C'est étrange. La semaine dernière, Marc Wilmots ne s'est pas présenté à une conférence de presse pourtant programmée. Il n'avait rien à raconter, a-t-il dit. Ce n'est pas une marque de respect à l'égard des journalistes et ça ne cadre pas avec la personnalité de Wilmots. Nul, au sein de l'équipe nationale, n'est parvenu à le faire changer d'avis mais personne n'a vraiment essayé non plus car la volonté de Wilmots fait loi. La qualification pour la Coupe du Monde lui a conféré un statut d'immortalité et a gonflé l'image qu'il a de lui-même.
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C'est étrange. La semaine dernière, Marc Wilmots ne s'est pas présenté à une conférence de presse pourtant programmée. Il n'avait rien à raconter, a-t-il dit. Ce n'est pas une marque de respect à l'égard des journalistes et ça ne cadre pas avec la personnalité de Wilmots. Nul, au sein de l'équipe nationale, n'est parvenu à le faire changer d'avis mais personne n'a vraiment essayé non plus car la volonté de Wilmots fait loi. La qualification pour la Coupe du Monde lui a conféré un statut d'immortalité et a gonflé l'image qu'il a de lui-même. Avant ce refus, il y avait eu le match contre l'Algérie. Une première mi-temps médiocre, une tactique malheureuse, rectifiée en seconde mi-temps mais quand même. Alors que tout le pays vit sous une palette de couleurs et que l'euphorie ne cesse de croître, ici et là, des critiques ont pointé sur les choix du sélectionneur. Un entraîneur, surtout s'il est relativement inexpérimenté, vit des moments difficiles. Il sait que les joueurs dédaignés sont mécontents, même s'ils tentent de le dissimuler et d'entretenir l'esprit de groupe. Il est confronté à l'afflux des avis, à des analystes qui expliquent comment jouer et examinent la composition de l'équipe à la loupe, à des journalistes qui développent des stratégies. Cette Coupe du Monde brise toutes les barrières. Comment un entraîneur doit-il gérer ça avant le match contre la Russie ? Marc Wilmots ne donne jamais l'impression de douter. Il ne paraît pas dorloter ses joueurs et il fait son boulot en âme et conscience. Ses remplacements fonctionnent. Contre l'Algérie comme contre la Russie. Un Kevin Mirallas ultra motivé et un froid Divock Origi ontfini par ouvrir à la Belgique les portes des huitièmes de finale, après de piètres matches. Dimanche soir, le pays a baigné dans l'extase. On a arboré le noir, jaune, rouge, de plus en plus omniprésent dans les rues. Ce Mondial est incontestablement un facteur d'union entre les communautés. Ça ne doit pas camoufler la réalité, soit un étrange dualisme des Diables Rouges. La qualité moyenne de leur jeu contraste fortement avec le nombre de points gagnés. Les Diables Rouges ont brillamment entamé le match contre la Russie puis ils ont sombré et n'ont plus rien montré. Pas de combinaisons, pas de mouvements, pas de maîtrise du ballon, pas de force dans les duels mais un jeu lent, maladroit. Jusqu'aux dix dernières minutes. Eden Hazard a enfin eu un éclair et Divock Origi a fait preuve de sang-froid. Wilmots avait surpris son monde en adjoignant Origi à sa sélection. Il apparaît maintenant que son choix était justifié. Donc, le sélectionneur peut se flatter de son option. Ce Mondial peut prendre toutes les tournures pour les Diables Rouges. Cette génération en or possède un bagage footballistique qu'elle ne va pas perdre au Brésil mais elle doit le montrer au plus haut niveau. La Belgique a atteint son principal objectif, ce qui va la libérer d'une grande partie de son stress, bien que le calme qu'affiche l'équipe en toutes circonstances soit frappant. Vincent Kompany ne cesse d'insister sur ce point. Dimanche, le capitaine a également pris la défense de Romelu Lukaku. L'avant a négligé la main tendue de Marc Wilmots lors de son remplacement alors qu'il n'en avait pas touché une. Cela montre qu'il vit dans son propre cocon et qu'il s'intéresse avant tout à sa petite personne. Le fait que Wilmots ait fait preuve de compréhension n'en était pas moins raisonnable, compte tenu des circonstances. Un incident aurait perturbé la sérénité générale. Un huitième de finale contre les Etats-Unis semble ouvrir des perspectives de qualification pour le stade suivant mais encore faudra-t-il hausser le rythme des échanges. Le plus inquiétant est que les vedettes de l'équipe n'y arrivent pas, surtout, sans doute, à cause de la canicule. Ce ne sera pas différent si les Diables Rouges doivent jouer dans la fournaise de Salvador. Dimanche, le match opposant l'Algérie à la Corée du Sud a offert plus de spectacle et de puissance de feu que le duel entre la Belgique et la Russie mais c'est typique d'un tournoi plein de surprises.PAR JACQUES SYSLe manque de rythme est particulièrement inquiétant.