Charleroi a donc fini par arracher ce billet inattendu mais mérité pour les PO1. Une surprise pour beaucoup de monde, tant les Carolos reviennent du Diable vauvert mais certains signes avant-coureurs permettaient déjà de mesurer la renaissance d'un club qui veut enfin trouver sa place parmi les grands de Belgique. Car longtemps, le Sporting n'en a eu ni l'ambition, ni la vocation. Son absence de trophées et le caractère épicurien des joueurs, supporters et dirigeants pour qui l'une ou l'autre victoire de prestige suffisaient à leur bonheur, a longtemps brimé le club d'une région où on a l'habitude de se satisfaire du peu que l'on reçoit.
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Charleroi a donc fini par arracher ce billet inattendu mais mérité pour les PO1. Une surprise pour beaucoup de monde, tant les Carolos reviennent du Diable vauvert mais certains signes avant-coureurs permettaient déjà de mesurer la renaissance d'un club qui veut enfin trouver sa place parmi les grands de Belgique. Car longtemps, le Sporting n'en a eu ni l'ambition, ni la vocation. Son absence de trophées et le caractère épicurien des joueurs, supporters et dirigeants pour qui l'une ou l'autre victoire de prestige suffisaient à leur bonheur, a longtemps brimé le club d'une région où on a l'habitude de se satisfaire du peu que l'on reçoit. Si Mehdi Bayat a apporté l'ambition de celui qui ne doute de rien, c'est Felice Mazzu qui a finalement permis d'avancer d'un an les prévisions du top-6. Le plan de trois ans mis en place la saison passée prévoyait d'abord un assainissement des finances, suivi d'un ancrage en D1 et finalisé par une lutte pour les play-offs 1 en 2015-2016. Le bon sens et l'expertise de Mazzu en ont décidé autrement. Et pourtant, on ne peut pas dire que les Zèbres se sont facilités la tâche. Au mois d'août, personne n'aurait misé un euro sur les play-offs 1, après un départ calamiteux (1 point sur 12). Au mois de novembre non plus d'ailleurs, quand, à peine sorti la tête hors de l'eau, le club subissait une sérieuse avanie lors du flirt de Felice Mazzu avec le Standard. Beaucoup de clubs - le Charleroi des années Abbas Bayat en premier - auraient explosé en plein vol. Certains entraîneurs auraient perdu le fil et la confiance du noyau aussi. Pas Mazzu qui, bien aidé par la placidité et la sérénité de ses dirigeants, a remis l'ouvrage sur le métier. L'envol des Zèbres date de cette époque. Depuis son départ avorté pour le Standard, son Sporting est devenu intenable. Si Mazzu a créé un groupe compact, défensivement très solide et solidaire, il n'a pas non plus hésité à réveiller son noyau en bousculant ses habitudes au moindre relâchement. Comme après le 1 sur 12 ou après les deux défaites face au Cercle début janvier. " J'ai montré que tout le monde avait sa chance. Cela a instauré à chaque fois un état d'esprit positif et conquérant. " Mazzu a souvent lancé avec succès des joueurs du banc pour apporter de la fraîcheur. C'est comme cela qu'Enes Saglik, Dieumerci Ndongala ou dernièrement Steeven Willems ont connu une belle série. Et puis, il y a eu la progression de certaines individualités. Sébastien Dewaest a acquis une autre dimension, tout comme Neeskens Kebano, qui a enfin compris les sacrifices qu'il devait consentir et s'est inscrit comme le meilleur joueur de ce noyau. Des piliers comme Javi Martos, Karel Geraerts et Fabien Penneteau ont apporté de la sérénité ; Clément Tainmont a acquis une certaine régularité, le transformant en un des meilleurs ailiers de Jupiler Pro League. Quant à Cédric Fauré, lui aussi, a su se remettre en question, retrouvant le chemin du but au meilleur moment. Derrière cette réussite se cache également une progression permanente depuis la reprise du club par Fabien Debecq et Mehdi Bayat. Tant sportivement qu'en dehors, le travail accompli est tout simplement extraordinaire. De club instable, Charleroi s'est transformé en modèle de gestion. Les joueurs ne viennent plus au stade du Pays de Charleroi pour jouer le maintien mais ils entrent dans un projet. La prochaine étape naturelle consistera, selon les dires de la direction, à attirer des joueurs qui choisissent actuellement des clubs comme Lokeren ou Zulte Waregem, disposant là-bas de meilleurs contrats. En dehors du terrain, la gouaille et l'énergie de Mehdi Bayat couplés au travail incessant et au réseau du directeur commercial, Walter Chardon, font un tabac. Les politiques se pressent de nouveau au portillon du Sporting alors que les sponsors, soignés aux petits oignons, apprécient cette attention personnalisée. Les dossiers avancent et l'argent rentre, soit le b. a-ba du succès, recherché par chaque club. Pour s'en persuader, il suffisait de se rendre le 4 mars sur le site de Marcinelle, longtemps décrié pour ses terrains en piteux état ou ses installations défaillantes (tout le monde se souvient de l'épisode de l'eau froide dans les douches des enfants). Ce jour-là, c'est l'inauguration officielle du nouveau bâtiment de l'école des jeunes. Paul Magnette est là, René Collin, ministre des Sports de la Communauté française aussi. Deux autres échevins de la ville se pressent également sur la photo. Désormais, le Sporting pèse. Ses dirigeants le savent et en profitent. Ils ont collaboré avec la ville - alors qu'Abbas Bayat avait rompu les ponts - et n'ont pas dû débourser un franc pour le démontage du stade, la pose de nouvelles toitures et le bâtiment de l'école des jeunes. Ils ont très bien su à la fois faire comprendre à l'équipe communale le poids du club mais aussi mettre la ville devant ses responsabilités, le club n'ayant rien à se reprocher dans le conflit opposant la ville aux riverains du stade tout en étant le premier à subir le contrecoup du démontage du stade. Désormais, c'est l'union sacrée entre les deux parties, conséquence de la méthode Mehdi Bayat. Bien loin de l'entêtement de son oncle et de l'arrogance de son frère, il préfère la séduction, la proximité, l'écoute et la vitesse de réaction. Et surtout la collaboration. Cela ne sert à rien de se battre contre tout le monde quand on peut avancer sans ennemis. Telle est sa devise. Pas étonnant de voir donc deux représentants de l'Olympic, dont le président Adem Sahin à l'inauguration de l'école des jeunes. Mais pour comprendre la méthode mise en place par Mehdi Bayat, Walter Chardon et Pierre-Yves Hendrickx, il faut se mêler à la vie quotidienne du club. Si, comme en témoigne la remise au goût du jour des voeux à la presse, les mots accueil et convivialité ont désormais cours auprès des médias, peu habitués à ce traitement sous l'ère Abbas Bayat,ils sont devenus une marque de fabrique auprès des sponsors. 16 janvier, 8 h 30. Ce vendredi-là, le club organise sa journée partenaires, une habitude semestrielle lancée il y a deux ans. Visite de trois entreprises partenaires suivies d'un dîner. Les invités sont tous des sponsors qui profitent de ce cadre pour solidifier leur réseau. Une bonne idée largement appréciée par les 170 participants. " Les gens qui viennent chez nous se sentent à l'aise, c'est notre marque de fabrique ", reconnaît Chardon. Le discours de Mehdi Bayat avant le dîner est clair. " Vous êtes là pour faire grandir cette région et ce club. Parlez de l'ambiance autour de vous. Vous êtes nos meilleurs ambassadeurs. Et vous savez que le Sporting est là pour vous aider, pour que vous preniez du plaisir. " Au côté chaleureux, Mehdi Bayat ajoute également le côté ambitieux. Désormais, dans chaque discours, il insiste pour dire que le club doit correspondre à celui " de la plus grande ville de Wallonie ". Une manière de choyer les Carolos, complexés face aux Liégeois, mais aussi de secouer ce géant endormi, conscient que le mal carolo a souvent consisté à se reposer sur ses lauriers. " Le potentiel de notre région doit être envié ", lâche-t-il ce jour-là. Cette politique plaît et attire. Bernard Wattiez est présent ce vendredi. Ce Tournaisien est le président de Murprotec, une société basée à Braine-L'Alleud, qui, après avoir longtemps parrainé Mouscron, s'est finalement tournée vers Charleroi. " Notre sponsoring à Charleroi nous permet de toucher un bassin plus important qu'à Mouscron. On fait le pari que Charleroi est une ville en déshérence en train de se reprendre. On veut participer à cette renaissance. " Voilà pour la stratégie mais ce que Bernard Wattiez retient, c'est surtout l'accueil reçu. " Charleroi a la bonne mentalité par rapport à ce qu'on veut faire. Il y a un réel esprit d'entreprise. Pour grandir, notre société avait besoin de sponsoring. On avait étudié le milieu du cyclisme mais les montants que l'on doit débourser sont colossaux et l'accompagnement pas bon. Le sponsoring n'a aucun intérêt si on se limite à l'aspect visibilité. Ici, j'ai été bien accueilli et le foot n'est pas une fin en soi. Il est vécu comme une opportunité de faire du business, presque comme une excuse. Nous avons également des panneaux à Zulte Waregem et Westerlo mais la qualité relationnelle que l'on nous offre à Charleroi, on ne la retrouve nulle part ailleurs. Ni à Zulte Waregem, ni à Westerlo. Il n'y a pas d'esbroufe mais de la simplicité. Très rapidement, on m'a parlé de projet alors qu'à Mouscron, on avait dû poser la question et on n'avait jamais reçu de réponse. Ici, il y a un bouquin de dix pages qui explique la vision du club. Quand je dois faire un investissement, cela me rassure. " PAR STÉPHANE VANDE VELDE - PHOTOS : BELGAIMAGE" Charleroi a la bonne mentalité. Il y a ici un réel esprit d'entreprise. " Bernard Wattiez, sponsor