Les courts de tennis couverts de Guesnain, sont impeccables. Toutes les conditions de travail sont réunies. "Il suffit d'un peu de poussière pour perdre 5% d'efficacité", dit Daniel Leclercq. L'ancien entraîneur de La Louvière n'a pas changé. Perfectionniste, motivé en toutes choses, ce puriste d'un autre temps ne se renie pas.
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Les courts de tennis couverts de Guesnain, sont impeccables. Toutes les conditions de travail sont réunies. "Il suffit d'un peu de poussière pour perdre 5% d'efficacité", dit Daniel Leclercq. L'ancien entraîneur de La Louvière n'a pas changé. Perfectionniste, motivé en toutes choses, ce puriste d'un autre temps ne se renie pas.Toujours dépourvu de club de foot, il expurge l'énergie dont il déborde au profit de jeunes tennismen. Il les conseille et les guide sans jamais empiéter sur le travail des entraîneurs. Ainsi, il relègue au fond de lui-même la faim de foot qui le ronge un peu plus à chaque occasion ratée. Cette saga s'éternise depuis un an et demi. Une touche au Sénégal (brouillée par l'incertitude pesant sur la volonté de Metsu), au Club Africain de Tunis, avec un club anglais (si Roger Lemerre, qu'il voulait accompagner, n'avait choisi la Tunisie) et Troyes. Pour l'heure, Daniel Leclercq est consultant à Canal + et donne des conférences. Daniel Leclercq: Le tennis a toujours été une passion, pratiquée chaque fois que j'en avais l'occasion. Il me défoule car le football n'est plus de mon âge. Les footballeurs sont avantagés en tennis: ils ont le sens de l'anticipation et une certaine technique qui se développe vite. Quand le chanteur Jean-Jacques Goldman se produit dans le Nord, nous jouons une partie ensemble. Depuis mon limogeage de La Louvière, je me suis réinvesti dans le tennis et j'ai disputé quelques tournois. Je suis 15-4. Jouer ne vous suffit pas. Avez-vous envie d'entraîner?Non, à chacun sa place! J'apporte une expérience en management, j'essaie de transmettre ma motivation aux jeunes. Je ne suis pas en terrain inconnu,je suis les matches à la télévision et, parfois, je me déplace. Mon but est de me rendre utile.Vous êtes perfectionniste. Le tennis, et les jeunes en particulier, vous apportent-ils plus de satisfactions?La société subit une évolution. Le tennis n'y échappe pas. Partout, il y a un manque d'éducation. Je le comprends. Je répète aux jeunes que je ne peux jouer à leur place. Ils ont eu 15 jours de vacances. Je leur ai conseillé de s'aménager un programme pour emmagasiner confiance et joie de vivre. A leur retour, la plupart avaient perdu de leur niveau. Je leur ai demandé ce qu'ils avaient fait. Rien. Le fait que les joueurs gagnent beaucoup d'argent ne me cause pas problème mais ils doivent rendre quelque chose aux supporters et au club, à eux-mêmes, aussi. Il faut être honnête et droit. Mais voilà, maintenant, s'il pleut, on ne sort pas. S'il gèle, non plus. Je viens de discuter avec un jeune. Je lui ai expliqué qu'il devait être plus responsable vis-à-vis de son club. Quand j'étais jeune, on jouait tous ensemble en dehors des heures d'école et on faisait facilement cinq kilomètres à pied pour un match. Maintenant, tout doit leur tomber tout cuit dans le bec."Un président doit protéger son coach"Je vis selon mes règles et qu'on regarde mon bilan. Mais je sens que je dérange. Je conserve un souvenir fort, bien ancré, de La Louvière, mais cette relation s'est détériorée au fil des mois. J'ai horreur des conflits, des clubs qui se prennent la tête. Je n'apprécie pas les attaques dont Luis Fernandez est la cible permanente au PSG. Un président ne doit pas accorder priorité à un joueur sur l'entraîneur, même s'il est mauvais, ni sur le groupe. Lorsque je fais des exposés sur le management, je souligne l'importance de notre rôle. Avant tout, il faut bâtir son groupe, savoir avec qui on fonctionne et avoir les coudées franches. Le recrutement constitue une priorité du responsable technique, en fonction des moyens du club, bien entendu. Mais ce n'est pas le président qui travaille avec les joueurs. Je veux une situation claire et un projet sportif qui tiennent la route.Certains joueurs de La Louvière ont affirmé avoir beaucoup souffert, notamment parce que vous vous fâchiez exagérément quand, à l'entraînement, ils rataient une passe à 20 mètres. N'êtes-vous pas trop exigeant?C'est toujours pareil quand on lutte pour le maintien avec un entraîneur rigoureux mais je m'explique au préalable devant chaque groupe: attention, je suis un emmerdeur. N'en tenez pas compte, ne le prenez pas au premier degré. Derrière des mots parfois rudes, je suis honnête. Mais je ne me satisfais pas de la médiocrité. Je constate aussi que ceux qui ont émis ces critiques ne jouent plus. Notez, je les comprends: il est difficile de se remettre en question quand on a réussi. C'est humain. Regardez le championnat français: Lyon, malgré tout son palmarès, a perdu en Coupe contre un petit club. Pourquoi? Pas à cause de l'entraîneur. Il savait que ses joueurs risquaient de se relâcher. Une fois le match commencé, qu'y pouvait-il?J'ai reçu des voeux d'anciens joueurs de La Louvière. éa me fait plaisir. Quand je revois mes joueurs de Lens, un club avec lequel j'ai vécu des moments formidables, ils me disent: - Tu avais raison d'être exigeant. On sait ce qu'on a atteint et ce qu'on n'a plus. Avec le recul, quel regard portez-vous sur La Louvière? En avez-vous trop demandé à des joueurs qui avaient atteint leurs limites et qui essuyaient le contrecoup de leur lutte contre la relégation?Si nous avons piétiné après avoir assuré notre maintien, c'est à cause du recrutement. Les problèmes entre Gaone et Verbist, alimentés par le conseil d'administration, ont tout aggravé. Toutefois, je conserve un souvenir fort de ce club. J'aurais voulu assister à Mons-La Louvière, mais j'ai eu peur que ma présence ne soit mal interprétée, comme ce fut le cas chaque fois que j'allais voir Mons ou les Loups, alors qu'en fait, je souhaite simplement revoir des gens que j'apprécie. Je suis avec intérêt le football belge, mais il y a tous ces coups de téléphone: - Le Standard ne vous a pas appelé? Ces questions émanent de gens normalement bien informés. C'est pareil avec Charleroi. On m'a aussi cité à La Gantoise. Mais pourquoi ces gens le disent alors qu'on ne m'a pas téléphoné? Personnellement, je n'effectue aucune démarche. Maillol a envoyé mon CV cet été, c'est tout. "A La Louvière, tout était réglé en 48 heures"Je suis un pur. Si je ne saute pas de joie sur le banc, c'est par respect pour mon collègue, par exemple: si je suis heureux, ça veut dire qu'il ne l'est pas. Il faut beaucoup d'humilité dans ce métier car tout bascule très vite. Malheureusement, il n'y en a guère. Et les gens ne comprennent pas. Lorsque je commente un match, ils me disent: - Venez chez nous. Mais ça n'accroche pas. Avec La Louvière, tout était réglé en 48 heures. Je veux un challenge sportif, réalisé selon ma philosophie. Si on m'impose untel comme adjoint, ça ne va pas... Pourquoi vos négociations avec Troyes ont-elles échoué?Je n'y ai pas eu le contact qui m'a incité, auparavant, à rejoindre La Louvière. Je devais suivre le match Troyes-Guingamp pour Canal. Le match s'est mal déroulé pour Troyes et les journaux m'y ont annoncé. Après ce match, j'ai discuté avec un ancien joueur de Lens mais en voyant le président de Troyes rôder, j'ai coupé court, pour ne pas être pris en otage. Le président m'a quand même téléphoné le lundi soir. - Pourriez-vous venir mardi? Je me suis exécuté, par correction. Il m'a dit qu'il avait besoin de moi, que j'étais l'homme de la situation, qu'il allait virer son entraîneur et la majorité du staff, avant de me demander de me présenter le lendemain à l'entraînement. J'étais intéressé car je connaissais l'équipe, ses qualités et ses manquements, mais je ne voulais pas débarquer dans ces conditions. J'allais tomber comme un cheveu dans la soupe. Je lui ai conseillé de réfléchir. Le soir, il m'a rappelé: - Vous avez raison. Mes associés partagent votre avis. Nous mettons tout en place et je vous rappelle samedi soir, laissez votre gsm branché. J'ai assisté à Lille-Nantes. Je n'ai reçu aucun coup de fil. A la TV, après Troyes-Bastia, le président a déclaré qu'il n'avait jamais été question de changement, simplement d'un réajustement technique. Canal m'a envoyé suivre Troyes-Lens. Je les ai prévenus mais la chaîne m'a répondu que ça mettrait le président en face de ses responsabilités. Nous ne nous sommes pas parlés. J'avais quand même le cafard. Mon épouse et moi sommes partis en vacances en République Dominicaine. Un jour, dans la chambre, j'ai reçu un coup de téléphone. Mon gsm était débranché. Le président avait chargé un ami de retrouver ma trace. Je devais signer un contrat le jeudi. S'il m'avait expliqué sa situation et demandé d'attendre, j'aurais compris. Il ne restait qu'une seule journée avant la trêve. Je devais rentrer le 21. éa pouvait attendre jusque-là. Mais dans l'avion, en lisant L'Equipe, j'ai appris que faute de nouvelles, il avait choisi une autre orientation. N'avez-vous pas faim de football?Non, car je fais attention à ce que je mange, mais j'ai envie de retrouver un club. Si le président de Troyes avait été correct et m'avait téléphoné le samedi pour me dire d'attendre, je serais à Troyes. Pascale Piérard"Ceux qui m'ont critiqué à La Louvière ne jouent plus"