercato d'hiver, je n'ai noté aucune frénésie chez nous. Tout s'est déroulé calmement comme toujours : c'est mieux ainsi ". Non moins de 52 agents de joueurs disposant d'une licence FIFA sont basés en Belgique. Serge Trimpont est l'un des plus connus d'entre eux. Petit-fils d' Eugène Steppé, ancien grand secrétaire général d'Anderlecht, il fut journaliste sportif au Soir et manager de l'Union Saint-Gilloise avant de se tourner vers le métier d'agent de joueurs. Il fut le premier à miser sur le talent ivoirien, détecta Aruna Dindane avant tout le monde, aide un club ivoirien, le FC Bibo. Il croit moins qu'Eric Depireux à l'utilité du mercato d'hiver. " Une carrière de joueur doit se gérer à long terme ", dit-il. " Or, en hiver, tout se fait le plus souvent dans la précipitation. Les clubs veulent résoudre leurs problèmes à bon compte, surtout ceux qui n'ont pas de moyens, la majorité en Belgique, et luttent pour éviter la culbute. Il faut que le nouveau soit bon, efficace, immédiatement opérationnel et pas cher. Excusez-moi, c'est souvent un leurre. Alors, durant un mois, c'est la lutte entre les agents, surtout ceux qui n'ont rien vendu en été. Tous les coups sont permis. C'est un ring de boxe et certains noircissent les agents qui s'approchent d'un de leurs clubs. Le mois de janvier est un champ d'action pour des opportunistes. Rien n'est structuré et c'est la foire des petits poissons qui se mangent entre eux. Durant le mercato 2004, j'ai cependant placé un joueur à Bruges : Jonathan Blondel. Je lui avais conseillé de patienter à Tottenham où il aurait fait son trou. Mais Jonathan a pris la décision de rentrer au pays et je l'ai aidé. J'ai eu un contact avec le Standard. Là, on voulait que je négocie une diminution du prix de transfert tandis que le salaire de Jonathan aurait été divisé par six. Et il n'était pas question que Michel Preud'homme et Luciano D'Onofrio se rendent à Londres... Je n'ai pas discuté plus longtemps. Marc Degryse, lui, a pris l'Eurostar et tout fut réglé en deux jours. Au départ, il fut question d'une location. A un moment, Degryse a noté le prix du transfert, passa un coup de fil à Michel D'Hooghe qui donna son feu vert pour un transfert définitif. Ce fut un coup de maître. Nastja Ceh était blessé et Blondel dépanna, prépare l'avenir de Bruges. Jonathan est heureux, vit à nouveau près des siens. Bruges travaille bien. Degryse a sans cesse un coup d'avance. Ishiaku sera une grande réussite. Il a le style du club. Genk a aussi réagi au mercato et cela sent le travail bien fait. Christophe Grégoire devra gérer la pression à Anderlecht. Je me demande pourquoi le Standard a acquis Roussel ? Ce club n'est-il pas paré en pointe avec Sambegou Bangoura ? Mon grand-père aimait à dire qu'en cas de pneu crevé à sa voiture, on n'achète pas un volant. Tous les matins, je me lève en me demandant qui va tenter de m'enlever Dindane. Il est sollicité de partout et je dois le protéger. Il a été cité à Benfica. Ce fut une soupe. Cinq agents ont tout bloqué dans leur intention de se jeter sur les commissions. Ils ont voulu m'écarter et, finalement, Anderlecht ne discuta jamais avec Benfica. Si tout s'était déroulé avec respect, Aruna jouerait peut-être à Benfica. Fenerbahçe voulait aussi transférer Aruna durant le mercato. Là, cela se passa dans les règles de l'art. J'ai été contacté par Roger Van Gool qui joua avec Christopher Daum, le coach de Fenerbahçe, à Cologne. J'ai rencontré le président de Fenerbahçe qui était prêt à dépenser cinq millions d'euros. Anderlecht en voulait six. La transaction ne s'est pas faite. Anderlecht a commis une erreur comme quand West Bromwich Albion proposa vainement huit millions d'euros. Aruna peut briller dans un des grands championnats européens mais un passage à Fenerbahçe aurait été utile dans sa progression. C'est un énorme club. Aruna n'a pas pu s'en aller durant ce mercato d'hiver mais ce sera le cas en juin. Si c'est nécessaire, nous nous adresserons à la FIFA pour fixer le prix de son transfert. Ce sera deux millions d'euros. Aruna a la main. Le Lokomotiv Moscou se pointa aussi. J'ai dit non car je ne veux pas être complice d'un assassinat : le talent d'Aruna serait passé à la moulinette là-bas. Pour moi, le mercato peut être supprimé. Il y a trop de turbulences pas catholiques. Si les clubs pouvaient transférer des joueurs durant toute la saison, dans le respect de règles très précises, ils travailleraient plus calmement. Il y aurait moins d'usurpateurs autour des joueurs comme c'est le cas durant le mercato d'hiver ". " Quand on n'est pas encore confortablement installé dans ce métier, le mois de janvier offre des perspectives ", avance Eric Depireux. " Il faut lire la presse avec attention, deviner les besoins des clubs avant les autres, contacter des dirigeants qu'on ne connaît pas toujours, passer 15 heures par jour au téléphone. Certains agents sont repus depuis l'été et se reposent à la montagne. Ce n'est pas mon cas. J'ai peu dormi en janvier. Je réalise entre 40 et 50 % de mon chiffre d'affaires annuel ce mois-là. Je dois me faire un nom, je vis et je réagis dans l'urgence. Je demande qu'on me fasse confiance mais ce n'est pas toujours évident, surtout en Flandre où je ne suis pas très connu. Les clubs ont leurs habitudes, travaillent avec les mêmes agents depuis des années. On n'y sait pas que j'ai découvert Luigi Pieroni à Liège avant de faire le forcing pour que Mouscron l'engage. Quand on voit ce qu'il est devenu, c'est la preuve que je fais avant tout de bons choix. J'ai joué en D1, en D2, un peu partout, et actuellement à Pétange au Grand-Duché de Luxembourg, et je sais de quoi je parle. De plus, je peux compter sur l'avis de mon père, Henri Depireux, qui fut entre autres un très grand joueur, et de mon partenaire, Michel Thiry, ex-joueur aussi, afin d'affiner mes analyses sportives. Les risques d'erreurs sont moins importants et je n'ai pas le handicap des grosses sociétés de management qui sont dans l'obligation de faire beaucoup de chiffre pour faire tourner la baraque. Il y a un an, exactement, j'ai proposé Muhamed Yoldas à Mons. Il n'avait plus aucun avenir à Genk. Qui le savait ? Qui s'intéressait à lui ? Personne. Il faut alors convaincre très vite un autre club. Cela demande une grosse dépense d'énergie. C'est un marché dynamique, nerveux où il faut réagir tous les jours tout en sachant que la plupart des clubs ont de très petits budgets pour se renforcer en janvier. Il faut donc trouver l'équilibre financier entre le club et le joueur qui veut se relancer. En été, on a le temps. En général, le mercato d'hiver convient mieux aux joueurs mûrs qu'aux jeunes. Il faut déposer son sac dans le vestiaire et prester. On n'a le plus souvent qu'un entraînement, un match, une chance, pas deux. A 20 ans, cette pression est plus difficile à gérer. Mais le joueur idéal du mercato d'hiver a 28 ou 29 ans. Il en a vu d'autres et est certain de ses atouts, n'a pas peur de signer un contrat de six mois avec option pour une prolongation. Je n'ai pas dressé un portait idyllique de Yoldas à Sergio Brio. Je lui ai affirmé que c'était un solide arrière et un gros travailleur, pas une vedette. Avec ses moyens, Yoldas a participé au sauvetage de l'Albert. Il était venu pour rien et Mons engrangea même 150.000 euros pour son transfert à Ankaraspor. Il y joue de plus en plus souvent et est même devenu international Espoirs. Tout le monde est content : lui, Mons, son club turc, moi. Sans le mercato d'hiver, qui va prendre de plus en plus d'importance, il n'aurait pas pu se montrer et jouerait peut-être en D3 ". Les grands clubs agissent plus calmement. Le Standard était sur la piste de Cédric Roussel depuis des mois. Bruges a transféré Manaseh Ishiaku et Michael Klukowski en n'ayant pas de couteau dans le dos. Anderlecht n'a acquis que Christophe Grégoire afin de résoudre son problème de flanc gauche. " Mais il arrive aussi que les grands agissent dans l'urgence ", prétend Depireux. " Bruges a acheté Bosko Balaban, Victor et Jonathan Blondel pendant le mercato d'hiver de la saison passée car il était largué en championnat. Et cela a marché. Bruges a sauvé sa saison tout en préparant l'avenir ". Non content d'engager Davy De Beule, Gand a réalisé deux bonnes affaires cet hiver en recrutant le Bosniaque Damir Mirvic via Gordan Vidovic et Dario Smoje avec la collaboration d' Eric Depireux. Comment a-t-il préparé le transfert hivernal de ce joueur dont on dit déjà le plus grand bien ? " Les clubs belges cherchent toujours de bons éléments défensifs. Mon père m'a parlé de Branko Gracanin, ancien international, ex-pilier du Dynamo Zagreb qui a longtemps vécu à Liège ", raconte Eric Depireux. " C'est un fin connaisseur du football croate. Il fut le premier à me citer le nom de Smoje qui, il y a quelques années, avait même été présenté par Luciano D'Onofrio à la Juventus. Smoje préféra signer à l'AC Milan où il joua quelques matches en 1997-1998 avant de se retrouver à Monza, Ternana et de rentrer chez lui, au Dynamo Zagreb. Il était à la recherche d'une nouvelle chance. Je lui ai trouvé un club où il pouvait s'entraîner : le FC Malines. Même s'il était à court de compétition, j'ai vu qu'il pouvait atteindre le top belge, même Bruges ou Anderlecht. Malines l'a jugé trop court. Il a ensuite pris part au match des Réserves entre La Louvière et Gand. Stéphane Pauwels, le manager des Loups était enchanté mais m'avoua que son club ne pouvait pas s'offrir ce joueur. Georges Leekens était sur la balle, me demanda quelques renseignements et le fit rapidement signer ". En fin de semaine passée, Eric Depireux a sillonné le pays dans tous les sens. Son mercato d'hiver est une réussite. Souhaiterait-il que les clubs puissent réaliser des transferts durant toute la saison ? " Non, la formule actuelle tient la route ", estime-t-il. " Les spectateurs ont accepté le principe d'une deuxième chance, d'un examen de passage. Les joueurs ont six mois pour rendre service à des couleurs. Ce ne serait pas le cas si on pouvait changer de club durant toute la saison. Cette habitude existe en Angleterre. Cela chauffe déjà assez en janvier. Le marché est petit, tout le monde se marche sur les pieds. Tous les clubs de D1 ont acquis ou cédé un ou plusieurs joueurs. C'est la preuve que ce mercato d'hiver est nécessaire. A mon avis, les petits agents de joueurs sont très utiles. Ils sont imaginatifs, trouvent de bons joueurs inconnus, fouillent dans les divisions inférieures, découvrent des jeunes. Il y a beaucoup de talent en Belgique. Mais il faut y croire. Frédéric Boszak, un jeune du Standard, de père français et de mère zaïroise, qui joue en équipe de jeunes à Sclessin depuis dix ans, fait désormais partie des internationaux -19 ans du pays de la formation : la France ! Inouï, non ? A-t-on suffisamment insisté pour qu'il prenne la nationalité belge ?" Entraîneur du FC Brussels, Emilio Ferrera apprécie la venue de renforts. Mais la plupart ont été achetés sur cassettes : " Il faut faire confiance à ses réseaux et ce n'est pas facile. En été, les clubs ont eu la possibilité de mettre une logistique en place. Ils ont suivi des joueurs, se sont intéressés durant des mois à leur potentiel, les ont testés calmement. En hiver, les petits clubs n'ont pas les moyens d'être patients et de scouter longuement les renforts. Tout doit aller vite ". Et une note discordante n'est jamais à exclure. Les Bruxellois en ont fait l'expérience le week-end passé au moment où ils voulaient finaliser le dossier du gardien suédois de Molde, Eddie Gustafsson. Celui-ci avait confié ses intérêts à deux managers, Didier Frenay et Peter Ressel. Comme le président Johan Vermeersch n'entendait pas payer deux commissions, l'affaire capota in extremis et les Coalisés se mirent en quête d'un autre keeper. Pierre Bilic" Kompany peut partir QUAND IL VEUT... " (Jacques Lichtenstein) " Tous les matins, je me demande qui va M'ENLEVER DINDANE " (Serge Trimpont) " LE JOUEUR IDéAL du mercato d'hiver a 28 ou 29 ans " (Eric Depireux)