Qu'elle vienne de remporter sa demi-finale contre Justine Henin ou de perdre sa première finale de Grand Chelem 12-10 au troisième set, Kim Clijsters apparaît toujours la même, calme et souriante, toujours à relativiser ses résultats, qu'ils soient positifs ou négatifs.
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Qu'elle vienne de remporter sa demi-finale contre Justine Henin ou de perdre sa première finale de Grand Chelem 12-10 au troisième set, Kim Clijsters apparaît toujours la même, calme et souriante, toujours à relativiser ses résultats, qu'ils soient positifs ou négatifs. A la veille de rencontrer Jennifer Capriati, elle avait eu ces paroles étonnantes: "C'est peut-être ma dernière finale dans un tournoi du Grand Chelem, alors j'essaie d'en profiter un maximum. J'essaie de jouir de ces moments privilégiés et je ne suis pas très nerveuse." Toujours calme, elle aime raconter que le tennis n'est pas l'essentiel pour elle: "Je joue pour le plaisir, il y a des choses plus importantes dans la vie." Quand elle dit cela, elle pense sans doute notamment à sa maman, qui tente toujours de soigner un cancer du foie. Elle pense certainement à son petit ami, Lleyton Hewitt, avec qui elle aurait tant voulu disputer le double mixte à Roland Garros: "Cela fut le moment le plus difficile de la quinzaine, mais je voulais me concentrer sur le simple et nous avons donc renoncé à le disputer finalement." Ce choix se sera finalement révélé bénéfique, vu le parcours exceptionnel de la Limbourgeoise à Roland Garros. Elle n'oubliera jamais ce qu'elle a vécu à Paris cette année, même si elle est déçue d'être passée à plusieurs reprises à deux points de son premier titre en Grand Chelem, qui plus est à Roland Garros, sur terre battue, la surface qui convient le moins à son jeu tout en puissance. Mais Kim n'a rien à se reprocher. Elle n'a pas craqué et c'est son adversaire américaine qui a su élever son niveau de jeu pour prendre enfin le dessus, après 2h21 d'un combat intense: "Je ne crois pas qu'il y a vraiment un moment où j'ai perdu la rencontre. J'ai été très surprise par mon niveau de jeu après plus de deux heures de match. Il n'y pas eu vraiment de retournement de situation. Nous nous sommes battues jusqu'au bout et avons maintenu le niveau." Le premier set, la Belge l'avait remporté aisément, en une demi-heure. Trop facilement? "Non, ce n'est jamais trop facile. Tous les sets sont bons à gagner. Je ne commettais presque pas de fautes directes, au contraire de Jennifer, qui faisait pas mal d'erreurs. Mais je devais quand même me battre sur chaque point. Ce n'était pas du tout un set facile. C'est moi qui avais bien joué, avec notamment un rythme très élevé. C'est ça l'avenir du tennis. Vous verrez que toutes les nouvelles joueuses qui arrivent sur le circuit tapent très fort dans la balle et ont un rythme, une cadence de jeu très rapide. Mais je suis bien sûr très déçue. Avec Lleyton, on a même pleuré à la fin du match puis il m'a consolée en me disant qu'il était très fier de moi. J'ai joué du mieux que j'ai pu sur le court, tout comme Jennifer d'ailleurs".Carl Maes, le coach de Kim, dressait un bilan: "La seule erreur que Kim a faite, c'était dans le deuxième set, à 2-2, quand elle a permis à Capriati de revenir dans le match, alors que jusque là, elle était dépassée totalement par la vitesse et la puissance de Kim. Je crois que si elle avait pu l'étouffer à ce moment, on n'aurait pas parlé de ce fameux troisième set. Dans la dernière manche, chacun avait alors sa chance. C'était une lutte serrée au mental et Kim n'a pas craqué. Elle ne doit donc pas avoir de regrets. J'ai toujours cru qu'elle pouvait encore l'emporter, même quand Capriati avait ses balles de match. D'un autre côté, quand Kim était à deux points du match, j'y ai toujours cru aussi. Cette fin de troisième set était vraiment difficile pour Kim car, à chaque fois qu'elle prenait son service, Capriati faisait tout de suite 30-0 sur le sien. Si une fois elle avait pu faire 15-15, la pression aurait été plus forte sur les épaules de l'Américaine et Kim aurait peut-être pu en profiter. Mais en tous cas, je suis fière de la manière dont Kim a géré cette partie tendue et du nombre de coups gagnants réussis. Elle peut faire quelque chose sur terre battue, même si je continue de croire que son jeu convient mieux à des surfaces plus rapides. Pensez à Andre Agassi, qui a remporté son premier Grand Chelem à Wimbledon, une surface qui est loin d'être sa préférée. Il dit lui-même que c'est cette première victoire qui lui a permis gagner les autres tournois du Grand Chelem par la suite. Kim a accompli un pas de géant, alors qu'elle n'avait rien fait de bon sur cette surface cette année. Mais il faut rester réaliste: elle n'a pas rencontré une seule fille du Top 30 dans ses cinq premières confrontations. A Wimbledon, il se peut qu'elle tombe au second tour contre une spécialiste du gazon et qu'elle se fasse sortir." Kim ne pense pas encore à Wimbledon. Elle garde encore en tête les grands moments vécus sur le Court Central: "C'était simplement formidable pour moi d'être là, en finale, d'avoir tout le peuple belge derrière moi. Je sentais mes supporters qui étaient là et c'était fabuleux. De plus, maintenant je sais que je peux jouer à un niveau élevé pendant deux semaines, ce que je ne savais pas faire il y a deux ans par exemple. C'est le principal enseignement de ma quinzaine à Paris. Mais ce qui me réjouit le plus, c'est la façon dont j'ai joué en finale, la façon dont je me suis battue sur chaque point. Jennifer et moi avons fait d'excellents échanges, même à 10-10 dans le troisième set. Mentalement, j'avais encore de l'influx, mais physiquement, je manquais un peu d'énergie, surtout dans les jambes. Mais cela ne m'a pas gênée beaucoup en fin de rencontre, même si j'ai commis plus de fautes directes que dans les deux premiers sets." Au moment de la cérémonie protocolaire, où Chris Evert, multiple vainqueur de Roland Garros, et Maurice Green, l'athlète américain champion olympique et champion du monde du cent mètres, sont montés sur le podium pour remettre le trophée à Capriati, Kim avait retrouvé toute sa fraîcheur pour son discours qu'elle entama en français, pour le plus grand plaisir du public parisien: " J'ai passé à Paris deux semaines merveilleuses. C'est le meilleur anniversaire que j'ai jamais eu NDLA: Kim a eu 18 ans le 8 juin". Dans quelques années, Kim se souviendra encore de son parcours à Roland Garros en 2001. Comme elle n'a pas oublié non plus les exploits de Jennifer Capriati, en 1990, quand, à l'âge de 14 ans et deux mois, elle avait atteint les demi-finales à Roland Garros: "Je n'avais que sept ans mais j'avais reçu la même tenue que Jennifer. C'étais amusant. J'apprécie beaucoup Jennifer. Depuis deux ans, je la côtoie régulièrement et je m'entends très bien avec elle ainsi qu'avec son frère et son père, qui la suivent sur le circuit, en tant que sparring-partner et coach. Nous discutons souvent ensemble, de tout et de rien, de shopping sur les Champs-Elysées ou de tennis. Dans les vestiaires après la finale, nous avons discuté du match, du trophée Suzanne Lenglen,... Dans mon discours à la fin du match, je lui ai dit qu'elle était capable de remporter les quatre tournois du Grand Chelem. Elle est tout à fait au niveau de Martina Hingis, de Monica Seles,... Je pense sincèrement qu'elle peut continuer sur sa lancée et gagner les deux autres tournois du Grand Chelem cette année". Après tout ça, Kim allait rentrer en Belgique pour se reposer et se rendre compte de l'impact qu'a eu son parcours à Roland Garros sur le public belge. Ensuite, elle partira à Rosmalen, quelques jours avant le début du tournoi, pour s'entraîner sur gazon. Puis, ce sera Wimbledon, sur une surface qu'elle affectionne beaucoup, plus que la terre battue.