On ne parle plus beaucoup de football à Nice par les temps qui courent. Et pour cause. Les joueurs de l'Olympic Gymnaste Club de Nice Côte d'Azur ont cependant entamé leur préparation sous les ordres d'un nouvel entraîneur, Lucien Favre (58), connu pour l'amour qu'il porte au football offensif. En 2015, il avait amené le Borussia Mönchengladbach en Ligue des Champions. Le nouveau coach de l'OGC Nice a une vision du football bien particulière et il ne manie pas la langue de bois. Voici les conclusions qu'il tire du dernier Euro quand on lui demande son avis sur l'avenir du football.
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On ne parle plus beaucoup de football à Nice par les temps qui courent. Et pour cause. Les joueurs de l'Olympic Gymnaste Club de Nice Côte d'Azur ont cependant entamé leur préparation sous les ordres d'un nouvel entraîneur, Lucien Favre (58), connu pour l'amour qu'il porte au football offensif. En 2015, il avait amené le Borussia Mönchengladbach en Ligue des Champions. Le nouveau coach de l'OGC Nice a une vision du football bien particulière et il ne manie pas la langue de bois. Voici les conclusions qu'il tire du dernier Euro quand on lui demande son avis sur l'avenir du football. LUCIEN FAVRE : Je ne me suis jamais posé la question et je dois bien vous avouer que le tournoi ne m'a guère emballé. FAVRE :J'ai suivi tous les matches de la France, de l'Allemagne et de la Suisse de la première à la dernière minute mais pour la plupart des autres rencontres, je n'ai allumé la télé qu'après le repos. Et c'était bien assez. Ça manquait tout simplement de qualité. La phase de poules, surtout, était terriblement insipide. Une véritable torture. FAVRE :Trop de matches, trop de rencontres du même niveau, sans tension. Un championnat d'Europe à 24, ça a sans doute des avantages financiers mais ça nuit au football. FAVRE :Le tournoi dure une semaine de plus alors que la saison a déjà été très longue. Beaucoup de joueurs ont disputé la Ligue des Champions, le championnat, la coupe... Puis, après quelques jours de repos, on leur demande d'être à la hauteur lors d'un grand tournoi. Mentalement, surtout, les joueurs ont atteint la limite. FAVRE : Elle ne le fera pas. Cela fait des années qu'elle ne s'intéresse plus au jeu mais seulement au business. Et de ce point de vue, elle peut dire que son tournoi est une réussite. Dans des pays comme l'Albanie, la Roumanie et la Hongrie, on a réveillé l'intérêt pour le football. Mais à quel prix ? FAVRE :Ça va être la guerre entre les clubs et les fédérations. J'ai entendu dire qu'on voulait faire passer le nombre de pays qualifiés pour la Coupe du monde à quarante. Ils sont dingues ? Les spectateurs ne sont pas bêtes ! Un jour, dans pas très longtemps, ils en auront marre de ces matches insipides, sans rythme et sans enthousiasme, et la bombe explosera. FAVRE :Oui, bien entendu. Je ne veux pas diminuer la valeur de leur prestation. Leurs joueurs étaient encore frais parce qu'ils n'avaient pas joué en Coupe d'Europe, certains évoluaient même en D2. Ils ont bien profité du moment, ils étaient motivés dès la première minute et voulaient se montrer. De nombreux joueurs de grands clubs n'y sont pas arrivés. Dans des pays comme l'Italie, l'Espagne ou l'Angleterre, ce n'était cependant pas qu'une question de fatigue non plus. Pour moi, ce sont les trois grandes déceptions de l'Euro. FAVRE :Vous savez pourquoi l'Italie aligne trois défenseurs centraux dans une défense à cinq ? Parce qu'elle n'a pas de joueurs capables de défendre en ligne. GiorgioChiellini et AndreaBarzagli ne sont pas suffisamment bons pour cela. Ils sont trop lents et se positionnent mal. En début de saison, la Juventus a essayé de jouer à quatre derrière : ce fut la catastrophe ! Elle encaissait des tas de buts. Elle est alors passée à une défense à cinq afin que chaque défenseur ait un plus petit espace à boucher. C'est pareil en équipe nationale. FAVRE :C'est une équipe difficile à jouer car elle est très disciplinée. Mais sur le plan footballistique, elle n'a aucune qualité. Parce qu'elle n'a plus de bon joueur. Où sont les éléments talentueux ? Les jeunes joueurs créatifs ? Il n'y en a pas un seul. En matière de formation, c'est la catastrophe en Italie. Seul MarcoVerratti, du PSG, sort du lot. Pour le reste, c'est le désert. FAVRE :Ce n'est plus l'Espagne d'avant. Voyez SergioRamos : il a été incroyablement mauvais. Ces derniers temps, il s'est uniquement concentré sur la victoire du Real Madrid en Ligue des Champions. Il n'était plus suffisamment frais mentalement pour pouvoir bien jouer à l'Euro. De plus, la défense espagnole n'avait pas de leader, il manquait un CarlesPuyol. Dans l'entrejeu, Xavia laissé un vide énorme et devant, aucun joueur ne m'a marqué. L'Espagne va mettre du temps à reconstruire une équipe. FAVRE :Aucun joueur n'a marqué le tournoi de son empreinte. Des superstars comme CristianoRonaldoou GarethBale se sont contentées de se mettre au service de l'équipe. C'est en partie dû au fait qu'en équipe nationale, ils ne sont pas aussi bien entourés qu'en club. Ils doivent diriger tandis qu'au Real Madrid, ce sont des cracks comme ToniKroos ou LukaModric qui leur permettent de briller. C'est un autre monde. FAVRE :Des clubs comme le Real Madrid, Barcelone ou le Bayern Munich ont des années-lumières d'avance sur les équipes nationales. Ils ont bien plus de qualité. La plus belle compétition au monde, c'est la Ligue des Champions, à partir des huitièmes de finale. FAVRE :Pas la moindre. Barcelone possède avec Neymar, Lionel Messi et Luis Suarez la meilleure ligne d'attaque au monde. Chacun porte le maillot d'une équipe nationale différente. De plus, les joueurs du Barça peuvent s'entraîner ensemble chaque jour, travailler les lignes de course et les situations de jeu. Les équipes nationales sont confrontées à des obstacles naturels, elles n'ont ni le temps ni les moyens des clubs. FAVRE :Absolument. Il est plus facile de détruire que de produire un jeu léché et attractif. Pour la plupart des petites équipes, c'était la seule chance de survivre. Elles ont compensé leur manque de qualités techniques par du physique. Cela leur a permis de jouer bas, de ne pas laisser d'espaces et de partir en contre. Le meilleur exemple, c'est le Pays de Galles. FAVRE :Au fur et à mesure que le tournoi avançait, beaucoup ont manqué de puissance. La Hongrie et la Roumanie ont bien défendu au début mais à force de courir derrière le ballon, on finit par faire un demi-pas de moins parce qu'on est fatigué. Des joueurs comme Toni Kroos, PaulPogba ou RenatoSanches n'attendent que ça. C'est pourquoi, en début de tournoi, les buts tombaient toujours très tard. FAVRE :Tous les joueurs évoluent à un très bon niveau, ils défendent bien et sont soucieux du détail en possession de balle. L'équipe est très bien équilibrée, les joueurs comprennent qu'actuellement, on ne peut plus presser pendant 90 minutes, ce serait stupide. Il faut être patient, discipliné, organisé. L'Allemagne a très bien fait cela. FAVRE :Mais elle a toujours essayé de produire du football et elle s'est créé des occasions. Qu'a fait la France ? Elle a tenté d'attaquer pendant les dix premières minutes puis on n'a plus vu que l'Allemagne. La France a joué de façon très réaliste, sans glamour. FAVRE : Parce qu'elle a perdu trop de joueurs importants : Sami Kedhira, Mats Hummels, Mario Gomez et, en cours de match, Jérôme Boateng. C'est trop. L'équipe n'avait plus suffisamment de force de frappe. L'Allemagne a livré un très bon tournoi mais elle a perdu sur des détails. Au complet, elle aurait battu la France. FAVRE :En équipe nationale, c'est différent. On n'est pas en contact chaque jour avec les joueurs et on peut changer de staff. On tient plus longtemps. FAVRE :D'un point de vue tactique, il n'y a plus de secret, tout est décodé. Ce qu'on remarque c'est que, plus on en sait tactiquement, plus la flexibilité des joueurs est importante. Puis-je vous raconter une anecdote ? FAVRE :Il y a 25 ans, lorsque je jouais au Servette Genève, j'avais rencontré un collègue qui venait d'obtenir son diplôme d'entraîneur. Il m'avait dit qu'à l'avenir, on ne jouerait plus que dans un seul système : le 5-5. Plus de 3-4-3, plus de 4-4-2, plus rien de figé mais deux lignes centrales qui, en fonction du comportement offensif de l'adversaire, se replieraient ou se déploieraient. Cet homme était un génie car c'est exactement vers cela qu'on se dirige ! PAR RAFAEL BUCHMANN - PHOTOS BELGAIMAGE" Le vainqueur de l'Euro n'aurait aucune chance face au vainqueur de la Ligue des Champions. " LUCIEN FAVRE