Lors de la présentation du nouveau staff technique de l'Excelsior Mouscron, fin juin, le scepticisme était de mise chez beaucoup de personnes. On craignait qu'avec l'arrivée au pouvoir de l'entraîneur serbe Miroslav Djukic, du directeur sportif italien Amedeo Carboni et de son adjoint espagnol Juan Sanchez, le club perde son identité. Si Djukic s'est montré ouvert à toutes les sollicitations des médias, Carboni est resté discret. Il ne s'est plus exprimé depuis la conférence de presse d'avant-saison, préférant observer la situation avec un peu de recul. Il a choisi Sport/ FootMagazine pour sortir de l'ombre.
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Lors de la présentation du nouveau staff technique de l'Excelsior Mouscron, fin juin, le scepticisme était de mise chez beaucoup de personnes. On craignait qu'avec l'arrivée au pouvoir de l'entraîneur serbe Miroslav Djukic, du directeur sportif italien Amedeo Carboni et de son adjoint espagnol Juan Sanchez, le club perde son identité. Si Djukic s'est montré ouvert à toutes les sollicitations des médias, Carboni est resté discret. Il ne s'est plus exprimé depuis la conférence de presse d'avant-saison, préférant observer la situation avec un peu de recul. Il a choisi Sport/ FootMagazine pour sortir de l'ombre. AmedeoCarboni : Mouscron vit une saison un peu particulière. Une saison de transition, comme on dit. Tout est nouveau : l'entraîneur, le staff, la méthode d'entraînement... Ce qui me rend optimiste, c'est que même si l'on n'a encore remporté qu'une seule victoire, aucun des adversaires rencontrés ne m'est apparu supérieur. Et ce qui me plaît, c'est que l'équipe regorge de jeunes. Qu'ils soient issus du Futurosport, comme Maxime Lestienne (17 ans), Thomas Hovine (18 ans), Guillaume François (19 ans), Aliou Dia (19 ans), Daan Van Gijseghem (21 ans), Idir Ouali, (21 ans) et Sylvain Berton (21 ans), ou transférés, comme José Antonio Salcedo et Alex Cortell (tous les deux 18 ans). Ils sont entourés par l'un ou l'autre vieux. Pardon : l'un ou l'autre joueur expérimenté. C'est de cette manière-là qu'il faut travailler. Les jeunes, c'est l'avenir de Mouscron. Ils doivent surtout inculquer une nouvelle mentalité, cette culture de la gagne propre à l'Espagne et à l'Italie, et dont ils ont été imprégnés depuis leur enfance. De ce point de vue-là, ils doivent montrer la voie aux jeunes Belges. J'ai l'impression qu'en Belgique, les jeunes sont déjà contents lorsqu'ils peuvent jouer. Ce n'est pas suffisant : ils doivent vouloir gagner. Les jeunes Espagnols et les jeunes Italiens ont déjà intégré cette donnée, à leur âge. On n'a pas transféré des stars, j'en conviens. Mais il faut tenir compte des restrictions budgétaires. Mouscron n'a pas les moyens d'engager des joueurs à 300.000 euros l'année, ou 20.000 euros par mois. Aspas, c'est un niveau supérieur, vous avez raison. Je me demande encore comment on est parvenu à le faire venir à Mouscron. Car le niveau de vie d'un footballeur est bien plus élevé dans les pays méditerranéens. On a fini par le convaincre en discutant tous les jours avec lui au téléphone, en lui expliquant qu'il serait en mesure de lutter pour une place européenne s'il venait en Belgique. Je le répète : les jeunes représentent l'avenir de Mouscron. Pas seulement celui du club, mais aussi celui de la Ville. Il faut remettre dans la tête des parents que, si leur fils travaille bien à l'entraînement, un avenir peut se dessiner pour lui dans le football. Il y a beaucoup de jeunes au Futurosport. Et un jeune au football, c'est aussi un jeune de moins dans la rue... C'est vrai ou pas ? Que fait un jeune lorsqu'il est dés£uvré ? Il fume, il boit... Voire pire. J'espère que les nouveaux élus municipaux le comprendront à leur tour. C'est une question de patience, de dialogue... et de savoir-faire. On n'est pas obligé de vendre des joueurs à tout prix. On a déjà fourni beaucoup d'efforts sur le plan financier. Tous les nouveaux sont arrivés gratuitement. Et on a réduit la masse salariale de 50 % : de 3 millions l'an passé, elle a été abaissée à 1,5 million et demi. On a beaucoup discuté et on est parvenu à faire accepter une diminution du fixe, contre une augmentation des primes. Mieux on sera classé, plus on percevra de droits télévisés et mieux on pourra récompenser les joueurs. Si l'on attire de nouveaux sponsors, on sera aussi en mesure d'offrir plus. Mouscron a un peu de mal à ce niveau-là, pour le moment. Les sponsors privés n'affluent pas. C'est la crise pour tout le monde, il n'y a pas que la Belgique qui est touchée. Paradoxalement, cette crise est une aubaine pour les petits clubs. Les joueurs ne sont plus en mesure de faire de la surenchère, ils savent qu'ils ne gagneront pas nécessairement plus ailleurs. Je travaille sur les mêmes bases que les joueurs. Je suis payé en fonction des objectifs atteints, qui engendrent des rentrées financières. Si je fais rentrer de l'argent en caisse, j'aurai une prime plus élevée. Mouscron, c'était un défi. J'aime les défis. A Mouscron, tout était à faire et c'est ce qui me plaisait. Je suis animé par l'envie de réussir. Je veux créer une équipe importante au sein de laquelle les jeunes ont un rôle à jouer. Mouscron, à son niveau, doit devenir un petit Arsenal. Les Gunners se sont fait une spécialité dans l'art de recruter des jeunes joueurs, anglais ou étrangers. Ces jeunes grandissent, et à un moment donné, partent. Comme renfort, Arsenal a acheté Thomas Vermaelen, un jeune qui va grandir à Londres. A Mouscron, c'est le même principe. On n'a pas les moyens d'acheter Vermaelen, mais à une autre échelle, on essaiera aussi de faire grandir nos jeunes. Peut-être. Mais Philippe Dufermont me demandait, depuis si longtemps, de faire quelque chose pour lui. J'ai fini par céder. On habite tous les deux Valence, c'est connu. Lorsqu'il a pris la présidence de Mouscron, il s'est mis en contact avec moi par l'intermédiaire de l'ancien vice-président de Valence, Agustín Morera. Philippe est une bonne personne, très enthousiaste, qui a envie de réussir. Cette année, je lui ai donc répondu : - OK, jevais venir à Mouscronetjevaist'aider ! Mais, comme j'entendais apporter une nouvelle méthode de travail, je devais venir avec des collaborateurs en qui j'ai pleine confiance. Tout seul, je ne serais pas parvenu à changer la mentalité du club. C'est ainsi que je suis arrivé avec Djukic et Juan Sanchez. Après, Djuka a choisi ses propres collaborateurs : Raymond Henric-Coll et José Mascaros. Il fallait aussi faire venir trois ou quatre joueurs qui ont connu un autre championnat que le belge, pour apporter cette mentalité espagnole ou italienne. Je ne sais pas. Ce n'est pas moi qui ai pris la décision. Djuka, Juan et moi avons joué ensemble à Valence, effectivement. Djuka était arrière central, Juan était attaquant et j'étais arrière gauche. Ce qui me plaisait dans le profil de Djuka, c'était aussi le travail accompli avec l'équipe nationale serbe des -21 ans. Il m'a semblé être l'entraîneur idéal pour la politique sportive qu'on entendait mener. C'est très important d'avoir un trio qui partage les mêmes idées. Si l'entraîneur avait eu une autre conception du football que le directeur sportif, cela n'aurait pas pu fonctionner. Exactement. Oui, oui. Il est peut-être le type de joueur qui nous manquait. Il peut soulager Jaycee en attaque. Mais c'est plutôt un deuxième attaquant. Offensivement, il nous manque les buts d'Ouali, qui n'a pas encore trouvé le chemin des filets alors qu'il avait marqué six fois la saison dernière. Salcedo a commis deux grosses erreurs à Lokeren, qui ont coûté autant de buts. J'espère qu'il s'en remettra. Il a du talent, mais il n'a que 18 ans. Or, la caractéristique d'un jeune joueur, est de connaître des hauts et des bas. Dans le cas d'un gardien, les erreurs se paient cash. Nos autres jeunes commettent aussi des erreurs, mais elles portent moins à conséquence. Encore une fois, il faut tenir compte des données économiques. Outre Salcedo, on a encore Mark Volders (en rééducation), Jan Slovenciak et Wouter Deman. Un cinquième gardien, c'était incompatible avec le budget. Il faudra composer avec les moyens du bord. Je ne vais pas répondre en termes de place au classement. Je serai satisfait si, au terme de la saison, on est parvenu à jeter les bases d'une équipe fonctionnant majoritairement avec des jeunes. Peu importe si l'on termine 6e, 10e, 14e... On ne veut pas descendre, bien sûr. Mais, si cela arrive et que l'on possède cette base, il y aura un avenir pour le club malgré tout. Lorsque je suis à Mouscron, je loge à l'hôtel. C'est plus pratique. Mais j'ai toujours une maison à Valence et une autre en Italie. J'ai cinq enfants. Deux de mes filles sont toujours aux études à Valence. Mon épouse vit, elle aussi, à Valence. Ce n'est pas drôle d'être séparé de sa famille, mais ce sont les aléas du métier. Mon épouse est habituée. Lorsque j'étais footballeur, avec tous les déplacements et les mises au vert, je n'étais pas à la maison tous les jours non plus. Mais on apprécie d'autant plus les retrouvailles. par daniel devos - photos: reporters/ guerdinLa crise économique est une aubaine pour les petits clubs.