Le BC Ostende, qui a toujours réalisé le doublé coupe-championnat depuis 2013, a vu partir cet été son sponsor principal, Telenet, aux Antwerp Giants. La firme de télécommunications est cependant restée présente à la Côte en tant que co-sponsor du BCO, mais le président Johan Verborgh et son équipe dirigeante ont malgré tout dû diminuer le budget de 10 %.
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Le BC Ostende, qui a toujours réalisé le doublé coupe-championnat depuis 2013, a vu partir cet été son sponsor principal, Telenet, aux Antwerp Giants. La firme de télécommunications est cependant restée présente à la Côte en tant que co-sponsor du BCO, mais le président Johan Verborgh et son équipe dirigeante ont malgré tout dû diminuer le budget de 10 %. Logiquement, l'attention s'est davantage portée vers la Métropole, où une équipe ambitieuse est en train de voir le jour sous la direction sportive de l'ancien international Roel Moors et celle du président Roger Roels : enfin une équipe susceptible de mettre des bâtons dans les roues des Côtiers, pensait-on. Même Dario Gjergja, le coach à succès du BCO, s'est montré suffisamment malin pour ne pas endosser, de lui-même, le costume de favori. Anvers et Charleroi - qui s'est renforcé l'été dernier en engageant le pivot serbe Rasko Katic, la pièce-maîtresse d'Ostende - étaient, selon lui, les principaux prétendants au titre. Mais la vérité du terrain a été tout autre : le champion sortant a démarré la saison en trombe, en réussissant une série de 21 victoires d'affilée. Sur le plan collectif, Ostende s'est encore montré meilleur que les saisons précédentes. Lors de chaque match ou presque, plusieurs joueurs ont franchi la barre des dix points inscrits. Parallèlement, l'accent a été encore davantage mis sur la solidité défensive. Gjergja ne jure que par les rotations. Et lorsqu'il constate qu'un joueur n'accomplit pas sa tâche, il n'hésite pas à le rappeler illico sur le banc. Lorsqu'on joue sous la direction de Gjergja, il vaut mieux ne pas avoir un ego surdimensionné. Celui qui n'adhère pas à ses principes, peut plier bagage. C'est l'équipe qui fait la force d'un individu, et pas l'inverse. Ses mérites sont donc grands dans la conquête de cette série impressionnante de titres. " Le mérite de ce titre revient à 80 % à notre coach ", a déclaré le président Verborgh au terme du troisième match décisif contre les Antwerp Giants, qui ont été balayés (3-0) en finale des play-offs. Gjergja jouit d'une réputation internationale pour ses qualités de formateur. L'été dernier, les Boston Celtics ont même fait appel à ses services pour qu'il prenne un jeune joueur sous sa coupe. Ces dernières années, le Croate a aussi fait progresser des joueurs belges, à l'image de Quentin Serron, Pierre-Antoine Gillet et Khalid Boukichou, et cette année de Jean Salumu et Elias Lasisi. Salumu, un travailleur de l'ombre depuis des années, s'est érigé en leader cette saison. Il est devenu le premier Belge à être élu MVP du championnat toutes nationalités confondues. En partie parce que Dusan Djordjevic, l'expérimenté capitaine, est de plus en plus économisé pour les moments importants. Dans une interview qu'il nous a accordée, Salumu évoquait la force de son mentor croate : " Lorsque je suis revenu à Ostende en 2012, je doutais. Mais Gjergja s'est directement occupé de moi. Ce fut un tournant dans ma carrière. Il n'a pas son pareil pour rendre un joueur encore meilleur. Lorsqu'il y avait un jour libre, il organisait un entraînement supplémentaire à mon intention. Aujourd'hui, je recueille les fruits de tout ce travail. Gillet, Serron et Boukichou admettront, eux aussi, qu'ils doivent beaucoup à Gjergja. Il adore ses joueurs, même s'il se comporte parfois de façon spéciale envers eux. " Gjergja a une ligne de conduite très claire : my way or the highway. Le recrutement, dirigé de main de maître par le directeur sportif Philip Debaere (qui compte désormais 9 titres et 8 coupes à son palmarès depuis qu'il est entré en fonction en 2005), est effectué dans ce sens. Ne sont engagés que des joueurs susceptibles de se fondre dans le collectif. Pas de prima donna qui ne pense qu'à soigner ses statistiques, mais des étrangers qui ne rechignent pas à la tâche, comme Mike Myers, Tonye Jekiri et Chase Fieler. Un talent belge comme Hans Vanwijn a, par exemple, opté l'an passé pour les Antwerp Giants, où le jeu allait être organisé autour de lui. Un choix qui se respecte, mais cela explique en partie pourquoi les Anversois ont échoué en finale des play-offs. On a parlé de manque de maturité, mais on pourrait aussi parler d'un manque de grinta. Car il faut être fort mentalement pour résister à la furia de Gjergja le long de la touche. Les joueurs qui évoluent à Ostende sont imprégnés de ce fighting spirit. C'est ce qui les rend invincibles. Le coach de Charleroi, Brian Lynch, est lui-même admiratif devant le travail accompli par son collègue : " Parvenir à motiver ses joueurs à chaque match et à les garder en éveil durant toute la rencontre, malgré l'accumulation de titres, c'est une sacrée performance. " Combien de temps cette hégémonie peut-elle encore durer ? Probablement, aussi longtemps que Gjergja reste le commandant du navire côtier. Le Croate a déjà repoussé des propositions de plusieurs pays européens. D'une part, parce qu'il préfère remporter des trophées dans un petit championnat qu'être à la tête d'un club qui joue les faire-valoir dans un championnat plus huppé. D'autre part, parce que sa famille est heureuse en Belgique. Avec un septième titre d'affilée, Gjergja fait mieux que le légendaire Lucien Van Kersschaever, qui en a remporté six consécutivement avec le Racing Maes Pils Malines, au début des années 90. Avec sept titres et six coupes d'affilée, ce BC Ostende a battu tous les records. Les Semailles (de 1946 à 1951), l'Antwerpse (de 1959 à 1964), le Sunair Ostende (de 1981 à 1986) et le RC Maes Pils Malines (de 1989 à 1994) se sont limités à six titres consécutifs. Il faut rester prudent lorqu'on utilise le terme " historique ", mais dans ce cas-ci, il n'y en a pas de plus approprié.