Arrivé à Mons sur la pointe des pieds, Frédéric Jay poursuit sa route sur la pointe des pieds. Arrière central de formation, ballotté de gauche à droite en défense depuis son arrivée à l'Albert, ce Français d'origine portugaise est le prototype de l'anti-star. Jamais sous les feux des projecteurs, il affiche pourtant des statistiques à faire pâlir la grande majorité des joueurs de l'élite. Qui peut se targuer d'avoir disputé plus de 100 rencontres en L1, d'avoir participé à une Ligue des Champions et d'avoir disputé un quart de finale de Coupe de L'UEFA ? Jay, lui, le peut. Après une année sans club, qui suivait deux années en L2 à Grenoble, il est devenu un personnage central de l'effectif montois. Extrêmement régulier la saison dernière, le nouveau back droit de José Riga poursuit son petit bonhomme de chemin sans faire de vagues. Rencontre avec un incontournable trop souvent contourné.
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Arrivé à Mons sur la pointe des pieds, Frédéric Jay poursuit sa route sur la pointe des pieds. Arrière central de formation, ballotté de gauche à droite en défense depuis son arrivée à l'Albert, ce Français d'origine portugaise est le prototype de l'anti-star. Jamais sous les feux des projecteurs, il affiche pourtant des statistiques à faire pâlir la grande majorité des joueurs de l'élite. Qui peut se targuer d'avoir disputé plus de 100 rencontres en L1, d'avoir participé à une Ligue des Champions et d'avoir disputé un quart de finale de Coupe de L'UEFA ? Jay, lui, le peut. Après une année sans club, qui suivait deux années en L2 à Grenoble, il est devenu un personnage central de l'effectif montois. Extrêmement régulier la saison dernière, le nouveau back droit de José Riga poursuit son petit bonhomme de chemin sans faire de vagues. Rencontre avec un incontournable trop souvent contourné. Frédéric Jay : Oui, la situation est paradoxale. L'an dernier, on nous voyait descendre et on s'est classé dans la première moitié de tableau. Aujourd'hui, alors que l'effectif n'a pas été chamboulé, plusieurs nouveaux joueurs sont même venus et on se retrouve à trois petits points de la lanterne rouge. On ne doit pas se voiler la face, la situation est inquiétante. Il faut être conscient que l'on joue avec notre destin. C'est difficilement explicable. Le groupe bosse bien à l'entraînement, l'ambiance est bonne. Il suffit de très peu de choses pour que ça reparte. Il faut laisser passer l'orage, même s'il dure depuis trop longtemps. Pas plus que les autres. Il est évident que l'on prend trop de buts, que l'on manque de rigueur défensive. Et ce constat concerne toute l'équipe, et pas uniquement l'arrière-garde. Je ne veux incriminer personne. Ce qui se passe pour le moment est une faillite collective. Les analyses où l'on nous répète que Mons joue bien au foot, ça n'a aucun sens. Une équipe qui joue bien au foot, elle gagne. Point barre. La victoire, c'est la seule chose qui compte. Si je pouvais remplacer l'état d'esprit positif qui règne dans le groupe par des résultats probants, je n'hésiterais pas une seconde. Notre coach est seul juge pour ce type d'analyse. S'il l'a dit, c'est qu'il le pense. De mon côté, je crois qu'on retombe dans des travers que nous avions connus l'an dernier au premier tour. Ça ne me dérange pas. Ça a toujours été comme ça. Je n'ai jamais été un grand joueur. Si on venait à parler de moi, c'est que je ne serais pas en train de faire correctement mon boulot. Je suis un joueur de l'ombre. En rugby, on parle très peu des piliers, pourtant ils abattent un boulot considérable. Je joue un peu dans le même registre. Certains aiment se mettre en valeur et je peux le comprendre. Moi, ça ne m'a jamais intéressé. Je suis heureux comme ça. Heureux d'être arrivé à Mons après une année au chômage. Heureux de m'épanouir dans ce pays, dans ce club. Je n'ai plus l'âge d'être carriériste. D'ailleurs, je n'ai jamais été un joueur qui avait le choix, à qui on proposait des clubs. Si j'ai réussi à jouer autant d'années en L1, c'est grâce à ma rigueur, à mon travail. Je ne me suis jamais pris pour un autre. Voilà ce que j'ai su mettre en avant. D'autres à Auxerre avaient bien plus de qualités que moi et n'ont jamais percé. Au bout du compte, je peux être fier de moi. Aller dormir tôt, manger des légumes, j'ai souvent entendu ça, c'est tellement cliché. Je ne fais pas n'importe quoi, je vis normalement, mais je ne suis pas un ascète. Par contre, c'est vrai que je ne bois pas d'alcool, ou très rarement. L'an dernier en compagnie d'autres joueurs, j'ai goûté à l'une des vos spécialités lors des fêtes de Wallonie. Le pecket ? Oui c'est ça. Mais je ne suis jamais bourré. D'abord, je n'avais pas trop le choix. Mais c'est vrai qu'au départ j'étais réticent. La Belgique, ça correspondait pour moi aux Ardennes françaises ; à un paysage assez gris. Et mes premiers jours n'ont fait que le confirmer. Je suis arrivé à la gare de Nimy où Dédé, notre intendant, est venu me chercher. Je me rappelle très bien : il pleuvait, il n'y avait personne dans les rues. Heureusement que l'hôtel était sympa. J'avais quand même appelé ma femme pour lui dire que je ne risquais pas de faire de vieux os ici. Finalement, j'aime beaucoup votre pays. Mons est une très chouette ville et les gens y sont très chaleureux malgré un climat qui n'aide pas. Alors là rien. En vacances au Mexique l'été passé, j'ai rencontré un type de Bruges qui me disait que tous ces problèmes étaient essentiellement liés à la politique. Et pour moi la politique, c'est très vague. Même celle de mon pays, je n'y comprends rien. Je vote, j'ai suivi le débat Royal-Sarkozy mais c'est un domaine qui ne m'inspire pas du tout. La L1 est beaucoup plus forte que la Jupiler League même si on entend beaucoup de critiques sur la qualité du spectacle en France. Ça va quand même plus vite qu'ici, c'est techniquement plus fort, plus physique. La formation. C'est simple. Ici, je ne pense pas qu'il existe de véritables centres de formation comme on en trouve en France. Des centres où l'on ne pense qu'au foot, où l'on est nourri et blanchi pour devenir de futurs pros. J'ai dû faire beaucoup de sacrifices. Surtout vers 16 ans où l'on commence à vouloir sortir et être tenté par tout ce qui va avec. Mais aujourd'hui, je suis heureux de m'être accroché. Je ne taffe pas à l'usine, je fais un boulot que beaucoup de gens envient. Toute ma famille est issue du monde ouvrier et je peux aisément comparer. Ça va faire un peu vieux con, mais trop de jeunes dans le foot ne se rendent pas compte de la chance qu'ils ont. En même temps, je peux les comprendre. Jeune con, je n'en pensais pas moins de ce genre de discours. Chez nous, sans hésiter, Wilfried Dalmat. Pourquoi il n'est pas en L1 ? J'ai ma petite idée sur la question. Je lui ai déjà dit. Parfois, ce n'est pas uniquement les qualités intrinsèques qui priment. Parmi les équipes, non, pas vraiment. L'an dernier, le Standard m'avait fait forte impression. Cette année, on les a pris au bon moment et on joue un bon match. Peut-être qu'au retour, ils nous en mettront cinq. Chez les joueurs, c'est Milan Jovanovic. Ce type a tout, c'est le footballeur le plus complet de notre championnat. Il pourrait évoluer partout en Europe. Oui et j'espère qu'il a voté pour moi (il rit). par thomas bricmont