2008 : l'équipe nationale espagnole trône au sommet de l'Europe. 2009 : le Barça empoche la Ligue des Champions devant Manchester United. 2010 : la Seleccion est pour la première fois de son histoire sur le toit du monde. 2011 : Barcelone ajoute une quatrième Ligue des Champions à son palmarès en disposant à nouveau des Red Devils. Depuis quatre ans, impossible de ne pas admirer la maestria espagnole, que ce soit en club ou en équipe nationale.

Ce toque ou tiki-taka (peu importe sa dénomination) est devenu la marque de référence du foot mondial. Combinaisons courtes, dédoublements, jeux en triangle, le tout est donné possible grâce une maîtrise technique d'orfèvre. Même l'Allemagne dont il était de bon ton de se moquer avec ses robotiques Stefan Effenberg années 90 ou Michael Ballack années 2000 privilégie désormais les inventifs et moins imposants Mesut Özil ou Mario Götze, des copies quasi parfaites de ce que les différentes académies espagnoles ont pu produire ces dernières années. D'autant que le jeu en vaut la chandelle puisqu'il allie élégance et résultats.

De 2007 à 2009, c'est la Premier League et ses montagnes de Livres sterling qui dictaient leur loi avec trois clubs en demi-finales de Ligue des Champions chaque saison. L'Angleterre pointait depuis plusieurs années en tête à l'indice UEFA. Mais à la fin de cette saison, c'est l'Espagne qui s'emparera (très vraisemblablement) de la pole position. Certes, lors de la campagne 1999-2000, l'Espagne avait réussi le même exploit que les clubs anglais en plaçant trois de ses représentants (Valence, Barcelone, Real Madrid) dans le dernier carré de la plus importante compétition européenne. Mais cette performance s'apparentait davantage à un one shoot.

Cette fois, difficile de croire au concours de circonstance quand cinq clubs s'invitent à ce stade de la compétition. Les traditionnels Real Madrid et FC Barcelone en Ligue des Champions mais aussi Valence, l'Athletic Bilbao et l'Atlético Madrid en Europa League, tous vont jouer la gagne. La presse espagnole n'a pas lésiné sur les superlatifs pour souligner le fait d'armes, une première dans l'histoire du foot européen : " Europlein " titrait As, " Spanish League " pour Marca ou " L'Espagne domine l'Europe " du côté d' El Pais.

Face A : technique, offensif et réfléchi

Javier Irureta a conduit le Deportivo La Corogne au titre de champion en 2000 et fut directeur de la formation à l'Athletico Bilbao d'où sont sortis les Munian ou Llorente. Il nous donne quelques clés du succès espagnol actuel : " La réussite s'explique par le travail réalisé au niveau des jeunes. On a investi dans la formation il y a plus de dix ans en établissant une fracture avec la volonté de l'époque d'aligner des armoires à glace. Le physique n'a jamais été mis de côté mais ce qui importait en premier lieu était la circulation et la possession du ballon ; le fait de savoir garder la balle. Quand comme Barcelone, vous possédez le ballon 70 % du temps, vous savez que votre adversaire va avoir des difficultés à marquer. Psychologiquement, c'est important. "

" Si on doit trouver un fondement au succès actuel, c'est évidemment Barcelone ", poursuit Juanma Lillo, ex-entraîneur notamment d'Almeria et ami personnel de Pep Guardiola et de Marcelo Bielsa. " Les Blaugranas ont imposé un certain style, que la Seleccion a recopié et dont les autres clubs espagnols se sont inspirés. Le Barça est devenu un modèle comme le fut l'Ajax des années 70. Le foot espagnol peut compter sur une génération incroyable. Un joueur comme Mikel Arteta ne fait même pas partie de la sélection, ça vous situe le niveau. D'autre part, les joueurs parlent le même langage. Ils se comprennent sur le terrain sans avoir évolué ensemble. Ils sont imprégnés de cette même philosophie. Cela facilite la tâche d'un sélectionneur. "

Lillo tempère toutefois : " Il ne faut pas non plus en faire de trop, je crois que le foot espagnol vit une saison exceptionnelle. "

Daniel Hidalgo, spécialiste du Real et de l'Atlético Madrid pour As : " Le foot espagnol est un foot de réflexion où tant les attaquants que les défenseurs participent au jeu. Comparativement, le foot anglais est davantage improvisé, il y a moins de liant entre les lignes. Et puis, le cerveau de l'équipe, le meneur de jeu a une importance considérable dans notre foot. L'Espagne peut depuis plusieurs années compter sur un joueur d'exception : Xavi. Le cerveau du Barça sera très difficile à remplacer même si un élément comme Thiago Alcantara pointe de plus en plus le bout du nez. Chez les jeunes, quand un attaquant ou un défenseur survole les débats, il est régulièrement replacé au milieu de terrain afin de développer sa vision du jeu. Voilà une des explications au fait que l'on compte autant de bons milieux. De vrais attaquants de pointe par contre, c'est plus compliqué à trouver. "

A l'image du foot hollandais où la plupart des clubs pratique l'individuel derrière et font appel à des ailiers en attaque, le foot espagnol s'est construit une identité bien distincte des autres championnats. De Gijon au Barça, le maître mot est la circulation du cuir. Le Real Madrid s'est essayé à la contre-attaque sous JoséMourinho, un principe qui allait à l'encontre des fondements de la Maison Blanche. " Si la Liga prend le pas sur d'autres championnats, c'est principalement grâce à la qualité technique individuelle supérieure ", poursuit Hidalgo d' As. " Un joueur comme Juan Mata était un bon élément en Espagne, sans plus. A Chelsea, c'est devenu une star. Et c'est souvent le cas quand un joueur passe de la Liga à la Premier League. C'est assez significatif. "

Filippo Ricci est correspondant à Madrid pour le quotidien italien, la Gazzetta dello Sport. Il vit depuis six ans dans la capitale espagnole après avoir vécu le même nombre d'années à Londres où il suivait la Premier League et Chelsea en particulier : " En Liga, le niveau du ventre mou est très élevé. Et j'ai le sentiment qu'il s'améliore d'année en année. A Noël, je suis retourné à Londres où j'ai assisté à Chelsea-Aston Villa. Franchement, les deux équipes ne jouaient pas au foot. C'était très mauvais. Ici, il est quasi impossible d'assister à un tel spectacle. Les 20 équipes du championnat pensent à offrir du jeu. Lors de la conférence de presse qui a suivi Barcelone-Getafe (4-0), le coach des visiteurs Luis Garcia a préféré souligner la qualité de l'opposition, en expliquant qu'il n'y avait pas grand-chose à faire. En Italie, on préférera toujours chercher des excuses pour expliquer une contre-performance. Prenez une équipe comme Osasuna. Elle a reçu des raclées face au Real Madrid (7-0) ou Barcelone (8-2), mais occupe la sixième place du classement grâce à un style de jeu offensif que ce soit à domicile ou à l'extérieur. Qu'importe les risques qu'un tel système peut engendrer face à une équipe bien plus forte comme le Real ou le Barça. "

Voilà pour l'image d'Épinal. Mais derrière un jeu que toute l'Europe envie se cache une économie bien mal en point.

Face B : une crise abyssale

Selon un audit du cabinet Deloitte & Touche, le Real Madrid est le club le plus riche du monde avec 479,5 millions d'euros de ressources. Il devance le FC Barcelone (450,7) et Manchester United (321,4). De quoi continuer à attirer ce qui se fait de mieux sur la planète foot. Seulement voilà, si l'Espagne dispose des deux clubs les plus riches au monde, son football est aussi le plus endetté. Alors que le pays compte près de 5 millions de chômeurs, que la crise n'a jamais été aussi lourde pour les jeunes qui sont désormais 50 % à être sans emploi, les clubs professionnels doivent 750 millions d'euros au fisc et 250 millions à la sécurité sociale, soit un milliard d'euros à l'Etat espagnol. A cela, vous ajoutez plus de 2 milliards de créances diverses : banques, transferts de joueurs non honorés, joueurs et personnels de clubs non rétribués, municipalités non payés, etc.

" La réalité est que le foot espagnol ne génère pas assez d'argent pour rembourser sa gigantesque ardoise ", estime José Maria Gay, professeur d'Economie à l'Université de Barcelone. Avec comme conséquence, le risque qu'une autre bulle financière n'explose quatre ans après celle de l'immobilier qui a plongé tout un pays dans une crise dont l'Espagne n'est pas près de sortir. On notera que depuis 2008, quand la crise a commencé à plomber l'économie nationale, les clubs espagnols ont ajouté 150 millions de dettes au fisc. Julio Senn, expert en droit fiscal, expliquait dans l'Equipe que " la situation échappe à tout contrôle. Les clubs ont vécu au-dessus de leurs moyens à coups d'emprunts et de chantage aux communautés autonomes ".

Une gestion aberrante qui scandalise certains politiciens espagnols, mais pas seulement. Uli Hoeness, le président du conseil de surveillance du Bayern Munich, s'est plaint publiquement de cette concurrence déloyale : " Un comble, cette Liga ! Nous, on paye des millions pour sortir de la merde et ensuite les clubs s'auto-exemptent de payer les impôts ".

Des 23 clubs européens en cessation de paiement, 22 sont espagnols. A l'entame de la saison, dix clubs se sont déclarés en cessation de paiement : Gijon, Real Saragosse, Levante, Real Sociedad, Majorque, Santander, Betis Seville, Rayo Vallecano et Grenade. " La crise est profonde et je ne vois pas vraiment d'issue ", poursuit Ricci. " Comment appliquer le fair-play financier cher à Platini aux clubs espagnols alors que le gouffre est abyssal chez certains ? Malgré des dettes qu'on estime à 470 millions d'euros, Valence continue à être soutenu par les banques car il est propriétaire de ses infrastructures et donc de son stade. En Espagne, on assiste à des situations hallucinantes comme l'accession en première division du Rayo Vallecano alors que les joueurs n'étaient plus payés depuis des mois. Le club s'est tout de même retrouvé en Liga cette saison.... En France ou en Italie, pareil cas serait impensable : si tu ne payes pas le fisc, tu ne joues pas au football, en Espagne bien. Le gouvernement espagnol parle d'un plan d'assainissement et de prendre des mesures mais je reste sceptique. Le foot pour le gouvernement, c'est plus important que la crise, plus important que la dette... "

Pour corroborer cet état de fait, le quotidien ABC écrivait récemment : " L'Etat tremble devant le public des stades. Un week-end sans championnat s'apparenterait à l'apocalypse ". Pourtant, selon Miguel Cardenal, secrétaire d'Etat aux Sports, un plan de remboursement sur dix ans a déjà été négocié et signé. Celui-ci sera mis en place dès la fin de saison.

" Pour sortir de cette crise, je ne vois qu'une seule solution : l'arrivée de nouveaux propriétaires venus des nouveaux marchés, c'est-à-dire des pays du Golfe ou d'Asie, à l'image de ce qui se passe en Angleterre ", assène Hidalgo. " Malaga est le seul club actuellement dont les propriétaires sont étrangers, des Qataris. A Getafe ou à Santander, des investisseurs arabes ont tenté le coup mais l'expérience a fait long feu. "

Juanma Lillo : " S'il faut trouver un aspect positif à cette crise financière que traverse notre foot, c'est que les clubs sont forcés de regarder dans leur assiette et de puiser dans leur réservoir de jeunes. Exception faite du Real où ils sont barrés par des stars, les jeunes des autres clubs reçoivent davantage leur chance que par le passé. "

Dernier élément qui a son importance et qui devrait changer le visage du foot espagnol à l'avenir. En janvier 2010, la loi, communément appelée Ley Beckham, permettant une exonération des impôts pour les étrangers, a été abrogée mais sans effet rétroactif. Désormais, les footballeurs étrangers sont taxés à 50 % alors qu'avant cette date, ils ne payaient que 24 % d'impôts. D'où des salaires nets de 9 millions d'euros pour Kaká ou Cristiano Ronaldo qui continuent à bénéficier de l'ancienne taxation jusqu'à la fin de leur contrat. Ce changement de statut devrait ralentir l'afflux de stars étrangères dans les années à venir. Qui a dit que le foot espagnol se portait comme un charme ?

PAR THOMAS BRICMONT - PHOTOS: IMAGEGLOBE

" Les joueurs espagnols parlent le même langage. Ils se comprennent sans avoir jamais joué ensemble. "

" Chez les jeunes, les très bons attaquants et défenseurs sont replacés au milieu pour développer leur vision. "

2008 : l'équipe nationale espagnole trône au sommet de l'Europe. 2009 : le Barça empoche la Ligue des Champions devant Manchester United. 2010 : la Seleccion est pour la première fois de son histoire sur le toit du monde. 2011 : Barcelone ajoute une quatrième Ligue des Champions à son palmarès en disposant à nouveau des Red Devils. Depuis quatre ans, impossible de ne pas admirer la maestria espagnole, que ce soit en club ou en équipe nationale. Ce toque ou tiki-taka (peu importe sa dénomination) est devenu la marque de référence du foot mondial. Combinaisons courtes, dédoublements, jeux en triangle, le tout est donné possible grâce une maîtrise technique d'orfèvre. Même l'Allemagne dont il était de bon ton de se moquer avec ses robotiques Stefan Effenberg années 90 ou Michael Ballack années 2000 privilégie désormais les inventifs et moins imposants Mesut Özil ou Mario Götze, des copies quasi parfaites de ce que les différentes académies espagnoles ont pu produire ces dernières années. D'autant que le jeu en vaut la chandelle puisqu'il allie élégance et résultats. De 2007 à 2009, c'est la Premier League et ses montagnes de Livres sterling qui dictaient leur loi avec trois clubs en demi-finales de Ligue des Champions chaque saison. L'Angleterre pointait depuis plusieurs années en tête à l'indice UEFA. Mais à la fin de cette saison, c'est l'Espagne qui s'emparera (très vraisemblablement) de la pole position. Certes, lors de la campagne 1999-2000, l'Espagne avait réussi le même exploit que les clubs anglais en plaçant trois de ses représentants (Valence, Barcelone, Real Madrid) dans le dernier carré de la plus importante compétition européenne. Mais cette performance s'apparentait davantage à un one shoot. Cette fois, difficile de croire au concours de circonstance quand cinq clubs s'invitent à ce stade de la compétition. Les traditionnels Real Madrid et FC Barcelone en Ligue des Champions mais aussi Valence, l'Athletic Bilbao et l'Atlético Madrid en Europa League, tous vont jouer la gagne. La presse espagnole n'a pas lésiné sur les superlatifs pour souligner le fait d'armes, une première dans l'histoire du foot européen : " Europlein " titrait As, " Spanish League " pour Marca ou " L'Espagne domine l'Europe " du côté d' El Pais. Javier Irureta a conduit le Deportivo La Corogne au titre de champion en 2000 et fut directeur de la formation à l'Athletico Bilbao d'où sont sortis les Munian ou Llorente. Il nous donne quelques clés du succès espagnol actuel : " La réussite s'explique par le travail réalisé au niveau des jeunes. On a investi dans la formation il y a plus de dix ans en établissant une fracture avec la volonté de l'époque d'aligner des armoires à glace. Le physique n'a jamais été mis de côté mais ce qui importait en premier lieu était la circulation et la possession du ballon ; le fait de savoir garder la balle. Quand comme Barcelone, vous possédez le ballon 70 % du temps, vous savez que votre adversaire va avoir des difficultés à marquer. Psychologiquement, c'est important. " " Si on doit trouver un fondement au succès actuel, c'est évidemment Barcelone ", poursuit Juanma Lillo, ex-entraîneur notamment d'Almeria et ami personnel de Pep Guardiola et de Marcelo Bielsa. " Les Blaugranas ont imposé un certain style, que la Seleccion a recopié et dont les autres clubs espagnols se sont inspirés. Le Barça est devenu un modèle comme le fut l'Ajax des années 70. Le foot espagnol peut compter sur une génération incroyable. Un joueur comme Mikel Arteta ne fait même pas partie de la sélection, ça vous situe le niveau. D'autre part, les joueurs parlent le même langage. Ils se comprennent sur le terrain sans avoir évolué ensemble. Ils sont imprégnés de cette même philosophie. Cela facilite la tâche d'un sélectionneur. " Lillo tempère toutefois : " Il ne faut pas non plus en faire de trop, je crois que le foot espagnol vit une saison exceptionnelle. "Daniel Hidalgo, spécialiste du Real et de l'Atlético Madrid pour As : " Le foot espagnol est un foot de réflexion où tant les attaquants que les défenseurs participent au jeu. Comparativement, le foot anglais est davantage improvisé, il y a moins de liant entre les lignes. Et puis, le cerveau de l'équipe, le meneur de jeu a une importance considérable dans notre foot. L'Espagne peut depuis plusieurs années compter sur un joueur d'exception : Xavi. Le cerveau du Barça sera très difficile à remplacer même si un élément comme Thiago Alcantara pointe de plus en plus le bout du nez. Chez les jeunes, quand un attaquant ou un défenseur survole les débats, il est régulièrement replacé au milieu de terrain afin de développer sa vision du jeu. Voilà une des explications au fait que l'on compte autant de bons milieux. De vrais attaquants de pointe par contre, c'est plus compliqué à trouver. " A l'image du foot hollandais où la plupart des clubs pratique l'individuel derrière et font appel à des ailiers en attaque, le foot espagnol s'est construit une identité bien distincte des autres championnats. De Gijon au Barça, le maître mot est la circulation du cuir. Le Real Madrid s'est essayé à la contre-attaque sous JoséMourinho, un principe qui allait à l'encontre des fondements de la Maison Blanche. " Si la Liga prend le pas sur d'autres championnats, c'est principalement grâce à la qualité technique individuelle supérieure ", poursuit Hidalgo d' As. " Un joueur comme Juan Mata était un bon élément en Espagne, sans plus. A Chelsea, c'est devenu une star. Et c'est souvent le cas quand un joueur passe de la Liga à la Premier League. C'est assez significatif. " Filippo Ricci est correspondant à Madrid pour le quotidien italien, la Gazzetta dello Sport. Il vit depuis six ans dans la capitale espagnole après avoir vécu le même nombre d'années à Londres où il suivait la Premier League et Chelsea en particulier : " En Liga, le niveau du ventre mou est très élevé. Et j'ai le sentiment qu'il s'améliore d'année en année. A Noël, je suis retourné à Londres où j'ai assisté à Chelsea-Aston Villa. Franchement, les deux équipes ne jouaient pas au foot. C'était très mauvais. Ici, il est quasi impossible d'assister à un tel spectacle. Les 20 équipes du championnat pensent à offrir du jeu. Lors de la conférence de presse qui a suivi Barcelone-Getafe (4-0), le coach des visiteurs Luis Garcia a préféré souligner la qualité de l'opposition, en expliquant qu'il n'y avait pas grand-chose à faire. En Italie, on préférera toujours chercher des excuses pour expliquer une contre-performance. Prenez une équipe comme Osasuna. Elle a reçu des raclées face au Real Madrid (7-0) ou Barcelone (8-2), mais occupe la sixième place du classement grâce à un style de jeu offensif que ce soit à domicile ou à l'extérieur. Qu'importe les risques qu'un tel système peut engendrer face à une équipe bien plus forte comme le Real ou le Barça. " Voilà pour l'image d'Épinal. Mais derrière un jeu que toute l'Europe envie se cache une économie bien mal en point. Selon un audit du cabinet Deloitte & Touche, le Real Madrid est le club le plus riche du monde avec 479,5 millions d'euros de ressources. Il devance le FC Barcelone (450,7) et Manchester United (321,4). De quoi continuer à attirer ce qui se fait de mieux sur la planète foot. Seulement voilà, si l'Espagne dispose des deux clubs les plus riches au monde, son football est aussi le plus endetté. Alors que le pays compte près de 5 millions de chômeurs, que la crise n'a jamais été aussi lourde pour les jeunes qui sont désormais 50 % à être sans emploi, les clubs professionnels doivent 750 millions d'euros au fisc et 250 millions à la sécurité sociale, soit un milliard d'euros à l'Etat espagnol. A cela, vous ajoutez plus de 2 milliards de créances diverses : banques, transferts de joueurs non honorés, joueurs et personnels de clubs non rétribués, municipalités non payés, etc. " La réalité est que le foot espagnol ne génère pas assez d'argent pour rembourser sa gigantesque ardoise ", estime José Maria Gay, professeur d'Economie à l'Université de Barcelone. Avec comme conséquence, le risque qu'une autre bulle financière n'explose quatre ans après celle de l'immobilier qui a plongé tout un pays dans une crise dont l'Espagne n'est pas près de sortir. On notera que depuis 2008, quand la crise a commencé à plomber l'économie nationale, les clubs espagnols ont ajouté 150 millions de dettes au fisc. Julio Senn, expert en droit fiscal, expliquait dans l'Equipe que " la situation échappe à tout contrôle. Les clubs ont vécu au-dessus de leurs moyens à coups d'emprunts et de chantage aux communautés autonomes ". Une gestion aberrante qui scandalise certains politiciens espagnols, mais pas seulement. Uli Hoeness, le président du conseil de surveillance du Bayern Munich, s'est plaint publiquement de cette concurrence déloyale : " Un comble, cette Liga ! Nous, on paye des millions pour sortir de la merde et ensuite les clubs s'auto-exemptent de payer les impôts ". Des 23 clubs européens en cessation de paiement, 22 sont espagnols. A l'entame de la saison, dix clubs se sont déclarés en cessation de paiement : Gijon, Real Saragosse, Levante, Real Sociedad, Majorque, Santander, Betis Seville, Rayo Vallecano et Grenade. " La crise est profonde et je ne vois pas vraiment d'issue ", poursuit Ricci. " Comment appliquer le fair-play financier cher à Platini aux clubs espagnols alors que le gouffre est abyssal chez certains ? Malgré des dettes qu'on estime à 470 millions d'euros, Valence continue à être soutenu par les banques car il est propriétaire de ses infrastructures et donc de son stade. En Espagne, on assiste à des situations hallucinantes comme l'accession en première division du Rayo Vallecano alors que les joueurs n'étaient plus payés depuis des mois. Le club s'est tout de même retrouvé en Liga cette saison.... En France ou en Italie, pareil cas serait impensable : si tu ne payes pas le fisc, tu ne joues pas au football, en Espagne bien. Le gouvernement espagnol parle d'un plan d'assainissement et de prendre des mesures mais je reste sceptique. Le foot pour le gouvernement, c'est plus important que la crise, plus important que la dette... " Pour corroborer cet état de fait, le quotidien ABC écrivait récemment : " L'Etat tremble devant le public des stades. Un week-end sans championnat s'apparenterait à l'apocalypse ". Pourtant, selon Miguel Cardenal, secrétaire d'Etat aux Sports, un plan de remboursement sur dix ans a déjà été négocié et signé. Celui-ci sera mis en place dès la fin de saison. " Pour sortir de cette crise, je ne vois qu'une seule solution : l'arrivée de nouveaux propriétaires venus des nouveaux marchés, c'est-à-dire des pays du Golfe ou d'Asie, à l'image de ce qui se passe en Angleterre ", assène Hidalgo. " Malaga est le seul club actuellement dont les propriétaires sont étrangers, des Qataris. A Getafe ou à Santander, des investisseurs arabes ont tenté le coup mais l'expérience a fait long feu. "Juanma Lillo : " S'il faut trouver un aspect positif à cette crise financière que traverse notre foot, c'est que les clubs sont forcés de regarder dans leur assiette et de puiser dans leur réservoir de jeunes. Exception faite du Real où ils sont barrés par des stars, les jeunes des autres clubs reçoivent davantage leur chance que par le passé. "Dernier élément qui a son importance et qui devrait changer le visage du foot espagnol à l'avenir. En janvier 2010, la loi, communément appelée Ley Beckham, permettant une exonération des impôts pour les étrangers, a été abrogée mais sans effet rétroactif. Désormais, les footballeurs étrangers sont taxés à 50 % alors qu'avant cette date, ils ne payaient que 24 % d'impôts. D'où des salaires nets de 9 millions d'euros pour Kaká ou Cristiano Ronaldo qui continuent à bénéficier de l'ancienne taxation jusqu'à la fin de leur contrat. Ce changement de statut devrait ralentir l'afflux de stars étrangères dans les années à venir. Qui a dit que le foot espagnol se portait comme un charme ? PAR THOMAS BRICMONT - PHOTOS: IMAGEGLOBE " Les joueurs espagnols parlent le même langage. Ils se comprennent sans avoir jamais joué ensemble. "" Chez les jeunes, les très bons attaquants et défenseurs sont replacés au milieu pour développer leur vision. "