CHARLEROI-MALINES 3-0

" T'es venu voir la nouvelle équipe européenne ? ", demande en rigolant un supporter à son voisin. Ou comment passer de la lutte pour le maintien à la chimère d'une place européenne en un mois ! A Charleroi, personne n'y croit vraiment mais ces play-offs 2 ont pourtant réussi à soulever un peu d'enthousiasme. Pas non plus comme quand Charleroi reçoit le Standard mais davantage que certaines rencontres de phase classique.
...

" T'es venu voir la nouvelle équipe européenne ? ", demande en rigolant un supporter à son voisin. Ou comment passer de la lutte pour le maintien à la chimère d'une place européenne en un mois ! A Charleroi, personne n'y croit vraiment mais ces play-offs 2 ont pourtant réussi à soulever un peu d'enthousiasme. Pas non plus comme quand Charleroi reçoit le Standard mais davantage que certaines rencontres de phase classique. " Cette compétition est si peu médiatisée tellement il n'y en a que pour les play-offs 1 que c'est un miracle d'avoir suscité un peu d'engouement ", se réjouit Walter Chardon, le directeur commercial du Sporting. " Mais on est conscient que si on avait perdu nos deux premiers matches, il aurait fallu se creuser la tête pour attirer du monde au stade. " Période électorale oblige, les hommes politiques sont venus se montrer. Au coup d'envoi, l'échevin des sports, Philippe Van Cauwenberghe, est accompagné du député wallon, Anthony Dufrasne et de Serge Beghin, échevin du 3e âge. Toute cette horde de généraux mexicains pour remettre le Zèbre d'Or, le trophée du joueur de la saison, à Sébastien Dewaest. Pour l'occasion, le président, Fabien Debecq et le vice-président Alain Gaume sont également présents. " On le remet toujours au dernier match de la saison. Cette saison, cela ne sera pas nécessairement le cas ", nous explique-t-on. Les gradins sont copieusement remplis. Plus de 6.000 spectateurs et une ambiance très conviviale. Pourtant, Malines n'est pas venu en vacances, tente de proposer du jeu. Charleroi marque avant la mi-temps par son Zèbre d'Or et le stade explose. Le reste ne sera plus que douce euphorie. La T4 exhorte la T1 à se lever et à sauter. Ce que font tous les invités d'honneur. A la mi-temps, des fumigènes sont allumés et un feu d'artifice est même organisé par les supporters de cette T4. " Avec l'aval des policiers et des pompiers ", nous rassure- t-on. Le match n'est pas encore fini que la fête bat déjà son plein. Les PO2 ont beau s'apparenter à un mouroir, ici, ce n'est pas le cas, comme si on fêtait chaque jour le bonheur de poursuivre une année de plus en D1. Une banderole clame " Que brûle la flamme de notre passion ". " On sait qu'il n'y a que les résultats qui peuvent servir de détonateur ", continue Chardon. " Notre projet porte sur trois ans et je pense que le public a vu qu'on le respectait. Et quand on gagne, il revient. " En plein match, la T4 demande au gardien Parfait Mandanda de sauter avec eux. Le portier carolo s'exécute, tout en restant concentré sur le jeu. Des chants à la gloire de Felice Mazzu viennent ponctuer cette belle victoire (3-0). Sa femme, Julie, est debout sur son siège, frappe dans ses mains et reprend le chant à la gloire de son mari. " C'est ma plus fidèle supportrice ", sourit le coach carolo. Son boulot est apprécié à sa juste valeur et son nom commence à dépasser les frontières du Pays Noir. Les dirigeants, eux qui ont été critiqués pour leur gestion du mercato hivernal, pavoisent. Les caisses sont pleines et les renforts de janvier se sont pratiquement tous intégrés à cette équipe. Seul Kamel Ghilas n'a pas convaincu. Cédric Fauré, le papy de l'attaque, a déjà claqué 7 buts et a reçu une prolongation. Quant à Clément Tainmont, il est vite devenu le Zèbre le plus dangereux, reprenant parfaitement le rôle d'Onür Kaya et de Danijel Milicevic. Dieumerci Ndongala était pour sa part sur le banc mais lui aussi a déjà prouvé qu'il pouvait apporter quelque chose. Le bilan d'Enes Saglik est plus contrasté (avec des hauts et des bas). En zone mixte, Fauré vient donner ses impressions. On sent le joueur d'expérience, au discours intelligent. " En première mi-temps, je me déchire complètement sur mon pied gauche, il faut appeler un chat un chat ", reconnaît-il. Olivier Renard passe, blague avec ses anciens coéquipiers mais pense déjà au noyau de la semaine prochaine, qu'il compte élaguer en se séparant des joueurs en fin de contrat. Une bouteille de whisky, presque vide, sort des vestiaires. Il en reste un peu pour Mario Notaro qui refuse, et pour Dewaest, accaparé par les médias. Après une première saison accomplie, le défenseur assure " qu'il est bien à Charleroi qu'il n'a pas envie de partir. " Mehdi Bayat,tout sourire, vient de conclure un dernier deal avec Muriel Oostens, responsable du produit foot pour Belgacom. " Pour le déplacement à Courtrai, à chaque place achetée, Belgacom offre une place gratuite. " Quant à Walter Chardon, il a déjà sondé les VIP, tous désireux d'accompagner le Sporting en terre flandrienne pour cette petite finale de la poule. " Si nous recevons assez de places VIP de Courtrai, nous remplirons un car ", avoue-t-il. Mehdi conclut alors : " Bien sûr que nos PO2 sont une réussite. Quand tu vois l'ambiance, c'est cela qui me fait rêver. Les meilleurs relais pour faire revenir les gens au stade étaient dans les tribunes aujourd'hui. Les supporters sont partis heureux et vont vendre l'ambiance au stade à d'autres et c'est comme cela qu'on y arrivera. Est-ce qu'on veut aller au bout de ces PO2 ? Evidemment. Notre métier, c'est donner du spectacle aux gens. La moindre des choses si on veut bien le faire, c'est d'assumer le contenu. On n'est pas là pour frauder nos supporters en leur disant qu'on ne veut pas jouer ces PO2. On essaye donc d'en tirer le maximum de profit. Je suis certain que ces play-offs 2 ont fait grandir notre club. Certains ont pris de l'expérience et ils nous ont permis de penser au noyau de la semaine prochaine. Le club veut jouer la carte de la stabilité en misant sur 22 joueurs et on sait déjà à quel poste on veut se renforcer. " Dernière étape dans les business-seats. Il est 23 h 30 mais les gens ne veulent pas partir. Mazzu et sa petite famille sont venus saluer tout le monde. Les " Bien joué, coach ", fusent de partout. Les plus fidèles des supporters sont déjà prêts pour le déplacement à Courtrai. " Faut pas rêver, hein, mais on se prend au jeu ", explique Mario. La soirée était bonne, c'est déjà ça de gagné... Le coup d'envoi sera donné dans un quart d'heure mais tous les journalistes sont toujours dans la salle de presse, en train de suivre la fin du match entre Lokeren et le FC Bruges. A dix-neuf heures cinquante-cinq, avant de monter au jeu, Thomas Wils s'empare du micro. " J'ai toujours rêvé de jouer avec Frédéric Frans. Aujourd'hui, je lui dis merci. " Frédéric Frans portait le maillot du Lierse depuis 2007. Dernier survivant de l'époque des vaches grasses, il arrivait en fin de contrat et était disposé à faire un effort sur le plan financier mais ne voulait pas se contenter d'un rôle de réserviste de luxe. Avant le match, Arjan Swinkels est fêté pour son titre de Joueur Lierrois de l'Année. Il reçoit des fleurs et... prend place sur le banc. Ce match compte pour du beurre, ou presque : pour être vainqueur du groupe, Waasland Beveren devrait marquer plus qu'au cours des quatre premiers matches de play-offs réunis. Abonnés compris, on n'enregistre que 4.117 spectateurs alors qu'ils étaient 6.287 lors du premier match face à Ostende. Même certains abonnés ne sont pas venus encourager les six joueurs de moins de 23 ans titularisés. Difficile, d'ailleurs, de retenir les noms de tous les éléments alignés cette saison. Ibrahim Brik est le trente-sixième, et le neuvième issu de l'Académie. A part Thomas Wils, aucun des titulaires n'était là la saison dernière. Après cinq minutes, le marquoir affiche 0-2. Quelqu'un scande le nom de Tony Watt mais celui-ci, par ailleurs blessé, attend dans le noyau B que la saison se termine. Au repos, nous rencontrons Karel Dierickx, un des administrateurs qui a connu la grande époque. " Au moins, ces play-offs servent à voir ce que valent les jeunes. Et puis ce soir, on ne devra pas payer de prime de victoire. " Il ne le sait pas encore, mais il se trompe. Dans le dernier quart d'heure, le Lierse renverse la situation : de 1-2, le marquoir passe à 4-2. Le public est content. Plus que Mbaye Diagne, auteur de trois buts : " J'espérais en marquer quinze cette saison, je n'en suis qu'à sept ", dit-il. Après la conférence de presse des entraîneurs, les journalistes sont invités à poser leurs questions. Ils sont trois. Lors du match précédent, contre Ostende, il n'y en avait qu'un et il n'avait rien demandé. Aujourd'hui, on demande à Stanley Menzo si ces play-offs l'amusent. " C'est la première fois que j'y participe : difficile de tirer des conclusions. Cela nous permet d'évaluer certains joueurs. Les supporters sont rentrés chez eux avec, en mémoire, notre dernier quart d'heure. " Bob Peeters a constaté en entrant que sa photo du match de Coupe d'Europe contre Benfica (95-96) est toujours accrochée au mur de la salle de presse. Et lui, qu'en pense-t-il, de ces play-offs II ? " Nous sommes au bout du rouleau. Presque personne ne s'intéresse à cette compétition. Une fois écartés de la première place, c'est comme si nous disputions des matches amicaux améliorés. Alors, autant que ce soit 5-4. Au moins, les spectateurs en auront pour leur argent. " Aujourd'hui, c'est entrée gratuite pour les dames. Elles sont accueillies dès 18 h 30 par le directeur commercial, Patrick Orlans. Un Gantois ! Le mercure affiche 13 degrés, le soleil perce entre les nuages et il y a du vent. Sur la digue, les supporters gantois enfilent quelques bières. " Autant s'amuser maintenant car tout à l'heure, il n'y aura rien à voir. " D'ailleurs, seuls Chievo et Malaga ont délégué un observateur. Comme d'habitude, le président Marc Coucke profite du coup d'envoi pour faire son show. Entouré d'une suite, il remet à Sébastien Siani le prix du Joueur Ostendais de l'Année et une bouteille de champagne à Laurent Depoitre, qui rejoindra La Gantoise en fin de saison. Dans le stade, il y a plus de supporters des Buffalos que d'Ostende. Après 35 minutes, alors que le marquoir affiche 0-1, ceux-ci commencent cependant à se faire entendre. Ils tentent même une ola mexicaine. Juste avant le début de la deuxième période, on passe un message vidéo de Depoitre, qui remercie les fans pour ces deux belles années. Quand Ostende égalise, le haut-parleur crache "Oh La La La", un tube datant de 1981 et interprété par la star locale Arno, avec son groupe de l'époque, TC Matic. Au coup de sifflet final, c'est sur une musique plus actuelle ("Tsunami") que les joueurs et les deux présidents (Marc Coucke et Yves Lejaeghere) forment un cercle au milieu du terrain pour saluer les fans et mettre à l'honneur leur entraîneur, Frederik Vanderbiest, qui s'empare d'un mégaphone. Lejaeghere n'en revient pas. Il sait que cela n'aurait pas été possible sans Coucke qui, en août dernier, devint actionnaire principal et fit passer le budget de quatre à cinq millions d'euros. Au premier étage du Business Club, Orlans rayonne. Il a accueilli 582 femmes et 350 personnes sont venues manger. La moyenne est passée de 60 à 280 repas en cours de saison. " La saison prochaine, j'en veux 400 à chaque match et le budget doit passer à 8,5 millions ", dit-il. " Je veux assurer aux gens une ambiance à nulle autre pareille. " Et, joignant le geste à la parole, il s'en va danser. A Ostende, les play-offs II ne sont pas synonyme d'ennui. Là, ce n'est pas Lokeren - FC Bruges qu'on regarde dans la salle de presse mais Leverkusen - Dortmund. A 19 h 45, tout est calme. Même la dame au comptoir n'est pas heureuse. Dans le rond central, on fête Kristof D'Haene, élu "Soulier d'Or" par les supporters et on prend congé d'Arnar Vidarsson (qui met fin à sa carrière de joueur mais reste T3), Joris Delle et Jo Coppens. L'ambiance, elle, est plutôt dans le camp d'en face. S'il remporte ses deux derniers matches de poule, Courtrai terminera premier de son groupe et conservera une chance d'être européen. Hein Vanhaezebrouck laisse Elimane Coulibaly sur le banc et place le rapide Teddy Chevalier en pointe aux côtés d'Ivan Santini. Après dix minutes, Chevallier a déjà inscrit deux buts, profitant de la faiblesse des défenseurs centraux, Stef Wils et Nuno Reis. Et le Cercle a tellement de mal à inscrire un but. Dès qu'il perd le ballon, il y a des boulevards derrière. Score final : 0-4. Seules bonnes nouvelles : le Cercle s'est sauvé avec les moyens du bord et la création d'une société coopérative à responsabilité limitée a été approuvée, permettant l'arrivée d'investisseurs avec certains rails de sécurité : Bart Verhaeghe, par exemple, ne pourra pas racheter le Cercle. Dans la salle de presse, on se demande ce que Lorenzo Staelens, qui ne manie pas la langue de bois, va dire. Mais le coach reste calme. Il affirme qu'il supportera Courtrai face à Charleroi. " Ici, personne n'est content. C'est dommage mais il faut se dire que l'objectif a été atteint. Après, j'ai voulu faire des essais et je me suis fait avoir. Nous sommes tombés dans le négativisme et nous n'avons pas su redresser la barre. J'espère que tout le monde profitera des vacances pour faire le plein d'énergie car la saison prochaine, il faut redémarrer. " On lui fait remarquer qu'il lui faut un buteur et deux défenseurs centraux. " Merci de faire l'analyse à ma place, ça me facilite la tâche ", dit-il en cédant la parole à Vanhaezebrouck, qui doit bien expliquer pourquoi il a si peu souvent aligné Chevalier cette saison. " Parce que j'ai beaucoup d'attaquants ", dit-il. " Santini, Coulibaly, Raman, De Smet, Matton... " Staelens doit baver d'envie. " Mais derrière, j'ai les mêmes soucis que lui. " PAR GEERT FOUTRÉ, PETER T'KINT, FRÉDÉRIC VANHEULE, CHRISTIAN VANDENABEELE ET STÉPHANE VANDEVELDE - PHOTOS: BELGAIMAGE" On n'est pas là pour frauder nos supporters en leur disant qu'on ne veut pas jouer les PO2. " Mehdi Bayat " J'ai voulu faire des essais avec les jeunes et je me suis fait avoir. " Lorenzo Staelens