Le 5e Congrès Mondial du football s'est tenu voici peu à Lisbonne. Rehaussé des présences de Luis Felipe Scolari (champion du monde avec le Brésil et actuel sélectionneur du Portugal) ainsi que de Carlos Queirós (entraîneur adjoint de Manchester Utd), il a abordé différents thèmes comme la biomécanique, l'arbitrage, la psychologie appliquée, l'analyse de matches, l'épidémiologie, les sciences sociales appliquées ou les blessures.
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Le 5e Congrès Mondial du football s'est tenu voici peu à Lisbonne. Rehaussé des présences de Luis Felipe Scolari (champion du monde avec le Brésil et actuel sélectionneur du Portugal) ainsi que de Carlos Queirós (entraîneur adjoint de Manchester Utd), il a abordé différents thèmes comme la biomécanique, l'arbitrage, la psychologie appliquée, l'analyse de matches, l'épidémiologie, les sciences sociales appliquées ou les blessures. Plus de 500 participants venus de tous les coins du monde étaient présents à ce congrès. Un des travaux les plus intéressants présentés dans la capitale portugaise est celui de l'Anglais Steve Haake, spécialiste en biomécanique de l'université de Sheffield. Sa thèse sur " Le comportement du ballon de football après un tir " s'attache à savoir pourquoi certains joueurs frappent mieux les coups francs que d'autres. Haake se base notamment sur l'image ralentie d'un coup franc de Roberto Carlos en match amical face à la France. L'arrière brésilien expédie un tir violent à la trajectoire tout à fait imprévisible : le ballon semble prendre le chemin du côté gauche du but mais, change soudain de route pour s'encastrer en plein milieu du but d'un Barthez ébahi. Preuve que le gardien français ne pouvait rien faire : avant que le ballon ne change de trajectoire, un ramasseur de balles s'était baissé lui aussi, de peur de prendre le ballon en pleine figure. Roberto Carlos l'a-t-il fait exprès ou a-t-il eu de la chance ? Haake opte pour la première solution. " Il y a une forte relation entre la vitesse du ballon et l'effet imprimé. C'est à une vitesse de 20 mètres par seconde que le changement de trajectoire est le plus flagrant ". Mais attention : il ne suffit pas de frapper le plus fort possible. Au-delà de ces 20 mètres/seconde, l'effet est déjà moins important. Et il s'agit également de frapper le ballon au bon endroit afin qu'il atteigne la cible en un minimum de temps. Autre travail intéressant : celui du Turc Byron Dogan, professeur à l'université d'Izmir, selon lequel les joueurs de football sont, en principe, moins agressifs. Il a identifié différents types d'agressivité et les a qualifiés de " faisant partie des règles " ou " illégitimes ". En analysant les comportements de 141 joueurs et de 141 non joueurs, il est arrivé à quelques résultats surprenants : le groupe des nonjoueurs se montrait beaucoup plus anxieux face à des situations identiques de tension ou d'agressivité provoquées par des facteurs externes. Les footballeurs, pour leur part, n'étaient agressifs que dans des situations faisant partie des règles du jeu. Par contre, face à des facteurs d'agressivité externe, ils faisaient preuve d'une plus grande capacité de self control et maintenaient des niveaux d'anxiété acceptables. Dogan attire l'attention sur le fait que ces comportements ne concernent ni l'action sur le terrain, ni le stress lié à la compétition. Il reconnaît également que son étude ne permet pas de percevoir si les niveaux d'anxiété sont identiques dans les moments qui précèdent un match, à la mi-temps de celui-ci ou immédiatement après la partie. Ces données permettent tout de même de remarquer qu'une personne peut se montrer indisciplinée sur le terrain mais se contrôler parfaitement dans la vie de tous les jours. L'expérience liée à la compétition permet aux joueurs d'être moins agressifs dans la vie courante. Les tacticiens du football, pour leur part, s'intéresseront sans doute au travail de Jorge Castelo, chargé de cours à la Faculté de Motricité humaine de Lisbonne et ex-collaborateur de Benfica. A l'occasion du congrès de Lisbonne, il a ressorti une thèse présentée au début des années 90 selon laquelle il n'y a pas deux types de football (offensif et défensif) mais un seul : le jeu offensif. " Même quand on n'a pas le ballon, on en attaque le porteur ", explique-t-il. " L'objectif est de récupérer le ballon dans les meilleures conditions possibles pour repartir à l'assaut du but adverse et ainsi augmenter les chances de marquer. Pour cela, il faut récupérer le ballon le plus haut possible ". Un concept fort proche de la notion de pressing haut que plusieurs entraîneurs appliquent désormais avec succès. " Evidemment, une équipe qui mène 1-0 à cinq minutes de la fin doit songer davantage à détruire qu'à construire mais on parle ici de système de jeu ", dit encore Jorge Castelo qui, à Benfica, a côtoyé des entraîneurs comme Ivic, Toni, Eriksson, Skovdahl ou Paulo Autuori. " Des maîtres en matière de tactique mais un entraîneur est toujours dépendant des circonstances de jeu, comme les exclusions, qui peuvent ruiner tout un travail de préparation ". C'est sans doute pour cela que, malgré le succès remporté par ses livres (l'un d'entre eux va même être édité aux Etats-Unis), Castelo n'a jamais fait carrière d'entraîneur principal, sa seule expérience en la matière se résumant à quelques semaines à Farense. L'Allemand Vladimir Boskovic a abordé dans " L'autre dimension du football ", celle d'un sport qui peut gérer des conflits, rapprocher les peuples et contribuer à la paix. Dans son pays, Boskovic a mis sur pied un projet de Streetfootball tels qu'on en connaît à Medellin, la ville colombienne où 20 jeunes sont assassinés chaque jour et où le projet " Football pour la Paix " a déjà porté ses fruits, au point d'être expérimenté aujourd'hui à Kigali (Rwanda) mais aussi au Nigeria, en Angleterre, au Libéria, à Singapour, en Géorgie et au Kenya. La distance entre ces pays empêche une coordination entre les différents projets mais Boskovic aimerait créer une fédération mondiale de foot de rue. Une première expérience devrait d'ailleurs avoir lieu en Allemagne en 2006, à l'occasion de la Coupe du Monde. Avant cela, en Autriche, on organisera un championnat international de football de rue sur un modèle intéressant : les jeunes défavorisés pourront affronter des footballeurs professionnels mais ce sont ceux-ci qui payeront les frais d'inscription. Patrice Sintzen