En 2008, nous avions appelé de nombreux consultants étrangers (italiens, portugais, espagnols, français) pour leur demander ce qu'ils pensaient du football belge. Nombreux d'entre eux rencontraient pas mal de difficultés à nous citer trois internationaux belges de l'époque. Par souci de diplomatie, ces mêmes interlocuteurs rappelaient que la Belgique était une grande nation du football international et citaient en vrac Michel Preud'homme, Enzo Scifo, Jan Ceulemans ou Eric Gerets. Il y a dix ans, le foot belge était en plein marasme, la génération dorée qui allait suivre allait le sortir de l'ornière. Aujourd'hui, tous les observateurs connaissent par coeur les Eden Hazard, Thibaut Courtois, Kevin De Bruyne ou Romelu Lukaku. La Belgique est une nation crainte et respectée. Elle est même citée parmi les grands favoris chez les bookmakers. Mais peut-elle vraiment faire tomber les plus grands ?
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En 2008, nous avions appelé de nombreux consultants étrangers (italiens, portugais, espagnols, français) pour leur demander ce qu'ils pensaient du football belge. Nombreux d'entre eux rencontraient pas mal de difficultés à nous citer trois internationaux belges de l'époque. Par souci de diplomatie, ces mêmes interlocuteurs rappelaient que la Belgique était une grande nation du football international et citaient en vrac Michel Preud'homme, Enzo Scifo, Jan Ceulemans ou Eric Gerets. Il y a dix ans, le foot belge était en plein marasme, la génération dorée qui allait suivre allait le sortir de l'ornière. Aujourd'hui, tous les observateurs connaissent par coeur les Eden Hazard, Thibaut Courtois, Kevin De Bruyne ou Romelu Lukaku. La Belgique est une nation crainte et respectée. Elle est même citée parmi les grands favoris chez les bookmakers. Mais peut-elle vraiment faire tomber les plus grands ? STÉPHANE CHAPUISAT (EX-INTERNATIONAL SUISSE ENTRE 1989 ET 2004, 103 SÉLECTIONS, 21 BUTS )" Dans des petits pays comme les nôtres, il suffit de voir le nombre de joueurs sélectionnés évoluant à l'étranger pour comprendre la qualité d'une équipe. Et en Suisse, comme en Belgique, ce quota est élevé. Il y a sans doute encore un peu plus de qualité chez vous. Certainement dans le secteur offensif. Après, j'ai l'impression que certains Diables évoluent souvent en dessous de leur niveau réel quand ils se produisent avec la vareuse nationale. C'est pour ça qu'à mes yeux, la Belgique reste un outsider, pas un réel favori. Comme la Suisse. Après, si vous n'avez pas de blessés et que vous pouvez compter sur votre meilleur onze, tout reste possible. Quand tu as la qualité de passe d'un De Bruyne dans le milieu, la vitesse d'un Dries Mertens et d'un Eden Hazard devant et le physique d'un Lukaku dans la boîte, tu peux réellement espérer faire de grandes choses. Même s'il faudra encore voir comment réagiront Axel Witsel et Yannick Carrasco après avoir passé plusieurs mois en Chine. À ce stade, ça devrait encore aller, ça ne fait pas longtemps qu'ils y sont, mais il ne faudrait pas que cette situation s'éternise. D'autant moins que j'apprécie vraiment les qualités individuelles d'un joueur comme Carrasco. Reste à voir s'il aura le coffre suffisant pour couvrir tout son flanc. Une partie du Mondial de la Belgique risque bien de se jouer là. " OLIVER NEUVILLE (EX-INTERNATIONAL ALLEMAND ENTRE 1998 ET 2008, 69 SÉLECTIONS, 10 BUTS)" Vu que je suis entraîneur adjoint des U19 de Mönchengladbach, je ne vous surprendrai pas en vous disant que je suis complètement sous le charme de Thorgan Hazard. C'est peut-être, avec Kevin De Bruyne, le seul joueur que je voudrais bien pouvoir naturaliser (il rit). Évidemment, il n'est pas encore aussi fort que son frère, mais il est plus jeune et progresse chaque année à une vitesse assez exceptionnelle. Cette saison, il s'est plaint de n'avoir inscrit que 10 buts avec nous. Bien sûr, il aurait pu en inscrire plus, il manque parfois de réalisme, mais un joueur qui n'est pas attaquant et qui se plaint de n'inscrire que 10 buts sur une saison à son âge, c'est très positif pour la suite. Concernant l'affaire Radja Nainggolan, j'ai été surpris de sa non-sélection. Bien plus que dans le cas de Leroy Sané qui n'a encore jamais rien prouvé avec la Mannschaft. Alors que Nainggolan avait été très bon à l'EURO. Il va vous manquer contre l'Allemagne en quart de finale (il rit). Tout peut se passer dans le football, mais je ne vois pas la Belgique éliminer une équipe du calibre de l'Allemagne. Pas en 2018. " VAHID HALILHODŽI? (EX-INTERNATIONAL YOUGOSLAVE, EX-ENTRAÎNEUR DE LA CÔTE-D'IVOIRE (2008-2010), DE L'ALGÉRIE (2011-2014) ET DU JAPON (2015-2018) " Pour moi, la Belgique est une énigme. Une équipe avec des qualités individuelles exceptionnelles mais qui n'a encore rien gagné, rien montré. C'est marrant parce que j'ai l'impression que vous faites tout comme une grande équipe, avec les polémiques et les problèmes qui vont avec, mais sans les résultats. Après le match que nous avons joué avec le Japon contre les Belges en novembre, j'ai entendu des joueurs critiquer la tactique du sélectionneur. Ça ne peut pas arriver. C'est impossible de ne pas respecter l'entraîneur. C'est dommage parce que qualitativement, c'est le top du top, mais c'est visiblement dans l'ambiance qui règne autour de cette équipe que parfois ça coince un peu. Pour qu'un groupe aille au bout, une forme de complicité est indispensable. Or, entre le match d'il y a quatre ans avec l'Algérie et celui de cette année avec le Japon, je n'ai pas vu beaucoup d'évolutions. À chaque fois, avec une équipe bien moins forte sur le papier, on a réussi à embêter la Belgique. Deux fois, on a failli les surprendre. C'est symptomatique d'une certaine naïveté. Il n'empêche que la Belgique est une équipe que j'aime bien, avec de chouettes garçons. Ils peuvent faire nettement mieux que ce qu'ils ont montré jusqu'ici. Je le leur souhaite et je les soutiendrai pendant le Mondial. " PÄR ZETTERBERG ( EX-INTERNATIONAL SUÉDOIS 30 SÉLECTIONS, 6 BUTS)" Tous les postes sont doublés, c'est impressionnant. Là où on pensait, en 2014, que la Belgique c'était onze joueurs et pas beaucoup plus, on se rend compte aujourd'hui que le réservoir est plus important qu'imaginé. En Suède, la Belgique est logiquement, je pense, considérée comme l'un des principaux favoris derrière l'Allemagne et le Brésil. Les gens se disent : Mais si Radja Nainggolan n'est même pas dans les 23, c'est que cette équipe doit être incroyable ! Et foncièrement, ils n'ont pas tort. Il y a de la qualité partout. En un contre un, cette équipe est redoutable, le problème c'est que le foot ne se joue pas en un contre un. Une équipe comme la Suède sait parfaitement comment jouer ce type d'adversaire. Cela demande d'engager le combat physique. Une de nos spécialités. En cela, la Belgique d'aujourd'hui est peut-être l'anti-Suède. La Suède a un plan et s'y tient. Clair et organisé. La Belgique, c'est tout l'inverse. Mais c'est cette part de folie qui peut être appréciable et qui rend cette équipe populaire chez nous. Aussi et peut-être surtout parce les Suédois n'ont d'yeux que pour la Premier League, le championnat de référence de tous les Diables. J'espère vraiment que l'expérience acquise là-bas leur permettra de franchir un cap en Russie. " ALASSANE N'DOUR (EX-INTERNATIONAL SÉNÉGALAIS, 8 SÉLECTIONS, PRÉSENT AU MONDIAL 2002)" La Belgique, c'est du lourd. Tout le monde vous a découverts en 2014, mais cette fois-ci, vous serez attendus. Il suffit de se balader dans les rues de Dakar pour s'en rendre compte. Il y a des maillots de Hazard et de De Bruyne partout. C'est une épidémie (il rit). Quand moi j'étais petit, je voyais parfois un maillot d'Enzo Scifo, mais c'était parce qu'il évoluait en Ligue 1, un championnat très suivi au Sénégal, pas parce qu'il était belge. Ici, on sent que les gens commencent à se passionner pour l'équipe belge. C'est dû au fait que le Sénégal soit qualifié cette année. Du coup, tout le monde s'intéresse à nouveau à tout ce qui touche au Mondial. On sait même que Vincent Kompany est blessé. J'espère qu'il le sera encore si on doit vous jouer en huitième de finale (rires). Sincèrement, ce serait une superbe affiche. Une première aussi entre deux pays qui ne se sont jamais affrontés. Et vu qu'il y a une petite communauté belge à Dakar, ça pourrait faire une chouette ambiance. À condition de gagner bien sûr ! " CHRISTIAN GOURCUFF (EX-ENTRAÎNEUR DE LORIENT, DE RENNES ET DE L'ALGÉRIE, ACTUELLEMENT EN POSTE À AL-GHARRAFA DOHA)" J'ai l'impression que globalement, en France, il y a une forme de déception autour de cette équipe belge qu'on nous avait vendue comme exceptionnelle et qui tarde à confirmer. On avait tous été séduits par le jeu proposé contre la France en juin 2015, mais depuis, on a un peu l'impression que cette équipe stagne. Comme si la maîtrise dans le jeu avait du mal à se traduire en résultats. C'est vif, c'est technique, mais ça manque parfois de créativité dans le milieu. Si on doit comparer, je ne pense pas que l'équipe de France ait plus de talent, mais sans doute une plus grande complémentarité. Une plus belle homogénéité aussi dans le groupe des 23. Ce sont des atouts qui peuvent compter sur un tournoi long de plusieurs semaines. Le but de tout sélectionneur reste de créer une identité de jeu, mais au fond, à part l'Espagne, l'Allemagne ou peut-être la Suisse, qui peut se targuer d'avoir une politique technique dans son pays ? Quelque chose de sérieux, de concret ? En France, comme on Belgique, on est avant tout dans la superposition de talents. Pas encore dans la création d'un collectif. C'est probablement ce qui nous sépare encore du top mondial. "